Le maire, c’est la République au village. – Jules Ferry
Ce tome contient une forme d’exposé biographique, indépendant de tout autre, ne nécessitant aucune connaissance préalable. Son édition originale date de 2026. Il a été réalisé par Laurent Turpin pour le récit, par Turpin et Olivier Berlion pour l’adaptation du récit et les dialogues, par Berlion pour le dessin, et par Christian Favrelle pour les couleurs. Il comprend cent-vingt-six planches de bande dessinée. Il commence par une introduction de deux pages de M. Turpin, maire de Sandemont.
La France est le pays d’Europe comptant le plus de communes : 34.964, dont 34.805 en métropole, recensées par l’INSEE. Parmi celles-ci, plus de la moitié (18.582) ont moins de 500 habitants. Saudemont, municipalité rurale des Hauts-de-France, située dans le triangle Arras-Douai-Cambrai, en fait partie. Bienvenue chez Laurent… Avec un peu plus de 420 habitants, ce village ch’ti est composé d’anciens ou d’enfants d’anciens du village, qui se connaissent tous. Et de nouveaux venus qui s’intègrent grâce à leurs enfants (écoles et activités comme Halloween, carnaval, père Noël…) et aux diverses festivités qui leur sont proposées (ducasse, fête de la Bière…). Comme la majorité des communes rurales, Saudemont est un village à dominante agricole, ce qui lui garantit une qualité de vue reconnue… Mais peu de ressources financières, à la différence des bourgs industrialisées qui récupèrent des attributions liées aux activités professionnelles présentes ou passées. Saudemont dispose d’un riche patrimoine matériel, notamment un clocher classé monument historique depuis 1928. Mais aussi les fameux Anges de Saudemont, deux statues en bois polychrome datant de la fin du XIIIe siècle et dont les originaux sont désormais au musée des Beaux-Arts d’Arras. Dans une des chapelles du village, des répliques réalisées à l’identique par les ateliers du Louvre sont exposées. Saudemont a aussi un patrimoine vivant avec son élevage de chevaux Trait du Nord (c’est le nom de cette espèce bien particulière). Ces puissants chevaux tractionnaires sont utilisés pour aider au débardage ou à la place des engins motorisés. Succès assuré quand ils sortent pour balader petits et grands, mais aussi le père Noël, dans les rues de Saudemont. Depuis 2022, Saudemont est devenu Village Patrimoine, un label national mettant en avant la richesse patrimoine des communes de moins de 2.500 habitants. Quelques autres villages aux alentours sont également labellisés, grâce à la richesse naturelle que sont leurs nombreux marais pour les uns ou encore le patrimoine mémoriel de la Première Guerre mondiale pour les autres. Voilà, fin de la visite !
Devenir un petit maire. Laurent Turpin est revenu vivre à Saudemont en 2017, dans la maison que sa famille occupe depuis la fin du XIXe siècle, pour se rapprocher de ses parents dont la santé était fragile. Le monument aux morts recense deux de ses aïeux. Et le cimetière pourrait lui servir d’arbre généalogique à lui tout seul. Son grand-père (résistant notoire) a occupé la fonction d’édile municipal de 1956 à sa mort, en 1978. Et son frère, enfant du village, est revenu y vivre dans les années 1980 avec sa mère, jusqu’à leur dernier souffle. Tous les deux… En 2019…
Dans son introduction, le petit maire, explique sa démarche : Ce livre n’est qu’un témoignage personnel (parfois un peu romancé…) ; il manque sûrement beaucoup d’événements que vivent tous les petits maires (ils sont tellement nombreux) au quotidien. L’idée n’était pas de faire un recensement exhaustif des situations vécues, plutôt d’expliquer la fonction de maire rural et de l’illustrer en puisant dans l’éventail de ses actions et de ses responsabilités, parfois subies. Il est aujourd’hui utile de faire connaître et de valoriser ce statut, afin d’expliquer dans quelle mesure l’implication de tous les maires est fondamentale pour le fonctionnement de la démocratie, au-delà des simples discours. […] Les petits maires luttent au quotidien pour apporter à leurs administrés la qualité de vie qu’ils recherchent en vivant depuis des années dans leur village ou en venant s’y installer. Les liens de proximité sont notre fortune humaine, nous ne voulons pas la gaspiller. Alors, nous agissons à tout instant pour donner une réalité au mieux vivre ensemble. Ainsi le maire de Saudemont se présente puis raconte sa propre démarche, son lien avec la commune de Saudemont, de son élection, jusqu’à son interrogation sur se représenter ou non, en six chapitres : Devenir un petit maire, Les premiers pas, Petit maire, matin, midi et soir…, La vie communale, L’action supracommunale, Se représenter ou pas…
Cette bande dessinée se trouve donc à la croisée du reportage, de l’autobiographie et de la vulgarisation, concernant la fonction de maire d’une commune de moins de mille habitants, ce qui conduit l’édile à se qualifier lui-même de petit maire. Toutefois dans l’introduction, il souligne que les problématiques sont les mêmes que celles des grandes villes (mobilité, identité, sécurité, services, vivre-ensemble, etc.), juste avec moins de moyens. Il continue avec un autre propos souvent entendu : Même s’il y a des communes de petite taille, il n’y a pas de petite commune. Et il ajoute : Certes, mais il y a de petits maires, ceux qui ne bénéficient pas d’une administration, d’une ingénierie ou d’une logistique suffisantes pour gérer les affaires, même courantes. Pour réaliser cette narration, il s’est associé avec un bédéaste qui réalise des dessins dans un registre descriptif et réaliste. Les dessins apparaissent légèrement simplifiés, avec une approche naturaliste. Un peu comme le maire, l’artiste sait tout faire, ou en tout cas tout représenter, quel que soit le domaine d’activité évoqué. L’ordinaire d’un commune rurale et le quotidien d’un maire : une chapelle du village, le patrimoine naturel tel qu’un marais, le cimetière, le monument aux morts, des champs, les maisons du la commune, la salle des fêtes, le bureau du maire, une vue aérienne du village, la cuisine, la salle à manger et le jardin du maire, les rues de la ville envahies par une coulée de boue, l’école avec ses salles de classe et sa cour, les bureaux de la préfecture, le parc récemment rénové, l’église, une ducasse, etc.
Les dessins sont rehaussés par un lavis gris venant souligner certains éléments visuels, et par les couleurs bleu et rouge qui viennent encadrer le blanc de la feuille pour les écharpes tricolores et le drapeau français, faisant ainsi discrètement ressortir la dimension républicaine de ce témoignage. Le lecteur ressent vite la qualité de la coordination entre le maire et le bédéaste. Ils ont investi un temps important pour que le résultat soit une vraie bande dessinée, plutôt qu’un texte illustré ou un récitatif avec des images figées. M. le Maire apparaît dans la plupart des planches, ce qui est cohérent avec le fait que toutes les demandes des habitants lui sont directement adressées et qu’il est perçu comme la ressource de proximité immédiatement disponible à toute heure du jour et de la nuit. En plus de montrer les différentes facettes de la ville et des activités du maire, la narration visuelle met en scène les habitants dans leur demande, ainsi que les adjoints et les conseillers, les services de la préfecture. Sans s’en rendre compte, le lecteur bénéficie d’une visite privilégiée du quotidien de la commune, dans toute sa banalité, et également toutes ses particularités.
S’il a déjà eu l’occasion de s’intéresser aux actions d’un maire et à leur diversité, le lecteur se trouve en terrain familier, et il peut apprécier la qualité de la description qui est faite. Au moment de la sortie de cet ouvrage, le maire reste l’élu disposant du taux de confiance le plus élevé chez les citoyens. À l’opposé des grandes affaires faisant la une des journaux, le lecteur suit un élu dans ce que sa charge a de plus concret et de plus quotidien. Les auteurs passent en revue les différents domaines dont il assume la responsabilité avec les conseillers, de l’état civil à la sécurité, en passant par l’accompagnement aussi bien des personnes âgées que des citoyens subissant la fracture numérique. Ils montrent concrètement différentes actions, que ce soit l’identification d’un corps en cas d’accident de la route que l’organisation d’une fête communale, en passant par des moments compliqués comme la réouverture des classes à l’issue du confinement dans le contexte du COVID-19. Au travers des tâches réalisées, se brosse le portrait d’une charge, de convictions et de motivations. L’omni-disponibilité attendue par les citoyens, et considérée comme normale, n’a de sens qu’au regard de ce qui anime l’élu : renforcer les liens et humains et favoriser la transmission civique. Il conclut son témoignage par le bilan de ce qui a été réalisé : c’est extrêmement gratifiant de contribuer au bien-être des gens. Dans ce monde toujours plus individualiste, partager un sourire, un regard bienveillant ou simplement un Bonjour est à chaque fois une victoire qui donne du sens à son engagement. Et puis il est entouré d’une équipe formidable prête à poursuivre cette aventure humaine et citoyenne.
Petit maire : en rien une expression méprisante ou de condescendance, un terme indiquant qu’il s’agit d’un élu dans une petite ville, de moins de mille habitants. Élu et bédéaste ont travaillé main dans la main pour raconter cette fonction depuis la naissance d’un projet chez un citoyen avec des convictions et qui va présenter une liste, jusqu’à l’heure du bilan et à la question de se représenter. Ils racontent à la fois le parcours du maire, et à la fois les missions dont il est responsable vingt-quatre heures sur vingt-quatre. En fonction de son intérêt pour le sujet, le lecteur découvre cet engagement et ces responsabilités, ou il conforte ses connaissances avec l’exemple du maire de Saudemont, commune française située dans le département du Pas-de-Calais en région Hauts-de-France. Une belle rencontre avec un maire, l’élu préféré des Français.


































