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mercredi 2 septembre 2026

Les Chevaliers d'Héliopolis T03 Rubedo, l'œuvre au rouge

Les mots ne sont pas ce qu’ils décrivent. Les faits sont les faits.


Ce tome fait suite à Les Chevaliers d'Héliopolis - Tome 02: Albedo, L'Œuvre au blanc (2018) qu’il faut avoir lu avant. Son édition originale date de 2019. Il a été réalisé par Alejandro Jodorowsky pour le scénario, Jérémy Petiqueux pour les dessins, et Filedeus pour les couleurs. Il comporte cinquante-quatre planches de bande dessinée.


Au château de Saint-Cloud, Napoléon se réveille dans son lit en hurlant. Joséphine Beauharnais se trouve sortie de son sommeil et fait remarquer que ça fait un mois qu’il se réveille toutes les nuits en sursaut. Elle estime qu’il devrait consulter un médecin. Il élude la question : Juste un cauchemar. Elle le reprend : un cauchemar qui l’empêche de la satisfaire, depuis qu’il s’est couronné empereur, il se comporte avec elle comme un impuissant, pas comme l’amant dont elle a besoin. Il lui répond sèchement, l’enjoignant à arrêter de se plaindre, car tout Paris goberge de ses incartades avec ses jeunes officiers. La discussion s’envenime, lui espérant que l’un de ces opportunistes saura l’engrosser car c’est le rôle de l’épouse de lui donner un fils pour créer une dynastie. Elle lui répond qu’elle tombe de sommeil. L’empereur décide de sortir.



Napoléon Bonaparte enjambe le bord de la fenêtre et saute vers une voiture à cheval qui l’attend. Le sergent Lemorpion l’attend en uniforme, tenant les rênes. L’empereur le traite de crétin : Était-ce trop pour sa cervelle de crapaud que de lui demander de s’habiller aussi en civil ? Le soldat se rattrape en l’informant qu’il a accompli sa mission : Madame Coquelicot a reçu le sac de pièces d’or que Bonaparte lui a envoyé, elle attend le cœur grand ouvert. L’empereur fixe un loup sur son visage et répond que le cocher aura sa récompense de cent bouteilles de vin. Arrivé à destination, il descend de la voiture, et pénètre dans la maison close, vide de tout autre client, et est accueilli par la Madame qui lui confirme que vingt filles l’attendent comme convenu. Il les essaye une par une dans la chambre mise à sa disposition, à raison d’une minute chacune. Autant d’échecs : il cherche un baiser avec une âme. Il repart en claquant la porte et rejoint la voiture. Il fait quelques confidences à Lemorpion : Pour trouver ce qu’il cherche, il faudrait qu’il embrasse son propre cerveau, personne ne comprendra jamais. Son cœur vit dans un autre monde, les baisers de toutes les femmes sont vides. La seule qui puisse le satisfaire est une véritable reine, elle a engagé la bataille contre lui. Il continue : Les batailles contre les femmes sont les seules qui se gagnent en fuyant, il oubliera cette reine en combattant le monde entier… Sur une montagne dans le Nord de l’Espagne, Asiamar est en train de méditer au sommet d’un piton rocheux, assis dans la position du lotus. Sa concentration est rompue par l’arrivée de maître Tadeo chevauchant un condor géant. Celui-ci lui crie qu’en se cachant ainsi pour trouver une réponse à son problème, Asiamar gâche les trente mille années qu’il pourrait vivre. XVII lui dit que sa réponse pourrait être de se jeter dans le vide…


La séquence d’ouverture vient confirmer que le véritable antagoniste du récit n’est autre que… Napoléon Bonaparte. Belle ambition pour le scénariste, d’autres auteurs s’y sont essayé, s’inclinant en cours d’intrigue devant l’ampleur insurpassable de son destin, par exemple Jean Dufaux dans Double Masque, six tomes de 2006 à 2013, avec Martin Jamar. Ici, les auteurs parviennent à s’accommoder de ce destin écrasant… en faisant encore plus fort. Ils le présentent comme un homme assez jeune, svelte, avec la main sous le gilet (l’explication a été établie dans le tome précédent), avec un visage assez dur. Ils s’amusent à le montrer comme un individu athlétique, capable de sauter de la fenêtre d’un premier étage, un homme tragique s’exprimant à haute voix sur une terrasse de Notre-Dame, charismatique, limite gourou pour haranguer ses soldats et leur faire supporter la faim et le froid. Le lecteur comprend vite qu’il lit une fable plutôt qu’une reconstitution historique. Le grand homme a succombé aux charmes d’une belle inconnue, et faute de pouvoir en faire sa reine (le terme qu’il utilise, car il y a déjà une impératrice), il décide de conquérir le monde pour évacuer sa frustration (chacun sa méthode). Le lecteur prend grand plaisir à le voir se battre en duel à l’épée contre XVII, ou encore à assister à sa mise en bière à Sainte-Hélène dans des circonstances aménagées par rapport à la réalité historique. La soudaineté de l’arrivée du Général Hiver donne lieu à une splendide double page, trois cases de la hauteur de la page par planche, une vue de l’esprit aussi amusante que fatale.



Dès la première séquence, le lecteur ressent la confiance que le scénariste porte à l’artiste : il se repose sur lui pour faire souffler un vent d’aventures, avec des touches de dramatisation, et d’autres de farce (le scénariste affuble un personnage du patronyme de Lemorpion). Le lecteur prend un plaisir simple au premier degré de la silhouette de Bonaparte bondissant vers le sol, du même ajustant son loup sur son visage, de la petite silhouette solitaire de XVII en train de méditer au sommet d’un piton rocheux, des grands arabesques dessinées par une chaîne métallique maniée par un chevalier, du combat à mains nues contre un tigre dans une arène, d’un second vol à dos d’un condor géant au-dessus Paris, du zeppelin steampunk dans un ciel d’orage, de l’improbable berceau formé par les racines d’un arbre majestueux, etc. Les auteurs ont le sens du spectacle. L’artiste sait intensifier la tension d’une scène par sa mise en couleur : les flammes rouge orangé lors de l’accouplement du roi rouge et de la reine blanche, l’aura bleutée du corps astral de XVII, la luminosité gris-bleu de la nuit depuis la terrasse de Notre-Dame, le retour du rouge orangé pour les incendies de Moscou, les nuances de vert entre sauge et épinard baignant la crypte alchimique, etc. Il y a également ces pages muettes splendides : Asiamar méditant devant le paysage des sommets d’une chaîne de montagne, avec une couche nuageuse en contrebas, ces six cases verticales réparties sur deux planches en vis-à-vis où frappe le Général Hiver faisant des morts par centaines dans les rangs de l’armée napoléonienne, ou encore Beto ouvrant les portes de la crypte pour aller réveiller XVII.


La narration visuelle inscrit ainsi le récit dans l’aventure spectaculaire et fantastique tout en soignant la reconstitution historique. Si le cœur lui en dit, le lecteur sent son regard s’attarder sur de nombreux détails : la façade du château de Saint-Cloud, l’uniforme du sergent Lemorpion, la décoration intérieure de la maison close, le pavage des rues de Paris, l’architecture intérieure du temple secret des Chevaliers d’Héliopolis, la beauté de la cathédrale Notre-Dame de Paris, quelques monuments de Moscou, les uniformes napoléoniens, etc. L’artiste sait faire ressortir aussi bien les moments merveilleux (un corps astral, l’attaque fulgurante du scarabée de jade), que les situations complexes (Asiamar jugé par les neuf chevaliers d’Héliopolis, le général britannique Hudson Lowe délivrant sa sentence de mort à Napoléon). Les dessins plongent donc le lecteur dans une époque historique bien identifiée, à partir d’environ 1810 à 1823, puis dix-neuf années après le décès de Napoléon Bonaparte, apportant un ancrage à cette fantaisie historique.



Le lecteur se prépare à ce troisième stade de la transformation alchimique, Rubedo, c’est-à-dire l'achèvement de la grande œuvre, l'union mystique et la réalisation de la totalité, symbole de l'illumination, de la sagesse ultime. Il peut être un peu décontenancé par ce choix du scénariste de placer cette phase en troisième, avant Critinitas généralement qualifiée de troisième phase. Il relève qu’en cours de récit, Asiamar lui-même explicite les transformations par lesquelles il est passé : Avec Nigredo, il a vaincu son chaos mental, son armure émotionnelle, sa lâcheté animale, l’obscurité qui assombrissait son âme. Avec Albedo, il est parvenu à la pureté spirituelle, la vertu lumineuse, faite de beauté et de bonté. Et devant les Chevaliers d’Héliopolis, il s’interroge : Que lui manque-t-il ? La réponse d’Imhotep prend autant le lecteur au dépourvu que le héros lui-même : Asiamar ne connaît que la bonté féminine, il lui faut découvrir la cruauté féminine. Comme le scénariste n’est pas renommé pour sa fibre féministe, le lecteur craint le pire… et c’est moins pire qu’il était en droit de le redouter… voire la cruauté dont fait preuve Asiamar ne se trouve pas liée à la féminité… Bref… L’intrigue poursuit son cours : alors que le personnage principal semble intégrer ses deux facettes dans toutes leurs nuances, il apparaît que Napoléon n’est pas en mesure de faire preuve d’une telle discipline, une forme de reflet déformé du héros, un cheminement conduisant à l’échec. Le lecteur retient donc plutôt cette perspective de l’intrigue et les valeurs qui s’en trouvent mises en avant : la capacité de s’adapter et de progresser, d’accepter ses qualités et ses défauts, de s’intégrer à un groupe, illustrant la maxime que : Tout seul on va plus vite (ce que fait Napoléon Bonaparte) et qu’à plusieurs on va plus loin (Asiamar acceptant les enseignements des Chevaliers d’Héliopolis et intégrant leurs rangs).


Ce récit d’aventures continue avec élégance, adresse et une pointe d’amusement. Le dessinateur fait preuve d’une implication sans faille pour toutes les dimensions de la narration visuelle : reconstitution historique, mises en scène vivantes, éléments fantastiques, scènes d’action, avec une sensation enjouée communicative. Le scénariste s’amuse avec l’Histoire, avec le Grand œuvre alchimique, le héros surmontant les épreuves et progressant ainsi dans la spiritualité. Entrainant.



mardi 1 septembre 2026

Au temps pour elle

Là, elle va prendre une grosse claque, la routine…


Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2026. Elle a été réalisée par Christophe Cazenove & Stéphanie Mullié pour le scénario, et par Céline Theraulaz pour les dessins et les couleurs. Il comporte soixante-dix-huit pages de bande dessinée.


Giovanna-Rose termine une tournée marathon de deux ans avec une dernière prestation dans le théâtre de monsieur Braxton, avec trois accompagnateurs, c’est-à-dire deux violons et une contrebasse. Elle est actuellement dans ledit théâtre assise à son piano, en train de répéter les morceaux de musique classique qu’elle doit interpréter le soir-même, dans quelques heures. Quand soudain elle s’arrête, avec la sensation que ses mains ne lui obéissent plus, ne veulent plus se prêter à l’interprétation musicale sur les touches du piano. Dans le même moment, Elvina et Jim descendent du taxi qui les a amenés devant le théâtre. Elle pénètre élégamment dans le bâtiment, son violon à la main, alors qu’il est fortement empêtré par la taille de son violoncelle. Elle le chambre, en lui demandant s’il a déjà pensé à l’harmonica ? Au triangle ? Ils pénètrent sur la scène où se trouve le piano et ils sont accueillis par Rigon, le deuxième violon, qui est en train de tapoter sur le couvercle du piano, sans qu’ils ne se rendent compte de la présence de la pianiste. Ringo les informe que Giovanna-Rose est bloquée… elle est bloquée du piano. Elvina soupçonne Ringo de l’avoir traînée dans les bars. Jim la reprend immédiatement : ce n’est pas dans ses habitudes de boire.



Ringo continue de les informer : Hier à la répète, Giovanna-Rose a senti qu’un truc n’allait pas, alors elle a demandé à Braxon, le propriétaire, si elle pouvait passer la nuit ici. La pianiste ajoute qu’elle voulait jouer toute la nuit, mais que dalle ! Nada ! Nothing ! Walou ! Elvina indique qu’il leur reste plusieurs heures pour trouver une solution. Jim lui fait faire quelques exercices de décontraction des doigts : ils ont l’air de bien fonctionner. Tout à coup, un fort bruit se fait entendre : c’est la femme de ménage qui pénètre dans la salle pour passer l’aspirateur. Ils lui demandent d’éteindre son appareil électroménager, et les laisser travailler. Elle accepte de sortir en comptant sur eux pour pas lui rajouter de travail, alors que la pianiste est en train d’essuyer son instrument. Elvina reprend la conduite de la conversation : elle anticipe, elle prévoit, heureusement qu’elle est là pour le faire, ils ne vont pas attendre le dernier moment pour chercher une solution, il faut la remplacer ! Jim est particulièrement opposé à cette idée de remplacement. Ringo ironise pour mettre en évidence qu’il n’y a pas d’autre pianiste disponible et du niveau de Giovanna-Rose. Jim conclut : elle est irremplaçable. C’est à ce moment qu’entre Clémentine, la chargée de relations publiques. Elle est tout exaltée : les réseaux ne parlent que du concert du soir.


Les auteurs placent leur personnage principal au pied du mur dès les premières pages : un concert d’une grande importance à assurer et plus rien, un blocage total, une impossibilité de jouer, sans cause apparente. Les trois autres musiciens essayent de prendre les choses en main pour trouver une alternative, puis c’est au tour de la chargée de relations publiques d’y mette toute son énergie, et elle en a à revendre. L’immersion dans le récit fonctionne dès la première page où les cases sont délimitées par des notes de musiques qui s’écoulent en sinuant de haut en bas, semblant flotter comme des bulles de savon. Le lecteur tombe immédiatement sous le charme de Giovanna-Rose, sa délicatesse et son élégante concentration, alors qu’elle ne prononce pas un mot. Il se rend compte qu’elle prend rarement place au premier plan, qu’elle reste une silhouette fine vêtue d’un teeshirt bleu et d’un pantalon noir, avec une coupe de cheveux banale, sans être apprêtée, ni maquillage, ni tenue de gala ou de soirée, comme si la disparition de son talent développé par des années d’apprentissage rigoureux, de discipline quotidienne et de pratique, l’avait reléguée au second plan. Au cours du récit, le lecteur comprend qu’elle doit avoir entre trente-cinq et quarante ans. Autour d’elle, une distribution de personnages assez resserrée : la violoniste Levina, l’autre violon Ringo, le contrebassiste Jim, le directeur du théâtre monsieur Braxon, la chargée de relations publiques Clémentine très dynamique, et la femme de ménage qui intervient à trois reprises.



En première approche, cette bande dessinée présente une apparence plutôt à destination d’un lectorat féminin, avec de couleurs claires, une forme d’allègement des dessins, une simplification des formes entre légèreté et prestance souvent associées à la nature féminine d’un individu. En fonction de sa sensibilité, le lecteur pourrait y voir des caractéristiques d’expression choisies à dessein pour toucher une classe de lecteurs. Au fil des pages, la narration visuelle porte le récit, sans insister particulièrement sur une dimension sentimentale ou féminine, les différents personnages étant traités de la même manière. La dessinatrice met en œuvre une forme classique de cases disposées en bande, avec une bordure pour la plupart. S’il y prête attention, le lecteur constate qu’elle met également en œuvre quelques cases sans bordure pour souligner un moment particulier, une variation du nombre de cases par page, généralement entre huit et douze, des cases de la largeur de la page, quatre illustrations en pleine page, des compositions de page sur la base d’images accolées fusionnées entre elles dans une pleine page, etc. L’artiste joue également avec les couleurs, que ce soit le rouge des rideaux sur la scène, ou une séquence très sombre lorsque l’alimentation électrique a disjoncté. Le lecteur apprécie également les effets visuels pour donner vie aux partitions avec les notes de musique flottant dans l’air ou sinuant entre les cases.


Le lecteur fait donc connaissance avec une demi-douzaine de personnages. Il note la haute et fine silhouette élancée de Jim avec ses cheveux roux et son gilet, la carrure plus épaisse de Ringo, celle un peu plus empâtée de Braxon le directeur de théâtre, les gestes plus agités de Clémence, ou encore le langage corporel d’Elvina qui traduit son mécontentement, son opposition. Ces personnages se conduisent comme des adultes avec des gestes et des réactions mesurés… Sauf que la dessinatrice utilise une exagération comique comme un petit gribouillis gris au-dessus de la tête d’un personnage pour montrer son énervement, des grands yeux pour souligner une réaction émotionnelle franche, plus de bras ou de jambes pour montrer l’excitation, sept fois le même personnage dans une case alors qu’il tourne en rond sous l’effet de l’agitation et de la contrariété, des étoiles autour de la tête de Braxon alors qu’il est sonné, etc. Le lecteur constate que l’action se situe dans un même lieu pour un total d’une trentaine de pages : sur la scène où la pianiste doit se produire, sans autre décor qu’un rideau rouge en arrière-plan, une forme de décor minimaliste… qui ne produit pourtant pas d’effet de monotonie. L’angle de vue varie régulièrement montrant tour à tour une partie des coulisses, ou une partie de la salle avec ses rangées de fauteuils. Pour les autres localisations, la dessinatrice prend soin de représenter les décors dans le détail : les façades immeubles avec leur architecture, les salles de classe du conservatoire et la cafétéria, la toiture terrasse du théâtre avec sa vue sur la ville, l’arrêt de bus en face du théâtre Braxon, la foule dans la rue, venue écouter le concert qui se déroule sur le toit.



Le récit commence par ce blocage impromptu : impossible de jouer du piano, sans explication, un fait s’imposant comme arbitraire à commencer pour la pianiste elle-même. La dynamique de l’intrigue repose sur le fait de savoir si le concert pourra avoir lieu et dans quelles conditions, plus que sur la raison du blocage. Et aussi quelles sont les conséquences pour les trois autres musiciens ? Comment ils le prennent ? Comment ils se comportent vis-à-vis de Giovanna-Rose ? Les auteurs alimentent leur récit avec des tentatives pour essayer de faire sortir la pianiste de son état, pour qu’elle retrouve ses moyens à exprimer son talent, comme avant, et les relations interpersonnelles agrémentées de deux retours en arrière. Le lecteur se trouve bien en peine d’anticiper la réponse à la question : concert ou pas ? Il apprécie la personnalité des autres protagonistes, tous sympathiques à leur manière. Une lecture facile et agréable à l’enjeu tout relatif. Quelques touches d’humour tout aussi bon enfant, y compris dans la référence au concert des Beatles sur le toit (The Rooftop Concert) le trente janvier 1969 à Savile Row sur le toit des studios Apple Corps, à Londres. Puis quelque chose touche Giovanna-Rose assez pour que sa posture évolue. Le point focal du récit devient alors apparent pour le lecteur, au-delà de la capacité d’adaptation réelle ou relative des autres musiciens, de la force du blocage qui assaille la pianiste. Alors qu’elle prend conscience de sa position de victime, elle comprend également ce qu’elle a envie de faire, une réaction tout à fait compréhensible à une vie de discipline.


Une pianiste trentenaire sur laquelle s’est abattu un blocage total à quelques heures de jouer le dernier concert d’une tournée de deux ans. Une narration visuelle douce et pleine de ressources, y compris pour donner des vies à des scènes se déroulant pour moitié sur la scène vide d’un théâtre sans spectateur. Un lecteur qui se laisse doucement emporter par cette situation tragique, et en même temps à laquelle les protagonistes devront bien finir par s’y résoudre (ce ne serait pas la première fois qu’un concert serait annulé). Puis l’évidence s’impose avec le point focal du récit, et ce dernier révèle sa saveur.