Ma liste de blogs

Affichage des articles dont le libellé est Navarin. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Navarin. Afficher tous les articles

lundi 9 février 2026

Les grands batailles navales T26 Navarin

Il n’y a jamais rien à espérer d’une guerre, monsieur. Si ce n’est d’y survivre !


Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, constituant le vingt-sixième tome de cette série sur les batailles navales. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario et les dessins, et par Douchka Delitte pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, rédigé par le scénariste, agrémenté de portraits et de tableaux d’époque comprenant huit chapitres et un glossaire. Ils portent les titres suivants : Vive la révolution !, La politique de l’autruche, La philhellénisme, Quand l’opinion publique s’allie aux intérêts politiques, Si l’écrit ne suffit pas on laissera parler le canon, Vers l’irrémédiable escalade, La témérité et puis… Badaboum !, Épilogue.


Edward Levington est un de ces aventuriers insouciants et intrépides que l’on rencontre au XIXe siècle. Écrivain et artiste peintre sans réel talent, l’homme qui dispose d’une petite aisance financière suite à quelques héritages, parcourt le monde dans la deuxième décennie de ce XIXe siècle, c’est la cause grecque qui a séduit Edward Levington. Il faut dire que si longtemps la Grèce en tant que nation n’a eu aucune réalité, depuis quelques années des idées révolutionnaires et un sentiment nationaliste grandissent. Il est loin le temps antique où les Grecs se définissaient à travers des cités-états qui n’hésitaient pas à se faire la guerre. Occupation romaine, empire byzantin ou conglomérat de petits royaumes et duchés appartiennent au passé. Sous domination ottomane depuis le XIVe siècle, les Grecs rêvent de se défaire de leur joug, aidés par de nombreux philhellènes et soutenus par une importante diaspora, les Grecs n’ont d’ailleurs plus hésité à rentrer en guerre contre l’occupant en février 1821. Ainsi bénéficiant de quelques soutiens et suivant les traces de George Gordon Byron – le poète et aventurier anglais acquis à la cause grecque et décédé prématurément des fièvres en avril 1824 à Missolonghi – Edward Levington a décidé de poser les pieds dans le Péloponnèse dans les derniers jours de septembre 1827.



De nuit, un grand canot avec quatre rameurs dépose Edward Levington sur une plage isolée où l’attend un petit groupe de soldats grecs. Il est accueilli nominativement par l’un d’eux, qui va lui servir de guide jusqu’au théâtre des opérations. Levington profite d’une halte diurne pour réaliser une peinture du panorama. Il explique au comte John Brennan, un Irlandais, qu’il ne s’agit pas de peindre les choses telles qu’on les voit, mais surtout telles qu’on les ressent. Cela semble à son interlocuteur, une bien étrange méthode pour faire de la peinture. Un soldat leur demande de monter sur la colline pour le rejoindre : il y a de nouveaux ordres et c’est urgent. Il explique les Ottomans avancent en force dans la région et tout le monde se replie. Levington demande à Brennan ce qui l’a poussé à prendre les armes pour défendre la cause des Grecs. Son interlocuteur répond qu’il est d’origine irlandaise, ils ont ça dans le sang chez eux.


Le lecteur ayant déjà pioché dans cette série consacrée aux batailles navales et lu Sinope (2025) apprécie de pouvoir découvrir la bataille de navarin car elle est mentionnée dans l’ouvrage susmentionné. Il sait qu’il peut compter sur le fait de retrouver la qualité habituelle de la série, aussi bien la rigueur de la reconstitution historique, l’habileté avec laquelle l’auteur infuse les informations de manière organique, l’approche factuelle des dessins, et la mise en perspective de l’importance de cette bataille. Pour ce dernier point, la conclusion met à profit le recul apporté par les siècles passés : Personne ne le sait encore, mais la bataille marque un tournant dans la guerre, car quelques mois plus tard en mai 1828 les Russes vont attaquer l’Empire ottoman allant jusqu’à menacer Constantinople. L’auteur conclut : Pressés de toute parts, les Ottomans se résigneront à signer la paix et à accepter l’indépendance de la Grèce. Le dossier historique se conclut sur un autre constat : La bataille de Navarin est considérée par de nombreux historiens comme la dernière grande bataille de la marine traditionnelle à voile, aux coques de bois armées de canons à âme lisse tirant des boulets. Et s’il est vrai que les batailles de la marine traditionnelle qui suivront n’atteindront jamais cette ampleur dans les engagements, cette bataille détonnera aussi par l’absence de toute tactique et de manœuvre.



Comme d’habitude, le lecteur ressort impressionné de cet ouvrage, par la capacité de l’auteur à allier des ingrédients hétéroclites pour former un tout cohérent, sans aller jusqu’à une vision holistique, tout en présentant la bataille sous de nombreuses facettes. La dimension historique s’avère particulièrement dense, tout en étant diffuse. De ci de là, le lecteur relève un nom ou deux, parfois inventés pour le récit comme Edward Levington, parfois authentiquement historique. Dans cette dernière catégorie, il lui vient l’envie de se renseigner plus avant sur Thomas Cochrane (1775-1860, amiral et homme politique britannique), George Finlay (1799-1875, philhellène et historien écossais), Henri de Rigny (1782-1835, vice-amiral français), Lodewijk Sigismond Gustaaf comte van Heiden (1773-1850, amiral russe), ou encore Thomas Fellowes (1778-1853, contre-amiral). Sans oublier la référence à Lord Byron (1788-1824), célèbre poète britannique. En filigrane, il peut également avoir à l’esprit la suite des dix ou onze guerres russo-turques du seizième au dix-neuvième siècle. Le contexte global évoque également une phase de la guerre d’indépendance grecque, menant à la reconnaissance de leur indépendance par l’Empire ottoman, et l’aide des philhellènes de la France, du Royaume-Uni et de la Russie.


Comme à son habitude, l’auteur met également en scène la nature systémique de la guerre, au travers de ses deux personnages principaux. Comme à son habitude toujours, il rappelle que : Les guerres sont comme cette bataille, des histoires bien confuses voulues par des personnes qui jamais ne verseront leur sang ! L’Irlandais John Brennan tempère ce constat amer par le fait qu’il ne connait pas de paix qui se soit imposée autrement que par la force. Il rappelle également que l’amiral britannique tout comme les amiraux français et russe ont des comptes à rendre à des messieurs qui les gouvernent, et que ces grands messieurs qui les gouvernent n’ont pas choisi d’envoyer ici de belles escadres pour simplement être les témoins d’une guerre (sous-entendant qu’il y a quelque chose à gagner, des intérêts en jeu). Ce militaire éminemment pragmatique sait que : Il n’y a jamais rien à espérer d’une guerre, si ce n’est d’y survivre ! C’est toujours la même histoire ! Dans le même ordre d’idée, la narration visuelle montre bien l’effet des boulets sur le corps humain, le commentaire faisant observer que : Ce n’est pas beau à voir quand un boulet transperce la muraille. Comme dans Sinope, une petite remarque en passant établit que des Français servent également à bord des navires ottomans, en tant que conseillers et experts, bien rémunérés. Enfin, comme de coutume dans cette série, les femmes sont réduites à la portion congrue, même pas représentées dans ces pages, tout juste raillées en tant qu’épouses mal commodes.



C’est toujours un vrai plaisir de retrouver les dessins un peu rêches de cet artiste. Il sait rendre compte de la majesté des navires, de la rudesse de la vie à bord, de la beauté de ces énormes bâtiments sur la mer, de la destruction et du saccage lors des combats, les couleurs un peu ternes et un peu foncées de la coloriste venant renforcer ces sensations. Il rend hommage à ces navires dans une première illustration en peine page de nuit, puis une autre en double (22 & 23) pour un navire se rapprochant de la baie de Navarin où mouille la flotte ottomane, les canons qui se déchaînent dans une deuxième illustration en double page (36 & 37), et enfin une autre illustration en pleine page d’un bateau ravagé échoué sur le sable, en vis-à-vis d’un extrait du poème Navarin (1829) de Victor Hugo (1802-1885). Les séquences sur le pont des navires ou dans les canots sont tout aussi enchanteresses : le niveau de détail pour les canons, les poulies, les haubans, les innombrables cordages, les cabestans, etc. En outre, le lecteur bénéficie de deux autres dessins en pleine page : une vision magnifique à couper le souffle du monastère de Prodromos, et également deux cavaliers avec les pattes de leur monture dans l’eau sur le rivage, un superbe effet des reflets de l’eau réalisé par la coloriste.


Comme pour chaque tome dessiné par Delitte, la narration visuelle se fait factuelle et sèche, très descriptive et détaillée pour les navires, logique pour leurs déplacements et leurs positionnements respectifs lors de la bataille navale, avec un total de trente pages se déroulant sur mer. Le lecteur regarde fasciné, le casus belli se dérouler sous yeux, un simple mouvement d’humeur qui provoque cette bataille à bout portant, sans tactique ni manœuvre. Comme d’habitude, le dossier historique se révèle riche et intéressant, reprenant certains éléments présents dans le récit, et venant développer le contexte historique, avec une prise de recul, et évoquant les répercussions de cette bataille au déroulement à l’opposé de toute forme académique ou intelligemment construit. Quelle bataille !


Comme toujours, la superbe couverture invite à la navigation et au conflit armé. L’exécution de la reconstitution de cette bataille navale se fait avec des dessins secs, solides, documentés, réalisés par un amoureux de la mer. Le lecteur se retrouve aux côtés d’un aventurier avec une certaine aisance financière et un marin de métier, à attendre de rencontrer la flotte ennemie, tout en évoquant différentes dimensions du conflit en cours, entre alliance des Français, des Britanniques et des Russes, intérêts nationaux, et mouvement pour la reconnaissance de l’indépendance de la Grèce. Brutal.



lundi 12 janvier 2026

Les grandes batailles navales T23 Tchesmé

L’ordre et le respect de la hiérarchie ne peuvent pas être corrompus.


Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre, qui ne nécessite pas de connaissances préalables. Il s’agit du vingt-troisième album de cette série sur les grandes batailles navales. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte pour le scénario et les dessins, avec une mise en couleurs réalisée par Douchka Delitte. Il comporte quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier de huit pages, rédigé par le scénariste, généreusement illustré par des documents d’archives, avec des parties portant les titres suivants : Il était une fois la Grande Catherine, Un jeu de dominos, Puisque c’est la guerre rêvons de grandeur, Une marine russe qui se relève, Et voguent les navires !, Se battre durant trois jours, Encore quelques batailles et puis la paix.


On a appelé ce siècle celui des Lumières mais étonnamment, chaque fois qu’une guerre se terminait, on s’empressait d’en provoquer une autre. Dans une humanité qui ne peut se défaire de l’acte guerrier pour faire entendre sa voix, il y aura toujours des hommes prêts à en suivre d’autres. Et dans des temps où il en faut peu pour bouter le feu aux poudres et embraser le monde, le désordre finit toujours par s’étendre au-delà des frontières. L’homme a cette particularité de toujours trouver une raison prétendument légitime pour nuire. Tel le jeu de dominos d’origine chinoise et qui apparaît en Europe vers les années 1960, la guerre russo-ottomane qui a éclatée en octobre 1768 n’a été qu’une des conséquences des troubles qui ont secoué la république des Deux Nations, union du royaume de Pologne avec le grand-duché de Lituanie. À bord du Netron Menia, les servants s’affairent autour des canons pour tirer sur un navire ottoman. Pendant ce temps-là, le marin Piotr a accompagné le lieutenant Alexis Ivanovitch Gortchakoff à la sainte-barbe. Dans cette partie du vaisseau où sont serrés les ustensiles d’artillerie et la poudre, le marin embroche le lieutenant à la suite d’une algarade.



Forteresse de Navarin, dans les premiers jours de juin 1770, l’édifice militaire qui garde la baie de Pylos a été érigé par les Ottomans sur les fondations d’un vieux port. Occupée par différentes armées au fil des conflits, la forteresse est reprise en ce mois de juin, par ses bâtisseurs avec l’aide de mercenaires albanais. Des assaillants qui font preuve d’un zèle particulier à l’égard des rebelles grecs qui avaient fait de la forteresse un lieu de résistance ! Sur le navire Netron Menia, un officier observe la scène avec une longue vue commentant qu’il semble que les Ottomans aient repris la forteresse. Il estime qu’il s’agit d’une drôle de guerre qu’ils mènent là : endurer des mois de mer depuis Saint-Pétersbourg pour établir un timide blocus avant de renoncer. Un autre officier lui demande s’ils en sont responsables. Il continue : Les Ottomans refusent de les affronter, ils arrivent, les ennemis fuient les lieux, ils lèvent les ancres et les Ottomans reviennent.


Cette fois-ci, l’auteur peintre officiel de la Marine et membre titulaire de l’académie des Arts et Sciences de la Mer, emmène le lecteur en mer Égée dans le troisième tiers du dix-huitième siècle. Comme à son habitude, il donne corps à la reconstitution historique de cette bataille navale en entremêlant les faits, les visions des navires et des points de vue à hauteur de l’individu, exclusivement masculin. La lecture de la bande dessinée peut se suffire à elle-même pour un néophyte sur cette période de l’Histoire dans cette région du globe, ce qui requiert un bon niveau d’attention pour saisir les implications contenues dans les sous-entendus des discussions. Dès la deuxième planche, l’auteur mentionne la guerre russo-ottomane et les troubles qui ont secoué la république des Deux Nations. La première référence renvoie à la sixième guerre qui s’est déroulée de 1768 à 1774 et qui a opposé l’Empire russe à l’Empire ottoman, les premiers essayant d’obtenir un accès à la mer Noire. La seconde évoque un État formé par l'union du royaume de Pologne et du grand-duché de Lituanie de 1569 à 1795. Par la suite, le scénariste fait aussi bien mention d’événements ponctuels comme la prise de la forteresse de Navarin, que des grands de ce monde, comme Grigori Ivanovitch Orlov (1734-1783) et ses frères Alexeï Grigorievitch (1737-1807) et Fiodor Grigorievitch (1741-1796), de Catherine la Grande (1729-1796, Sophie Frédérique Augusta d'Anhalt-Zerbst). Il met également en scène John Elphinstone (1722-1785), un officier de marine anglais, ayant réellement existé, étant passé en 1768 au service de l’Empire russe.



Le lecteur connaisseur de cette période replace sans difficulté ces repères, le néophyte apprécie qu’ils soient étoffés ou développés dans le dossier historique clôturant cet ouvrage, que ce soit le couple de Catherine II et Pierre III, un bref historique des enjeux des précédentes guerre russo-ottomanes, le début de celle qui éclate en 1768, l’état de la marine russe à cette époque, la composition de la flotte ottomane (seize vaisseaux de ligne, six frégates, treize galères, six chebecs et une trentaine de navires de charge, soit un total de mille trois cents canons), l’issue de la bataille terrestre de Larga en Moldavie, et la suite. Il en va de même pour la composante de la marine : la possibilité pour le connaisseur de voir ces bâtiments en action en conformité avec la réalité historique, ou l’occasion de découvrir à quoi pouvait ressembler une bataille navale à l’époque. Comme d’habitude les dessins des navires enchantent le lecteur. Une illustration en pleine page d’un navire russe pour commencer, au beau milieu de la bataille. Aucun détail ne manque : de la coque au grand mât, les voiles pour parties déchirées par les boulets, la figure de la proue et le beaupré, les innombrables cordages, etc. Ce navire et celui en arrière-plan sont finement détourés avec des traits encrés, et ils ressortent sur la mer qui a été réalisée à la peinture. Ce tome se déroule essentiellement en mer, avec trente-huit pages montrant les navires soit vus de la mer, soit à partir d’un pont ou d’une cabine. Le lecteur en prend également plein les yeux avec deux illustrations en pleine page, et trois en double page.


Au fil des séquences, l’artiste représente les hommes d’équipage s’affairant sur les navires pour les activités quotidiennes et lors des affrontements à coup de tirs de canon. Comme d’habitude, les images mettent en évidence qu’il s’agit d’un monde d’hommes. Il faut disposer d’une bonne vue pour entrapercevoir deux silhouettes féminines de loin sur un quai en page seize. Le dessinateur détoure chaque forme un trait de contour à l’encrage fin, pouvant présenter quelques aspérités tranchantes, ce qui donne une sensation d’environnements rudes et âpres, en cohérence avec la dureté et la brutalité de la vie en mer et des batailles. Il s’attache à reproduire avec rigueur les uniformes des militaires, les armes, les équipements et accessoires des vaisseaux. Le lecteur peut voir des êtres humains normaux, avec des attitudes adultes, certains s’attachant à garder leurs distances, d’autres les asticotant, les gradés ayant des postures plus guindées. En regardant les uns et les autres, le lecteur peut voir l’agilité et la force physique nécessaires pour travailler sur le pont, dans les voiles, etc. De la même manière lors de la séquence de quatre pages dans une campagne enneigée d’Ukraine en février 1769, il peut constater la rigueur du climat, comment les soldats luttent contre le froid, les platelages de bois utilisés dans le camp pour se tenir à l’écart l’humidité de la neige, les tensions qui peuvent exister entre les marins, et l’horrible réalité des blessures et mutilations occasionnées par les boulets sur la chair humaine, ainsi que les noyades lors des combats. La mise en couleur repose sur des teintes un peu ternes, accentuant une ambiance réaliste et éprouvante.



Conformément au dispositif narratif bien rôdé, adapté depuis le début de la série, l’auteur ancre humainement le récit sur des personnages fictifs, ici un marin prénommé Piotr et un lieutenant appelé Alexis Ivanovitch Gortchakoff. D’un côté, il s’agit d’artifices pour apporter un point de vue à hauteur d’hommes, montrer ce que c’est d’être marin sur un des navires de la flotte russe, servir sous les ordres, supporter les autres marins, remplir la fonction de servant de canon, ou pour le lieutenant comment on peut se retrouver sur un navire sans aucune formation. D’un autre, ils dépassent leur simple valeur fonctionnelle, en évoquant une facette de leur vie ou une autre dans leurs dialogues. De manière inattendue, le lecteur voit ainsi apparaître le thème du rapport au père, et de l’héritage moral qu’il transmet à ses enfants, soit de manière positive, soit de manière négative en donnant le mauvais exemple. Ainsi le récit charrie le principe de reproduction des hiérarchies sociales. Cette idée trouve un écho dans la notion de respect de la hiérarchie militaire qui est abordée par le sergent : trouver le bon équilibre entre obéissance, déférence, distance. Au point qu’il rappelle que : L’ordre et le respect de la hiérarchie ne peuvent pas être corrompus. S’il a lu d’autres tomes de la série, par exemple Les grandes batailles navales 26 U-9 (2025) avec Philippe Adamov & Fabio Pezzi, le lecteur est à nouveau frappé par une évidence : ces hommes se battent littéralement au péril de leur vie en conséquence de décisions d’individus qui ne les verront jamais et qui n’ont aucune idée de leurs sacrifices, ou même de leurs conditions de vie.


Un tome de plus dans cette collection présentant les mêmes qualités : un grand soin apporté à la reconstitution historique, en particulier les navires, mais aussi les autres éléments militaires et de la vie pragmatique, des cases clairement disposées en bande, une structure efficace jouant avec le fait qu’il s’agit d’événements historiques déjà connus et donc commençant par la scène choc de la fin, et un monde d’hommes. Comme à son habitude, l’auteur dispense élégamment les informations indispensables, et les complète dans le dossier final. Il aborde incidemment d’autres thèmes comme l’héritage psychologique du père vers le fils, ou les formes du respect de la hiérarchie.