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lundi 7 septembre 2026

Undertaker T06 Salvaje

Pour l’instant, on va faire ce qu’il y a de plus dur… R-I-E-N.


Ce tome fait suite à Undertaker T05 L'Indien blanc (2019) qu’il faut avoir lu avant pour comprendre les références aux faits antérieurs, car les deux forment un diptyque. Son édition originale date de 2021. Il a été réalisé par Xavier Dorison pour le scénario, par Ralph Meyer pour les dessins, et par Meyer et Caroline Delabie pour les couleurs, sur une idée originale de Meyer & Dorison. Il comprend quarante-huit pages de bande dessinée.


Il y a quelques jours, Sid Beauchamp dans son bel habit de shérif, est cloué au sol, ses mains, ses pieds et son cou attachés au sol par des cordes. Caleb Barcaly, tout habillé de blanc, le contemple le chapeau à la main, et lui demande ce qu’il fait au milieu de tentes en train de brûler, quelques Indiens massacrés gisant au sol. Le shérif s’explique : Ils étaient sur la piste de la bande de Salvaje, ils ont voulu poser deux trois questions ici et… Et la bande leur est tombée dessus. Ils ont fait ce qu’ils ont pu, mais les Apaches avaient planqué un tireur, celui-ci les a laminés avec sa Winchester. Beauchamp s’arrête et demande à Barclay de le détacher. Ce dernier lui fait observer que les seuls cadavres qu’ils voient sont des femmes, des vieux et des gosses, pas des guerriers. Beauchamp perd patience et devient explicite : il est payé par la mère de Caleb pour rapporter ces Indiens, vingt dollars par tête pour les vieux et les gosses, trente pour les femmes. Caleb s’écarte un peu ce qui révèle la présence de Salvaje et des guerriers apaches, derrière lui. L’Indienne s’approche de l’homme à terre pour lui brûler les mains.



Sid Beauchamp termine son histoire pour le bénéfice de Jonas Crow, encadré par deux hommes de main armés : Chucho est arrivé juste à temps pour empêcher les Apaches de l’achever. Quand il l’a récupéré, Sid avait si mal qu’il l’a supplié de lui couper les mains. Six mois après, il ne pouvait pas tenir une fourchette. Un an après, il a retouché un colt pour la première fois. Et aujourd’hui, il est le meilleur tireur qu’ait jamais connu l’Arizona ! Il ne supporte juste plus l’odeur du cochon grillé… Ça lui rappelle trop celle de ses mains en train de cramer… Cela n’émeut en rien Crow qui demande pourquoi son interlocuteur lui raconte ça. Beauchamp reprend : D’abord pour lui dire qu’il n’est pas le méchant de l’histoire. Ensuite pour lui rappeler que lui Sid n’aurait pas beaucoup à se forcer pour cramer sa Salvaje morceau par morceau. Mais ça peut se passer autrement… Le shérif explique la suite : ils vont enterrer Caleb Barclay à Tucson, avec les funérailles, il y en a pour deux jours. Si Crow et ses Apaches filent droit, il laisse ses amis quitter Tucson sur leurs deux pieds, direction la réserve de Fort Marion, en Floride. Bien sûr qu’il ne fait pas ça par bonté d’âme, plutôt parce qu’il a ordre de sa patronne de montrer aux crétins de l’armée qu’ils laissent les Apaches en paix… Ou parce qu’il faut montrer à leurs chers investisseurs en chemises blanches de Boston qu’ils sont civilisés, Crow peut choisir la raison qui lui convient le mieux. Crow ironise qu’il mise sur la bonté d’âme de Sid. Ce dernier demande à Chucho de donner le collier à Jonas pour que ce dernier le passe au cou de Salvaje.


Beaucoup de choses à résoudre dans cette seconde moitié du diptyque : la capacité de Sid Beauchamp à mener à son terme son rêve d’ascension sociale quoi qu’il en coûte, le plan d’expansion capitaliste de Joséphine Barclay, continuer à mener la lutte pour son peuple apache de Salvaje, sortir encore une fois vivant d’une mauvaise passe pour Jonas Crow tout en protégeant les personnes avec qui il chemine. Comme dans toute série Western, vient un temps où les personnages quittent l’ouest sauvage pour un séjour en ville : ici ils se retrouvent à Tucson à l’exception de deux séquences. Dans la première, le lecteur découvre ce qui est arrivé aux mains de Beauchamp, dans une zone désertique et rocheuse, déjà visitée dans le tome précédent, avec ces très beaux effets d’espaces et de textures de roche, de sol stérile, et malgré toute la capacité des Apaches à vivre en autonomie dans un tel territoire. La seconde met également en valeurs ces paysages naturels imposants et peu propices à la vie, au cours d’un voyage en train. Une première case de la largeur de la page montre la chaîne montagneuse dans le lointain, avec une prise de vue au ras de la voie ferrée, la colonne de fumée noire de la locomotive souillant le ciel, plus noire que les nuages, les rails s’ouvrant un chemin entre deux zones enneigées. Puis le train progresse dans une tempête de neige, les montagnes devenant de simples silhouettes, et les plaines enneigées infinies.



Pour cette seconde partie, le scénariste met à profit les talents de l’artiste pour les zones d’extérieur et d’intérieur dans la ville et ses faubourgs. Tout commence avec la silhouette aisément reconnaissable d’un château d’eau à proximité de la voie ferrée, et une éolienne sur une haute structure en bois juste à côté. L’attention du lecteur va ainsi assimiler, sans effort conscient, de nombreux éléments visuels appartenant au genre et à la mythologie Western : les énormes hangars en bois, l’enseigne où figure le mot saloon, l’avenue principale traversant la ville et autour de laquelle elle est construite, le luxueux manoir de maître attestant de la position sociale et économique dominante de son propriétaire, une partie significative des déplacements s’effectuant à cheval ou en voiture à cheval, le prestige des rares bâtiments construits en dur comme la banque ou l’Ambassador, l’étendue du cimetière attestant des espaces disponibles et des dimensions à l’américaine, la simplicité des pierres tombales… pour finir avec la maison en bois du couple de fermiers et le corbillard à nouveau sur la route, enneigée avec un magnifique paysage naturel. Les images montrent tout cela de manière organique, donnant à voir ces environnements urbains, assurant que le lecteur éprouve la sensation d’y être.


Il en va de même pour les scènes d’intérieur, qui sont également variées. Dès son arrivée, Jonas Crow se retrouve invité, sans son consentement, dans la riche demeure de la veuve Joséphine Barclay. Le lecteur découvre la propriétaire en train d’exécuter une fresque murale, avec un échafaudage en bois provisoire pour lui permettre d’atteindre le bon niveau, les motifs du papier peint, les appliques murales, les chaises tapissées, puis le beau parquet, le petit salon en mezzanine, etc. Il accompagne ensuite Chato dans la chambre que Joséphine lui a réservée avec le lit et sa courtepointe, le fauteuil, la cheminée pour chauffer et son manteau avec lampe à pétrole, buste et petit coffret, sans oublier le tableau, la baignoire métallique, le panier en osier tressé contenant les branches pour alimenter le feu de l’âtre, le tapis, la table basse et une deuxième lampe à pétrole, la table de nuit et une troisième lampe à pétrole, le parquet plus grossier, une commode et un petit canapé, tout ça en une seule case. Quelques pages après, un petit tour dans le magasin général pour de nouveaux vêtements destinés à Crow, et l’œil du lecteur fait le tour de la case pour identifier les autres marchandises. Vient ensuite le tour du propriétaire de l’Ambassador, réplique de celui de la Nouvelle-Orléans (une immense bâtisse de style victorien avec une coupole en fer forgé) avec son ascenseur et son phare au gaz projetant un rayon lumineux des kilomètres à la ronde, etc. L’attention du lecteur se trouve également attirée par les tenues vestimentaires de Joséphine et Sid attestant de leur aisance financière, celles imposée à Chato. Il sourit en voyant que Crow retrouve enfin une tenue digne de sa profession, presqu’un uniforme.



Les discussions entre les personnages bénéficient de mises en scène tout aussi construites et parlantes. Le lecteur peut voir comment les uns et les autres essayent de prendre l’ascendant, d’imposer leur volonté, soit par leur position de force évidente, soit par des stratégies psychologiques plus sournoises pour parvenir à une emprise, en particulier Joséphine sur son petit-fils. Elle aussi est une personne de pouvoir qui sait parfaitement utiliser les autres pour ses fins, sciemment et finement.  Ses manipulations sur Chato deviennent un reflet de l’éducation que Salvaje a donné à son fils, sans plus lui laisser le choix. Le portrait de Sid Beauchamp se dessine par son comportement : alors qu’il semblait parti pour être aussi ignominieux de Jeronimus Quint, sa position dominante perd en force. Le lecteur voit comment cet homme a pu vouloir prendre une revanche sociale, et comment il a reproduit le comportement des riches et puissants autour de lui. Il paie le prix cher d’avoir omis de prendre en compte que sa naissance ne lui a pas permis d’appartenir à la même classe sociale, et il se retrouve en fâcheuse position faute de pouvoir jouir des mêmes prérogatives. La narration permet de comprendre les motivations de Salvaje et celles de son fils. Comme le laissait subodorer le tome précédent, Jonas Crow lui-même ressent des émotions et éprouve des sentiments, fait preuve d’une capacité d’autoanalyse sur sa situation et sur les manques qu’il éprouve, en particulier vis-à-vis de cette femme : une Anglaise, une pimbêche comme il en a rarement vue, coincée, têtue et la pire cuisinière de toute la Californie ! Avec cette remarque, le lecteur prend conscience de la place centrale des femmes dans l’histoire : cette Anglaise, Joséphine Barclay, Salvaje.


Le lecteur retrouve tout ce qu’il attend : une narration visuelle riche, expressive et dont le haut niveau technique permet une accessibilité et une évidence immédiate, une intrigue violente au cours de laquelle le personnage principal se bat pour des objectifs moraux tout en étant faillible et faisant usage de méthodes condamnables. Le méchant du récit s’avère plus fragile que prévu, et il se trouve des individus prêts à mettre en œuvre le capitalisme pour le profit de manière inconditionnelle. En arrière-plan, le lecteur capte une réflexion délicate sur l’éducation d’un enfant, son instrumentalisation incidente ou consciente. Un monde impitoyable et complexe qui corrompt tous les individus.



lundi 24 août 2026

Undertaker T05 L'Indien blanc

C’est cette vie que Caleb était venu chercher.


Ce tome fait suite à Undertaker - Tome 4 - L'Ombre d'Hippocrate (2017) qu’il faut avoir lu avant pour comprendre les références aux faits antérieurs. Son édition originale date de 2019. Il a été réalisé par Xavier Dorison pour le scénario, par Ralph Meyer pour les dessins, et par Meyer et Caroline Delabie pour les couleurs, sur une idée originale de Meyer & Dorison. Il comprend quarante-huit pages de bande dessinée.


Dans une région sauvage dans la région de Tucson, au milieu d’une piste enneigée traversant un massif rocheux, une diligence tirée par quatre chevaux, le feu ayant pris à l’arrière, avec un cavalier qui la suit qui hurle : Apaches ! Il enjoint le cocher Dodson à accélérer, mais ce dernier n’y arrive pas car les chevaux n’en peuvent. Derek hurle un nouvel avertissement, trop tard et en vain : Dodson se trouve décapité par un fil barbelé tendu entre deux rochers. La diligence se couche sur le côté, le feu ravageant toujours l’arrière. Le passager sort par le dessus et aide Sondra à en sortir. Alors qu’il s’apprêtait à s’éloigner, Derek fait demi-tour et se rapproche des deux passagers : il abat Sandra d’une balle dans la tête et il en fait de même pour l’autre passager. Il fait à nouveau demi-tour pour s’éloigner et découvre qu’un Apache se tient devant lui un arc et une flèche à la main. Il charge au galop et reçoit une flèche en plein ventre, chutant à terre. Alors que Salvaje s’approche avec ses hommes, Derek se tire une balle dans la tête.



À Tucson dans la plus riche demeure, Sid Beauchamp s’adresse à Joséphine Barclay : il lui assure que son fils n’a pas souffert. Il en est certain : l’Indien qui les a renseignés a assuré que l’Indien blanc avait été tué net pas une balle de Derek. D’ailleurs, à ce sujet… Derek était condamné, les poumons. C’est pour cette raison que Sid avait pensé à lui pour escorter la diligence, qu’elle arrive ou pas à San Diego. Il lui avait promis une prime pour sa femme, enfin sa veuve… Il sait que c’est dur à entendre, mais si Derek a tiré sur le fils Barclay, c’est qu’il n’a pas eu le choix. La riche propriétaire lui assure qu’elle comprend, elle paiera bien sûr. Il reprend la parole : il la remercie, il ne peut imaginer à quel point cela doit être terrible pour elle, s’il peut faire quoi que ce soit… Elle lui répond : Elle y a pensé, et il y a quelque chose qu’il pourrait faire pour elle : elle veut qu’il récupère le cadavre de son fils pour l’enterrer ici à Tucson. Il essaye de se défendre : C’est impossible ! Il ignore où Caleb Barclay se trouve, les Apaches ont sûrement emporté sa dépouille avec eux, à l’heure qu’il est il doit être dans leur territoire ! Sans compter son état de décomposition ! Elle le reprend : elle a annoncé à toute la ville que les funérailles de Caleb seraient célébrées d’ici une semaine. Elle conclut : Tant que son fils ne sera pas revenu chez elle, son cœur ne pourra se dédier ni à leur amour, ni à leur mariage. À côté de la diligence, Jonas Crow est en train de creuser une tombe dans une terre gelée, pleine de pierres. C’est un peu comme racler un gros caillou avec les dents.


Début du troisième diptyque : le titre met le lecteur sur la voie, les Indiens vont jouer un rôle, peut-être que le personnage principal va s’enfoncer en territoire indien. En territoire Apache même, plus précis encore le récit mentionne les Chiricahuas, un groupe d'Apaches vivant dans le sud-ouest des États-Unis, ayant compté parmi ses membres Cochise et Geronimo. Le lecteur comprend que cette aventure se déroule peu de temps après la précédente, c’est-à-dire en 1865 ou 1866. Même si les auteurs ont choisi avec précision la tribu indienne, ils s’abstiennent de références sur son histoire à cette période particulière. Ils utilisent ce peuple pour évoquer un autre rapport au monde, une autre façon de vivre, des valeurs sociales différentes. Vers la fin de cet album, Salvaje décrit à Jonas Crow ledit mode de vie : Avant les hommes blancs, l’Apache se levait avec le soleil et partait parcourir la terre des esprits sans crainte ni espoir. Et lorsqu’il trouvait un gibier, des herbes ou des fruits à cueillir, il se contentait d’être reconnaissant. À la tombée de la nuit, l’Apache rentrait au camp pour aider les siens avant de retrouver la couche de l’être aimé. Il n’attendait rien, n’avait d’autre souci que d’apprendre du monde et de se préoccuper des siens. Cet Indien inculque ces valeurs traditionnelles à son fils Chato, une éducation qui semble insupportablement dur à Jonas Crow lui-même, pourtant pas un enfant de chœur.



L’horizon d’attente du lecteur repose pour commencer sur les composantes visuelles du genre Western. Les auteurs remplissent cette promesse dès la séquence d’ouverture, avec des formations géologiques montagneuses et un chemin enneigé pour passer un col : texture de roche impeccable, une neige bleu-gris très réussie, une perspective dégagée à des kilomètres avec un ciel orangé comme enflammé, et trois vautours dérangés par le bruit. La sensation d’immersion fonctionne à plein dans ce paysage grandiose faisant honneur aux zones sauvages de l’Amérique. Lorsque Crow se retrouve sur place quelques jours plus tard pour creuser des tombes, la neige a perdu sa teinte bleutée pour être gris-blanc. Crow est recruté par Sid Beauchamp pour rejoindre sa bande et aller chercher un cadavre : nouvelle chevauchée passant au milieu des gorges d’une montagne, avec la roche formant d’élégantes arabesques témoignant des couches de formation, et débouchant sur une zone dégagée nimbée de gris, la vision glaçante d’un cimetière apache. La traversée de ce territoire naturel se poursuit, l’occasion d’autres paysages superbes : un village construit sous un énorme surplomb rocheux, une rivière coulant entre deux falaises et sa cascade, un camp Chiricahua composé d’une douzaine de tepees, des étendues enneigées à perte de vue avec de rares arbres, une falaise à la verticale à escalader à main nue, etc. Un voyage qui emmène le lecteur dans une région aux caractéristiques spécifiques et spectaculaires, imposant ses contraintes aux voyageurs.


Les auteurs ont visiblement pris plaisir à concocter quelques instants visuellement marquants au cours du récit : le fil barbelé tendu à hauteur du cou du cocher, la peinture de guerre en forme de crâne sur le visage de Salvaje, la main écorchée de Jonas à force manier la pelle, Jonas buvant le vin à la bouteille, le visage de Caleb après avoir ôté sa peinture de guerre, Salavje passant à travers la chute d’eau, un gros plan sur un épis de maïs illustrant le propos de Salvaje (Le fermier et sa squaw ont choisi d’être les esclaves du maïs), etc. À nouveau, le lecteur ressent la qualité de la narration visuelle même s’il n’y prête pas attention. Le dessinateur sait donner vie à chaque séquence quelle qu’en soit sa nature, y compris les plus statiques. Le scénariste se montre un dur envers lui avec deux pages d’exposition de la situation, lors d’un long exposé de Sid Beauchamp : Meyer montre les différents gestes de du shérif même s’il reste assis, il montre comment Jonas n’arrive pas à rester en place, et ce qu’il voit à l’extérieur. Les prises de vue et les mises en scène complexes s’avèrent immédiatement lisibles et transmettent avec élégance et conviction l’état d’esprit des personnages lors des conflits psychologiques. À ce titre, plusieurs scènes marquent le lecteur par la justesse des expressions de visage et des gestes : Jonas Crow prenant la décision de mutiler le cadavre de Caleb, le même Jonas se heurtant aux comportements des trois Apaches (Salvaje, Chato, et le vieil homme), Chato tiraillé entre les valeurs inculquées par sa mère et ce qu’offre le couple de fermier), etc. Sans effet spectaculaire ou démonstratif, le dessinateur combine les différents paramètres et personnages lors des scènes d’affrontement avec un naturel confondant, et une habileté extraordinaire, assurant là encore la plausibilité du déroulement des actions.



Le scénariste continue de savamment doser ses ingrédients, entre une nouvelle aventure complète en deux tomes, et la trame de la série. Ainsi, le lecteur peut voir l’impact du départ de Rose Prairie sur le comportement de Jonas Crow, et celui-ci est à nouveau rattrapé par son passé de Lance Strikland et un espoir ténu de s’en débarrasser, sans oublier son métier de croque-mort qui le met à nouveau dans une situation intenable. D’un côté pas de progression significative de sa situation, mais de l’autre une évolution discrète conséquence des situations des tomes précédents. Dans cette première partie de ce nouveau diptyque, les auteurs mettent à nouveau en scène un détenteur de l’autorité (un shérif) qui en use à ses fins personnelles, ayant en plus tout à fait conscience que sa fonction sert les intérêts capitalistes de la société de chemin de fer et de sa propriétaire. Pendant ce temps-là, le personnage principal se trouve confronté à une autre culture, avec des valeurs dont il mesure progressivement l’altérité, à la fois en observant le comportement des Indiens Chiricahuas, à la fois quand Salvaje le dit de manière explicite : l’exposé relatif à la situation Avant les hommes blancs […] apprendre du monde et se préoccuper des siens. À nouveau Jonas Crow se trouve confronté à des valeurs morales qui mettent à mal ses choix de vie. De scène en scène, le vrai caractère de Sid Beauchamp se révèle, et le personnage s’étoffe pour devenir de plus en plus méprisable et dangereux à sa façon insidieuse, moins flamboyante que celle de Jeronimus Quint, mais tout aussi toxique.


Difficile de croire que Jonas Crow pourra se retrouver dans une situation pire que dans le cycle précédent, face à un individu pire que Jeronimus Quint, et pourtant… La narration visuelle immerge le lecteur comme peu d’autres, dans des endroits pleinement réalisés et des situations d’une évidence et d’une plausibilité peu communes. Le méchant de l’histoire révèle très progressivement sa vilenie, qui acquiert une profondeur de plus en plus écœurante. Une nouvelle fois, le métier de croque-mort s’avère extrêmement propice à se retrouver dans des situations d’une dangerosité létale, et face à un système de valeurs complexe et ambivalent.