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mardi 7 février 2023

Les essuie-glaces

Des gares et des trains pour aller dans des pays et des histoires qui n’existent plus.


Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre, avec une référence en passant à Le chant des baleines (2005). Cette histoire a été publiée pour la première fois en 2006. Cette bande dessinée a été réalisée par Edmond Baudoin pour le scénario, les dessins, et les couleurs et elle compte cinquante pages. Elle a été rééditée dans Trois pas vers la couleur avec Les yeux dans le mur (2003), et Le chant des baleines (2005).


Edmond sort de son appartement et marche dans le couloir. Il ouvre la porte des escaliers et commence à descendre, les marches étant comme suspendues dans le vide. Bientôt, il n’y a plus de rampe ni d’un côté, ni de l’autre, et les marches flottent dans l’air, disposées de manière irrégulière. Un peu plus bas, elles se transforment en traverses et soutiennent deux rails débutant dans le vide. Il se retrouve à proximité d’une gare et finit de marcher à côté des rails jusqu’à rejoindre le quai. Affalée sur un wagon plat, se trouve une jeune femme blonde, en jean, avec une chemise bleue et une doudoune rouge. Edmond la salue, elle lui retourne son bonjour amicalement. Il lui demande si elle attend un train, pour aller à son mariage. Elle répond : oui pour le train, non pour le mariage, juste pour aller n’importe où, loin d’ici. Lui ne sait pas trop ce qu’il fait là, comment il est arrivé là, et il lui semble qu’il a déjà vécu cette scène, avec elle, dans cette gare. Elle répond : tout le monde attend un train dans des millions de gare.



Les pensées d’Edmond vagabondent : Il y a des êtres avec qui on est bien tout de suite, c’est inexplicable. Dès qu’on les voit, on sait qu’on va être bien avec eux. Cette évidence n’est pas vraie qu’avec les humains, elle est vraie avec les chiens, les chats, les ânes, les chèvres… Avec les oiseaux, c’est plus difficile, mais avec les plantes ça marche. Il y a des arbres qu’on aime au premier degré. Est-ce cela qu’on appelle coup de foudre ? Découvrir quelqu’un avec qui on est bien dans l’instant du premier regard, avec qui on se sent bien tout de suite, avec qui on a envie de rester ? Mais cette expression, le coup de foudre, ne lui convient pas. S’il reçoit la foudre, il meurt, alors que dans cette belle rencontre, au contraire, il a un désir de plus de vie. La conversation continue entre Edmond et la jeune femme. Il a une sensation d’irréalité, comme quand on sort ou qu’on entre dans un rêve. Et puis quand il l’a rencontrée, il était sur le point de se réveiller. Elle continue : il ne peut pas se réveiller, parce qu’il est trop léger. Il ne reste que sur la surface de la vraie vie. Elle l’a vu arriver : il marchait sur les rails, comme un équilibriste sur un fil. Il est un rêveur. Elle lui demande de lui raconter une histoire. Il essaye. Il lui semble qu’il a eu plusieurs vies. L’une d’entre elles, il l’a vécue au Québec. L’hiver est là-bas comme une longue paix… ou une longue guerre. Le printemps venait. Celui-ci voulait dire la fin de son séjour dans ce pays du nord de l’Amérique.


En route pour un nouveau voyage avec ce créateur à la personnalité unique : Edmond Baudoin. La structure des souvenirs s’avère singulière : un rêve (ces marches qui flottent dans le ciel entre le haut étage d’un immeuble et des rails de voie ferrée, une discussion avec une inconnue croisée dans Le chant des baleines, la fin d’un séjour de trois ans au Québec en tant que professeur, un amour à Ann Arbor dans le Michigan, et l’histoire familiale de Jocelyne qui habite à Shippagan, avant de terminer avec une marche dans un grand espace naturel canadien. La composition d’une bande dessinée de Baudoin tient toujours du numéro d’équilibriste, entre un fil directeur solide et une sorte de transe ou de fugue mentale venant accrocher ses souvenirs sur le fil directeur, pas forcément dans un ordre chronologique, parfois plutôt de façon thématique. Or, ici, passée la séquence d’introduction l’ordre suit la chronologie du voyage d’Edmond et de ses amis, avec de temps à autre un échange entre la jeune femme blonde et Edmond sur le quai, jusqu’à la bifurcation sur Neige à Ann Arbor, à quelques pages de la fin. D’un autre côté, l’auteur reprend le principe de son ouvrage précédent Le chant des baleines : Edmond voyage, parcourt des kilomètres, et il déroule en parallèle son flux de pensées. Dans le présent ouvrage, ce dispositif est encore plus appuyé : en bas de trente-deux pages sur cinquante, se trouve un petit bandeau indépendant des bandes de cases, avec un texte se suivant d’une page sur l’autre exprimant les réflexions de l’auteur sur la notion de coup de foudre, de continuité dans une vie, débouchant sur une autocritique de ses propres réflexions.



Dès la première scène l’auteur joue avec le lecteur : Edmond rencontre cette jeune femme blonde sur le quai d’une gare déserte, à l’abandon et il l’avait déjà croisée dans Le chant des baleines en planche 15. Elle lui avait répondu qu’elle attendait un train pour aller à son mariage. À une quinzaine de pages de la fin, il indique qu’en Amérique, à Hull, il y avait Céline aussi, la première année. Il ajoute : Céline avec qui j’ai fait un livre, Les yeux dans le mur. Il rattache ainsi le présent récit aux deux autres avec lesquels il est réuni dans Trois pas vers la couleur, constituant ainsi une trilogie thématique : l’inspiration par une muse, le travail sur le souvenir et la mémoire, la distorsion de la forme narrative, en poussant la possibilité de découpler le récit et les réflexions qu’il inspire. À plusieurs reprises, le lecteur se demande quels liens entretiennent le récit de voyage d’Edmond et son flux de pensées courant en bas de page. Mais en parallèle de ça, le récit de voyage suit exactement un tracé que le lecteur peut voir sur une carte : Ottawa, Montréal, Trois-Rivières, l’Île aux grues, Trois-Pistoles, Rimouski, les Appalaches canadiennes, le Nouveau Brunswick, l’Acadie, retraverser le Saint Laurent, Tadoussac, l’île d’Orléans, la ville de Québec. Il y a même une carte en planche 9. Le souvenir de sa relation avec Neige trouve sa source dans un voyage effectué aux États-Unis durant cette période, et l’histoire familiale de Jocelyne se rattache à la genèse de la devise du Québec : Je me souviens. Cette phrase bouclant avec le thème de la mémoire, des souvenirs accumulés. Une fois encore, la prise de recul sur l’ouvrage fait ressortir sa solide structure et sa logique interne, à l’opposé de divagations mises bout à bout comme elles viennent.


Troisième récit en couleurs de l’artiste : Edmond Baudoin la met en œuvre à sa guise, ou selon sa fantaisie, sans trop se soucier des règles en la matière. Le voilà qui avance dans un couloir aveugle, aux parois de guingois, avec des sortes de portes sans poignées. Les contours sont tracés au pinceau, avec une épaisseur irrégulière, parfois un trait fin pour juste une longueur, peut-être tracé à l’encre. La mise en couleurs apporte la texture au mur, l’ambiance à la séquence. Lors de la descente sur les marches flottantes vers la terre ferme, les couleurs s’arrangent en camaïeu de bleu pour le ciel, avec une zone un peu plus foncée pour la silhouette d’une chaîne de montagnes. En bas de la troisième planche, les bâtiments sont plutôt représentés en couleur directe. Il en va de même pour la majeure partie de la gare en planche cinq, mais la partie de droite est délimitée par un trait de contour noir. En planche sept, le premier plan composé des huisseries d’une baie vitrée et d’une rambarde est également réalisé avec des formes détourées d’un trait noir, alors que l’arrière-plan, une vue sur les toits enneigés de la ville est en couleur directe. Avec cette liberté de représentation, l’artiste donne à voir de magnifiques paysages : la descente du ciel, les montgolfières au-dessus d’Ottawa, les montagnes enneigées entre l’habitation d’Edmond et celle de ses amis, une façade peinte à Montréal, un vol d’oiseaux au-dessus de l’île aux Grues (juste des taches blanches se détachant sur le bleu du ciel), un canoë flottant sur un lac, une longue plage caressée par une eau blanche, la traversée du Saint Laurent en transbordeur au niveau de Tadoussac, la silhouette d’un trois-mâts dans une eau et un ciel mordorés, une promenade à pied dans les bois, etc.



Comme d’habitude, Baudoin a sa manière bien à lui de représenter les êtres humains, ou plutôt de les interpréter pour se focaliser sur ce qu’ils ont de vivant, au lieu d’essayer de capturer une ressemblance photographique. Il laisse le blanc de la page pour la peau de la jeune femme blonde sur le quai : celui lui confère une nature quasi spectrale malgré ses vêtements bien concrets. Par contraste, Guy et sa femme Violette apparaissent bien réels, très vivants, ouverts et sympathiques. Laurence reste un peu à distance, une beauté froide, solitaire et ne cherchant pas la présence ou l’attention d’autrui. Chez cet auteur, le voyage n’est jamais désincarné, jamais une succession de cartes postales concoctées pour une consommation immédiate. Les lieux sont habités et prennent leur saveur grâce aux individus qui sont les amis de l’auteur. Celui-ci ne côtoie pas des gens, mais des êtres humains avec leur histoire personnelle, Guy étant par exemple un prêtre défroqué ayant été l’équivalent d’un prêtre ouvrier avec une forte conviction dans Vatican II. En parallèle et en bas de page, court la réflexion de Baudoin sur l’amour, les individus avec qui on se sent bien, la vie qui a amené à de telles rencontres et les souvenirs qu’on transporte avec soi. Il continue sur le regret de ne pas pouvoir recommencer toute relation à neuf, en se débarrassant de ces souvenirs qui incitent à la comparaison avec des relations antérieures, et en même temps qui construisent l’individu, assure sa continuité, les conditions mêmes pour qu’il puisse apprécier la rencontre et la relation qui s’en suit. D’une certaine manière, le lecteur peut éprouver la sensation que ce fil de pensée est totalement dissocié du voyage raconté en BD ; d’une autre, c’est le principe sous-jacent du comportement d’Edmond, et aussi l’aboutissement de son expérience de vie du moment. De la même manière qu’il continue à voyager, sa pensée continue à cheminer. À l’avant dernière page, il se promène en forêt et se retrouve face à un cerf : dans cet instant suspendu dans le temps, le lecteur éprouve l’impression que l’esprit d’Edmond se retrouve également face à un constat trop énorme pour lui. Cette suite logique de moments qui le construit ne laisse peut-être pas tant de place à l’existence d’un libre arbitre, mais l’auteur préfère continuer sa route plutôt que de penser à cette idée comme à une destination.


En lisant ce tome, le lecteur se rend compte qu’il forme le dernier d’une trilogie très lâche, dont aucun tome ne nécessite la lecture des autres pour être pleinement apprécié, mais dans lesquels court une forme de thématique sur le voyage, les points de contact entre les individus et la construction de l’être humain par la succession de moments qui s’enchaînent. De manière imperceptible, parce qu’il le fait tout le temps, Edmond Baudoin expérimente dans la narration visuelle, par la couleur, mais aussi le traitement des formes, et également la relation distendue entre le récit en bande dessinée et les réflexions en texte. Comme d’habitude, une expérience de lecture unique, riche en chaleur humaine grâce à un créateur frère en humanité.



mardi 5 mars 2019

Caroline Baldwin, Tome 7 : Raison d'Etat

Épargnez-moi votre baratin et dites-moi ce qui vous amène.



Ce tome fait suite à Caroline Baldwin, tome 6 : Angel Rock (2000) qu'il n'est pas indispensable d'avoir lu avant. La première édition date de 2001 et il est repris dans Caroline Baldwin Intégrale T2: Volumes 5 à 8. Il a été réalisé par André Taymans pour le scénario, les dessins et l'encrage.


Trois semaines plus tard, Caroline Baldwin se trouve au Laos, dans un hôtel, allongée en petite culotte sur son lit, avecun gros sac ouvert à ses côtés, rempli de billets de banque, 5 millions de dollars. Au temps présent, une équipe de 3 agents (dirigée par Gary Scott) est en planque à Tadoussac, au Québec, en train d'observer le cimetière. Caroline Baldwin arrive au cimetière où elle vient se recueillir sur la tombe de son grand-père. Elle a toujours avec elle la pipe qui lui a confiée dont l'odeur réveille en elle son souvenir. En se promenant dans les allées du cimetière, elle a l'impression d'être en train de converser avec son grand-père qui lui dit qu'elle a encore des choses à faire ici. Elle s'interrompt quand elle entend prononcer son prénom. Elle court se jeter dans les bras de Gary Scott en le reconnaissant. Ils vont papoter dans la maison de son grand-père. Caroline Baldwin indique à Gary Scott qu'elle est séropositive.

À l'écart de la ville sur une route traversant la forêt, 4 hommes attendent autour d'une voiture, fenêtres, capot et coffre ouvert. L'un d'entre eux téléphone à leur commanditaire pour indiquer qu'ils n'ont pas encore retrouvé leur cible. Caroline Baldwin & Gary Scott se promènent sur la plage. Elle évoque le fait que la maladie a bousculé sa façon d'appréhender les choses, et lui a appris à relativiser. Elle songe à démissionner du cabinet d'enquête qui l'emploie à New York. Gary Scott lui indique qu'il ne peut rien dire sur la mission qu'il est en train d'effectuer et qu'il repart le lendemain matin. Mais il promet de revenir la voir pour un projet de 3 mois de vacances. Le lendemain, Caroline Baldwin se réveille seule dans le lit. Elle décide d'aller prendre un brunch chez Jimmy. Dans le diner, la télévision diffuse des informations sur l'enlèvement du banquier Ralph Mulligan, la volonté de Kristin Wallace (sénatrice et candidate à la Maison Blanche) de réunir les fonds de sa rançon par souscription. Jimmy ironise sur les magouilles pré-électorales, tout en servant Caroline. Celle-ci le rembarre en disant que le temps est venu pour une présidente femme.


Pour cette nouvelle aventure, André Taymans choisit de raconter une nouvelle enquête dans le format d'un diptyque, et qui s'inscrit dans le genre thriller politique. Le lecteur voit donc revenir Gary Scott, agent du FBI, apparu pour la première fois dans Caroline Baldwin, n° 2 : Contrat 48-A (1998). L'auteur le dépeint comme un individu à l'apparence ordinaire, avec des lunettes rondes banales. Durant ces pages, son lien affectif avec Caroline Baldwin apparaît sincère, au point qu'il la contacte pendant une mission, malgré le risque de se faire connaître. Par la suite, son professionnalisme reprend le dessus et celui-ci inclut de faire passer le boulot avant tout, de manier des armes à feu, d'ordonner l'exécution d'individu si nécessaire, et de prendre des risques mettant en danger son intégrité physique. Le dessinateur n'en fait pas un barbouze pour autant, ni un athlète de haut niveau, encore moins, un culturiste. De même les autres agents secrets et opérateurs privés sont vêtus de tenues civiles de type jean & blouson, ou pantalon & veste avec chemise. Baldwin ne donne donc pas l'impression d'être en décalage par rapport à ces individus, et ceux-ci apparaissent plausibles dans le cadre d'opérations officieuses ou clandestines.

Après Angel Rock (tome 6) à l'intrigue très simple, le scénariste passe à une intrigue plus dense et de plus grande ampleur. De nouvelles élections approchent aux États-Unis, et des dossiers ressortent. L'enjeu est double : retrouver un banquier qui en sait long sur des dispositifs de financement occulte, afin par ricochet de disposer d'un témoignage permettant d'incriminer pas moins que le vice-président des États-Unis. Pour pouvoir mettre en place une telle intrigue, Taymans a besoin d'exposer de nombreuses informations. Dans un premier temps, il le fait de manière assez élégante par le biais d'un téléviseur dans un diner. Mais pour la suite, il lui faut délivrer ces informations de manière plus ramassée, ce qui donne d'abord 3 pages d'exposé du procureur John Steele avec quelques questions de Caroline Baldwin, puis plus loin 3 autres pages d'exposé par Arnold Levis (représentant des assurances Star), en présence de Martin Wilson (le patron de l'agence qui emplie Baldwin) avec à nouveau quelques questions de Baldwin. Ces 2 séquences mettent également en lumière la sensibilité de metteur en scène de l'auteur. Lorsque John Steele explique la situation, lui et Baldwin se promènent sur une plage, le lecteur pouvant admirer cette grève de Tadoussac (et même en reconnaître la forme s'il y a séjourné) et humer l'air marin avec eux. Pour la deuxième, les 3 interlocuteurs sont assis dans le salon de Baldwin, et le lecteur peut observer son aménagement, et scruter le langage corporel des personnes en train de parler ou d'écouter. Du coup, ces séquences de déchargement d'informations en gros présentent un intérêt visuel et le lecteur ne se dit pas qu'il pourrait ne lire que les phylactères sans s'intéresser aux images.


Ces 2 séquences ne sont pas les seules invitant le lecteur à profiter du paysage ou d'un aménagement intérieur. André Taymans continue d'accorder une grande importance aux différents environnements. En extérieur, le lecteur peut prendre le temps de détailler les différentes formes de pierre tombale dans le cimetière de Tadoussac, puis il laisse son regard errer sur le rivage de la ville. Il se rend compte de la profondeur des forêts en arrière-plan. Il jette un coup d'œil au bateau échoué devant la maison louée par Baldwin. Au détour d'une page, il bénéficie même d'une vue panoramique des jardins de la Maison Blanche, le temps de 2 cases, vision inattendue et donnant envie de parcourir ces pelouses. L'artiste invite également le lecteur à pénétrer dans différents bâtiments, avec une mise en scène lui permettant d'en voir les particularités, et d'en ressentir l'impression qu'ils dégagent. Le lecteur se met à avoir trop chaud dans la moiteur de la chambre d'hôtel de Caroline Baldwin au Laos (et pas seulement parce qu'elle est en petite culotte noire). Il prendrait bien une boisson chaude chez Jimmy, avec ces tables de bonne taille, un aménagement simple et spacieux. L'aménagement intérieur de la maison louée par Baldwin donne envie d'y séjourner pour s'y reposer. Le lecteur aimerait pouvoir prendre ses aises comme le vice-président Preston dans le fauteuil du Bureau Ovale. L'aménagement de la maison de Baldwin donne des indications quant à ses goûts, des meubles à la fois traditionnels et un peu confortables, des couleurs chaudes, la préservation d'un espace suffisant pour évoluer facilement entre les meubles. Une fois encore, le lecteur est impressionné par le niveau de détails des dessins et l'investissement de l'auteur pour personnaliser chaque lieu. Comme précédemment, la mise en couleurs s'inscrit dans un registre naturaliste, participant à la lisibilité de chaque case, quelle que soit la densité d'informations.

Tout du long de ce tome, le lecteur continue d'en pincer pour l'héroïne, ou au moins de ressentir une forte empathie pour cette femme au caractère bien trempé, oscillant entre des phases d'action et des périodes de déprime. André Taymans la fait changer de tenue en fonction des séquences et des circonstances, dans un registre parfois fonctionnel et confortable, parfois plus intime. Ici, Caroline Baldwin apparaît en petite tenue dans 4 pages différentes, nue ou en petite culotte. L'auteur a même choisi d'ouvrir son récit avec Caroline en petite tenue sur son lit, de toute évidence un choix effectué sciemment pour retenir tout de suite l'attention du lecteur. Dans le même temps, ce dernier n'éprouve pas non plus l'impression d'un racolage outrancier réduisant Caroline à un simple objet du désir. Le lecteur le perçoit plus comme la manière d'être de Baldwin, comme une manifestation de sa personnalité. Il regrette quand même que le metteur en couleur exagère le jeu sur les nuances de couleurs pour donner plus de volume aux courbes de son corps, de manière artificielle, donnant presque une impression de plastique.

Après le récit intimiste du tome 6, André Taymans se lance dans un thriller politique nécessitant quelques pages d'exposition pour la mise en place. Pour le reste, la narration conserve toutes ses qualités : des dessins descriptifs combinant une lisibilité immédiate et un haut niveau de détails, pour des environnements très consistants et uniques. Si l'affaire tombe sur Caroline Baldwin du fait de sa relation avec Gary Scott, son déroulement entremêle une situation plausible (en fait les affaires sortant dans la presse sont souvent plus énormes), avec le caractère et l'histoire personnelle de Caroline Baldwin, Taymans faisant même référence explicitement à plusieurs tomes précédents. Le lecteur se laisse facilement embarquer pour cette nouvelle enquête, savourant la dimension touristique de la visite de Tadoussac, la séduction de Caroline Baldwin, et il se laisse gagner par le suspense qui s'installe progressivement jusqu'à la scène finale dont la tension assure son retour pour le tome suivant.