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jeudi 24 septembre 2026

Les nouvelles aventures de Bruce J. Hawker T02 L'Étoile du Nord

L’affrontement n’est pas toujours la meilleure solution.


Ce tome est le second d'un diptyque de la reprise d'une série créée par William Vance en 1976, comprenant sept tomes parus de 1979 à 1987. Il fait suite à Les nouvelles aventures de Bruce J. Hawker - Tome 1 - L'œil du marais (2024) qu’il faut avoir lu avant. Son édition originale date de 2026. Il a été réalisé par Christophe Bec pour le scénario, et par Carlos Puerta pour le dessin et les couleurs. Il comprend soixante-deux pages de bande dessinée.


Bruce J. Hawker reprend conscience alors qu’il est en train de se noyer. Quelques souvenirs lui traversent l’esprit : lorsqu’il se retrouve accusé de haute trahison pour avoir perdu son navire et le convoi d’armes qu’il escortait, puis mis aux arrêts dans sa cabine. Dans le navire au-dessus, le capitaine Maximilien de Lazowski guette toute trace de vie dans l’océan, et il finit par décider qu’il ne sert à rien de s’entêter dans cette nuit d’encre. Il ordonne à l’équipage de virer de bord et de revenir mouiller à l’île aux chênes. Enfin Hawker parvient à s’orienter et il saisit le col de chemise du Midshipman Charles Duncan Forester pour le remonter à la surface. Puis il parvient à s’agripper à un large débris flottant, où le jeune homme reprend conscience à son tour en recrachant de l’eau. À son tour, le lieutenant Lowe apparaît à leurs côtés. Il leur faut tenter de rallier la côte.



Le lendemain matin, c’est au tour de Forester de réveiller Hawker : cette fois-ci sur une plage. Le jeune homme informe le capitaine que Lowe est plus loin sur la plage, lui aussi s’est écroulé d’épuisement, il n’est pas encore réveillé. Il continue : lui-même est transi de froid, il ne se souvient pas avoir rallié la côte et il a fait d’étranges rêves. Il était prisonnier d’un vaste cachot, sombre et humide, son père était présent et disait qu’il voulait le déshériter. Hawker le rassure en lui disant qu’il est un jeune homme courageux, qu’i est certain qu’une telle chose n’arrivera pas, et qu’au contraire il saura rendre son père fier de lui. Il ajoute qu’il faut continuellement poser ses yeux vers l’avenir parce que le passé, quoi qu’on y fasse, on ne pourra jamais le rattraper ni le modifier, et il sait de quoi il parle. En attendant, ils vont faire un feu et aller secouer le lieutenant, histoire de la sortir de ses doux songes. Sur l’île aux chênes, Félicité de Lannion, comtesse de la Rochefoucauld, se rend dans la tente du capitaine Lazowski qui est en train de se raser. Elle lui demande s’il a des nouvelles de Hawker. La réponse étant négative et qu’il a probablement dû se noyer, elle demande au capitaine de prévenir ses hommes qu’ils lèvent le camp. En outre, il doit donner l’ordre de faire appareiller la goélette, car ils doivent quitter l’île aux Chênes le plus rapidement possible. Sur le continent, Hawker explique à ses deux compagnons qu’ils vont longer la Gold River jusqu’au Lake Lawson. Sur la pierre qu’il avait remontée du puits de la Fortune, le chevalier Henry Sinclair avait gravé un secret dessus. Elle renfermait un véritable secret : l’emplacement où la colonne des templiers excommuniés par Philippe le Bel s’était installée, il y a cinq siècles de ça, un endroit nommé New Ross.


Dès la première planche, le lecteur se sent gagné par l’esprit d’aventures : une noyade dont le héros rescape de justesse, un réveil sur une plage déserte, des territoires sauvages à traverser, une zone occupée par des Templiers il y a plusieurs siècles de cela, un trésor prodigieux à la clé. Tout du long du récit, le scénariste fait souffler ce vent d’aventures et de chasse au trésor. Le trio de héros progresse tant bien que mal, marchant vaillamment, explorant une zone à la recherche d’indices, trouvant une sépulture inviolée, reprenant leur périple sous la neige, achetant des chevaux pour se rendre à Newport, se faisant rattraper et capturer par les méchants, etc. Le dessinateur s’en donne à cœur joie avec cette trame pour lui aussi faire souffler ce vent d’aventures. Le bleu profond de l’océan, les poissons indistincts et le chapelet de bulles d’oxygène. Le sable blond, les vaguelettes, les vues du ciel pour magnifier la végétation luxuriante. Les murs en pierre pour les ruines de New Ross. La blancheur de la neige avec les discrètes dépressions grisées ou bleutées. Les personnages traversent des environnements naturels impressionnants faisant bien ressortir l’indifférence de la nature à la présence de ces quelques êtres humains, en faible quantité. Le contraste joue à plein quand les personnages se retrouvent dans un campement, un comptoir commercial ou une ville, constructions de la main de l’homme et regroupement humain.



La singularité des dessins de l’artiste continue de donner un goût unique à la lecture. Dès la première planche, le lecteur retrouve ces compositions mêlant photoréalisme, sensation de tableaux classiques, et éléments comme griffonnés, coexistant harmonieusement dans une mise en couleurs sophistiquée et élégante. Du fait de son apparence si frappante, il est possible que le lecteur se retrouve subjugué par ces cases donnant la sensation de découvrir une véritable photographie. Il en va ainsi de l’effet de la surface de l’eau dans la première case, des nuances de bleu et une surface complexe et mouvante d’un réalisme parfait. Dans la troisième planche, une vue en élévation de la côte donne également l’impression de contempler une photographie pour le feuillage des arbres, le reflux blanc des vagues, la granulosité de la plage, le relief complexe de la falaise, la côte au loin dans la brume. Le lecteur se trouve également confondu par l’arrivée à La Rochelle et l’effet de véritable photographie de carte postale de l’arche entre deux tours surplombant l’entrée au port : plus vrai que nature. Alors que s’il a déjà vu les esquisses de l’artiste, il sait parfaitement qu’il s’agit de vrais dessins, composés et réalisés patiemment, à l’opposé de photographies retouchées. Si la curiosité l’y pousse, il peut se faire l’expérience d’examiner ces cases plus longuement et plus attentivement, et percevoir ou distinguer en effet comment Puerta s’y prend pour parvenir à une telle apparence quasi photographique. Ce choix de représentation donne au lecteur, une sensation de réalisme qui accrédite la plausibilité de l’histoire, un vrai récit de voyages en fait.


Dès la première planche, il y a également cette case avec trois navires dans le lointain, évoquant une toile classique, avec un ciel où le bleu et les nuages sont entremêlés dans un très bel effet. Le lecteur va éprouver cette sensation régulièrement au fil des pages : la case un peu posée avec les trois principaux personnages autour d’un feu sur la plage faisant griller un poisson la nuit, les mêmes trois personnages progressant lentement à cheval sous la neige, un magnifique cerisier en fleur dans un cimetière, une nature morte ayant pour objet un tronc d’arbre encore debout dans la neige avec un ciel barré de nuages en arrière-plan. Dans d’autres cases, le lecteur peut voir comme des traits encore au crayon pour un rendu plus grossier ou plus brut, plus âpre : la silhouette de Hawker sous l’eau, la texture de la roche dans le caveau du templier, la silhouette des soldats dans une vue du ciel à la verticale d’une étroite cour de prison, etc. Régulièrement encore, le lecteur tombe sous le charme d’une case ou d’un effet inattendu : la surexposition dans un sous-bois faisant ressortir les traits de contour, le fac-similé de la carte au trésor (assez simpliste), le nombre de marchandise dans le grand magasin général du comptoir de commerce, le doux visage de Félicité de Lannion, une page dépourvue de mots comprenant huit cases montrant le cheminement d’un groupe d’une quinzaine de personnes dans un paysage sauvage sous la neige, l’intégration de lettres manuscrites, l’émotion de parvenir au port de La Rochelle, etc.



Après une demi-douzaine de pages, le lecteur comprend qu’il va suivre les pérégrinations du trio Hawker, Lowe et Forester d’un lieu à l’autre, jusqu’à peut-être trouver ce trésor si élusif. À chaque nouvel endroit : recherche d’indices, tâtonnements, échecs et réussite plus ou moins franche. De temps à autre, Hawker va faire part de ses déductions, ou bien il va prodiguer une sentence ou une leçon au bénéfice de Rochester. Par exemple : poser ses yeux vers l’avenir, ou Un estomac qui crie famine signifie que l’on est toujours en vie, ou encore L’affrontement n’est pas toujours la meilleure solution. Le scénariste intègre également quelques références, historique comme la mention de Henri Sinclair (1355-1404) et des Templiers, ou culturelles comme la pierre runique de Kensington (découverte en 1898 à Solem Township dans le Minnesota). Le lecteur remarque que les trois personnages principaux font preuve de courage et de détermination, sont résistants comme la plupart des héros, en particulier au froid et à la faim… et aussi un peu aux coups. Les auteurs se tiennent à distance d’effets de type romantique ou même romanesque, restant dans un registre plutôt réaliste. Le récit se conclut en bonne et due forme avec la révélation de la nature du trésor (déconcertante) et sa localisation, accompagnant les survivants jusqu’à leur retour à une vie normale. Le lecteur se dit qu’il peut voir dans cette histoire une forme légère de récit d’initiation, Charles Duncan Forester découvrant la vie d’adulte au cours de ces aventures, ainsi que d’une manière incidente la mise en lumière de ce qu’apporte une bonne éducation, en l’occurrence celle dont a bénéficié Hawker grâce à son père. En arrivant à la conclusion, le lecteur se dit que cette histoire peut s’envisager comme un regard sur la vie, où il s’agit de la vivre plutôt que de vaincre, ce qui valorise le voyage plutôt que la destination.


Après la lecture du premier tome, il tarde au lecteur de retrouver les dessins de l’artiste plus encore que de découvrir la suite du récit. Son horizon d’attente est comblé, à la fois par la richesse et la diversité des lieux et des situations, par l’apparence de photoréalisme habilement construit, et par les écarts avec ce mode de représentation, du grand art rendant tout plausible et réaliste. Du coup, il suit bien volontiers les aventuriers dans leur périple, dans leur chasse au trésor. Progressivement, il se rend compte que le récit dresse en creux le portrait de Bruce J. Hawker, en cohérence avec sa version originale de William Vance (1935-2018) et Petra Coria (1937-2024), et avec son éducation.



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