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jeudi 11 janvier 2018

Les cités obscures : L'Echo des Cités : Histoire d'un journal

Élargir l'horizon

Ce tome est paru pour la première fois en 1993 sous la forme d'un format géant, et avec le statut de hors série. Dans le cadre de la réédition du cycle des Cités Obscures entamée en 2007, "L'écho des Cités" a été intégré dans le cycle, après Brüsel (1992) et avant L'enfant penchée (1996).

Comme L'archiviste, ce tome s'apparente plus à un livre illustré, qu'à une bande dessinée. Dans le monde des Cités Obscures, le journal "L'écho des cités" a été fondé en avril 719 AT (Après la Tour, calendrier spécifique des Cités Obscures) par Elmar Obstig von Offenstein. Le présent tome s'ouvre avec l'éditorial du numéro 1 du journal (1 page de texte), puis avec les petites annonces (2 pages de texte avec 4 petites illustrations en noir & blanc. Au bout de 2 ans, le journal est confié à Stanislas Sainclair. De la page 8 à la page 49, l'ouvrage se compose de différents reportages réalisés par Sainclair (né en 696), le plus souvent occupant une double page, généralement avec le texte à gauche et 1 illustration, et 1 illustration pleine page à droite. Pour quelques reportages, la mise en page peut différer avec de petits encarts de texte sur les 2 pages et de grandes illustrations, 2 par page. Le tome se termine avec un entretien de Sainclair, après la faillite du journal, agrémenté de photographies de Marie Françoise Plissart. Les reportages évoquent le retour du capitaine Nemo à Samarobrive, le festival d'orgue organisé par Oscar Frobélius sur les bords du Lac Vert, une expulsion à Urbicande, le début de la requalification de l'espace urbain à Brüsel lancée par Freddy de Vrouw, les exploits de Michel Ardan, le mystérieux Spitfire marqué "XIV-FRC (RM 921)", les mystérieuses sphères de Marahuaca, la visite d'Eugen Robick à Mylos, la démission surprise de Mary von Rathen, etc.

C'est toujours un plaisir que de pouvoir contempler les illustrations minutieuses, méticuleuses et oniriques de François Schuiten. Chaque image est une invitation au voyage dans un endroit plus ou moins fantasmagorique. La couverture place le lecteur en face de Sainclair, totalement absorbé par sa relecture, sérieux et professionnel, avec l'énorme monstre archaïque des rotatives. Cette illustration se prolonge sur le dos de l'ouvrage et sur les 2 rabats. Le dos montre la salle de rédaction baignée dans une chaude lumière orange, accueillante et agréable, avec un mobilier du début du vingtième siècle. Une grande attention est portée aux détails de la machinerie, apportant un poids et une crédibilité à la scène. Le lecteur familier de la série remarque les alvéoles carrées du plafond et pense immédiatement à celles de la salle du conseil où Eugen Robick s'exprime dans "La fièvre d'Urbicande", c'est-à-dire un écho visuel du réseau.

Comme "L'archiviste", ce tome a vocation à porter le regard du lecteur vers des ailleurs pas encore visités par le cycle, mais aussi à renforcer la continuité entre les différents tomes. C'est ainsi que l'étendue calme et rassérénante du Lac Vert n'est plus transpercée par le réseau, mais devient le lieu de 2 manifestations magnifiques (en particulier la deuxième avec le vol majestueux de ces oiseaux gigantesques porteurs de nacelle). Le lecteur se retrouve également par deux fois sur le site de l'échangeur universel déjà évoqué dans "L'archiviste", où Schuiten transmet à la perfection l'enchevêtrement impossible des voiries, ainsi que les modèles de voiture hétérogènes. La descente dans la faille qui abrite les sphères permet de découvrir les restes d'une civilisation oubliée dans une faible lumière. Le passage des 2 aviateurs dans les bureaux d'Alta-Plana, la cité archives, oppose le romantisme de ces 2 explorateurs, au morne quotidien des fonctionnaires occupés à classer des monceaux de documents écrits. Pour chaque destination, la minutie et l'intelligence de Schuiten pour rendre compte des architectures façonnent un environnement à nul autre pareil, hautement détaillé sans en devenir asphyxiant, imposant sa logique aux humains qui l'habitent. Le temps de 3 reportages, Schuiten est même amené à dessiner des sites naturels (presqu'une hérésie dans le cadre des Cités Obscures).



"L'archiviste" proposait également de découvrir des dossiers sur différentes cités, mais avec une trame narrative de bout en bout : l'écriture du rapport d'Isidore Louis. La trame de "L'écho des cités" est plus lâche puisqu'il s'agit de différents reportages parus dans ce magazine, reproduits dans un ordre chronologique. Parfois 2 reportages traitent d'un même endroit, soit à la suite, soit séparés par plusieurs autres. Benoît Peeters insère des références aux récits précédents (Urbicande, Brüsel) et même à ceux à venir (l'évocation de Mary von Rathen). En filigrane, le lecteur découvre la relation qui unit Stanislas Sainclair et Michel Ardan. Le nom de ce dernier est une anagramme de Nadar (Félix Tournachon, 1820-1910), mais aussi le héros de De la Terre à la Lune de Jules Verne. C'est l'occasion pour Peeters d'introduire ce personnage et de renforcer le lien avec Jules Verne. Les exploits des 2 aviateurs (Harry Rhodes et Cynthia Sirk) évoquent les heures glorieuses de l'aérospatiale. En fonction des reportages, Peeters taquine plus ou moins ouvertement l'allégorie, plutôt moins avec l'échangeur universel d'Axel Wappendorf (point de croisement de toutes les routes du continent), plutôt plus avec ces enfants ayant quitté leur domicile répondant à l'appel impérieux du Livre (le pouvoir de séduction de l'écrit et de la narration). Peeters n'oublie d'insérer quelques touches d'humour, sous forme d'une douce dérision teintée de noirceur. C'est le cas par exemple de cette brigade urbatecturale chargé de vérifier que les habitants d'Urbicande ne dénaturent par leur appartement en y apportant des aménagements non réglementaires, une forme de totalitarisme exacerbé où l'individu doit s'adapter à son environnement sans rien y changer.


"L'écho des cités" fait partie des livres illustrés du cycle des Cotés Obscures, mais aussi des tomes assurant la cohésion entre les différents récits. Il recèle de nombreuses découvertes de sites déjà aperçus ou inconnus, ainsi que de nombreuses rencontres avec des personnages récurrents. Le lecteur assidu du cycle y trouvera une mine d'informations, et y retrouvera des endroits familiers (la maquette géante de Brüsel) ainsi que des événements déjà mentionnés (les incompréhensibles explosions végétales à Brüsel, observées dans la "Route d'Armilia"). Le lecteur néophyte ne trouvera peut être pas son content dans cette collection d'articles plus ou moins explicites.

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