Le chasseur n’est rien sans un bon rabatteur !
Ce tome fait suite à Miss Tattoo T1 L’héritière (2025) qu’il faut avoir lu avant car il d’agit d’un diptyque. Son édition originale date de 2026. Il a été réalisé par André Taymans pour le scénario et les crayonnés, et par Elisabetta Barletta pour les dessins et les couleurs ont été réalisées par Damien Callixte. Cyrielle Zurbrügg a servi d’inspiration et de modèle pour le personnage principal Miss Tattoo. Il comprend quarante-quatre pages de bande dessinée. Le récit s’apprécie mieux en ayant une connaissance des tomes 18 & 19 de la série Caroline Baldwin de Taymans.
Aéroport de Denver, un groupe de trois personnes récupère ses bagages, ils portent tous des lunettes noires. Alors qu’ils se concentrent sur le portable de l’un d’eux, un individu passe discrètement derrière eux, portant son pardessus sur le bras, Gary Scott, agent du FBI. Il sort discrètement à l’extérieur et rejoint son véhicule. À l’intérieur, une jeune Thaïlandaise est menottée au volant. Il lui confirme que le tuyau de l’oncle Khan était bon. Il lui annonce qu’il la détache si elle promet de ne pas faire de bêtises : ils ne seront pas trop de deux pour les sortir de ce guêpier. Elle demande combien ils sont. Gary Scott répond : trois, et ils sont là pour faire le ménage, des services spéciaux. Il en a reconnu un, il va falloir brusquer un peu les choses. Il lui demande de démarrer. Dans un diner, Vanina Lao demande à l’inspecteur Philips de la police de New York s’il y a un problème. Il lui montre son téléphone : il s’affiche une image de deux personnes en train de faire l’amour, envoyée par Gary Scott. Tous les deux sont surpris : c’est une première, mais plus rien ne les étonne.
C’est au tour du shérif Harry Wood de pénétrer dans le diner, et il rejoint Lao et Philips, ce dernier lui montrant la photographie. Le shérif comprend immédiatement ce dont il s’agit : ce cliché ne date pas d’hier, la gamine c’est Suzane Miller, elle est morte dans le suicide collectif de la secte, elle était encore mineure au moment de son décès. Le type, c’est Bill Grant, le patron de la plus grande chaîne de montage automobile de Denver. Intouchable ! Vanina estime qu’une petite visite à ce Bill Grant s’impose. Wood n’a aucune envie de s’attirer les foudres de ce type à quelques mois de la retraite, il est intouchable, tous les politiciens sont à sa botte. Quelques temps plus tard, en golfette, Lao et Philips rejoignent Grant sur le parcours où il vient de donner un vigoureux coup de club. L’inspecteur présente sa plaque et demande au golfeur s’il se souvient de la photographie incriminante. Ce dernier répond grossièrement qu’ils s’en aillent, et qu’ils disent à Duck qu’il aille au diable, il n’a que faire de leurs intimidations, et il va appeler la sécurité. Soudain, un coup de feu retentit et Philips est touché en plein torse. Il s’écroule par terre, inconscient, ou peut-être pire. Dans les bois, l’agent spécial s’apprête à l’achever avec son fusil à lunette quand il est pris pour cible à son tour. Sa collègue décide de décrocher. La jeune Thaïlandaise avance à découvert et menace Grant de son revolver, lui intimant de mettre à plat ventre, puis elles s’enfuient avec Lao.
Avec ce tome, le lecteur comprend qu’il s’agit d’un diptyque et qu’il va découvrir la fin de l’histoire. L’ambiance reste la même : une intrigue entre polar et espionnage, avec à la fois des policiers, des agents du FBI, des politiques à haut niveau et le suicide collectif des membres d’une secte dont certaines conditions restent à éclaircir. Il s’agit également de la fin de la première aventure d’une nouvelle héroïne du scénariste, basée sur une personne réelle qu’il a rencontrée. Comme dans le tome un, il reste un lien avec Caroline Badlwin : les photographies compromettantes lui avaient été envoyées, et elle apparaît le temps d’une brève case, rappelant que Vanina est son héritière. L’implication de Taymans reste entière dans cette deuxième partie puisqu’il en assure le storyboard, c’est-à-dire le découpage préliminaire des pages, même s’il n’en assure pas la mise en couleurs. Le lecteur familier de la série Caroline Baldwin en retrouve donc les sensations : le goût pour les paysages urbains comme naturels : les quatre cases de la largeur de la page pour l’aéroport, le plaisir des paysages qui défilent alors que Scott traverse une interminable forêt américaine en voiture. Progressivement, le lecteur se rend compte que le récit comporte de nombreux personnages, chacun bénéficiant d’une apparence singulière sans être exagérée, bien maîtrisée par la dessinatrice. Cela se ressent dans le fait que le personnage qui donne son nom à la série n’apparaît que dans vingt pages, moins de la moitié.
La dessinatrice reprend les codes visuels du premier tome, déjà définis par le bédéaste créateur de la série. Elle représente les personnages, entre réalisme et conventions visuelles. Bien sûr les agents gouvernementaux portent des lunettes de soleil et ils ne sourient jamais. Il en va d’ailleurs de même pour la Thaïlandaise porte-flingue pour le compte d’oncle Lao. Et bien sûr l’agente blonde portent des talons même quand elle court pour rattraper Vanina, ou quand elle bat en retraite dans les bois. En revanche, la Thaïlandaise porte des bottes déjà plus adaptées à sa profession. Comme dans le tome un, le gouverneur se prélasse sur un transat au bord de sa piscine, où s’ébattent trois jeunes femmes en monokini très révélateur. Pour autant, les autres personnages féminins sont traités plus normalement, que ce soit Vanina elle-même en jupe et débardeur avec des talons raisonnables, ou bien la serveuse du Diner avec uniforme tout fait normal, l’employée à l’accueil de l’hôpital de Denver, l’infirmière dans sa blouse très sage, et la vice-présidente dans son tailleur taupe (ressemblant toujours à Kamala Harris). De même la dessinatrice continue de reproduire de manière satisfaisante la ressemblance du gouverneur Duck avec Donald Trump. Les postures des personnages correspondent bien à des adultes plutôt qu’à des adolescents surexcités, que ce soit pendant les scènes de dialogues, ou au cours des scènes d’action.
En effet, la dessinatrice suit les visuels préétablis par l’artiste de la série Caroline Baldwin. Dès que la Thaïlandaise emmène Vanina dans le quatre-quatre pour s’enfoncer dans les forêts du Colorado, le lecteur retrouve les paysages en panoramique, la profondeur de champ des zones sauvages américaines, les routes qui semblent sans fin où l’on ne croise jamais personne, une nature à l’état sauvage qui réduit l’empreinte de l’homme à une dimension négligeable, les zones de forêts et de chemins qui sont crédibles dans leur topographie, etc. Il en va de même pour la mise en scène des séquences d’actions : le coup de feu soudain qui retentit sur le parcours de golf et les agents en embuscade dans un bosquet, l’assaut donné au ranch abandonné et les revers de fortune des attaqués et des attaquants, ou encore la course-poursuite dans les couloirs de l’hôpital qui se termine par une personne percutée par une voiture. Là encore, la dessinatrice respecte le ton de la série : des moments d’affrontement physique, des morts, sans romantisation, sans voyeurisme ou délectation de la souffrance, juste la soudaineté brutale… et la réaction de Vanina Lao qui atteste qu’elle n’est pas aguerrie comme l’était Caroline Baldwin. La narration visuelle raconte une bonne série d’action, dans un registre réaliste et plutôt raisonnable.
Le scénariste continue de jouer avec des éléments d’actualité de l’époque et une intrigue originale. Le lecteur a donc aisément identifié la source d’inspiration de ce gouverneur à la mèche improbable, même s’il ne semble jamais avoir été la star d’une émission de téléréalité. De même, la ressemblance de la vice-présidente avec Harris relève de l’évidence, et les allusions au piètre état de santé du président font penser à celui de Joe Biden. Les photographies compromettantes agissent comme écho de certaines facettes des crimes commis par Jeffrey Epstein. La séquence qui clôture ce tome agit comme une sorte de catharsis, résolvant un cas particulier, sans éventualité d’une évolution systémique. En fonction de sa familiarité avec les personnages, le lecteur éprouve une forme de plaisir à les revoir et à en apprendre plus sur eux. Il compatit avec Vanina Lao quand elle comprend que Scott s’est servi d’elle sans vergogne, pour essayer de résoudre une affaire… et pas n’importe laquelle. En effet celle-ci est liée au début de la carrière professionnelle de Gary Scott : cela contribue ainsi à développer le personnage, avec cet échec initial… sans le rendre plus sympathique pour autant. Le lecteur estime rétrospectivement que Caroline n’a pas tant de chance que ça de tomber sur lui. Il s’était également attaché au shérif Harry Wood, un vrai professionnel, impliqué dans son travail, et voyant enfin une retraite bien méritée devenir une proche réalité. Or cet homme s’est lui aussi retrouvé dans des circonstances où le système a été plus fort que lui, où le pouvoir de l’argent l’a contraint à réaliser des actions compromettantes, sans qu’il ne dispose de moyens d’action pour influer sur le cours des événements. En filigrane, court la soif de pouvoir, le pouvoir de l’argent et les puissants qui l’utilise pour arriver à leurs fins, en se sachant au-dessus des lois et inatteignables.
Les auteurs réalisent la deuxième partie de leur polar, avec une narration visuelle solide, et une intrigue nourrie par la corruption d’une partie des élites, semblant presque timide au regard de la réalité, de politiques brutales et d’enrichissements personnels hors de contrôle. Sur cette trame d’enquête à hauts risques, la pauvre Vanina Lao semble dépassée, manipulée et traquée, établissant ainsi ses différences avec Caroline Baldwin… à laquelle le scénariste semble faire ses derniers adieux le temps d’une case… jusqu’au prochain tome en 2026 : Jours de mousson avec Romain Didier et Karla Lazo.





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