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mardi 25 janvier 2022

Double dames

Pourquoi c'est toujours moi Watson ?


Ce tome s'intercale entre La conjuration de bohême (2012, tome 16 de la série) et Caroline Baldwin T17: Narco tango (2017). Il contient une histoire complète qui peut être appréciée sans aucune connaissance préalable des aventures de Caroline Baldwin ou de celles de Roxane Leduc. Sa première édition date de 2021. Il a été réalisé par André Taymans pour le scénario, les dessins et les couleurs, avec sa fille Johanna coscénariste. Il se termine avec un texte d'un page où l'auteur explique la genèse de l'album, et la reproduction des crayonnés de 2 pages n'ayant pas été retenues dans l'histoire finale.


Dans une auberge en Haute-Savoie, par un bel après-midi de printemps, Roxane Leduc regarde le paysage depuis le balcon de sa chambre. Elle entend son portable émettre un bip : elle rentre dans sa chambre, met de l'eau à chauffer dans la bouilloire électrique, puis sort son téléphone de son sac. Il s'agit d'un message de Caroline Baldwin lui annonçant qu'elle doit retarder son départ de Montréal et qu'elle l'appelle demain. Roxane se sert son thé, et va bouquiner sur son lit. Le lendemain, elle petit-déjeune tranquille toute seule à la table de l'auberge, puis sort pour se rendre à son rendez-vous à 10h00 devant l'église de Bellevaux. Tout en conduisant, elle vérifie dans sa tête qu'elle a bien tout : raquettes, pique-nique. Elle arrive sur place avec seulement sept minutes de retard.



Comme convenu, Roxane Leduc retrouve Carlos Menez devant l'église. Il lui explique que son père ne se sent pas très bien et qu'ils ont décidé d'écourter leur séjour. Néanmoins, il la dédommage pour cette journée perdue, parce que lui non plus ne va pas effectuer la randonnée : ce ne serait pas raisonnable de laisser son père seul même quelques heures. Elle souhaite un prompt rétablissement à Félix Marchand le père de son client, et elle décide d'effectuer la randonnée seule, pas de raison que la balade soit perdu pour tout le monde. Elle avance d'un bon pas en raquette dans la neige, et remarque qu'elle n'est pas la seule à profiter de la journée. Un peu plus loin, elle s'arrête discrètement car elle vient d'apercevoir le même Carlos Mendes en raquette, arrêté, observant droit devant lui quelque chose avec ses jumelles. Elle se cache derrière un arbre pour l'épier. Son téléphone sonne : elle répond et Caroline Baldwin lui indique qu'elle se trouve à l'aéroport de Dorval où tous les avions sont cloués au sol suite à une gigantesque tempête de neige. Elles sont coupées : Roxane raccroche et constate que Carlos en a profité pour mettre les voiles. Elle poursuit sa randonnée, alors qu'il l'épie à son insu, caché derrière un arbre. Une fois rentrée à l'auberge, Roxane revêt une robe et descend manger. L'aubergiste lui demande si elle veut une table seule ou si elle attend ses deux clients, ce qui la déconcerte car elle était persuadée qu'ils étaient partis. Elles vont demander au patron Olivier en cuisine qui confirme qu'il ne savait pas que les argentins sont partis. Deux policiers arrivent à ce moment-là et leur apprenne la mort de Félix Marchand dont le cadavre a été retrouvé.


La série Caroline Baldwin s'est achevée en 2020 avec Caroline Baldwin T19 - Les faucons. Dans sa postface, l'auteur explique qu'il avait souhaité donner une fin à son personnage, et qu'il lui restait quelques projets d'histoire, a priori une demi-douzaine, commencées, mais pas finalisées, qui s'intercalent entre des albums déjà parus. Le lecteur comprend mieux le nom de la maison d'édition : éditions du tiroir, en espérant qu'il ne s'agit pas des fonds de tiroir. André Taymans explique donc qu'il avait mis en chantier la présente histoire, en 2012, qui devait être racontée de deux points de vue différents, celui de Roxane Leduc, et celui de Caroline Baldwin. Elle a été retravaillée sous la forme d'un album unique. La quatrième de couverture comporte un court texte du scénariste Rodolphe replaçant dans son contexte, l'apparition du personnage Caroline Baldwin. En 1996, il y avait peu d'héroïnes : à l'époque, elle représente donc une nouveauté dans le club très privé des héros masculins. En plus, il s'agit d'une jeune femme moderne, faite de contradictions, de forces et de faiblesses, d'énergie et de fêlures, une beauté sans artifice. Du fait de la genèse un peu particulière de cette histoire, Caroline Baldwin n'apparaît que dans 2 cases dans la planche 10 et elle ne devient le personnage principal qu'à partir de la planche 31 dans ce récit qui en compte 44.



Qu'il ait déjà lu tous les tomes de la série principale ou qu'il découvre l'héroïne ou même l'auteur, le lecteur relève vite les caractéristiques de la narration. Le récit est situé dans les environs de la commune de Bellevaux en Haute-Savoie, et l'auteur connaît manifestement les lieux, et peut-être même l'auberge dans laquelle séjourne Roxane Leduc. Le lecteur peut donc se projeter dans ces lieux et se sentir comme un hôte profitant de la chambre, de son lit, de sa salle de bain, et même de sa bouilloire, dans la salle à manger pour prendre son petit-déjeuner avec Roxane, et même passer en cuisine quand elle suit la patronne qui va interroger son mari. Les traits de contour sont un peu épais, donnant ainsi plus de consistance à chaque élément, et le niveau de détails élevé assure une description immersive. Il en va de même pour les scènes en extérieur : les rues de Bellevaux, le lac de Vallon, et la randonnée en forêt. Il est fort vraisemblable que Taymans lui-même se soit adonné aux raquettes dans cette forêt. Cela donne lieu à une sympathique balade de 3 pages dans la neige, au milieu des sapins, avec une belle vue sur le lac de Vallon.


L'histoire commence tranquillement, découlant totalement du lieu et des personnages : Roxane Leduc est guide de montagne pour des randonnées, et elle va retrouver ses clients. Le récit passe en mode enquête quand la police survient dans l'auberge pour informer le patron qu'un de ses clients a été repêché dans le lac de Vallon il y a une heure à peine. Tout naturellement, Leduc en parle au petit déjeuner avec le vieux Grégoire, un ancien du village venu s'en jeter un derrière la cravate. La scène est naturaliste, avec Roxane prenant le soleil sur la terrasse et sans exagération sur l'homme âgé. Le récit passe en mode aventure de manière tout aussi organique : le vieux Grégoire a repéré une activité nocturne près du lac du Vallon. Le scénariste met à profit un fait réel : un glissement de terrain survenu en 1943, qui a emporté neuf granges, cinq fermes, deux scieries et des maisons des hameaux avoisinants dont celui de l’Éconduit. À partir de là, les conventions de genre s'immiscent dans le récit : la jeune femme qui n'hésite pas à aller voir par elle-même de nuit au bord du lac, l'inspecteur pas très doué, en tout cas moins que Roxane, cette dernière qui se dit que le plus efficace est de plonger à son tour dans le lac, de nuit bien sûr et toute seule. Le lecteur retrouve bien le principe rappelé par Rodolphe : une héroïne, femme normale, qui se retrouve dans une histoire dangereuse et qui se montre courageuse au point de se mettre en danger de manière imprudente.



Effectivement, le lecteur relève d'autres conventions de genre assez marquées : la chronologie des faits fort opportune, les personnages principaux qui décident de prendre l'initiative sans en référer à la police, et une concomitance de circonstances assez extraordinaire pour que deux fils narratifs culminent exactement au même moment, avec un ou deux hasards très heureux. Il se dit que c'est lié à la transformation d'une histoire condensée de 2 albums en 1, et des caractéristiques de l'écriture de l'auteur. S'il a lu la série, il remarque qu'il n'a pas la place de réaliser des séquences muettes de marche ou de découverte, à l'exception d'une (planche 25) quand Roxane explore le fond du lac en tenue de plongée). Il sourit en voyant la même Roxane allongée sur le lit de sa chambre d'hôtel, identiques à celle de Caroline dans d'autres albums. Il sourit franchement de l'incongruité de la planche 11 où Roxane est train de se changer pour enfiler une robe plus habillée, ce qui donne l'occasion à l'artiste de la représenter en sous-vêtement bas, culotte et soutien-gorge, un peu en décalage avec la situation et le respect montré par ailleurs aux héroïnes qui mènent la danse par leurs compétences et leur courage. D'ailleurs, le lecteur de longue date ne peut pas s'empêcher de chercher les éléments de la continuité (légère) de la série. Il retrouve l'amitié entre Roxane et Caroline, le fait que cette dernière réside au Canada. En revanche il n'est fait mention nulle part de son traitement médicamenteux.


Impossible de résister à une aventure de plus pour le lecteur qui a suivi la série régulière de Caroline Baldwin : l'occasion est trop belle de retrouver cette jeune femme au caractère pas toujours commode. La narration visuelle s'avère très roborative, avec sa qualité descriptive, les environnements montrés concrets et réalistes, la sensation de se trouver dans cette région de France, et la présence des personnages. L'intrigue s'avère un cran en dessous s'appuyant un peu trop sur des conventions de genre mises en scène au premier degré. Une aventure sympathique.



jeudi 30 avril 2020

Caroline Baldwin Tome 14 : Free Tibet

Que j'aimerais être plus vieille d'une semaine.

Ce tome fait suite à Caroline Baldwin, Tome 13 : La Nuit du grand marcheur (2007) qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu avant. La première édition date de 2010 et il est repris dans Caroline Baldwin Intégrale T4: Volumes 13 à 16. Il a été réalisé par André Taymans pour le scénario, les dessins et l'encrage. La mise en couleurs a été réalisée par Thierry Wesel. Cette aventure comprend 44 planches.


Quelque part sur une pente enherbée, non loin de l'Everest, Caroline Baldwin est en train de faire le point avec Max qui consulte une carte, pendant que le sherpa et le porteur attendent les instructions. Max estime qu'ils devraient bientôt rejoindre l'autre groupe, sous réserve de ne pas être pris comme cible par des tireurs népalais. Un mois plutôt, Caroline Baldwin retrouvait Roxane Leduc au pied de la fontaine Bethesda dans Central Park. Baldwin a enfin pu revenir aux États-Unis, du fait de l'alternance politique à la tête de l'état, avec l'arrivée de la présidente Kristin Wallace. Roxane propose qu'elles aillent prendre un verre chez Allan, un barman de leur connaissance qui s'est installé à New York. Une fois sur place, elles entament une partie de billard, puis vont s'asseoir pour siroter un bourbon. Roxane Leduc finit par expliquer ce qui la travaille à son amie : elle milite pour le Tibet libérée du joug chinois, et elle a décidé d'accompagner une expédition qui va essayer de planter un drapeau tibétain au sommet de l'Everest, le jour où la flamme olympique doit y arriver.

Caroline Baldwin tente de décourager sa copine, mais sans succès. Roxane lui remet une enveloppe avec le parcours qu'elle compte suivre, au cas où il lui arriverait malheur. Dix jours plus tard, Caroline Baldwin se fait accompagner par l'inspecteur de police Philips pour se rendre à rendez-vous dans la chambre 112 d'un motel, fixé par un individu qui en sait long sur elle. Elle monte seule dans la chambre, Philips lui ayant remis un revolver avant. Elle est accueillie par Max, un agent de la CIA qui lui explique qu'il est essentiel d'intercepter Roxane Leduc et ses compagnons avant qu'ils ne réussissent dans leur projet de protestation parce que ledit groupe a été infiltré par un mercenaire à la solde d'un puissant lobby industriel prochinois qui doit tout faire pour que le projet n'aboutisse pas. L'agent indique que le tueur n'hésitera pas à apporter une solution définitive et mortelle. Caroline Baldwin n'accepte de communiquer l'itinéraire de son amie que sous réserve de faire partie de l'expédition de sauvetage. En vol, Max présente les autres membres du groupe de Roxane : Ted Chirabia, Chris Bourbon, Ben Jabot, John Erwin, Andrew Roberts. L'un d'entre eux est le tueur potentiel.


Ce n'est pas la première fois que Caroline Baldwin s'aventure au Népal : elle avait y avait déjà séjourné dans Caroline Baldwin, tomes 9 : Rendez-vous à Katmandou (2003). Cette fois-ci, elle n'est plus en fuite, suite à une histoire d'espionnage qui a mal tourné : elle y va pour aider une copine. André Taymans ouvre son récit avec ce qu'il sait faire de mieux : rendre compte d'un paysage, avec l'émotion associée. Il sait rendre intéressants un tas de cailloux et de sommets enneigés, semblables à beaucoup d'autres. Il dessine d'après ses propres expériences de montagne, y compris dans cette région du monde. Le lecteur se rend compte qu'il peut se projeter aux côtés des personnages, et imaginer se trouver à cet endroit. Il voit leur tenue adaptée au climat : chaussures de marche, pantalon de grande randonnée, blouson protégeant du vent et du froid, lunettes adaptées à la haute montagne, avec les petites protections sur le côté. Il regarde autour de lui : les formations rocheuses, le chemin de terre, l'herbe rase. De la planche 18 à la planche 44, il suit en alternance l'expédition du groupe de Caroline Baldwin, et celle de Roxane Leduc. L'artiste se montre aussi bon metteur en scène que descripteur.

Le lecteur ne s'ennuie pas un seul instant à regarder les paysages : lac encaissé dont on devine que l'eau doit être bien froide, sensation d'isolement total, effort à la montée qui fait qu'on enlève son blouson pendant l'effort, descente prudente alors que les cailloux roulent, lambeaux de nuage, murets de pierre, grandes étendues qui semblent interminables, vue imprenable à chaque franchissement de col ou de sommet, vallées encaissées, déséquilibre provoqué par la combinaison de la fatigue et d'une pierre qui roule, ambiance lumineuse unique, augmentation progressive des parties enneigées. L'intensité de l'immersion augmente progressivement et discrètement : l'évolution du terrain et sa variété n'apparaît que dans les images, sans qu'aucun personnage n'attire l'attention dessus en commentant une caractéristique ou une autre. André Taymans raconte la randonnée presqu'incidemment par rapport à l'intrigue. Le lecteur peut ne prêter aucune attention consciente à ces éléments, par exemple le fait que les personnages sont habillés de plus en plus chaudement, mais cela participe de manière subliminale à l'intrigue. Même s'il n'y fait pas consciemment attention, l'esprit du lecteur intègre le fait que les conditions de randonnée se durcissent au fil des pages.


Du fait du nombre de pages consacrées à la randonnée, André Taymans ne montre que quelques autres paysages. Il reproduit avec fidélité la fontaine Bethesda dessinée par Emma Stebbins en 1868 et inaugurée en 1873. Il retranscrit bien également la sensation d'espace ouvert quand le touriste la découvre en contrebas dans Central Park. Le nouveau bar d'Allan est accueillant avec ses fauteuils profonds et confortables, et agréable car pas bondé à cette heure de la journée. Le rendez-vous au motel permet de retrouver l'architecture typique de ce genre d'établissement : deux étages, l'accès aux chambres par un escalier extérieur qui donne sur une partie commune à l'air libre qui dessert les chambres. En décalage avec le mobilier bon marché, ainsi que l'aménagement strictement fonctionnel. Enfin le lecteur passe quatre pages avec Caroline Baldwin dans une petite ville du Népal, à la fois à marcher dans les rues, à la fois chez l'habitant et à l'hôtel, pour recruter des sherpas. À nouveau, il peut constater que l'artiste représente les rues, les façades et le quartier en prêtant attention à l'urbanisme local, à l'opposé d'un décor générique vaguement exotique, déconnecté de toute réalité.

Le titre annonce un album politiquement engagé. Planche 4, Roxane Leduc parle du joug chinois qui père sur le Tibet, mais sans détailler la nature de ce joug, la gestion politique du Tibet par la Chine, et les méthodes utilisées pour faire régner l'ordre. Planche 8 & 9, l'agent Max évoque les intérêts économiques de certaines entreprises, ainsi que la politique extérieure de la nouvelle présidente des États-Unis, mais sans non plus approfondir la question. Planche 21, quelques traits représentent une patrouille militaire chinoise, six silhouettes très vagues de 3 millimètres de haut au fond d'une case. Enfin planche 40, il est question de l'ethnie Khamba d'un des porteurs. Avec un tel titre tel que celui de Free Tibet, le lecteur s'attendait à ce que l'auteur se livre à une prise de position plus développée, plus étayée. De ce point de vue-là, il en est pour ses frais : l'histoire ne se transforme pas en tribune de dénonciation de l'oppression d'un peuple, et aucun nom n'est donné, ni aucune date. Le scénariste s'en tient à son intrigue : démasquer et neutraliser le tueur dans l'équipe de Roxane, avant qu'il ne puisse frapper. Du coup, les quatre dernières pages tombent un peu à plat en développant le sort d'un personnage qui n'a pas été développé, qui se bat pour une cause qui n'est pas incarnée, qui effectue un geste que l'auteur veut lourd de sens, mais dont la portée émotionnelle en devient très faible, voire inexistante.


L'horizon d'attente du lecteur comprend également une enquête de type policière, ainsi que de côtoyer Caroline Baldwin. Le scénariste construit son récit sur le principe d'une course–poursuite se déroulant à vitesse réduite : à pied, en marchant, avec un fort dénivelé. Le lecteur accorde peu d'importance au fait de découvrir si Caroline Baldwin et Max rattraperont Roxane Leduc et son groupe avant qu'ils ne mettent leur plan à exécution ou après. En effet, Taymans présente bien les 5 autres membres du groupe dans la planche 10, avec leur nom et leur métier. Mais finalement ils ne disposent que d'un seul trait de personnalité au cours de l'expédition, et ils n'évoquent ni leur passé, ni leur motivation : ce n'est pas un polar psychologique. Le lecteur se rend également compte qu'il n'attache pas beaucoup d'importance à savoir qui est le traître, ce qui diminue d'autant l'intérêt de la scène d'explication en deux pages, même si les paysages restent magnifiques en arrière-plan.

Le titre de ce quatorzième album sonne comme un cri politique, une exhortation à l'indignation et à l'action. Le lecteur découvre une enquête de type policière qui prend la forme d'une expédition pour accéder à l'Everest, par deux groupes distincts, l'un poursuivant l'autre, au rythme de la marche ascensionnelle. Finalement, l'atteinte de l'objectif des manifestants devient vite secondaire, ainsi que l'identité de mercenaire. Il reste par contre une randonnée extraordinaire sur le toit du monde.


lundi 2 septembre 2019

Caroline Baldwin, tome 10 : Mortelle thérapie

Il faut que j'arrête de lire des polars ! Ça ne me vaut rien.

Ce tome fait suite à
Caroline Baldwin, tomes 9 : Rendez-vous à Katmandou (2003) qu'il n'est pas indispensable d'avoir lu avant. La première édition date de 2004 et il est repris dans Caroline Baldwin Intégrale T3: Volumes 9 à 12. Il a été réalisé par André Taymans pour le scénario, les dessins et l'encrage. La mise en couleurs a été réalisée par Bruno Wesel.

Caroline Baldwin est revenue s'installer au Canada, ayant loué un chalet en montagne avec Roxane Leduc. Elle refuse de retourner travailler aux États-Unis tant que l'administration Preston est au pouvoir. Roxane lui indique qu'elle a besoin d'une bouteille de blanc pour préparer la fondue. Caroline Baldwin se dévoue pour descendre au village à pied. En marchant en bordure de route, elle est poussée par une Ferrari qui descend à toute vitesse. Elle se retrouve sans conscience quelques mètres en contrebas. Une autre voiture passe par là et la conductrice s'arrête. Ellen aide Caroline Baldwin à se remettre sur pied et l'emmène à l'hôpital le plus proche car elle a le pied cassé. Le soir-même Caroline est de retour au chalet, avec le pied gauche dans le plâtre. Roxane y inscrit un petit mot : amputer en suivant les pointillés. Elle ajoute qu'elle est allée acheter la bouteille de vin elle-même.

Quelques jours plus tard, Caroline Baldwin se rend à un rendez-vous chez son médecin le docteur Gagnon, pour le suivi de son traitement pour sa séropositivité. Le médecin lui propose de bénéficier du programme Carver, c'est-à-dire tester un vaccin thérapeutique contre le SIDA mis au point par une équipe française. Une de ses patientes ayant débuté l'expérience il y a un mois, a été renversée par un chauffeur. Le docteur Gagnon lui propose de prendre sa place dans le programme Carver. Caroline Baldwin accepte. Elle va s'installer quelques temps dans un pavillon situé à Sainte-Anne-des-Lacs, qu'elle garde pour son propriétaire René. Il lui indique qu'elle a déjà reçu une lettre, et il lui fait les recommandations d'usage sur l'eau, le gaz, l'électricité, la voirie. Une fois seule, elle ouvre le courrier : il s'agit d'une lettre de Gary Scott. Le lendemain elle se rend à Montréal pour son premier rendez-vous pour le programme Carver. Elle fit la connaissance d'un autre patient dans la salle d'attente : Gilles Cartier.


Après la Thaïlande, le Laos et le Tibet, Caroline Baldwin est de retour dans son pays natal : le Canada, et plus précisément au Québec. Le lecteur européen peut trouver que cette destination touristique est moins exotique, mais André Taymans y investit le même sérieux que pour les autres. Une fois encore, il est perceptible qu'il y a séjourné et qu'il rend compte de son expérience personnelle, d'une découverte de la région qui ne se cantonne pas à un catalogue basique des sites touristiques les plus fréquentés. Il situe son action pour une petite partie à Montréal (les visites chez le médecin) et pour la majeure partie à Saint-Anne-des-lacs, une municipalité régionale du comté des Pays-d'en-Haut dans la région des Laurentides. En fait dès la première séquence, le lecteur prend une bouffée d'air pur, avec ce paysage de montagne en été, la belle pente herbue, la forêt de sapin, les rochers, et les montagnes à la cime enneigée dans le lointain. Comme à son habitude, l'artiste sait transcrire les sensations : le plaisir du grand air, l'isolement, la tranquillité de marcher dans la nature, les oiseaux volant haut dans le ciel, les nuages se déplaçant paisiblement, l'irruption brutale d'une voiture. Le lecteur a également un aperçu du chalet de Roxane et Caroline en vue extérieure avec une architecture authentique et un bref aperçu de l'intérieur tout en bois.

Le lecteur accompagne ensuite Caroline Baldwin dans le cabinet du docteur Gagnon où il peut voir son bureau, sa lampe de travail, son armoire à tiroir pour ranger ses dossiers, son fauteuil, sa corbeille à papier, son calendrier mural, son ordinateur portable, la vue depuis sa fenêtre, sans oublier la chaise visiteur, Caroline et lui-même, tout ça en une case à la lisibilité immédiate. Un peu plus tard, Caroline Baldwin est dans la cuisine du pavillon de René, et le lecteur observe le plan de travail en U, les plaques de la cuisinière électrique, l'évier, le four à microonde, la cafetière électrique, les placards au mur et les objets de décoration posés dessus, les étagères et leurs bocaux, à nouveau en une seule case. Ce niveau de détail fait que chaque endroit est singulier et différent : l'aménagement de la maison de Gilles Cartier est différent de celui de la maison de la deuxième victime. Du coup, la fouille effectuée par l'inspecteur de police dans l'une et dans l'autre présente des particularités. En y repensant, le lecteur se rend également compte que l'auteur a su composer son récit de manière à faire régulièrement voyager le lecteur d'un endroit à un autre : le chalet en montagne, Montréal, Sainte-Anne-des-Lacs, une rive de la rivière Gatineau à Hull (Québec), Dunham (comté de Brome-Missisquoi). Le Québec est encore évoqué par d'autres particularités de cette province : un ou deux mots de vocabulaire (Char pour Voiture) mais sans en abuser, un repas dans une cabane à sucre avec dégustation de la tire du sirop d'érable, le passage sur un pont couvert avec son toit à deux versants (structure de type Town), éléments qui sont intégrés de manière organique à la narration.


Dans l'introduction de la réédition de 2017, Anne Matheys indique qu'André Taymans souhaitait mettre plus en avant la séropositivité de son héroïne, ce qu'il fait au travers d'une enquête liée à des patients séropositifs. Par la force des choses le genre Enquête policière, nécessite de pouvoir exposer des quantités significatives d'information. Effectivement plusieurs personnages expliquent le temps d'une page ou deux : le docteur Gagnon en planche 7, Caroline et l'inspecteur lors d'une longue discussion en planches 24 & 25, Caroline Baldwin et d'autres personnages le long de 5 planches (35 à 39). Par rapport à de précédents épisodes, ces discussions se présentent de manière plus naturelle : il est normal que le docteur explique le nouveau traitement à Caroline, il est indispensable que l'inspecteur et Caroline échangent des informations sur ce qu'ils savent, certaines affaires se traitent naturellement en conversation en face à face ou au téléphone. Il ne s'agit pas d'un personnage qui se tient devant plusieurs autres pour tout expliquer de manière magistrale. En outre, il ne s'agit pas de l'unique forme de narration : régulièrement André Taymans réalise également des planches muettes dans lesquelles le lecteur regarde évoluer le ou les personnages. Cela commence avec la chute de Caroline Baldwin (planche 2), la lecture de la lettre de Gary Scott (planche 18), le retour la maison louée par Baldwin (planche 30), la fouille de la maison de Gilles Cartier (planches 32 à 34) avec très peu de phylactères. Les séquences muettes ne se limitent donc pas à des scènes d'action : il peut s'agit aussi d'un moment fortement chargé en émotion (la lecture de la lettre) ou d'une phase de l'enquête (la fouille). Le bédéaste sait aussi utiliser les bulles de pensée à bon escient : il y en a dans 7 pages, une ou deux à chaque fois, s'intégrant de manière organique, sans paraître être un outil narratif infantile.


Le scénariste a imaginé une série de meurtres avec un mobile original, facile à comprendre et plausible. Le lecteur relève les différentes informations au fur et à mesure, découvrant le système en même temps que Caroline Baldwin qui n'est pas omnisciente et qui accepte l'aide d'autres personnes pour pouvoir progresser. Il sait également faire transparaître la personnalité de chaque protagoniste. Caroline Baldwin reste une femme indépendante, prête à prendre des risques, dragueuse mais plus réfléchie qu'au début de la série, et appréciant toujours l'alcool. L'inspecteur de police est bougon et réfractaire à l'idée de laisser Caroline Baldwin s'immiscer dans son enquête, tout en étant capable de constater ce qu'elle peut apporter, et donc évoluer dans sa manière de faire. Les criminels sont motivés par l'appât du gain, et le tueur ne fait que son métier. Le lecteur apprécie de retrouver la bonne humeur de Roxane Leduc (une autre héroïne de Taymans) le temps de 3 pages. Il se demande qui est cette mystérieuse Ellen qui vient en aide à Caroline Baldwin dans le fossé. L'introduction de la réédition permet d'apprendre qu'il s'agit de l'héroïne d'une série de BD réalisée par Benoît Roels, et que la même scène apparaît dans Bleu lézard, tome 6 : L'Appât (2004), cette fois-ci du point de vue d'Ellen, avec certainement l'explication relative au chauffard. Enfin les informations sur la séropositivité relèvent à la fois de la vie de tous les jours (Caroline tançant l'inspecteur sur sa crainte parce qu'elle a touché son verre) et de la question médicale avec le docteur Gagnon, sans se transformer en une leçon de morale, ni en cours médical.

Avec ce dixième tome, André Taymans montre que cette série se prête à différents types de récit, tout en conservant ses caractéristiques principales : Caroline Baldwin, une enquête, une dimension touristique. Ici, l'héroïne commence à être plus réfléchie et sa relation avec la police se fait naturellement. L'enquête repose sur un motif plausible et simple, très convaincant. La dimension touristique semble plus banale (des endroits ordinaires du Québec), tout en étant parfaitement intégrée au récit, au point de pouvoir en devenir invisible, et pourtant André Taymans ne se contente jamais d'endroits génériques sans identité.


mardi 23 juillet 2019

Caroline Baldwin, tomes 9 : Rendez-vous à Katmandou

La solitude a tendance à me faire tout dramatiser.

Ce tome fait suite à
Caroline Baldwin, tome 8 : La Lagune (2002) qu'il n'est pas indispensable d'avoir lu avant. La première édition date de 2003 et il est repris dans Caroline Baldwin Intégrale T3: Volumes 9 à 12. Il a été réalisé par André Taymans pour le scénario, les dessins et l'encrage.

Cela fait 3 semaines que Caroline Baldwin se trouve à Katmandou et qu'elle en arpente les rues. Elle va contempler le Stupa de Bodnath au temple Swayambunat, tout en pensant à sa maladie et au fait que qu'une personne va bientôt la rejoindre, tout en ayant conscience de dramatiser la situation du fait de sa solitude. À l'aéroport d'Austin au Texas, le professeur Chapman se fait héler par 3 agents du FBI qui l'emmènent à l'écart alors qu'il s'apprêtait à embarquer. Ils le rassurent sur le fait que son avion ne décollera pas sans lui. En fait, c'est une autre personne qui embarque sous le nom de Chapman : l'agent Gary Scott. 2 jours plus tard, ce dernier s'entretient avec l'ambassadeur des États-Unis à l'ambassade même de Katmandou. L'ambassadeur s'enquiert de sa santé : Scott répond qu'il se remet doucement de sa blessure. L'ambassadeur l'informe ensuite que sa valise est restée à Austin, mais qu'une consœur va lui apporter : Julia Peterson. Enfin, pince-sans-rire, il lui demande de ne pas mourir sur son secteur.

Le soir même, Gary Scott retrouve Caroline Baldwin dans un restaurant à l'étage dans un autre quartier de la ville. Il lui indique qu'il est là pour une mission, que sa valise est restée à Austin, et que c'est Julia Peterson qui va lui amener. Cette dernière est à Austin en train de fouiller ladite valise : elle y trouve un caleçon avec un motif de petits cœurs, des préservatifs et les médicaments de Caroline Baldwin. À Katmandou, Scott & Baldwin rentrent à l'appartement de Caroline, celle-ci étant très inquiète de ne pas avoir pu suivre son traitement depuis plusieurs semaines. Scott finit par la quitter pour aller accomplir sa mission, en lui intimant de rester là où elle se trouve jusqu'à ce qu'il reprenne contact avec elle. Caroline Baldwin décide d'aller vider quelques verres dans un bar. Alors qu'elle refuse de partir à l'heure de la fermeture, la propriétaire vient papoter un peu avec elle ; elle s'appelle Roxane Leduc. Julia Peterson est arrivée à Katmandou : dans la voiture en revenant de l'aéroport, elle explique à Gary Scott qu'elle va rester pour l'accompagner dans sa mission et quelle joue le rôle de la femme du professeur Chapman. Plus tard, alors qu'ils marchent dans la rue, elle l'embrasse fougueusement pour jouer son rôle, sans avoir conscience que Caroline Baldwin les épie.


Arrivé au neuvième tome, le lecteur connaît le principe de la série, et même attend qu'elle s'y conforme : l'auteur raconte une enquête de son héroïne, en nourrissant le récit de ses propres visites touristiques. Effectivement, il a effectué un trekking à Katmandou et dans la région en 2001, en compagnie de sa femme et d'un guide. Le lecteur le ressent immédiatement avec les 3 pages de la scène introductive où Caroline Baldwin déambule dans les rues de Katmandou, et le lecteur éprouve la sensation de regarder les photos souvenir de Taymans, avec les lieux touristiques inévitables à commencer par le Stupa de Bodnath au temple Swayambunat (temple des singes). Le flux de pensées de Caroline Baldwin s'avère assez détaché du lieu où elle se trouve : elle remarque bien qu'elle connaît le quartier par cœur, mais elle est entièrement préoccupée par les circonstances de sa situation. Elle pourrait se trouver dans une autre partie du globe, cela n'aurait pas plus d'incidence sur ses pensées. Du coup, cette première scène donne la sensation au lecteur de plus être dans l'album souvenir d'un touriste que dans un récit dont l'histoire définit les lieux. Cette sensation revient lorsque Gary Scott & Julia Peterson déambulent dans les rues de Katmandou, lors du rendez-vous sur le Dubar Square de Nhaktapur et pendant le trek au départ de Dhunche, et le second trek vers la rivière Trisuli.

D'un autre côté, ça reste toujours aussi agréable d'accompagner l'avatar de l'auteur dans ses déplacements touristiques. Le trait de Taymans est toujours aussi assuré et juste, avec un haut niveau de détails, tout en restant lisible. Ainsi sur la première page, le lecteur découvre 7 cases, comprenant toutes des paysages urbains de Katmandou. Le lecteur voit bien qu'il s'agit de photographies de l'auteur qu'il a redessinées. Il peut donc contempler par ses yeux ce qu'il a vu, se projeter sur place avec une part de ressenti par procuration. La nature descriptive des dessins en fait un reportage, de lieux croqués sur le vif, avec les usagers de la voie publique du moment. Du coup, il n'y a pas l'impression de feuilleter un album de souvenirs figés, mais bien une sensation de déambuler dans des endroits vivants, habités, dont la succession est rendue cohérente par le déplacement de l'héroïne. Cette immersion est encore plus immédiate lorsque que Gary & Caroline se retrouvent pour prendre un verre. Même s'il a encore plus l'impression de suivre André Taymans que Caroline Baldwin lors du trek à partir de Dhunche, la beauté des paysages, les cadrages choisis par l'artiste, les traits un peu secs et un peu appuyés par endroit rendent tellement bien l'impression donnée par le milieu naturel que le lecteur fait fi de ses premières réticences car il voit bien que la marche a un effet sur l'état d'esprit de Caroline et Roxane, que la première est très impressionné par le passage sur une chemin de planches à flanc de falaise, avec la sensation pour le lecteur d'y être vraiment. Du coup, il se rend compte qu'il est maintenant vraiment dans l'histoire, comme les personnages sont vraiment en relation organique avec leur environnement, et il apprécie de pouvoir faire une dernière marche un peu sportive du fait dénivelé, avec Scott et Peterson.


Malgré l'impression initiale de coller artificiellement à un dispositif narratif (placer l'héroïne dans un lieu touristique), le lecteur se souvient bien de la raison pour laquelle Caroline Baldwin se retrouve là : elle est toujours accusée de meurtre aux États-Unis, et elle n'a plus de papiers d'identité. Avec la deuxième séquence, celle à l'aéroport d'Austin, le scénariste introduit l'enquête de ce tome de manière incidente. L'auteur sait faire en sorte que Baldwin se retrouve au milieu d'une nouvelle affaire, de manière organique : du fait de son histoire personnelle, elle a côtoyé un agent secret qui vient la retrouver (pour une raison personnelle) en profitant de l'opportunité d'une mission qu'il a lui-même sollicitée. Le déroulement de l'intrigue repose à la fois sur la nature de la mission, et sur la personnalité des protagonistes. Il ne s'agit pas de héros d'aventure interchangeables. Le caractère de Caroline Baldwin lui fait prendre des décisions qu'un autre n'aurait pas prises. Gary Scott a un caractère bien trempé, et ses propres objectifs et priorités, ce qui dicte sa conduite. Le comportement de Julia Peterson reflète également sa personnalité et sa façon d'envisager ses missions, sa volonté de les accomplir conformément aux ordres reçus. Le lecteur est forcément décontenancé en découvrant la raison pour laquelle la CIA veut retrouver Tom Cusack, car elle semble sortie d'un chapeau. Dans une interview, André Taymans explique que c'était sa volonté de surprendre ainsi le lecteur par une référence à une affaire réelle sans rapport.


Dans ce tome, l'auteur insère d'autres références de différentes natures. Comme dans l'histoire précédente, André Taymans évoque des événements des précédents tomes : la blessure de Gary Scott dans Caroline Baldwin, Tome 7 : Raison d' État, la précédente rencontre avec Julia Peterson dans Caroline Baldwin, n° 2 : Contrat 48-A, ou encore l'inclusion de Roxane Leduc, héroïne d'une autre de ses séries Les tribulations de Roxane. S'il y prête attention, au détour d'une rue de Kamantdou, le lecteur reconnaît un autre personnage Jonathan (jeune voyageur suisse amnésique) de Cosey (Bernard Cosendai). L'intérêt de l'intrigue ne se situe pas dans cette forme de continuité interne de la série. Outre le mystère très surprenant relatif à Tom Cusack, le lecteur prend plaisir à retrouver Caroline Baldwin et son caractère pas toujours facile, et à prendre des nouvelles de sa santé, sa maladie ayant une incidence directe sur sa situation, en particulier l'approvisionnement en médicaments pour son traitement. Sa séropositivité n'est donc pas un simple truc destiné à attirer l'attention sur la série, mais bien une réalité de sa vie qui a des conséquences. Dans un même ordre d'idées, la relation entre elle et Gary est impactée par la situation personnelle de Caroline et le métier de Gary Scott. En cela, sa mise en scène est de nature adulte, plutôt que romantique, et d'ailleurs le lecteur sourit régulièrement en les voyant se prendre le bec pour des raisons concrètes, scènes très vivantes grâce à une direction d'acteurs naturaliste et expressive. Il prend pleinement conscience qu'il s'intéresse d'abord à Caroline Baldwin en tant que personne, ce qui n'était pas forcément le cas au début de la série où l'intrigue primait sur la personne, ainsi que les éventuelles scènes dénudées. 

L'ouverture de ce tome déconcerte de prime abord, car le lecteur constate qu'André Taymans privilégie ses souvenirs de vacance. La lecture déstabilise le lecteur du fait de la nature du secret détenu par Tom Cusack. Il lui faut prendre un peu de recul pour reconnaître honnêtement que la dimension touristique est toujours aussi réussie, avec des dessins en apparence faciles, mais en fait très détaillés et transcrivant un point de vue, c’est-à-dire la manière dont l'auteur regarde autour de lui. Au bout de quelques pages, le lecteur se rend compte qu'il se retrouve émotionnellement impliqué par la situation de Caroline Baldwin, son état d'esprit et ses réactions, et que finalement il y a bien interaction entre les personnages et leur environnement, qu'il ne s'agit pas d'un décor neutre, interchangeable avec n'importe quel autre.