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lundi 12 janvier 2026

Les grandes batailles navales T23 Tchesmé

L’ordre et le respect de la hiérarchie ne peuvent pas être corrompus.


Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre, qui ne nécessite pas de connaissances préalables. Il s’agit du vingt-troisième album de cette série sur les grandes batailles navales. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte pour le scénario et les dessins, avec une mise en couleurs réalisée par Douchka Delitte. Il comporte quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier de huit pages, rédigé par le scénariste, généreusement illustré par des documents d’archives, avec des parties portant les titres suivants : Il était une fois la Grande Catherine, Un jeu de dominos, Puisque c’est la guerre rêvons de grandeur, Une marine russe qui se relève, Et voguent les navires !, Se battre durant trois jours, Encore quelques batailles et puis la paix.


On a appelé ce siècle celui des Lumières mais étonnamment, chaque fois qu’une guerre se terminait, on s’empressait d’en provoquer une autre. Dans une humanité qui ne peut se défaire de l’acte guerrier pour faire entendre sa voix, il y aura toujours des hommes prêts à en suivre d’autres. Et dans des temps où il en faut peu pour bouter le feu aux poudres et embraser le monde, le désordre finit toujours par s’étendre au-delà des frontières. L’homme a cette particularité de toujours trouver une raison prétendument légitime pour nuire. Tel le jeu de dominos d’origine chinoise et qui apparaît en Europe vers les années 1960, la guerre russo-ottomane qui a éclatée en octobre 1768 n’a été qu’une des conséquences des troubles qui ont secoué la république des Deux Nations, union du royaume de Pologne avec le grand-duché de Lituanie. À bord du Netron Menia, les servants s’affairent autour des canons pour tirer sur un navire ottoman. Pendant ce temps-là, le marin Piotr a accompagné le lieutenant Alexis Ivanovitch Gortchakoff à la sainte-barbe. Dans cette partie du vaisseau où sont serrés les ustensiles d’artillerie et la poudre, le marin embroche le lieutenant à la suite d’une algarade.



Forteresse de Navarin, dans les premiers jours de juin 1770, l’édifice militaire qui garde la baie de Pylos a été érigé par les Ottomans sur les fondations d’un vieux port. Occupée par différentes armées au fil des conflits, la forteresse est reprise en ce mois de juin, par ses bâtisseurs avec l’aide de mercenaires albanais. Des assaillants qui font preuve d’un zèle particulier à l’égard des rebelles grecs qui avaient fait de la forteresse un lieu de résistance ! Sur le navire Netron Menia, un officier observe la scène avec une longue vue commentant qu’il semble que les Ottomans aient repris la forteresse. Il estime qu’il s’agit d’une drôle de guerre qu’ils mènent là : endurer des mois de mer depuis Saint-Pétersbourg pour établir un timide blocus avant de renoncer. Un autre officier lui demande s’ils en sont responsables. Il continue : Les Ottomans refusent de les affronter, ils arrivent, les ennemis fuient les lieux, ils lèvent les ancres et les Ottomans reviennent.


Cette fois-ci, l’auteur peintre officiel de la Marine et membre titulaire de l’académie des Arts et Sciences de la Mer, emmène le lecteur en mer Égée dans le troisième tiers du dix-huitième siècle. Comme à son habitude, il donne corps à la reconstitution historique de cette bataille navale en entremêlant les faits, les visions des navires et des points de vue à hauteur de l’individu, exclusivement masculin. La lecture de la bande dessinée peut se suffire à elle-même pour un néophyte sur cette période de l’Histoire dans cette région du globe, ce qui requiert un bon niveau d’attention pour saisir les implications contenues dans les sous-entendus des discussions. Dès la deuxième planche, l’auteur mentionne la guerre russo-ottomane et les troubles qui ont secoué la république des Deux Nations. La première référence renvoie à la sixième guerre qui s’est déroulée de 1768 à 1774 et qui a opposé l’Empire russe à l’Empire ottoman, les premiers essayant d’obtenir un accès à la mer Noire. La seconde évoque un État formé par l'union du royaume de Pologne et du grand-duché de Lituanie de 1569 à 1795. Par la suite, le scénariste fait aussi bien mention d’événements ponctuels comme la prise de la forteresse de Navarin, que des grands de ce monde, comme Grigori Ivanovitch Orlov (1734-1783) et ses frères Alexeï Grigorievitch (1737-1807) et Fiodor Grigorievitch (1741-1796), de Catherine la Grande (1729-1796, Sophie Frédérique Augusta d'Anhalt-Zerbst). Il met également en scène John Elphinstone (1722-1785), un officier de marine anglais, ayant réellement existé, étant passé en 1768 au service de l’Empire russe.



Le lecteur connaisseur de cette période replace sans difficulté ces repères, le néophyte apprécie qu’ils soient étoffés ou développés dans le dossier historique clôturant cet ouvrage, que ce soit le couple de Catherine II et Pierre III, un bref historique des enjeux des précédentes guerre russo-ottomanes, le début de celle qui éclate en 1768, l’état de la marine russe à cette époque, la composition de la flotte ottomane (seize vaisseaux de ligne, six frégates, treize galères, six chebecs et une trentaine de navires de charge, soit un total de mille trois cents canons), l’issue de la bataille terrestre de Larga en Moldavie, et la suite. Il en va de même pour la composante de la marine : la possibilité pour le connaisseur de voir ces bâtiments en action en conformité avec la réalité historique, ou l’occasion de découvrir à quoi pouvait ressembler une bataille navale à l’époque. Comme d’habitude les dessins des navires enchantent le lecteur. Une illustration en pleine page d’un navire russe pour commencer, au beau milieu de la bataille. Aucun détail ne manque : de la coque au grand mât, les voiles pour parties déchirées par les boulets, la figure de la proue et le beaupré, les innombrables cordages, etc. Ce navire et celui en arrière-plan sont finement détourés avec des traits encrés, et ils ressortent sur la mer qui a été réalisée à la peinture. Ce tome se déroule essentiellement en mer, avec trente-huit pages montrant les navires soit vus de la mer, soit à partir d’un pont ou d’une cabine. Le lecteur en prend également plein les yeux avec deux illustrations en pleine page, et trois en double page.


Au fil des séquences, l’artiste représente les hommes d’équipage s’affairant sur les navires pour les activités quotidiennes et lors des affrontements à coup de tirs de canon. Comme d’habitude, les images mettent en évidence qu’il s’agit d’un monde d’hommes. Il faut disposer d’une bonne vue pour entrapercevoir deux silhouettes féminines de loin sur un quai en page seize. Le dessinateur détoure chaque forme un trait de contour à l’encrage fin, pouvant présenter quelques aspérités tranchantes, ce qui donne une sensation d’environnements rudes et âpres, en cohérence avec la dureté et la brutalité de la vie en mer et des batailles. Il s’attache à reproduire avec rigueur les uniformes des militaires, les armes, les équipements et accessoires des vaisseaux. Le lecteur peut voir des êtres humains normaux, avec des attitudes adultes, certains s’attachant à garder leurs distances, d’autres les asticotant, les gradés ayant des postures plus guindées. En regardant les uns et les autres, le lecteur peut voir l’agilité et la force physique nécessaires pour travailler sur le pont, dans les voiles, etc. De la même manière lors de la séquence de quatre pages dans une campagne enneigée d’Ukraine en février 1769, il peut constater la rigueur du climat, comment les soldats luttent contre le froid, les platelages de bois utilisés dans le camp pour se tenir à l’écart l’humidité de la neige, les tensions qui peuvent exister entre les marins, et l’horrible réalité des blessures et mutilations occasionnées par les boulets sur la chair humaine, ainsi que les noyades lors des combats. La mise en couleur repose sur des teintes un peu ternes, accentuant une ambiance réaliste et éprouvante.



Conformément au dispositif narratif bien rôdé, adapté depuis le début de la série, l’auteur ancre humainement le récit sur des personnages fictifs, ici un marin prénommé Piotr et un lieutenant appelé Alexis Ivanovitch Gortchakoff. D’un côté, il s’agit d’artifices pour apporter un point de vue à hauteur d’hommes, montrer ce que c’est d’être marin sur un des navires de la flotte russe, servir sous les ordres, supporter les autres marins, remplir la fonction de servant de canon, ou pour le lieutenant comment on peut se retrouver sur un navire sans aucune formation. D’un autre, ils dépassent leur simple valeur fonctionnelle, en évoquant une facette de leur vie ou une autre dans leurs dialogues. De manière inattendue, le lecteur voit ainsi apparaître le thème du rapport au père, et de l’héritage moral qu’il transmet à ses enfants, soit de manière positive, soit de manière négative en donnant le mauvais exemple. Ainsi le récit charrie le principe de reproduction des hiérarchies sociales. Cette idée trouve un écho dans la notion de respect de la hiérarchie militaire qui est abordée par le sergent : trouver le bon équilibre entre obéissance, déférence, distance. Au point qu’il rappelle que : L’ordre et le respect de la hiérarchie ne peuvent pas être corrompus. S’il a lu d’autres tomes de la série, par exemple Les grandes batailles navales 26 U-9 (2025) avec Philippe Adamov & Fabio Pezzi, le lecteur est à nouveau frappé par une évidence : ces hommes se battent littéralement au péril de leur vie en conséquence de décisions d’individus qui ne les verront jamais et qui n’ont aucune idée de leurs sacrifices, ou même de leurs conditions de vie.


Un tome de plus dans cette collection présentant les mêmes qualités : un grand soin apporté à la reconstitution historique, en particulier les navires, mais aussi les autres éléments militaires et de la vie pragmatique, des cases clairement disposées en bande, une structure efficace jouant avec le fait qu’il s’agit d’événements historiques déjà connus et donc commençant par la scène choc de la fin, et un monde d’hommes. Comme à son habitude, l’auteur dispense élégamment les informations indispensables, et les complète dans le dossier final. Il aborde incidemment d’autres thèmes comme l’héritage psychologique du père vers le fils, ou les formes du respect de la hiérarchie.



lundi 27 mai 2024

La boîte de petits pois

C’était important que les gens se rendent compte de la chance qu’ils avaient d’être ici et soient contents.


Ce contient un récit de nature autobiographique. La première édition de cet ouvrage date de 2019. Il a été réalisé par GiedRé pour le scénario, et par Holly R pour les dessins et la mise en couleurs. Il comporte quatre-vingt-dix-neuf pages de bande dessinée, et un post-scriptum de cinq pages, écrit et dessiné par Giedré.


Il y a environ longtemps, la mère de Giedré était petite et jouait au ping-pong. Elle était vachement forte. Elle gagnait des médailles et tout. À l’époque, les enfants étaient hyper encouragés à faire du sport ou de la musique ou de la danse ou n’importe quoi… Tout était gratuit, il fallait juste s’inscrire et ensuite devenir fort… pour que le reste du monde voie que cette nation était la meilleure. 1952 : record de médailles pour l’URSS ! Il y avait souvent des parades et des grandes manifestations à la gloire de ce merveilleux système qui était le meilleur qui existe. Et si on vous demandait, il fallait répondre que tout était super et qu’on était très contents. Parce que l’endroit où on envoyait les gens qui disaient que c’était pas super était encore moins super. Déjà, c’était hyper loin. Il y faisait toujours -10000°C et parfois on devait rester 10 ans. Alors en général les gens se retenaient de critiquer. Même en petit comité, on faisait comme si de rien n’était parce qu’il y avait des espions un peu partout. D’une manière générale on se méfait d’à peu près tout le monde. On ne faisait confiance à personne. Deux amies qui discutent, l’une demande à l’autre où elle a acheté sa robe, la seconde souhaite savoir pourquoi elle lui demande ça. La première espère que l’autre ne pense pas qu’elle veut la lui racheter plus cher qu’elle ne l’a payée. Et l’autre se dit que son interlocutrice la soupçonne d’avoir eu du tissu en rab.



ULL : union de la Lituanie Libre. La mère de Giedré avait deux frères, dont un qui avait quinze ans (ce qui arrive à tout le monde sauf à ceux qui meurent avant). Et comme beaucoup de gens qui ont quinze ans, il trouvait que la vie, c’était naze. Alors avec quatre copains qui trouvaient aussi que la vie c’était naze, ils ont décidé de faire des trucs. Ils ont commencé à faire des petites affiches qu’ils collaient dans la rue. En gros, ça disait ça : Et, franchement, la vie c’est naze ; la liberté c’est trop important quoi, sérieux, y en a marre, ULL. Bon, ils n’en collaient pas beaucoup parce que c’était un peu dangereux comme passe-temps en Lituanie. Mais malgré tout certaines personnes les voyaient. Et au bout de quelques temps des gens ont commencé à s’y intéresser. On en parlait, on se passait le mot. Et son oncle et ses copains étaient contents de faire des trucs. Mais au bout de deux ans, quelqu’un les a dénoncés, et ils se sont tous fait arrêter. Le KGB a tout de suite perquisitionné dans la maison de sa grand-mère. En rentrant du travail, elle n’a rien compris parce que comme tout le monde elle n’était pas au courant. Son oncle s’est fait enfermer dans une cellule du KGB. Il est resté là le temps d’être majeur pour pouvoir être jugé. Puis s’est fait condamner pour trahison, révolte et trouble à l’ordre public. Il s’est fait emmener loin.


De prime abord, le lecteur découvre une bande dessinée aux autours d’œuvre pour enfants : des dessins à l’allure simplifiée, avec de jolies couleurs au crayon de couleurs, une vision du monde par les yeux d’un enfant. Il commence à lire le texte qui court le long des cases, ainsi que les dialogues : des phrases courtes, des structures simples, des tournures grammaticales pas toujours correctes, un vocabulaire limité, comme si c’est une petite fille d’à peine dix ans qui s’exprime. Effectivement, GiedRé évoque son enfance, comme elle l’a vue et ressentie à cet âge. Les actions des adultes ne lui sont pas toujours compréhensibles, en particulier les événements de politique internationale, par exemple la destruction du mur de Berlin. Elle dépasse du cadre strict de son entendement de petite fille, en évoquant l’histoire de sa famille, des déménagements grâce au statut social de son grand-père paternel : dans la postface, elle explique qu’elle a fait appel aux souvenirs de sa mère pour disposer de ces faits et de cette compréhension. Le lecteur vit donc cette reconstitution historique à hauteur d’enfant, que ce soit la queue pour les magasins, ou le partage de chewing-gum. Dans le même temps, il n’éprouve pas la sensation que le récit s’adresse à un enfant, ou qu’il manque de profondeur.



Les autrices savent très bien rendre le point de vue d’une enfant. Cela commence dès la première page avec la mère encore adolescente en train de jouer au ping-pong : une silhouette longiligne, de jolis cheveux blonds, des gestes en accéléré, une fierté d’avoir gagné qui se lit sur son visage, le lecteur se sent baigné dans le bonheur dont elle rayonne. En page vingt-quatre, un garçon savoure avec délectation des petits pois : son visage arbore une expression proche de l’extase, dans l’assiette le lecteur voit des petits points verts qui semble comme flotter dans le vide, et quelques taches orange, une représentation naïve. Page trente-neuf, la représentation de la zone résidentielle abritant les résidences secondaires des apparatchiks évoque incontinent un dessin d’enfant : les belles pelouses vertes, les arbres très simplifiés, les routes échappant aux règles de la perspective, etc. Plus tard, la famille de la narratrice va s’installer à la campagne. Elle raconte : À la campagne, il n’y avait pas d’eau courante alors chaque habitation avait ses toilettes loin de la maison, et les leurs étaient à l’orée de la forêt. Avec une lampe torche dans la main, la jeune fille doit se rendre aux toilettes de nuit, une forêt fantasmée, avec une chouette qui regarde droit dans les yeux, une espèce de cabane aux proportions trop allongées pour les toilettes, des arbres aux formes bizarres, vaguement menaçants : le lecteur se retrouve dans un conte pour enfants, sans se sentir pris pour un neuneu, une vraie sensation d’enfance.


Dans le même temps, le lecteur voit bien que les dessins comportent un niveau d’informations qui relève du regard d’adulte. Sous l’apparence enfantine donnée par dessins aux crayons de couleurs, se trouvent un niveau d’informations visuelles bien supérieur au regard d’un enfant. Dans cette première page, un individu joue de l’accordéon, certes aux couleurs pastel, mais comportant bien toutes les parties attendues comme le soufflet, les touches de part et d’autre. Dans la deuxième page, le train ressemble à un jouet, mais dans le même temps l’uniforme des soldats est conforme à la véracité historique, la perspective du stade présente un aspect discrètement gauchi, tout en préservant la perspective et les dimensions. Tout du long, les dessins construisent une reconstitution historique solide et fiable : les vêtements d’époque, les accessoires du quotidien, les appareils ménagers de ces années-là comme les postes de télévision ou les téléphones à cadran en bakélite, etc. Les postures et les mines des individus apparaissent faussement naïfs, avec une grande justesse dans l’expression corporelle, et dans les gestes de tous les jours, aussi bien les jeux d’enfants que les gestes plus mesurés des adultes, voire les comportements emprunts de défiance pour parer au risque de la délation par des citoyens intéressés.



La réception de cette bande dessinée au ton si particulier va dépendre du parcours de vie du lecteur et de son âge. Il peut venir pétri d’a priori et de certitudes sur le régime communiste. Ce qu’il sait déjà lui saute aux yeux : le faible niveau de niveau des citoyens, les queues interminables devant des magasins où le rationnement et la pénurie règnent en maître. Des personnes exerçant un métier sans aucune motivation, un marché noir généralisé et pour tout, une élite qui ne manque de rien attestant d’une corruption systémique, un état totalitaire qui a la déportation facile pour les opposants et les rebelles. Voire s’il a été témoin de ces années au travers des médias, il retrouve tout ce qui était pointé du doigt : des queues interminables, à la délation. S’il est plus jeune, il est possible qu’il éprouve quelques difficultés à croire certaines situations, ou même le mode de fonctionnement d’un pays sous domination soviétique. Déporté en Sibérie pour avoir collé des affiches de protestation en Lituanie, vraiment ?


Le lecteur peut également être pris au dépourvu par l’évocation de ce monde passé, au travers des yeux et des ressentis d’une fillette, qui n’a pas l’air de vivre ça mal. Il lui faut un petit temps de recul pour accepter certaines des choses auxquelles il assiste : le partage de chewing-gum qui passe de la bouche d’un enfant à un autre, jusqu’à une dizaine. Le festin de dégustation de pâté, de ce qu’il identifie immédiatement comme étant une boîte de nourriture pour chat, ne pas savoir qu’il faut enlever la peau d’une banane avant de la manger. Ce n’est plus la Lituanie communiste, c’est tout juste le moyen-âge ! Comment la propagande pouvait-elle avoir une telle force de conviction ? Il arrive alors aux cinq pages dessinées de postface, où GiedRé explicite la manière dont elle a procédé : Pour écrire cette BD, elle a beaucoup fait appel à sa mère pour qu’elle lui raconte, et à l’écouter parler, tout était horrible et affreux. D’un autre côté, l’autrice a vécu ces moments comme une petite fille, et elle a passé une enfance qu’elle juge heureuse. La narration qu’elle en fait ne nie pas les exactions et la répression, mais, elle, ça ne l’a jamais rendue triste de partager son chewing-gum.


Impossible de ne pas partir avec des a priori divers et variés pour la lecture : entre ce que le lecteur connaît des chansons de l’autrice, ce qu’il sait de la domination de l’URSS sur les pays satellites, ou ce que l’image édulcorée de la couverture lui évoque. Il se retrouve surpris par l’évocation positive tout en étant honnête d’une enfance en Lituanie juste avant qu’elle ne recouvre son indépendance, totalement sous le charme de la narration à l’apparence enfantine, à la consistance et au sérieux adulte. Une enfance heureuse dans un pays sous un joug totalitaire.