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samedi 3 octobre 2020

Caroline Baldwin T19 : Les Faucons

J'ai déjà rencontré des têtes de mules, mais là…

Ce tome fait suite à Caroline Baldwin T18: T18 - Half-blood (2018), les deux formant une histoire complète. Sa première parution date de 2020. Il est l'œuvre d'André Taymans, créateur du personnage, scénariste, dessinateur, encreur et coloriste. L'auteur a complété ce diptyque avec un hors-série : Caroline Baldwin, Miss Tattoo : Avec un ex-libris (2020) en collaboration avec Cyrielle Zurbrügg et Anne Matheys.

Caroline Baldwin se trouve à Vientiane au Laos. Elle est en train de siroter une bière dans un café. L'agent Num du bureau des narcotiques y pénètre, la salue en se déclarant soulagé de l'avoir enfin retrouvée, et s'assoit à sa table. Il entame la conversation en lui révélant plusieurs informations. Il avait passé un marché avec Jeremy Wilson pour obtenir des informations sur le trafic de Ya Ba, avec pour objectif de faire coffrer un gros trafiquant appelé Keo Tak. Baldwin se rend compte que ces informations l'intéressent et elle demande à en savoir plus. Num lui propose de sortir et de marcher dans la rue pour limiter les risques d'être écoutés. Baldwin souhaite savoir comment Jeremy était lié avec le trafiquant Keo Tak. Num lâche le morceau : Jeremy a une demi-sœur, née des amours du père Wilson et d'une laotienne pendant la guerre. Cette femme a épousé Keo Tak. En arrivant à Vientiane, Jeremy s'est montré aussi peu discret que Caroline en posant des questions à tout le monde, ce qui a occasionné sa perte. Num suggère à Caroline de retourner avec lui à Bangkok : elle décline sa proposition car elle a encore à faire au Laos. Ils se séparent et elle rentre à pied vers son hôtel.

À quelques mètres de la porte de son hôtel, un individu surprend Caroline Baldwin par derrière et lui applique un chiffon sur la bouche, imbibé d'un produit qui la plonge dans l'inconscience. L'un des kidnappeurs charge Caroline inanimée à l'arrière de son véhicule utilitaire sport et s'en va. Le second rentre dans l'hôtel pour aller fouiller sa chambre. Une fois à l'intérieur, il se dit qu'il va commencer par la salle de bain. Mal lui en prend, car madame Jow est en train de se délasser dans un bain, et elle lui tire dessus, lui logeant une balle en pleine tête, le tuant net. Elle l'identifie tout de suite comme étant un sbire de Keo Tak. Elle comprend qu'elle doit mettre les voiles : elle rassemble ses affaires dans son sac et s'en va. Pendant ce temps-là, le ravisseur est sorti de la ville. Il répond à un appel en conduisant : il indique que le colis est chargé, et qu'il lui reste à récupérer Tsin. Il arrête son véhicule dans les bois, à côté d'un temple désaffecté. Il appelle Tsin qui ne répond pas, et pour cause son téléphone sonne dans le vide sur son cadavre. Lassé, il retourne à sa voiture, et constate que Caroline Baldwin n'est plus  l'arrière, qu'elle lui a faussé compagnie.



Le lecteur retrouve tout ce qui fait les caractéristiques de la série depuis le début. La première séquence montre Num en train de fournir un gros paquet d'informations à Caroline Baldwin. C'est une des marque de fabrique de l'auteur dans cette série : le moment où les personnages s'assoient (ou parfois, comme ici, marchent) et fournissent des renseignements en quantité importante. Pour cette séquence-ci, la transmission d'explications dure 3 pages, dans une prise de vue vivante, grâce à la représentation détaillée du bar en arrière-plan, puis de la rue avec ses façades de petits immeubles, les voitures, les piétons, un moine bouddhiste dans le fond d'une case, etc. Comme d'habitude, le lecteur éprouve la sensation d'être sur place, dans un environnement plausible et réaliste, représenté d'après repérages. Elle est complétée par 3 autres scènes d'explication. Pages 20 & 21 Caroline discute dans un fauteuil en osier avec Neng, personnage qu'elle avait rencontré dans Caroline Baldwin, tome 8 : La Lagune (2002), scène très relaxante sur la pelouse d'un jardin. Pages 37 à 40, Gary Scott s'entretient avec Jack et un autre, dans l'arrière-salle du bar d'Alain, scène rendue moins statique par des dessins montrant des moments du passé. Enfin pages 42 & 43, Scott s'entretient avec madame Jow, pour une dernière explication à Bangkok, dans un temple bouddhique, où le lecteur peut apprécier à la fois l'intérêt de l'artiste pour les différents éléments d'architecture, et son admiration pour le modèle ayant servi pour madame Jow.

Le lecteur retrouve également le plaisir touristique indissociable de cette série, grâce à des dessins descriptifs documentés, des traits de contour à la fois assurés et modulés pour rendre compte de l'irrégularité des matériaux. Il peut ainsi se projeter dans le bar à Vientiane en regrettant de ne pas pouvoir s'assoir à la table de Caroline pour partager une bière, marcher dans un quartier résidentiel de cette même ville, effectuer une balade de nuit dans la jungle au milieu de cette végétation exotique, se poser devant une cabane sur pilotis au bord du Mekong, assister à un enterrement sous la pluie dans un vaste cimetière enherbé, se balader dans un temple bouddhique. Taymans se montre un guide attentionné et visiblement très impliqué dans la découverte et la représentation de ces sites, ce qui transparaît dans l'attention portée aux dessins. Le lecteur retrouve bien sûr Caroline Baldwin fidèle à son caractère de tête de mule, sachant apprécier l'alcool (mais sans abus pour ce tome), ne se laissant jamais en imposer, et ne sachant pas renoncer. Elle porte sa fameuse petite robe noire dans la première séquence : le lecteur est en territoire familier, contenté par toutes ces caractéristiques récurrentes, rasséréné et curieux de connaître le dénouement de cette histoire. Il retrouve également la propension du scénariste à donner une importance relative à certains détails, comme le fait que Caroline jetait tous les médicaments de son traitement à la fin du tome précédent, et que finalement ça n'a aucune importance.

Sous réserve qu'il ne se formalise pas sur les scènes explicatives copieuses et sur l'omission de la mise au rebut des médicaments, le lecteur plonge dans une aventure qui apporte toutes les explications attendues quant à l'imbroglio au milieu duquel s'est retrouvée son héroïne préférée, avec son lot de péripéties, et son lot de surprises, puisqu'il est question du propre père de Caroline Baldwin. Une fin satisfaisante de l'intrigue commencée dans le tome précédent, avec une narration visuelle toujours aussi entraînante, attentionnée attestant de l'amour que l'auteur porte aux lieux visités et aux personnages comme Caroline et madame Jow.


ATTENTION : la suite de ce commentaire comprend des divulgâcheurs de premier ordre.

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Le lecteur avait bien assimilé que cette histoire était destinée à la base à servir de scénario pour un film dont le tournage a commencé mais n'a jamais été terminé, avec l'actrice Carole Weyers dans le rôle de Caroline Baldwin. Au cours du tournage, l'auteur a fait la connaissance de Cyrielle Zurbrügg à qui il a souhaité donner une plus grande place dans l'histoire, et qui fait l'objet d'un hors-série. Avec cette idée en tête, le lecteur comprend mieux le tournant inattendu que prend l'histoire. Pour autant, il n'est pas préparé au passage onirique qui court de la planche 21 à la planche 32, débutant par 5 pages muettes avec une mise en couleurs dans les tons brun et noir, virant progressivement à l'orange et blanc. Caroline Baldwin est sous l'emprise de la drogue Ya Ba et son esprit ramène à la surface des souvenirs les mêlant à une interprétation inconsciente. Le lecteur comprend à demi-mots ce qui est en train de se jouer, en particulier quand Caroline se retrouve face à madame Jow faisant l'amour à Gary Scott : le message est clair. Il se sent pris d'une bouffée de nostalgie à l'évocation de trois ou quatre aventures passées, évocation reposant sur des visuels dont il se souvient parfaitement, que ce soit le casque de cosmonaute du premier tome, la course sur le pont, la pile de carcasses de voitures dans une casse, ou encore la chute dans une crevasse en montagne, sous la neige. L'évocation de ces moments repose sur ces images mémorables, et fonctionne parfaitement sans même avoir besoin de se souvenir de l'intrigue associée, ou du numéro de l'album correspondant. La dernière séquence entérine la sensation éprouvée par le lecteur : un au revoir à Caroline, peut-être un adieu, seul l'avenir le dira. Madame Jow t'a supplantée dans le cœur de Gary Scott qu'il est alors possible de voir comme l'avatar de l'auteur.

Ce dix-neuvième tome s'avère donc doublement émouvant. Le lecteur découvre avec curiosité et plaisir le dénouement de cette histoire mêlant trafic de drogue et enjeux personnels, dans des environnements toujours aussi bien rendus, permettant de s'y promener à loisir. Il comprend en cours de route que le récit contient un enjeu supplémentaire inattendu porteur d'une forme de tristesse douce, une page qui se tourne, sans certitude de retour.






lundi 25 mars 2019

Caroline Baldwin, tome 8 : La Lagune

Croyez-moi, toutes les victoires ont un prix.

Ce tome fait suite à Caroline Baldwin, Tome 7 : Raison d'Etat (2001) qu'il n'est pas indispensable d'avoir lu avant. La première édition date de 2002 et il est repris dans Caroline Baldwin Intégrale T2: Volumes 5 à 8. Il a été réalisé par André Taymans pour le scénario, les dessins et l'encrage.

Finalement Caroline Baldwin n'est pas morte dans l'ancienne prison du deuxième district. Elle reprend ses esprits, en en étant la première surprise. Son agresseur muni de lunettes de vision nocturne, est étendu par terre, dans une flaque de son propre sang. Elle se relève, ramasse son arme, et avance prudemment dans les couloirs longés dans la pénombre. Elle trouve un deuxième individu abattu d'une balle dans le front. Elle se met à courir vers la sortie, sans plus prendre de précaution. 3 jours plus tard, Caroline Baldwin se trouve à Bangkok, dans une suite luxueuse de l'Orient Hôtel. Arnold Levis, des assurances Star, entre dans la pièce. Il l'informe qu'elle est accusée du meurtre du procureur John Steele, ce qui fait la une du New York Times. Il lui laisse le journal et lui indique qu'il l'attend pour le dîner à vingt heures tapantes. À l'heure dite, Caroline Baldwin descend le magnifique escalier de l'hôtel et se rend sur la terrasse où l'attend Levis. Il commande sèchement deux cocktails sans lui demander son avis. Elle ajoute la formule de politesse à destination du serveur, et se retourne vers Levis pour lui indiquer que l'argent ne dispense pas d'être poli.


Arnold Levis indique à Caroline Baldwin que la confirmation est arrivée : les rebelles birmans sont passés au Laos. Du coup le programme est qu'il l'accompagne jusqu'au poste de frontière de Nong Khai où elle traversera le Mékong pour rejoindre Vientiane. Il ajoute que l'argent de la rançon lui sera livré au Laos. Excédée par ses manières, Caroline Baldwin quitte la table avant qu'ils ne soient servis, et rejoint sa chambre. De son côté, Ed Mitchum se trouve aussi à Bangkok où il va prendre contact avec Neng, un ancien camarade des services secrets. À Vientiane, Mitchum fait du repérage dans les rues. Caroline Baldwin est dérangée dans son bain par des coups frappés à la porte. Emmaillotée dans sa serviette, elle va ouvrir : il s'agit de 2 hommes venus lui remettre le sac de billets. Elle le prend en charge, signe le reçu, sans vérifier la somme, à savoir 5 millions de dollars. Les 2 hommes s'en vont aussi discrètement qu'ils sont venus. Dans sa chambre, Elle est allongée en petite culotte noire, le gros sac à côté d'elle, ouvert, avec quelques liasses de billet sur les draps. Elle prend pleinement conscience de sa situation aussi dangereuse qu'inextricable.


Ce tome constitue la deuxième moitié de l'histoire commencée dans le précédent, et le suspense était assez élevé pour qu'il ne fasse pas de doute dans l'esprit du lecteur qu'il revienne pour en connaître la fin. André Taymans reprend son intrigue là où il l'avait laissée : Caroline Baldwin reprend connaissance, très surprise de ne pas être morte, tuée d'une balle dans la tête. Le lecteur est un peu moins surpris puisqu'il sait que la série continue. Pas de temps perdu : dès la page 3, l'héroïne se trouve à Bangkok en Thaïlande, pour retrouver Raph Mulligan et remettre la rançon de 5 millions de dollars. En cohérence avec le tome précédent, Caroline Baldwin ne se transforme pas en héros capable de tout résoudre par ses capacités de déduction, sa capacité à se défendre et sa chance incroyable. Elle poursuit son enquête essentiellement en avançant et en espérant trouver des indices. Elle bénéficie de l'aide de plusieurs personnes, à commencer par des individus employés par la compagnie d'assurance Star, cette dernière mettant en action son réseau et ses ressources internationales. C'est ainsi que la rançon lui est livrée à domicile dans le village de Vientiane et qu'un courriel lui arrive bien inopinément. Au fur et à mesure, elle peut mesurer à quel point elle n'est souvent qu'un pion pris entre le feu de plusieurs intérêts conflictuels.


Arrivé à ce huitième tome, le lecteur s'est constitué un horizon d'attentes, s'attendant à retrouver les caractéristiques qui font la spécificité de cette série. L'auteur répond auxdites attentes, à commencer par la composante touristique de l'histoire. Il prend plaisir en découvrant ces pages où André Taymans lui sert de guide touristique : les immeubles en bordure du fleuve Chao Phraya, le magnifique hall de l'hôtel où sont descendus Baldwin et Levis et le repas en terrasse, les rues de Vientiane, une deuxième passage par les pelouses de la Maison Blanche, une démonstration d'arts martiaux en pleine rue et des individus déguisés dans une procession, sans oublier un petit tour en éléphant dans la jungle laotienne, et un petit tour en radeau en bambou sur un fleuve. Comme dans les tomes précédents, le dessinateur réalise des cases dans un registre descriptif et réaliste avec un bon niveau de détails. Les traits de contour sont un peu simplifiés pour conserver une bonne lisibilité, les visages des personnages et les silhouettes sont également un peu simplifiées pour mieux faire ressortir les protagonistes dans les environnements, et leur donner un peu plus de vie, sans pour autant donner une impression de caricature. Ils sont dépeints d'une manière réaliste, avec souvent la bouche entrouverte laissant une zone blanche entre les 2 lèvres, une forme de simplification.


Le plaisir visuel de la lecture ne réside pas que dans la découverte de lieux exotiques. Le lecteur retrouve la clarté de la narration visuelle de l'auteur au travers de 6 planches muette d'une lisibilité impeccable, avec un tension dramatique étonnante, que ce soit Caroline Baldwin en train de sortir en courant de la prison désaffectée, Ed Mitchum déambulant dans Vientiane, ou la superbe progression en radeau de bambou sur le fleuve. Taymans continue d'être un excellent metteur en scène et un directeur d'acteurs naturaliste qui sait rendre visible l'état d'esprit des personnages Le lecteur peut ressentir tout le mépris teinté de colère de Caroline Baldwin à l'encontre de Arnold Levis lors du dîner en terrasse, la tension dans les livreurs de la rançon pressés et soulagés de la remettre à Baldwin, la concentration dans les pratiquants des arts martiaux, la concentration de Baldwin dans sa réflexion pour comprendre la référence à la lagune et la photographie envoyée par courriel. La mise en couleurs conserve, elle aussi, une approche naturaliste, avec une petite faute de goût pour la séquence où Caroline Baldwin prend son bain, où l'artiste a exagéré la brillance de la peau par des nuances trop claires, aboutissant à une apparence de plastique plus que de peau satinée. Il sourit aussi en voyant la page 1 du tome précédent (Caroline sur son lit avec le sac de billets de banque) reprise dans ce tome, avec un autre texte, attestant de l'anticipation de l'auteur.


Le lecteur se plonge donc avec plaisir dans ces pages l'emmenant à l'autre bout du monde, aux côtés de personnages adultes et plausibles, pour découvrir l'issue de l'enlèvement de banquier détenant des informations compromettantes concernant le vice-président des États-Unis. De ci de là, il relève un détail apportant une saveur supplémentaire. André Taymans évoque en passant Inquiétude (1898) de Joseph Conrad, dont on peut supposer qu'il s'agit d'une de ses lectures. Le guide de Caroline Baldwin évoque le pays au million d'éléphants lors de l'excursion au Laos, donnant envie au lecteur d'en apprendre plus sur la population actuelle des éléphants dans ce pays. Il glisse le terme de stéganographie lorsque l'héroïne essaye de comprendre le sens de la lagune et du courriel. Il la montre hausser la voix contre Arnold Levis quand il se comporte de manière malpolie vis-à-vis des serveurs du restaurant de Bangkok. Le récit comprend 2 pages fortement chargées en phylactères pour qu'un protagoniste explique la situation que Baldwin découvre à la fin, rappelant les pages de même nature explicative dans le tome précédent. Avec un peu de recul, il se rend compte que le déroulement de l'histoire sait concilier 2 aspects a priori antinomique : le besoin d'avoir un personnage principal qui se lance dans l'aventure et dont les actions sont essentielles pour la résolution, et la représentation d'un monde où un individu seul ne pèse pas grand-chose dans un système complexe. C'est à la fois la volonté de Caroline Baldwin qui permet à la rançon d'être livrée, et à la fois un ensemble d'intervenants dans un système complexe qui lui permet d'accomplir sa mission et de rester en vie. Enfin, le dénouement prépare le tome suivant, Caroline Baldwin n'ayant pas toutes les preuves pour se disculper dans l'assassinat du procureur John Steel.



Cette deuxième moitié de l'histoire entamée dans le tome précédent répond aux attentes du lecteur : un voyage touristique en Thaïlande et au Laos, une Caroline Baldwin toujours aussi déterminée et allant de l'avant, une résolution satisfaisante de l'enquête sur l'enlèvement du banquier, des dessins faciles à lire tout en étant denses en informations visuelles, et des remarques en passant qui attestent d'un regard sur la société.