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mercredi 8 juillet 2026

Sang Royal T04 Vengeance et rédemption

La haine n’apaise pas la haine, c’est l’amour qui l’apaise.


Ce tome constitue la dernière partie d’une tétralogie, il fait suite à Sang Royal - Tome 03: Des loups et des rois (2013) qu’il faut avoir lu avant. Son édition originale date de 2020. Il a été réalisé par Alejandro Jodorowsky pour le scénario et par Donzi Liu pour les dessins et les couleurs. Il comporte soixante planches de bande dessinée.


Au pied de la colline de cristal, deux bergers mènent leur maigre troupeau vers le château royal. Le premier explique que ça lui fait mal de penser que ces nobles vont manger toutes leurs brebis. Son ami ironise : est-ce qu’il veut qu’ils assistent au couronnement le ventre vide. En outre, ils leur en ont donné un bon prix, ils peuvent se réjouir. Le plus rondouillard répond : Se réjouir de cette folie ? Pour aplanir leur rivalité et conclure la paix, leurs rois cèdent leurs trônes à deux jeunes sans expérience ! Il verra qu’eux vont les entraîner dans une guerre encore plus atroce ! Son ami lui répond qu’il se trompe : Aram et Mara s’aiment, l’amour est fécond, leurs rois seront les aïeuls d’un même descendant, c’est la paix qu’ils auront, pas la guerre. En réponse, l’autre fermier lui fait observer qu’il lui parle sur ce champ de bataille, jadis jonché de cadavres, on raconte que la nuit ils reviennent par ici en quête de viande fraîche. Les deux hommes et leurs bêtes sont observés par une créature ailée, juchée au sommet d’un des cristaux titanesques. Il fond vers eux, prend une brebis dans ses griffes et se met à boire son sang. Le grand berger frappe la créature avec son long bâton, et il se fait décapiter d’un coup de griffes. L’autre s’enfuit aussi vite qu’il le peut, et il est rattrapé par deux autres créatures ailées. Le soleil se lève.



Au château, les deux rois sont en train de comparer la taille de la couronne de leurs enfants. Honim estime que c’est inacceptable : la couronne de sa fille a moins de diamants que celle du fils de Alvar. Ce dernier répond que la première a beaucoup plus d’émeraudes que celle de son fils, en fait elles sont d’égale valeur, ce que reconnaît finalement Honim. Son homologue lui propose alors de trinquer. Alors qu’ils viennent d’entrechoquer leurs verres, ils sont interrompus par Goiria qui les informe qu’il y a là un berger qui dit avoir été attaqué par de féroces vampires la veille au soir. Alvar minimise la déclaration : ce vieux cherche à justifier avec des histoires à dormir debout le peu de bêtes qu’il leur amène. Il ordonne qu’on lui donne un bout de pain et qu’il s’en aille. Goiria obtempère. Un autre serviteur fait observer qu’il y aura peu de viande au banquet. Alvar rassure Honim : il n’y a pas à s’inquiéter, il va sacrifier quelques-unes de ses meilleurs chevaux, ils feront d’excellentes grillades. Honim ajoute que lui, pour chaque monture sacrifiée, il offrira un tonneau comme celui qui se trouve devant lui, de son meilleur vin, pour accompagner cette viande savoureuse. Honim vide son gobelet et tombe inconscient comme une masse par terre. Alvar se décompose : l’autre roi ne respire plus. Le serviteur le rassure : il n’est pas mort, c’est une de ses attaques, il est habitué.


Ça commence très fort : apparition d’une nouvelle race surnaturelle dans la série, des vampires. Elle s’intègre tout naturellement dans le contexte, puisqu’il y avait déjà des loups garous, toutefois rien n’annonçait leur existence. L’intrigue progresse rapidement, avec le déroulement du couronnement de la nouvelle reine et du nouveau roi. Puis l’apparition du spectre du Maître vénéré… Et hop la menace de Batia & Sambra est réglée avec une bouteille magique. Ça continue à un rythme effréné avec la révélation de ce que recèle le site des cristaux titanesques, et l’existence d’une autre reine, déjà décédée. Le lecteur se remémore qu’il s’est écoulé sept ans entre la parution du tome trois en 2013 et du quatre en 2020. Une partie de l’électorat avait peut-être déjà abandonné tout espoir que cette série connaisse une fin en bonne et due forme, que le scénariste puisse la mener à son terme, en plus avec le même artiste. La connivence entre ces deux créateurs transparaît à chaque page. Le scénariste se montre en totale confiance vis-à-vis de l’artiste : sept pages sans un seul mot ou tout juste une phrase courte, avec les dessins qui portent toute la narration pour raconter l’histoire. Effectivement certains passages donnent la sensation qu’ils auraient mérité plus de page. Par exemple, l’attaque du camp de l’armée royale et la riposte : c’est réglé en deux pages, alors qu’il s’agit d’une bataille spectaculaire et décisive, elle se prêtait bien à une séquence d’une dizaine de pages pour le fracas des armes et les enjeux.



Arrivé à ce dernier tome, l’horizon d’attente du lecteur se compose de nombreuses composantes, sans forcément de priorité. Par exemple, dans les tomes précédents, il a pu prendre goût aux ténèbres de certaines séquences, rendues glauques et effrayantes par l’artiste. De ce point de vue, la première attaque des vampires fondant sur leurs proies, brebis et êtres humains, remplit son office : les canines plus longues bien sûr, et aussi la mâchoire déformée en conséquence, la bestialité de la voracité, la musculature sèche, les griffes épaisses et acérées, les petits yeux enfoncés, tout cela établit comme une évidence que cette race est très éloignée de l’humanité. Cette séquence s’insinue et reste dans l’esprit du lecteur et il ne s’en trouve que plus affecté en découvrant le corps de mère-louve qui a subi pareille attaque : une horreur. L’artiste met en scène l’envol d’une nuée de vampires : une scène nocturne sous une pleine lune, une planche de cinq cases qui font frémir devant l’agressivité évidente de ces créatures. Il s’en suit un carnage avec des cases d’un massacre quasiment insoutenable, en particulier quand le meneur saisit fait éclater le sommet du crâne d’un soldat en serrant ses mâchoires. Le lecteur n’en regrette que d’autant plus le faible nombre de pages dévolues à l’attaque finale des vampires contre l’armée royale.


Les horreurs vont plus loin que les violences physiques. Comme à son habitude, le scénariste fait subir des souffrances dépassant l’entendement à ses personnages. Ainsi Mara se retrouve attachée et offerte à la merci de Prétor, le vampire alpha des vampires, pour une scène de viol traumatisante, y compris pour le lecteur. Le dessinateur sait également mettre en scène l’horreur d’une autre nature. Lors de la rencontre entre Vaal et la grande prêtresse Sor Rana, sa direction d’acteurs montre au lecteur l’agressivité de celle-ci à l’égard du jeune homme plus petit et plus chétif, sous-entendant une forme de mépris pour un individu qu’elle considère comme inférieur. Au cours de l’entretien, il s’avère que les talents de stratège de Vaal lui permettent de reprendre le dessus de la conversation, et que la grande prêtresse n’arrive plus à donner le change, trébuchant même en prenant congé, et s’étalant de tout son long. Vaal assure alors son ascendant, qu’elle ne peut qu’accepter, sans réussir à masquer totalement sa révulsion, une forme d’horreur psychologique tout aussi traumatisante. Le lecteur retrouve également toute l’implication de l’artiste pour représenter les différents environnements aussi complexes soient-ils (le camp piégé de l’armée), et les éléments inattendus comme un tigre magnifique ou un luth. Il s’investit tout autant pour une scène de banquet aux innombrables invités, que pour un moment psychologique entre deux personnages. Le lecteur savoure la dernière planche en espérant que cet artiste mènera une longue et prolifique carrière.



Parmi les autres attentes du lecteur, figure également la résolution de l’intrigue. Celle-ci est menée à son terme en bonne et due forme, que ce soit la possibilité d’une guerre entre les deux royaumes, la descendance de la filiation du roi Alvar sur laquelle il a été sciemment trompé, ou son propre sort. Le scénariste réserve plusieurs développements inattendus au lecteur, que ce soient les vampires ou la nature du site aux cristaux gigantesques. Venu pour une aventure sur une trame classique, le lecteur sent son petit cœur battre d’espoir pour l’amour d’Aram & Mara, et pourquoi pas pour celui de Vaal & Sor Rama, quoi que ce dernier soit perverti. Il sait ne sait que trop bien que les amoureux vont souffrir comme jamais, parce que c’est du Jodorowsky et que ses personnages grandissent en traversant des épreuves traumatisantes qui les marquent dans leur chair et dans leur âme. Il a gardé à l’esprit la maxime mise en avant dans le tome précédent : La haine n’engendre rien, seul l’amour est fécond. Il en découvre une variante dans celui-ci : La haine n’apaise pas la haine, c’est l’amour qui l’apaise. C’est toujours ça de gagné pour les amoureux. Quant à Alvar, il lui reste du chemin à parcourir pour trouver sa propre paix. Il extermine ses ennemis avec une rare efficacité, les vampires étant mis en scène comme une race toxique pour l’humanité sans valeur rédemptrice aucune. Il confronte ses démons intérieurs, qui viennent à lui sous forme de spectre : Batia & Sambra. Sous cette forme, elles sont tenues de ne dire que la vérité, et il apprend que la dynastie qu’il s’est employé à créer au prix de moults sacrifices personnels tant physiques (jusqu’à l’automutilation) que des renoncements psychologiques repose sur une duperie sciemment ourdie faisant office de vengeance. Ses tourmenteuses trouvent le repos de leur âme en confessant leurs manipulations, et surtout en obtenant vengeance. Il en coûte à une ultime automutilation à Alvar pour enfin faire le deuil de son arrogance, de son égoïsme et de son absence de valeurs morales. Comme à son habitude, le scénariste se montre moral à sa manière.


Une série qui débute avec un tome où le lecteur éprouve la sensation que le scénariste effectue un exercice de style de commande, sans grande conviction, avec un dessinateur fougueux manquant encore un peu d’expérience, et des facilités dans les horreurs choc. Puis le récit révèle que ces abominations ne sont pas gratuites, que l’intrigue est plus substantielle qu’une simple suite de combats et un comportement dicté par un orgueil dépourvu de toute empathie. Dès le deuxième tome, l’artiste a acquis la confiance du scénariste et réalise des planches consistantes, souvent à couper le souffle. Le scénariste reste égal à lui-même en termes d’atrocités, d’épreuves insoutenables, chaque personnage progressant à sa manière sur le chemin de l’éveil spirituel. La nouvelle génération effectue le constat qu’ils ne sont pas ce qu’ils étaient, qu’ils ne sont pas ce qu’ils seront, qu’ils sont ce qu’ils sont. Ce constat fait sens dans le cadre de la conclusion et constitue une conclusion pleine d’espoir.



mercredi 24 juin 2026

Sang Royal T03 Des loups et des rois

La haine n’engendre rien, seul l’amour est fécond.


Ce tome constitue la troisième partie d’une tétralogie, il fait suite à Sang Royal - Tome 02: Crime et châtiment (2011) qu’il faut avoir lu avant. Son édition originale date de 2013. Il a été réalisé par Alejandro Jodorowsky pour le scénario et par Donzi Liu pour les dessins et les couleurs. Il comporte cinquante-quatre planches de bande dessinée.


Au château du roi, une demi-douzaine de serviteurs viennent lui apporter sa nouvelle cuirasse… à peine plus grande que la précédente, presque rien. Le roi Alvar ne s’en laisse pas conter : sa panse ne rentre plus dans l’autre, les années passent, les kilos s’accumulent. Il leur demande de se hâter à le vêtir car cinq mille soldats l’attendent. Enfin le grand cardinal Lifas précède le porteur de l’épée : l’Implacable, bénie par Kosmath leur dieu-père. Le roi est satisfait, mais il manque un détail. Il appelle d’une voix forte Goiria, pour avoir sa fleur sauvage. Elle arrive en courant, expliquant qu’elle a eu du mal à en trouver une intacte, les villageois les ont presque toutes piétinées en fuyant pour se réfugier dans les montagnes. Le roi les traite de poltrons : chaque fois que lui et son armée livrent bataille au roi Honim, les paysans détalent comme des lièvres, affolés. Quand le combat cesse, ils reviennent tout honteux, pourtant ne savent-ils pas que Kosmath les protège. Le grand cardinal tente une intercession : en tant que vicaire de Dieu, il conjure le roi de cesser de combattre le roi Honim. Alvar répond sèchement que voilà des années que Honim et lui sont rivaux. Alvar revendique le rocher de cristal qui s’élève entre leurs deux royaumes, et bien entendu, Honim le veut aussi. Il a une immense valeur émotionnelle. Depuis toujours, le vainqueur y verse le sang de ses soldats morts. La guerre continuera jusqu’à ce que son rival succombe !



Vaal, le jeune fils du roi, demande à ce que Alvar l’emmène, car il manie très bien l’épée. Son père lui fait observer qu’avec son pied difforme, quelle que soit son adresse à l’épée, n’importe quel débutant le vaincra., car il n’a pas d’équilibre, il devrait plutôt continuer à se consacrer à son élevage de canaris. L’heure est venue : le roi marche d’un bon pas pour rejoindre son armée, alors que Goiria fait observer que Honim a vaincu aussi souvent que Alvar. Dans une immense plaine, les deux armées fortes de plusieurs centaines d’hommes se font face à quelques dizaines de mètres. Le roi Honim déclare d’une voix forte à Alvar que pour ne pas sacrifier leurs soldats, il le défie en combat singulier : Que le plus fort soit le maître de ce rocher ! Alvar accepte : ils combattront jusqu’à la mort ! Les deux rois chevauchent l’un vers l’autre et le duel à l’épée s’engage. Les échanges est farouche, et les deux combattants sont d’une force similaire. Après plusieurs passes d’arme, les deux grands cardinaux se détachent des rangs des soldat et s’avancent vers la zone de duel. Ils indiquent que leur dieu respectif les conjure de cesser cette nuisible dispute, de cesser le combat que le dieu-père Kosmath et la déesse mère Gardita ne sont pas rivaux, mais complémentaires. Le sang sacré ne doit plus couler : la haine n’engendre rien, seul l’amour est fécond.


Après les horreurs du tome précédent, entre mutilations, automutilations, meurtres de type exécution sommaire et nécrophilie (Ah oui, quand même), le lecteur se prépare au pire. Ça commence bien avec le roi Alvar toujours aussi condescendant et méprisant du haut de sa virilité assurée par une haute stature, un corps bien découplé et fortement charpenté, et sa position d’autorité absolue en tant que roi. Il commence par rabaisser une personne de petite taille, puis raille la faiblesse de son propre fils devant une demi-douzaine d’adultes, et enfin il se moque des paysans qui ne sont que des poltrons, tout en s’apprêtant tranquillement à verser le sang de ses soldats, sans une arrière-pensée. Le dessinateur exécute une case occupant le quart supérieur d’une double page : une vision panoramique saisissante des deux armées face à face, qui rappelle la bataille ouvrant le premier tome. Il accentue les angles de prise vue pour qu’ils soient plus inclinés, un effet dramatique imparable : ces cases en contreplongée magnifient la force des cavaliers, leur vitesse, leur puissance. Puis vient une case de la largeur de la planche avec les destriers cabrés, les épées entrechoquées, le ciel d’orage en arrière-plan, la poussière soulevée par les sabots, et la formation rocheuse de cristaux géants dans le lointain. Et… Rupture totale alors que les deux grands cardinaux s’avancent et prennent la parole.



La série continue sur sa lancée : le voyage du héros, enfin le personnage principal, qui passe par des épreuves qui le marquent dans sa chair ou dans son âme. Les auteurs inscrivent ce voyage dans les conventions de genre, celles du Médiéval fantastique. L’artiste progresse de tome en tome. Il sait transcrire la dimension spectaculaire avec plausibilité et dramatisation. Les murailles du château d’Alvar s’élèvent haut dans le ciel, massives et indestructibles, dans une contreplongée qui leur fait honneur. À l’intérieur, la hauteur sous plafond atteste de la majesté de la construction, avec le double effet de donner de l’importance aux maîtres des lieux et de relativiser leur importance au vu de la différence d’échelle. Les deux armées en place dans une grande plaine ceinte de montagnes, s’étalant sur deux pages en vis-à-vis en imposent avec le nombre de soldats, leurs armes, leurs oriflammes. Quatre pages plus loin, elles ont installé leurs campements respectifs, une vue du ciel avec les tentes et les torches, un apaisement total. Le lecteur sourit d’aise devant la case occupant les deux tiers d’une planche où un beau jeune homme en pagne, bien découplé suit quatre loups, avec une montagne en arrière-plan : une convention de genre très bien réalisée. Pour la scène finale, l’artiste ne ménage pas sa peine : foule nombreuse, faste de la cérémonie, vue générale de la ville depuis le château qui la domine, pluie de pétales pour accompagner la procession nuptiale, habits d’apparat, multitude innombrable rassemblée autour de la formation de cristaux géants, etc.


Les auteurs comblent l’horizon d’attente du lecteur en termes de visuels grandioses et soignés, donnant une consistance remarquable, tangible et spécifique à ce récit de genre. Le lecteur constate également la qualité de la mise en scène et des prises de vue pour les affrontements physiques. Le duel à cheval entre Alvar et Honim fait sens dans son déroulement, dans l’enchaînement de ses différentes phases, dans la plausibilité de l’intervention des grands cardinaux, dans l’établissement des campements par la suite. Plus loin, le lecteur assiste à l’affrontement entre un loup garou et un loup chef de meute, un combat intense et sauvage de trois pages, dans une lumière bleutée ensorcelante. C’est ensuite autour de Mara de littéralement massacrer et ridiculiser un cinquième maître d’armes, le lecteur souffre pour lui. Le combat nuptial entre le fils d’Arval et la fille de Honim se déroule sans pitié, en cohérence avec ce que le lecteur a pu voir des personnages, une suite de coups chorégraphiés avec une logique spatiale et d’attaques. L’artiste met en œuvre sa sensibilité personnelle pour donner à voir des moments tout aussi inattendus, comme la nuée de canaris autour du prince Vaal.



Le scénariste continue de faire souffrir ses personnages, même si la chair d’Alvar en porte déjà des traumatismes graves aux conséquences définitives. Dans la continuité du tome précédent, tout commence avec une résolution de conflit inattendue : Jodorowsky prend le lecteur à contrepied avec l’intervention du clergé pour éviter les morts. Le lecteur se souvient que Alvar lui-même avait gracié deux meurtriers dans le tome précédent. Il est accordé au prince de développer un talent en cohérence avec le fait qu’il souffre d’une difformité physique qui rend impossible les prouesses au combat. Le roi Honim montre des symptômes de l’âge et de la solitude. Un vieil homme prend à sa charge un jeune homme rejeté par la société et l’éduque avec altruisme (enfin, pour ce que l’on en voit dans ce tome). Ces passages servent également pour augmenter le contraste avec les moments plus horribles. Pour la deuxième fois dans la série, un individu procède à l’ablation de ses testicules, de manière volontaire. La sauvagerie de la princesse Mara porte l’arrogance d’une personne de son rang bénéficiant de privilèges. Le prince Vaal se conduit de manière fourbe et cruelle, à sa façon, comme il a pu voir son père le faire, et comme son père s’est conduit envers lui. La princesse Mara se trouve dans un état psychique tout aussi conflictuel, allant jusqu’à décider que : Celui désire être son époux doit la combattre et s’il vainc son hymen sera sien (un écho d’une déclinaison de Red Sonja, personnage de Robert Erwin Howard, 1906-1936). Cela aboutit à une scène peu féministe.


D’une certaine manière, Alvar s’est un peu amélioré, dans la mesure où il accepte que certaines situations puissent se résoudre autrement que par l’application de la force brutale pour asséner l’arbitraire de sa volonté. Cependant il lui reste encore beaucoup de chemin à parcourir, ne serait-ce que dans la façon dont il traite son fils Vaal, le considérant comme inférieur du fait de sa difformité physique, et le lui disant explicitement. Il faut voir ce roi piquer une colère, épée à la main parce qu’il n’a pas de descendance en mesure de lui succéder, estimer que son trône ne lui sert à rien, et décider sous le coup de la colère et de la frustration que le royaume pourra finir avec lui. Il finit par s’écrouler sur les marches devant son trône, en se lamentant que personne ne l’aime… et humilier Goiria la seule personne qui lui porte une sincère affection. Le tome précédent révélait qu’il est également pris dans les machinations de Batia & Sambra, à base de mensonges pour assouvir leur vengeance depuis l’au-delà. À nouveau, l’âme du lecteur au cœur pur se révulse devant des tromperies aussi infâmes et injustes, même si la victime en est Alvar, lui-même indigne à bien des égards.


Cette série était partie avec un tome assez bateau, dont l’intrigue semblait indigne du scénariste, et les dessins sacrifiant la consistance à l’esbrouffe. Le second tome commençait à dévoiler la profondeur des thèmes mis en scène dans ce récit de genre Médiéval fantastique, avec des planches impressionnantes. Avec ce troisième tome, les auteurs continuent de faire souffrir des individus souvent méprisables, tout en réussissant à générer de l’empathie chez le lecteur, à poursuivre leur tragédie à haute teneur en pathos et destin qui s’acharne, avec une narration visuelle qui emporte tout sur son passage, autant par sa qualité descriptive, que par son élan tragique.