Ma liste de blogs

Affichage des articles dont le libellé est Succession. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Succession. Afficher tous les articles

mardi 11 juin 2024

L'homme miroir

On ne trouve jamais un Rembrandt dans les combles d’une vieille baraque.


Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Sa parution initiale date de 2024. Il a été réalisé par Simon Lamouret, pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il comprend deux-cent-trente-deux pages de bande dessinée. Il se termine par une demi-page de remerciements dans laquelle l’auteur précise qu’un livre ça peut prendre du temps et que trois années lui ont été nécessaires à l’élaboration de celui-ci. La couverture présente la particularité que la silhouette de l’homme assis est découpée dans le carton fort, laissant voir la page en-dessous.


La Roseraie – Vente domaniale pour cause de succession vacante. Dépendance de la maison de maître début XIXe (la bâtisse principale ne fait pas partie de la vente). Composée de cinq pièces de plain-pied : 108m² plus 300m² de terrain. Cadastré BC 252 lot 153. La propriété est encombrée. Le débarras sera à la charge de l’acquéreur. Le bien est vendu en l’état et situé en plaine agricole et boisée à 10mn de Ste-Chabelle – Accessible par transports en commun, à proximité des autoroutes A48 et A49. Mise à prix : 25 000 euros. En fin de journée, Élise arrive en voiture à Sainte-Chabelle, une petite ville de province. Elle s’arrête devant la dépendance, rentre sa voiture dans la cour, referme le portail. Elle prend sa valise dans sa voiture et rentre dans la maison. Elle appuie sur l’interrupteur : pas de lumière, il n’y a plus d’électricité. Elle utilise la torche de son téléphone et constate le fouillis présent dans chaque pièce. Elle se rend aux toilettes et s’y installe tout en ramassant une carte postale par terre pour la lire, pendant qu’elle urine. Un homme écrit à son amour et il évoque le mauvais temps, ainsi que ses marches qui lui permettent de réfléchir à l’avenir de façon plus sereine. Élise l’imagine dans son bain dans cette même salle de bain et sa compagne qui finit sur les toilettes et remonte sa culotte. Élise tire la chasse d’eau, conserve la carte postale avec elle et continue de visiter les pièces de la maison. Devant le bazar généralisé, elle décide de s’installer sur le canapé.

Son téléphone portable sonne : sa mère l’appelle. Élise lui indique qu’elle est arrivée à l’instant. Elle demande à sa mère quand Tom leur amène Antoine. Elle se demande qui achète une baraque sans la visiter. Elle prend le flacon d’armagnac sur la table basse devant elle et elle en boit une gorgée. Enfin, c’est trop tard pour regretter. Elle demande à parler à son père et elle lui fait un état des lieux : on ne voit pas grand-chose, mais ça a l’air à peu près en bon état, enfin pour une maison inhabitée depuis trente ans. Elle continue : les fenêtres n’ont pas l’air cassées, du moins dans les pièces qu’elle a explorées en arrivant. Elle n’a aucune idée s’il y a des vices cachés : elle n’est pas maçon, ni plombier. La maison a l’air de tenir debout, ça sent l’humidité et il y a pas mal de poussière, un peu comme avant chez mamie. De toute façon, ils verront tout ça demain. Elle raccroche, elle s’allonge sur le canapé sous une couverture, et elle éteint la lumière.


Quel étrange album : une couverture avec une silhouette découpée, c’est-à-dire une forme ludique plutôt à destination des enfants. Une bande dessinée entièrement peinte, avec un degré de simplification dans les représentations tout en conservant un haut niveau de détails. Des cases sans bordure tracée, des formes sans trait de contour. Une introduction d’une dizaine de pages dépourvues de mots à l’exception de la carte postale. Une période de quelques jours peut-être quelques semaines où Élise s’installe dans une maison achetée sans la visiter au préalable, avec son fils Antoine, et l’aide de ses parents Rachel et Philippe. Les gestes du quotidien pour débarrasser les pièces de tout le bazar qu’elles contiennent, de tous les souvenirs accumulés et laissés en plan. Chaque personnage réagit à sa manière à ces circonstances qui l’amènent à manipuler les vestiges de la vie d’une autre personne, décédée depuis, ce qu’il reste d’une vie. Chacun à sa manière réagit en accordant une importance nulle ou significative à ce qu’il trouve, à ce qu’il manipule, ce que cela réveille ou suscite en lui de manière consciente ou inconsciente. En cela, cet absent joue bien le rôle de miroir, reflétant un trait de caractère ou un souvenir chez l’un et l’autre. L’auteur va un peu plus loin que ça, évoquant quelques bribes de la vie de l’ancien propriétaire, montrant le contexte dans lequel il a utilisé ces objets, ces outils… ou au contraire en laissant le mystère.

L’auteur développe cette situation sortant de l’ordinaire, en la racontant de manière pragmatique : la suite de petites actions qui vont permettre de déblayer cette maison, le comportement banal de chacun des quatre personnages : la mère Élise, ses parents Rachel et Philippe, son fils Antoine. Tout comme eux, le lecteur est submergé par la quantité d’affaires présentes dans la maison : il ne semble pas y avoir un seul endroit épargné par l’accumulation de choses diverses, laissant présumer un comportement compulsif. Dans la page douze, il regarde la salle à manger, puis la cuisine en vue subjective, par le regard d’Élise : la table pas débarrassée, l’horloge comtoise, le papier peint aux motifs chargés, la vaisselle sens dessus dessous dans la cuisine. Puis les toilettes : des piles de journaux par terre et sur la cuvette. Puis la chambre : le lit ouvert mais pas défait, les vêtements en désordre. Une autre pile de journaux dans le couloir, des tableaux aux murs, une platine disque dans le salon, un piano, des fauteuils, un chapeau, des guéridons, des lampes, un pot à bonbons, un porte-bougie avec sa bougie, un paquet de cigarettes, un flacon d’armagnac, des revues, etc. Le lecteur finit par être aussi étourdi qu’Élise, par le nombre d’objets, par la perspective de devoir débarrasser tout ça.


Alors que les dessins semblent un peu simplifiés, le lecteur constate la densité d’informations visuelles à chaque page. Le grand-père effectue la révision de son camping-car avant d’aller chercher son petit-fils et de se rendre chez fille : l’alignement de pavillons est représenté dans des couleurs gaies, il ne manque pas une brique au pourtour des fenêtres, une poubelle est sortie sur le trottoir, un couple est en train de finir de mettre ses affaires dans le coffre de leur voiture, le lecteur peut également voir le tracé des places de stationnement, un mât d’éclairage, les végétaux dans les jardins, un escalier pour accéder à un perron, les fils électriques et leurs poteaux, etc. Le trajet en camping-car se déroule sur sept pages et le lecteur peut voir le paysage défiler, chaque lieu différent et bien décrit. Le premier midi, la petite famille mange sur une table dans le jardin et tout est là : les couverts, les assiettes, les verres, la bouteille d’eau en plastique, la bouteille de vin en verre, les chaises de jardin, l’herbe qui n’a pas été tondue depuis longtemps, les arbres et leur feuillage, la maison de maître en arrière-plan et sa clôture, le muret du jardin. Il est possible que le lecteur n’y prête pas attention à ce moment-là, toutefois s’il y revient par la suite, il constate que la brèche est déjà bien présente dans cette page cinquante-cinq. L’artiste fait montre du même investissement pour chaque endroit : chaque pièce de la maison dont le garage, le marché, les champs avec les chasseurs, une chambre de bonne pour Hannah et François, la déchetterie, un paquebot, un désert de sable, un paquebot, etc.

L’artiste adopte également une approche naturaliste pour les personnages : les gestes mesurés des grands-parents et leur visage creusé par les rides, les postures typiques des enfants pour Antoine et sa bouille ronde, les gestes plus assurés et plus confiants d’Élise. Chacun de ces personnages acquiert une vie propre sous les yeux du lecteur, une belle épaisseur et une forte plausibilité. Il sourit en voyant que la taille de police est un peu plus grande dans les phylactères du grand-père pour souligner qu’il parle un tout petit peu trop fort du fait de son audition défaillante. Il le voit absorbé dans son monde, complètement investi dans la remise en route de la Deux-Chevaux, complètement désemparé par l’absence de son épouse partie passer quelques jours seule au bord de la mer. Il ressent la douleur du faux mouvement d’Élise en déchargeant un frigo neuf. Il compatit à son mélange d’exaspération et d’inquiétude en voyant la réponse négative de la mairie après son entretien. Il éprouve une vive inquiétude en voyant Antoine manipuler un fusil totalement inconscient du danger d’une telle arme à feu. Il est en pleine empathie avec Rachel, la plus affectée par les souvenirs de la vie de cet inconnu.


L’auteur sait montrer comment chacun des quatre principaux personnages réagit à différents objets, avec une incidence également de nature différente. Le récit tient pleinement la promesse du titre : les artefacts résiduels de la vie du défunt agissent comme un miroir renvoyant la mère, les grands-parents, l’enfant à une partie d’eux-mêmes. Il montre également ce qu’une partie de ces objets a réellement signifié pour leur propriétaire à une époque de sa vie. Le lecteur ressent que le même processus se produit en lui : les personnages s’apparentent également à un miroir de différentes facettes de sa vie. Une remise en question de sa vie professionnelle, un autre regard sur sa relation amoureuse avec son partenaire de vie, sa passion ou son occupation lors des moments qui lui appartiennent pleinement, ses regrets ou sa nostalgie d’un chemin de vie que le hasard des circonstances l’a amené à délaisser, son rapport à la mort et au temps qui passe. Derrière la banalité pragmatique de faire place nette dans une maison, se trouvent des questions existentielles pour lesquelles il n’existe pas une seule réponse, encore moins une bonne réponse.


Un point de départ riche et fascinant : faire ressortir les points saillants de sa propre vie en découvrant des vestiges de l’intimité de celle d’un autre. La narration visuelle s’avère douce et d’une richesse extraordinaire, tant pour les détails, les lieux, l’expressivité de chaque personnage en fonction de son âge. Le récit se calque sur les actions ordinaires consistant à débarrasser une maison, avec quelques événements de la vie de tous les jours, en même temps cette vie intérieure qui réagit par automatisme à ces souvenirs d’un inconnu, renvoyant l’image de ses propres choix, de ses habitudes, de ce qui a été laissé de côté. Profond et sensible.


mercredi 15 mai 2019

Jessica Blandy, Tome 8 : Sans regrets, sans remords…

Le bon vin fait du bon sang.

Ce tome fait suite à Jessica Blandy, tome 7 : Répondez, mourant... (1992) qu'il n'est pas indispensable d'avoir lu avant. Il est initialement paru en 1992, écrit par Jean Dufaux, dessinés et mis en couleurs par Renaud (Renaud Denauw). Ce tome a été réédité dans un format plus petit, dans Magnum Jessica Blandy intégrale T3.

Quelque part sur la côte Ouest des États-Unis, un homme est en train de s'offrir un plat de pâtes roboratif dans un restaurant déserté, juste en présence du cuisinier, dans un restaurant immense sans autre client. Emmanuel Scolla arrive avec 2 hommes de main. Scolla indique à Ricardo qu'il a appris qu'il ne voterait pas pour lui. Il lui introduit une fourchette dans l'oreille jusqu'à ce que mort s'ensuive. Le cuistot ayant juré de ne rien dire, Scolla lui laisse une liasse de billets pour la dot de sa fille. Plus loin sur la côte, au bord d'une plage, la cousine Sophia attend son rendez-vous, adossée à son coupé Mercedes. Des gamins jouent avec des balles de baseball à proximité. Une balle touche la voiture. Sophia la ramasse et la confisque. Le gamin lance une deuxième balle qui l'atteint en pleine tempe. Elle tombe, inconsciente, du sang s'écoulant de son nez et de ses oreilles. Surfie vient rendre visite son dealer Winnie dans sa belle villa. Il le trouve mort dans sa piscine. Encore présents, les 2 tueurs abattent Surfie pour ne pas laisser de témoin.

Dans un restaurant chic, Jessica Blandy est en train de dîner avec son éditeur. Il lui fait observer que ses livres se vendraient mieux s'ils n'y avaient pas autant de meurtres, de sang et de cruauté. Elle lui répond qu'elle refuse de tricher avec son lectorat. À sa demande, il lui indique qu'il a une commande à lui passer : l'écriture des mémoires de Cesare Vitale qui se prêtera à plusieurs interviews pour livrer ses souvenirs. Pas entièrement convaincue, Jessica accepte en se disant qu'elle arrivera bien à donner l'orientation qu'elle souhaite à ce livre. Le soir même, le personnel de Vitale dresse une table pour de nombreux invités, à l'occasion d'une cérémonie se déroulant chez lui. Une servante dépose les cartons nominatifs pour les places. Elle pose celui d'Ugo Calda. Ce monsieur a les mains liées, un bloc de béton au pied et est en train de couler dans le fond de la mer, expirant ce qui lui reste d'oxygène. Cesare Vitala apprend l'information du décès d'Ugo Calda. Il fait renvoyer tous les invités, annule le repas, et demande à parler à Emmanuel Scolla. Sur une plage, Jessica Blandy papote avec sa copine Kim qui lui apprend la mort de son amant Surfie, avec qui elle ne vivait plus, mais dont elle s'était longtemps occupé.

Dans le tome précédent, Jessica Blandy avait confronté son traumatisme des tomes antérieurs, et réussi à retrouver une forme d'équilibre ou tout du moins à surmonter une partie des sentiments négatifs générés par ces traumatismes. Ce huitième tome contient à nouveau une histoire complète en une seule partie. Le lecteur retrouve certains personnages déjà croisés : Kim & Surfie, l'inspecteur Robby, et Jessica Blandy bien sûr. Le scénariste fait références à des événements survenus dans des tomes précédents, en particulier les 1 & 2. Par contre, Rafaele n'est pas de retour, certainement confié à quelqu'un d'autre. Le lecteur retrouve également les décors naturels de la côte Ouest des États-Unis, ainsi que de somptueux décors comme le grand centre abritant le restaurant dans la scène d'ouverture, la splendide demeure de Cesare Vitale avec ses pièces spacieuses et sa piscine privée, sa grande pelouse, sa salle de réception, et la belle villa de Jessica Blandy. Renaud s'implique toujours autant pour représenter ces constructions, avec un niveau de détails et une cohérence architecturale qui permettent au lecteur de s'y projeter. Les environnements naturels sont également à l'honneur avec le littoral, ses galets et les roches en planche 5, les coraux au fond de l'eau en planche 13, l'escalier pour descendre sur la plage (planche 19), les pins parasol (planches 40 & 41), la plage. Renaud a l'art et la manière de représenter un paysage plausible et unique.


Le lecteur retrouve le détourage au trait très fin de l'artiste, donnant une apparence un peu clinique aux personnages, avec des visages de mannequin. Mais cette sensation n'est pas gênante car les visages sont expressifs dans un registre naturaliste sans exagération, et les postures sont dans le même registre montrant la conscience que les personnages ont d'eux-mêmes, le degré de contrôle qu'ils exercent sur l'image qu'ils souhaitent donner d'eux-mêmes, la manière dont certains se mettent en scène. Cette particularité en dit long sur leur degré d'égocentrisme. À nouveau, Renaud impressionne par sa capacité à créer des apparences visuelles différentes et originales pour chaque protagoniste, sans utiliser d'exagération pour les rendre visuellement plus remarquables. Le lecteur apprécie à la fois le confort de la familiarité de retrouver les caractéristiques de la narration visuelle, à la fois la simplicité apparente de ladite narration, à la fois le fait de rencontrer de nouvelles personnes, de fréquenter de nouveaux endroits.


Après le déchaînement de névroses, de psychoses, de déséquilibres mentaux légers ou prononcés, de conduites à risque et autre comportement autodestructeur, le lecteur respire un peu en découvrant un thriller assez classique, à base de guerre de succession d'un chef de famille du crime organisé. Les meurtres restent dans un registre professionnel et classique, à l'exception du premier qui le laisse avec une question qu'il aurait préféré ne pas se poser : est-ce que la fourchette était vraiment assez petite pour pouvoir rentrer dans l'oreille ? La question du coupable n'est pas motrice puisque son identité est montrée dès la deuxième page. Du coup, il s'agit de voir des individus éliminer leurs rivaux, et d'autres essayer d'enrayer l'épidémie de cadavres. Dufaux ne se focalise pas sur l'état d'esprit des tueurs professionnels, sur leur motivation ou leur système de valeurs qui leur permet d'exercer ce métier sans dilemme moral. Une fois passé le coup de la fourchette, le lecteur sourit en découvrant la conversation entre Jessica Blandy et son éditeur. En réponse à une demande, elle lui déclare : je ne pense jamais à mon public quand j'écris. Je le respecte trop pour ça. Ce n'est pas à moi de le suivre, mais à lui d'accepter. Le lecteur peut y voir une déclaration d'intention de Jean Dufaux, peut-être un peu roublarde dans le sens où sa série se vend bien. Le premier signe de méchanceté psychologique apparaît quand Kim répond sèchement à l'inspecteur Robby et que celui-ci repense à une séance de déshabillage humiliante dans le tome 2. Il faut attendre la fin pour que 2 personnages adoptent un comportement plus déviant, de type autodestructeur.


Néanmoins, de temps à autre, l'attention du lecteur est attirée par un petit détail qui dénote dans cette narration classique : le rouge dans les pâtes du dîneur solitaire, la pianiste au fond de la mer, le voile rouge devant un bâtiment dans la planche 28. La bizarrerie est moins frontale, mais il n'y a pas à gratter beaucoup sous la surface pour entrevoir un réel moins familier, plus dérangeant. De la même manière, le comportement des individus semble aller de soi, mais cette apparence de normalité se fissure dès qu'un mot ou un geste s'en démarque. Après tout, il est possible de comprendre qu'un individu souhaite manger seul sans offrir ce spectacle à d'autres, mais la raison réside plus dans sa sécurité, dans une vision paranoïaque de sa vie. Lors de l'enterrement, Robby repense à la manière dont il a humilié Kim en l'obligeant à se déshabiller devant lui, par le chantage. Lorsqu'elle lui répond de manière sèche, il se dit qu'il fera en sorte de rétablir son ascendant, son emprise sur elle. Jessica Blandy écoute les souvenirs de Cesare Vitale, devant concilier l'écriture d'un livre sur lui, tout en étant consciente qu'elle écoute un responsable du crime organisé, qui sait maintenir une façade de respectabilité tout en utilisant l'assassinat comme pratique professionnelle normale. Le cas d'Emmanuel Scola est plus basique : éliminer ceux qui sont au-dessus de lui dans l'organisation ou qui lui sont hostiles, pour succéder à Cesare Vitale. Le cas de Claudia devient progressivement plus dérangeant, pas du fait de comportements déviants, mais plus par une accumulation de petites choses. D'un côté, Jean Dufaux se moque de lui-même en qualifiant le dénouement de reine des clichés ; de l'autre, elle est amenée à expliquer qu'elle a fait sienne la formule Sans regrets, sans remords. Comme d'autres personnages, elle a tenté de concilier à la fois une vie en respectant les règles implicites, à la fois en les détournant à son avantage. Elle paye bien sûr le prix psychologique de ces transgressions. Avec ce principe de prix à payer, le lecteur découvre un autre protagoniste qui tente de déjouer le sort en se punissant lui-même dans la dernière séquence.



Dans ce huitième tome, Jean Dufaux & Renaud poursuivent leur série dans la même veine : morts violentes, criminels de statut différent, présence de Jessica Blandy oscillant entre participation active et simple témoin des événements. Dans le même temps, ils semblent s'être astreints à une narration plus en retenue, moins ostentatoire dans les déviances. Pour autant, les comportements sortent de la norme, et l'intrigue ne se limite pas à une enfilade de clichés sur la base d'une trame éculée. L'affrontement entre conformisme et transgression génère un désordre psychique chez les personnages, qui est rendu apparent par des éléments visuels en décalage avec la normalité.