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mardi 27 février 2024

Urban: Ceux qui vont mourir (2)

Qu’est-ce qui s’est passé ?


Ce tome est le deuxième d’une pentalogie ; il fait suite à Urban 1 Les règles du jeu (2011) qu’il faut avoir lu avant. Sa première édition date de 2013. Il a été réalisé par Luc Brunschwig pour le scénario, et par Roberto Ricci pour les dessins et les couleurs. Il compte cinquante-deux pages de bande dessinée en couleurs. La série a bénéficié d’une réédition en intégrale en 2023, dans un format plus petit.


Dans une ferme, l’eau est montée jusqu’à hauteur de la taille au premier étage. Sur le pallier, Pernilla Ann Christiansen informe son époux Gunnar que les A.G.T. sont en train d’évacuer les voisins. Elle lui demande si leur fille Naja est avec lui. Le père est en train de s’escrimer contre la porte de la chambre bloquée, derrière laquelle leur fille est coincée. Il lui enjoint de s’essayer de voir ce qui coince la porte, C’est ça le plus important. Elle répond qu’elle essaie, mais l’eau est toute sale. Il lui donne une autre idée : Est-ce que la fenêtre est cassée ? Est-ce qu’elle pourrait sortir par là ? Elle n’arrive pas à répondre, elle a peur, il y a de l’eau jusqu’au plafond maintenant. Elle supplie son père de la sortir de là. Gunnar est réveillé par un sauveteur parce que son bipeur sonne et qu’il aimerait que ça ne réveille pas tous ses camarades de chambrée. Le réveil continue de sonner, et Gunnar reprend vraiment conscience, son épouse étant en train d’enlever son uniforme car c’est son tour de dormir. Il s’excuse : c’est le colis qu’il doit réceptionner. À sa question, elle répond à voix basse pour ne pas réveiller les autres, qu’elle est crevée. Ils ont encore augmenté les cadences à la fonderie ; Neo-Middlebourg va lancer son programme de logements, celui de Neo-Mastricht ne se terminera pas avant sept mois. Ils doivent fournir encore, et encore, et encore. Et dire qu’ils n’ont même pas d’enfants qui en profiteront. Épuisée, elle s’endort sa tête ayant tout juste touché l’oreiller.



Un petit drone sphérique flottant propose d’accompagner Gunnar Carl Christiansen jusqu’à la sortie, ce qu’il accepte, ayant revêtu son uniforme de policier. Il sort de l’immense dortoir à étages, et se rend à l‘aéroport, pour l’arrivée d’une navette en provenance de Monplaisir. Il est abordé par madame Bangé qui le remercie de venir honorer la mémoire de son fils. Elle lui est reconnaissante que Christiansen ait apporté à son fils Ahn Loon Bangé la confiance qu’il n’avait pas en lui. Le lieutenant-enquêteur estime que Bangé était un enquêteur de premier ordre, intuitif, travailleur. Il n’a fait que l’encourager à persévérer. Il a peur d’avoir poussé le fils de cette dame, dans une affaire dont lui Christiansen n’avait pas su mesurer les dangers. Elle estime que Ahn Loon était heureux de ce qu’il avait entrepris. Il a aimé chaque jour de sa vie du moment où il est entré dans l’équipe des enquêteurs. Qui peut en dire autant ces temps-ci ? Après la cérémonie d’inhumation, l’officier responsable remet à Christiansen, le badge de Bangé, son arme de service et son holo-assistante.


L’auteur reprend son récit précisément là où il s’était arrêté avec trois nouveaux chapitres, chacun portant une date comme titre : 26 juin 2059 (2 jours plus tard), 26 juin 2059 (le même jour), 28 juin 2059 (2 jours plus tard), attestant d’un déroulement chronologie et d’une unité de temps ramassée. La première séquence introduit un nouveau personnage dans une séquence qu’il rêve, ou plutôt qu’il cauchemarde, de la perte d’une fille alors qu’il n’est pas parent : Gunnar Carl Christiansen, et son épouse. À la quatrième planche, ce personnage se raccorde avec un autre présent dans le tome un, mais à présent à l’état de cadavre : Ahn Loon Bangé. Ce n’est qu’au début du deuxième chapitre, à la onzième planche, que le lecteur retrouve un autre personnage, le jeune garçon Niels Colton qui s’est enfui de chez lui. Enfin en planche quinze, Zachary Buzz est en train de s’entraîner au tir, le personnage qui avait été présenté le premier au lecteur, et que celui-ci avait estimé être le personnage principal, celui dont les motivations et l’histoire personnelle sont le plus développées. Dans ce deuxième tome, plusieurs autres personnages reviennent : Ishrat, Antiochus Ebrahimi, A.L.I.C.E. & Springy Fool, Julia Buzz, le coach Narcisse Membertou. Le lecteur prend très progressivement conscience qu’il n’y a finalement que la plupart des personnages ayant eu un rôle significatif dans le premier tome reviennent dans celui-ci, composant un récit choral, dans lequel seul Zachary Buzz reste le plus développé, les trajectoires des autres pouvant parfois se croiser, ou s’étant croisées par le passé, tissant une intrigue insoupçonnée.



Le lecteur retrouve les caractéristiques de la narration visuelle présentes dans le premier tome. Dès que l’action se déroule dans les rues de Monplaisir, il prend plaisir à jouer à reconnaître les déguisements revêtus par les vacanciers. Il identifie entre autres : Captain America & une officier nazie (une alliance contre nature), un alien Pizza Planet de Toy Story (1995), Caliméro, Poison Ivy, Hellboy, Winslow Leach en fantôme du Paradis, Princesse (G3) de la Bataille des planètes, Robin, Madman de Mike Allred. Il ne s’attendait pas forcément à déceler une telle influence des comics. Il retrouve également ce dosage personnel entre les dessins et la mise en couleur. Cette dernière prend parfois le dessus sur les formes détourées, comme estompant certains contours, pour produire soit un effet d’éloignement temporel, soit de halo lumineux dans les rues inondées par les lumières artificielles, soit de rayonnement des écrans. La sensation de récit de science-fiction s’avère toujours aussi intense. Les rues de Monplaisir conjuguent une technologie omniprésente avec une forme d’hygiénisme dans les beaux quartiers, et de laisser-aller dans quelques ruelles peu accueillantes. L’artiste joue avec sa palette de couleurs pour installer une ambiance spécifique à chaque scène : le sépia tirant vers le gris pour la scène onirique d’introduction, le gris maussade et déprimant pour les dortoirs sans intimité, le vert de gris clinique et impersonnel pour le grand bureau en espace partagé de la police, les séquences plus colorées dans les rues de Monplaisir, le bleu-vert de la salle de tir, le vert franc et clair des espaces verts produisant une véritable bouffée d’air frais dans cette cité si artificielle.


Alors que le récit présente Gunnar Carl Christiansen, puis qu’il revient à Niels Colton, le lecteur se fait la réflexion qu’il n’est jamais perdu, que les personnages se reconnaissent au premier coup d’œil. La cinquantaine du lieutenant-enquêteur et sa moustache, la morphologie d’enfant de Niels et sa chevelure épaisse, la silhouette décharnée du prestidigitateur Olif, la carrure massive de Zachary Buzz et son visage un peu empâté avec son petit nez et son gros menton, la plastique de rêve d’Ishrat et ses tatouages publicitaires, le visage de mort et le chapeau à large rebord d’Overtime le justicier du temps. Même le coach Narcisse Membertou se reconnaît du premier coup d’œil alors qu’il apparaissait peu dans le tome un. Le lecteur se rappelle immédiatement le caractère de chacun, des interactions s’étant produites précédemment. Il éprouve un sentiment de compassion pour Zachary, du fait de la situation dans laquelle il se retrouve, un pincement au cœur pour Ishrat dans l’impossibilité de donner suite aux sentiments qu’elle éprouve. Il espère que Gunnar Christiansen pourra faire éclater la vérité à temps. Il découvre un pan du passé de Narcisse Membertou ce qui le fait hésiter entre l’empathie et une forme d’aversion. Il espère que le petit garçon Niels Colton pourra retrouver le chemin de son domicile et s’y reposer en sécurité. Le créateur sait faire exister ses personnages et leur donner de l’épaisseur. Le lecteur éprouve même un peu de pitié pour Olif, individu abusant pourtant de la confiance d’un enfant.



La forme chorale du récit maintient en éveil l’intérêt du lecteur, en alternant les personnages d’une scène à l’autre, tout en créant une sensation entre forte attente et frustration que le récit ne progresse pas plus vite. Il souhaiterait que l’enquête de Christiansen avance plus vite car il a déjà assisté à l’assassinat d’Ahn Loon Bangé. Dans le même temps, il a peine à croire que le duel entre Zachary Buzz et le tueur survienne aussi rapidement. Il s’intéresse bien volontiers au passé d’Olif, tout en se demandant comment ce personnage vient s’intégrer dans l’intrigue générale. Il ne s’attendait pas à revoir le coach de police, ni à ce que son passé ait une importance. Lors de cette séquence, il comprend que la construction du récit est plus sophistiquée que juste les aventures d’une nouvelle recrue dans la police. Pour autant, il ne s’attend pas à la brutalité de la dernière séquence. Au cours du récit, l’auteur mêle des conventions issues de plusieurs genres. Celui de la science-fiction fonctionne parfaitement grâce aux décors consistants et détaillés, donnant à voir un monde conçu dans sa globalité, intégrant des éléments du passé avec des innovations technologiques issues de l’imagination. Le genre policier fonctionne tout aussi bien avec la jeune recrue allant au carnage, le policier expérimenté sachant qu’il se lance dans une enquête à haut risque. Il y a également des éléments de polar dans le monde du crime organisé, une dystopie affleurant sous le divertissement forcené et de rigueur de Monplaisir, l’entrain d’un petit garçon découvrant le monde. Des détails de ci de là laissent supposer l’existence d’un plan de sabotage ou de rébellion contre l’ordre établi, une sensation encore confuse à ce stade du récit.


Avec ce deuxième tome, le lecteur retrouve la narration visuelle qui donne corps à cet environnement de science-fiction, que ce soient les bâtiments, les moyens de déplacements, ou encore les tenues vestimentaires. Il commence à appréhender la forme du récit, plutôt chorale que centrée sur un unique personnage principal. Il se rend compte que la narration a capté son attention, par sa dimension ludique sous-jacente, de puzzle dont le motif général est quasiment à portée de compréhension. Il lui tarde de progresser dans l’intrigue.



mardi 13 février 2024

Urban: Les règles du jeu (1)

Il ne s’agit pas d’être laxistes Zach. Mais d’être plus dissuasifs que répressifs.


Ce tome est le premier d’une pentalogie. Sa première édition date de 2011. Il a été réalisé par Luc Brunschwig pour le scénario, et par Roberto Ricci pour les dessins et les couleurs. Il compte quarante-huit pages de bande dessinée en couleurs. La série a bénéficié d’une réédition en intégrale en 2023, mais d’un format plus petit.


20 décembre 2058, des libellules volètent dans un rayon de lumière et Zachary Buzz se réveille, ou plutôt se lève. Il s’agit d’un solide gaillard : le jeune homme répond à une voix désincarnée constatant qu’il n’a pas dormi. Il répond à haute voix qu’il n’a pas pu, pas réussi. Alors qu’il se lève et s’étire, la voix désincarnée lui demande s’il regrette son choix. Zach répond à voix haute que non, c’est juste qu’il n’a connu que la ferme de ses parents. Ce qui va venir est autre chose, ce n’était carrément pas prévu au programme de son père ou de sa mère. Ça lui fait peur, autant que ça l’excite. Il s’apprête à montrer dans le wagon qui s’est arrêté, quand une autre voix l’interpelle : sa petite sœur Julia arrive en trombe sur un hoverboard, furieuse. Elle lui balance une figurine à l’effigie d’Overtime, un personnage de dessin animé, pour qu’il n’oublie jamais à cause de qui il a quitté la demeure familiale. Zachary prend place sur une banquette du train, tenant la figurine entre ses mains. Celle-ci lui parle comme s’il s’agissait d’un adulte assis à ses côtés, pour le détromper : sa sœur se trompe, il n’a pas besoin de cette poupée pour se rappeler à cause de qui il s’en va aujourd’hui. Alors que la destination se rapproche, une animatrice avec un décolleté ahurissant se met à parler sur les écrans : elle adresse son bonjour à ceux qui viendraient de les rejoindre à bord du tub à destination de Monplaisir.



Un humanoïde avec une tête de lapin interrompt la jeune femme. Springy Fool présente Monplaisir. Plus qu’un complexe de loisirs… Une cité tentaculaire vouée à toutes les formes de plaisir. Sur 300.000 hectares, un choix sans limites et deux niveaux d’accès. Pour ses 18 millions de visiteurs quotidiens ! Le dernier endroit où ça rigole dans la galaxie !!! Le train entre en gare, et sur le quai, Zachary Buzz est accueilli par Membertou, son coach. Celui-ci lui demande de ne pas l’appeler monsieur : il est son coach et il le sera pendant les six prochains mois. Il avait oublié à quel point Zachary est grand, et dense aussi. Dense, un mot barbare qui colle parfaitement avec son élève. Ce n’est pas un problème : la plupart des recrues ont grandi en apesanteur, leurs squelettes en sont fragilisés et leurs muscles bien moins toniques que ceux de Zach. Rien ne vaut un élevage au bon air des campagnes. Le coach le remercie d’avoir postulé à l’académie de police. Les cours commencent dans moins de 24 heures. Ça laisse un peu de temps à Zach pour prendre ses marques. Dans le même temps, les écrans diffusent un message à l’attention des vacanciers : ils sont invités à se diriger vers la costumerie. Ils pourront y échanger leurs vêtements civils contre l’un des 400.000 déguisements que leur hôte Springy Fool met gratuitement à leur disposition.


À l’évidence, la couverture annonce une série de science-fiction, vraisemblablement se déroulant dans un milieu urbain à en croire le titre. Le texte de la quatrième de couverture en dit un peu plus, un parc de loisir géré par une intelligence artificielle dénommée A.L.I.C.E., et il explicite que le terme Urban renvoie aux Urban Interceptors, les policiers de Monplaisir, unité que Zachary Buzz va intégrer en temps qu’élève. Le récit se déroule en deux temps, tout d’abord l’arrivée de Buzz dans cette ville le 20 décembre 2058, puis dans un second temps un assassinat et l’enquête qui s’en suit le 24 juin 2059, c’est-à-dire juste vers la fin de la période six mois passés avec le coach. Le lecteur est amené à suivre Zachary à ces deux moments, puis un autre jeune policier, Isham El Ghellab, qui a grandi dans l’espace, et qui doit mener à bien sa première mission, à savoir arrêter l’assassin qui a été repéré et dont la localisation au sein de Monplaisir est connue. Il croise également Ahn Loon Bangé, enquêteur, le temps de trois pages, la jeune femme Ishrat hôtesse à tout faire dans l’immeuble où loge Buzz, un enfant Niels Colton, également fan du dessin animé des Overtime, les justiciers du temps, et Antiochus Ebrahimi, l’assassin. Le titre de ce premier tome Les règles du jeu, et le début d’une série induisent que les auteurs commencent par présenter l’environnement dans lequel se déroule la série.

Au départ, le lecteur ressent comme une forme de dissonance visuelle : d’un côté, il voit des dessins descriptifs détaillés, de l’autre il éprouve parfois l’impression d’une forme d’imprécision dans certains endroits d’une case ou d’une autre. L’horizon d’attente du lecteur peut comprendre une exigence de représentation consistante des environnements dans une histoire de science-fiction. Sur ce plan-là, il est comblé, l’artiste s’investissant pour donner à voir les environnements dans lesquels évoluent les personnages. Le train sur monorail est visiblement d’un modèle futuriste, avec un profil spécifique. L’arrivée vers Monplaisir montre des bâtiments faisant penser à une nature industrielle, avec des poutrelles métalliques présentes régulièrement. L’architecture intérieure de la gare évoque plutôt la fin du dix-neuvième siècle. Certains buildings rappellent ceux de New York, début du vingtième siècle. Quelques pages plus loin, le lecteur apprécie la présence d’une statue d’une déesse à six bras évoquant Kali sur la façade d’un immeuble à la hauteur du quatrième étage. Par contraste, la salle d’entraînement des élèves policiers ressort comme étant froide et aseptisée, avec des dimensions peu communes.


Dans le même temps, le lecteur ressent comme un flou dans certains arrière-plans. Il lui faut un peu de temps pour comprendre d’où provient cette impression. L’artiste fait un usage sophistiqué de la mise en couleurs : à la fois une teinte dominante apportant une unité à chaque séquence, des jeux sur les nuances pour faire ressortir le relief et la texture de forme délimitée par un trait de contour, quelques effets spéciaux pour la décharge de 1.800 volts administrée à un voleur à la tire, pour le halo de chaque écran (et ils pullulent dans la ville et dans les appartements), pour les éclairages artificiels, etc. Parfois la couleur vient en appui des traits de contour ou de texture, s’adaptant à leur imprécision pour évoquer l’arrière-plan, sans réellement le représenter, en s’en tenant à l’impression générale qu’il peut produire sur un passant qui n’y prête pas attention. Pour autant, la densité d’informations visuelles s’avère très élevée à chaque page, montrant la ville et les locaux, en donnant pour son argent au lecteur venu pour le dépaysement concret du monde futur. Rapidement, il fait l’expérience du plaisir que prend le dessinateur à intégrer des éléments fouillés dans ses cases. L’exemple le plus flagrant réside dans les clins d’œil au travers des déguisements mis à disposition des visiteurs : Goldorak, Mickey, Pinhead, Bender Tordeur Rodriguez, Darth Vader, Wonder Woman, Homer Simpson, un schtroumpf, une tortue ninja, un Rubick’s cube, etc.



La narration visuelle transporte le lecteur dans cette cité futuriste avec ces visiteurs costumés, ces écrans partout, une véritable omniprésence, un personnage faisant même observer que seule l’intelligence artificielle A.L.I.C.E. peut les éteindre. Dans le même temps, elle emmène le lecteur grâce à son dynamisme : la première course-poursuite pour attraper le voleur à la tire, le combat entre deux élèves policiers, et le seconde course-poursuite entre l’assassin Antiochus Ebrahimi, et le policier Isham El Ghellab, des prises de vue rendant bien compte des déplacements, des coups portés, des acrobaties. Le lecteur se retrouve impliqué aux côtés du gentil Zachary Buzz, peut-être un peu naïf, dans la découverte progressive et partielle de cette cité. Le lecteur cherche à déterminer quel est le fil directeur principal de l’intrigue. Il se dit que cela doit être l’intégration de Buzz dans les Urban Interceptors, débouchant sûrement sur une enquête complexe.


Dans le même temps, le lecteur relève les différents thèmes abordés par le scénariste au travers du prisme déformant et souvent révélateur de la science-fiction. Cela commence avec les explications du coach sur le métier de policier à Monplaisir : Depuis que la police existe, les policiers se sont toujours plaints d’être constamment noyés sous un monceau d’obstacles idiots… Des centaines de délits sans intérêt qu’ils doivent traiter au jour le jour et qui les empêchent de se consacrer aux affaires réellement importantes. Mais à Monplaisir, rien de tel. En se chargeant de la broutille, A.L.I.C.E. leur permet de se concentrer enfin sur le vrai travail de policier : les meurtres, les viols, les enlèvements… Ici, être flic n’est pas un boulot ingrat, Zach. Le lecteur relève également l’omniprésence des écrans aux programmes imposés, une critique sur les programmes de masse issus de grands groupes homogénéisés, les visiteurs déguisés en costumes, c’est-à-dire une forme de société ayant dérivé vers le parc d’attraction, la société du spectacle ayant atteint son dernier stade de développement, le personnage de dessin animé comme modèle de Buzz déjà adulte, entre infantilisme et absence de modèle dans la vie réelle. La seconde course-poursuite entre un voleur et un policier est diffusée en direct sur tous les écrans, comme un spectacle, le voleur pouvant profiter en temps réel de l’évolution de la progression du policier, les visiteurs étant encouragés à parier sur l’issue de cet affrontement, etc.


Un premier tome très accrocheur qui trouve le bon dosage entre ce qui est montré et révélé, et ce qui reste caché, à découvrir par la suite. Une narration visuelle savamment dosé entre ce qui est montré dans le détail pour donner corps à ce monde futuriste, et ce qui est suggéré pour éviter de se prendre les pieds dans le tapis avec des éléments qui pourraient exiger une trop grande suspension consentie d’incrédulité, ou se contredire. Une mise à profit de la science-fiction comme reflet déformé ou exagéré, prospectif de la société d’aujourd’hui, et une solide intrigue pleine de mystères. Une belle réussite.