Ma liste de blogs

Affichage des articles dont le libellé est Manga. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Manga. Afficher tous les articles

mardi 2 juin 2026

Crazyman

Vers Coumacoville. La ville où habitaient ses parents adoptifs.


Ce tome contient une histoire complète, une succession d’aventures d’un personnage récurrent avec une progression dramatique, pour un récit indépendant de tout autre. Son édition originale date de 2005. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour le scénario et les dessins. Il comprend quatre-vingts planches de bande dessinée. Lesdites aventures sont au nombre de cinq, précédées par un prologue intitulé Rencontre avec le rêveur, avec un épilogue en clôture. Elles portent comme titre : Virginité, Initiation, Crazyman découvre les mangas, Trahison, Crazyman chez les Indiens.


Aux États-Unis dans le nord du Michigan, en bordure du lac supérieur, un homme à la forte carrure marche au bord de l’eau. Il en croise un autre qu’il dépasse d’une tête, et il lui adresse un bonjour. L’autre répond, se laisse dépasser, et se retourne sur la silhouette qui s’éloigne, songeur. Puis il repère un énorme tronc d’arbre échoué, il s’assoit sur un autre débris et il se met à dessiner le grand tronc. Au bout d’un moment il relève la tête, et il découvre que le grand costaud est en train de l’observer immobile. Ce dernier lui demande s’il dessine. Le rêveur répond que oui : il y a sur cette plage des milliers d’épaves de grands arbres échoués. Il en dessine un par jour, pour une future exposition. En retour, il lui demande s’il est en vacances. Paul Gravel répond que non, il est plutôt comme ces épaves sur la plage. Il se confie : il était un superhéros, Crazyman, c’était lui. Il continue : sur la brèche vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour la protection de celles et ceux qui lui semblaient être les victimes du mal. Et dont certaines se sont avérées être plus noires que les méchants des griffes desquelles il les avait sorties. Il se souvient de cet enfant adorable et blond qu’il a sauvé in extremis avant le passage d’un train. Deux ans plus tard, cet enfant, adorable et blond, a tué sa sœur, sa mère, son père, son petit frère. Il y eut aussi cet agent de police qu’il a libéré alors qu’il était sur le point d’être exécuté. Un an plus tard il apprenait que ce policier se livrait à des pratiques contre nature régulièrement sur ses quatre enfants, et les trois de sa maîtresse. Mais le pire était à venir. Le 11 septembre 2001. Son intuition d’un danger l’a dirigé vers un petit chat coincé en haut d’un arbre du Bronx. Le 11 septembre 2001 il a sauvé un petit chat.



La discussion entre les deux hommes continue, tout en marchant sur la plage. Paul explique que Louise n’est plus sa chérie, qu’à ses yeux il était un abruti. Il a été deux fois fidèle à cet amour platonique, et il est toujours puceau. En plus il est timide. Le rêveur rentre chez lui et retrouve sa compagne Julie. Il lui raconte son étrange rencontre, puis ils font l’amour à sa demande à elle. Le lendemain elle décide de marcher sur la plage pour voir si elle rencontre cet étrange individu. Elle repère ce qui lui semble un oiseau dans le ciel, et quelques instants après, Crazyman l’a prise dans ses bras et l’emmène sur une île. Elle lui trouve l’air contrarié et lui propose de parler tranquillement, de s’assoir avant car il l’intimide un peu. Elle pose sa tête contre son torse car elle veut éviter d’avoir du sable dans les cheveux.


Edmond Baudoin qui se lance dans le superhéros américain ? N’importe quoi !!! Certes, à la réflexion il a bien collaboré avec l’éditeur Kodansha pour réaliser des mangas, adaptés en français dans Le voyage (1996), Salade niçoise (2002), en adoptant les codes narratifs propres au marché japonais de la bande dessinée. Bon, là, ça n’a pas une tête de comics, les chapitres étant de longueur inégale, sans respecter le format de vingt ou vingt-deux pages. En revanche, l’auteur semble être plus que familier de la mythologie du superhéros dont il s’inspire. Crazyman a comme identité civil Paul Gravet qui exerce le métier de journaliste comme Clark Kent. Il entretient une relation doublement platonique avec sa collègue Louise, en tant que collègue et en tant que superhéros. Son amie d’enfance, Laurie a également un prénom qui commence par la lettre L (comme Lois au Daily Planet, et Lana Lang à Smallville, ou encore Lori Lemaris). Ses parents habitent une petite ville à la campagne et sont fermiers comme Martha & Jonathan Kent. En outre, le connaisseur sourit quand Julie pense qu’elle a repéré un oiseau dans le ciel, comme dans la célèbre expression : C’est un oiseau… C’est un avion… C’est Superman ! Enfin les responsables éditoriaux du journal pour lequel travaillent Paul et Louise font observer que quand Paul enquête, Crazyman n’est jamais loin. Le lecteur observe que l’auteur a choisi d’écrire des histoires après que Paul ait abandonné son costume de superhéros, et que son nom sous-entend qu’il est le jouet d’une forme de folie.



Pour autant, ces histoires se situent à des années-lumière de celles de Superman, créé en 1938 par Joe Shuster (1914-1992) & Jerry Siegel (1914-1996). Certes le personnage principal vole dans chaque histoire, il lit un comics de ses aventures à un jeune enfant, et il passe même la majeure partie du troisième épisode en question en costume des superhéros. Il est également question de son identité secrète, et de son goût pour l’altruisme. Il se retrouve enlevé par un groupe de rebelles armés, et il enquête sur la disparition de personnes à la rue dans une grande métropole. Toutefois les supercriminels sont absents et mis à part dans un monde virtuel il ne triomphe pas à coup de grands uppercuts. D’ailleurs la narration visuelle de l’artiste reste dans son registre habituel, sans mettre en valeur des musculatures gonflées aux stéroïdes ou à la créatine, ou des femmes dans des tenues très révélatrices mettant en valeur des poitrines hypertrophiées (à une exception près pour Tamiko). Le lecteur retrouve donc le trait caractéristique de ce dessinateur : des dessins majoritairement au pinceau, avec des contours irréguliers plein d’expressivité, du noir souvent charbonneux, parfois un peu baveux, et quelques parties à l’encre. C’est du pur Baudoin, avec parfois cette incongruité d’une armoire à glace en train de voler dans le ciel, de manière autonome.


Tout comme pour son passage chez un éditeur de manga japonais, ce créateur conserve toute sa personnalité propre, ses idiosyncrasies graphiques, sans adapter celles de comics. Pour autant, le lecteur familier de son œuvre sent bien qu’il a réalisé des adaptations à son sujet, à sa démarche créatrice. Outre cette liberté de voler dans le ciel, il constate une importance plus grande donnée aux cités, aux mégapoles, ce personnage essentiel des comics de superhéros, que ce soit New York ou Tokyo. Il relève même un hommage direct au Tarzan de Burne Hogarth (1911-1996) le temps d’une case. Le fait de lire une fiction, avec de l’action, change aussi la sensation à la vue des planches, en particulier cette posture très assurée de Paul, grand et fort, se tenant bien droit. Ces chapitres comprennent également des moments d’interactions personnelles, certaines intimes. Lors de ces passages, le lecteur retrouve Baudoin tel qu’en lui-même : une approche expressionniste permettant de se faire une idée de l’état d’esprit du personnage, donnant à voir une ou plusieurs facettes de leur personnalité, par leur posture, leur expression, les éléments visuels mis en avant qui vont au-delà d’une description factuelle et propre sur elle. Les dessins expriment beaucoup plus que ce qu’ils décrivent : la profonde détresse émotionnelle de Paul, le caractère enjoué et joueur de Julie et la manière dont elle s’amuse de la gêne qu’elle provoque en Paul, l’incroyable agressivité comportementale de la première ville étrangère où s’arrête Paul, la détermination quasi fanatique qui anime la rebelle Isabella, la suffisance méprisante de Louise, la joie simple du garçon à qui Paul lit comics, etc.



Le lecteur comprend rapidement ce qui a pu séduire un créateur comme Baudoin dans cette entreprise : prend un personnage de superhéros innocent et pur, altruiste et courageux, et le faire passer délicatement à l’âge adulte. C’est ainsi que Paul se trouve fort dépourvu alors qu’il a renoncé à sauver la veuve et l’orphelin et toute sorte de victimes, en découvrant qu’être victime n’est pas synonyme d’être quelqu’un de bien. La découverte que l’Afrique est bien différente des récits d’explorateurs colonialistes des siècles précédents. La réalité des actions militaires à l’étranger (la guerre tue), ou encore la prédation sur les plus faibles comme les personnes à la rue. Paul perd ainsi son innocence et passe à l’âge adulte, processus inéluctable pour tout à chacun. Sans oublier cette étape essentielle et libératrice (pour lui) qu’est la perte de sa virginité. Et puis il y a le troisième épisode intitulé : Crazyman découvre les mangas. Dans un premier temps, le lecteur se trouve décontenancé par l’intrigue : combattre quatre personnages de nature très différente, qui pourraient être issus de différents types de manga. D’un autre côté, cela fait sens : raconter une histoire de superhéros constitue un questionnement culturel pour l’auteur, au travers du genre dominant en bande dessinée aux États-Unis, questionnement qu’il avait également effectué en réalisant des bandes dessinées pour le marché japonais. Dans chaque histoire, le lecteur ressent que l’auteur éprouve une sorte de tendresse pour son personnage : il ne raille pas son innocence, même s’il la pointe gentiment du doigt. Il ne se moque pas du concept de superpouvoir, même si son incongruité ressort avec évidence. Le lecteur voit bien que les préoccupations de Paul / ex Crazyman sont très similaires à celles de l’auteur lui-même. Il retrouve la fascination pour la femme et le plaisir à l’acte sexuel, une empathie et une sollicitude pour son prochain, une curiosité pour les différences culturelles, etc. D’ailleurs ce rêveur rencontré sur la plage, qui dessine des arbres, pourrait bien se prénommer Edmond. Et Crazyman pourrait bien être l’alter ego de ce dessinateur, une façon pour lui de se représenter son âme, d’incarner ses aspirations modèles, d’être l’allégorie d’une pureté idéale.


Edmond Baudoin qui réalise un comics de superhéros ? N’importe quoi ! Ben non, pas tant que ça. Déjà parce que ledit superhéros, Crazyman, vient de mettre fin à sa carrière. Ensuite parce qu’il fait preuve des mêmes centres d’intérêt que l’auteur, et des mêmes grandes espérances. Ensuite parce la narration visuelle reste du pur Baudoin : des cases réalisées au pinceau, des traits de contour irréguliers irradiant une expressivité peu commune, une vitalité de chaque contour. Et puis ce personnage à l’âme enfantine qui se retrouve obligé de grandir devient l’allégorie des aspirations de son créateur, ainsi qu’une recherche de ce qu’expriment les comics de superhéros, tout comme il s’était lancé dans l’aventure de découvrir ce qu’il est possible d’exprimer dans les mangas. Formidable.



samedi 23 mai 2020

Matsuo Bashô - Le maître du haïku

Un seul mot peut tout changer. Fascinant.

Ce tome contient une biographie du poète japonais Matsuo Bashō (1644-1694) en manga. L'histoire est initialement parue en 2012 au Japon, écrite et dessinée par la mangaka Naho Mizuki. Le manga en lui-même comporte 100 pages, dont 12 en couleurs, suivies par 88 en noir & blanc. L'ouvrage comporte également une introduction de 3 pages rédigée par Bernard Chevilliat sur la vie et l'œuvre de Matsuo Bashō, une présentation des 8 personnages principaux : Matsuo Bashō, Yoshitada Tōdō, Sanpû Sugiyama, Bokuseki Ôzawa, Yozaemon Matsuo, Sora Kawai, Kigin Kitamura, Sōin Nishiyama. À la suite des 100 pages de manga se trouve un dossier pour mieux comprendre, avec un texte de 4 pages présentant les différentes formes de poésie avec Matsuo Bashō, ainsi que les principaux poètes, un autre texte de 4 pages sur le grand voyage de Bashō, son œuvre, la culture populaire d'Edo, et 3 pages présentant 7 haïkus de Bashō, avec un bref commentaire explicatif pour chacun. Enfin, le lecteur trouve une carte du Japon matérialisant le voyage de la Sente étroite du Bout-du-Monde, et une biographie de 2 pages retraçant la vie de Matsuo Bashō en 17 dates.


Chapitre 1 : l'enfant d'Iga. Au début de l'été 1689, Matsuo Bashō est en route vers le temple Risshakuji, avec son disciple Sora Kawai qui peine un peu à la montée des marches vers ledit temple. Le poète marque une pause et observe la nature qui l'entoure dans cette montagne. Il note que ce paysage, cet air, tout semble disparaître comme aspiré par ces rochers. Il sort alors un papier et un pinceau et trace les caractères (les mores) pour noter ce qu'il vient de dire. Il reformule sa première version qu'il ne juge pas assez bien correspondre à ce qu'il ressent à la vue de ce paysage. Sora Kawai trouve les deux versions très bien. Bashō estime qu'il n'a pas encore réussi à trouver le mot juste pour exprimer parfaitement le caractère de ce paysage, de cet air. Finalement, il aboutit à : Quel paisible silence, il s'infiltre dans les rochers. Le chant des cigales. Le récit revient alors à l'enfance de Matsuo Bashō pour essayer de déterminer ce qui l'a amené à inventer cette nouvelle forme littéraire que l'on appelle Haïku, alors qu'elle n'existait pas à l'époque.



Matsuo Bashō es né en 1644 dans la province d'Iga, région correspondant au bassin d'Ueno situé dans l'ouest de l'actuelle préfecture de Mie. Enfant, il appréciait le spectacle de la montagne, les arbres, les libellules. Il s'appelait Kinsaku, puis son nom changea pour Jinshi-Chirô, en effet dans le Japon d'Edo l'individu changeait de nom au cours de sa vie. Son père se montrait sévère avec lui n'acceptant pas qu'il fasse ainsi l'école buissonnière. Il oblige son fils à suivre les cours de calligraphie et à participer aux entraînements d'arts martiaux. Bien que la famille des Matsuo fut une famille de paysans, elle avait pu occuper un rang lui permettant d'avoir un nom de branche ainsi que le droit de porter le sabre, grâce à la famille Tôdô du domaine de Tsu. L'enfant Matsuo Bashō ne comprend pas la volonté de son père, car il préfère passer sa vie à contempler les splendeurs de la campagne et de la montagne. Son père lui demande de lui parler de leur beauté. L'enfant est vite à cours de mots. C'est la raison pour laquelle le père veut qu'il étudie. En classe de calligraphie, le jeune Matsuo Bashō mesure à quel point un mot peut tout changer dans l'expression et la transmission de ce qu'il a éprouvé, ressenti.

Le manga commence donc par l'une des premières étapes dans le voyage qu'entama Matsuo Bashō en 1689, qui dura environ 156 jours et 2.300 kilomètres couverts pour la plupart à pied. L'autrice utilise cette séquence pour expliciter la démarche artistique du poète : exprimer la force d'un paysage, au travers d'un poème dans une forme courte et codifiée. Puis le récit prend une forme chronologique en revenant à l'enfance de Matsuo Bashō. Du coup, toute cette biographie devient une illustration d'un destin tout tracé dont l'aboutissement est la création de la forme du haïku, ainsi que son enjeu. Dans un premier temps, le lecteur trouve cette approche simpliste : une prophétie auto-réalisatrice dont l'issue est déjà connue, mais d'un autre côté, c'est bien le seul regard qu'un auteur contemporain peut jeter sur le passé. Ensuite, 100 pages de manga, c'est assez court. S'il a lu l'introduction de Bernard Chevilliat, le lecteur peut avoir l'impression qu'il ne fait que retrouver en images ce qui est dit en 3 pages de texte. Il peut aussi se dire que l'approche de cette biographie est finalement de se rapprocher de l'esprit d'un haïku en étant plus évocateur que longuement descriptif.



La narration visuelle de Naho Mizuki utilise de nombreuses conventions spécifiques des mangas de type Shōjo, c’est-à-dire plutôt à destination d'un lectorat féminins. Elle détoure les visages et les silhouettes avec un trait très fin et délicat. Elle a tendance à utiliser une approche romantique pour les visages, à exagérer certaines expressions de visage en simplifiant la représentation des bouches et des yeux, à ajouter des effets de lumière de type romantique, à se focaliser sur les personnages en ne dessinant les décors que lorsqu'ils sont évoqués par un personnage, à utiliser l'équivalent de trames mécanographiées (des trames de points plus ou moins denses, pour le ciel bleu, pour les feuilles de plante, etc.). Au fil des pages, c'est une évidence qu'il s'agit d'un vrai manga, et le lecteur en vient à s'interroger sur le choix de l'éditeur de l'avoir publié dans le sens occidental, plutôt que dans le sens japonais, de droite à gauche. S'il est curieux, il peut rechercher les cases où un personnage manipule un objet. Elles ne sont pas si nombreuses que ça, mais effectivement, ils sont majoritairement gauchers, du fait de l'inversion des pages. De même, les vêtements ne se ferment pas dans le bon sens. La narration visuelle est donc essentiellement focalisée sur les personnages : ils sont souriants pour la plupart, ce qui les rend immédiatement sympathiques. Ils se comportent correctement, et il n'y a pas de conflit à proprement parler. Même le coup porté par le père de Bashō pour le punir d'avoir fait l'école buissonnière est représenté de manière très édulcorée. Le lecteur en déduit que la mangaka a sciemment adopté un mode de dessin tout public. Cela ne l'empêche pas de s'investir pour respecter l'exactitude historique quand nécessaire : les vêtements d'époque, les constructions comme le temple dans la montagne, la maison de la famille Batsuo, la magnifique demeure des Tôdô, et bien sûr l'ermitage du bananier. Elle soigne également les paysages afin que le lecteur puisse ressentir ce qui inspire le poète : le paysage de montagne dans la région de Yamagata, le lieu-dit de Yoshino où s'était arrêté le moine Saigyô, la paysage de Matsuhima, l'impétuosité du fleuve Mogami.

Effectivement, cette biographie élude toutes les aspérités de la vie du poète Matsuo Bashō, mais sans verser dans l'hagiographie. C'est l'accomplissement d'un destin déjà connu par le lecteur, raconté en 5 courts chapitres : 1. L'enfant d'Iga, 2 Vers la voie du Haïkaï, 3. La vie à Edo, 4. L'ermitage du bananier, 5. La sente étroite du Bout-du-Monde. Il s'agit donc surtout d'un manga de vulgarisation accessible à tous les publics. Le lecteur adulte peut en ressortir un peu frustré, à la fois par la brièveté de la pagination, à la fois par la faible densité des éléments historiques. D'un autre côté, en prenant du recul, il constate qu'il a suivi Mastuo Bashō durant ces étapes de formation essentielles dans son parcours de vie qu'il l'a mené à devenir le maître du haïku. Naho Mizuki aligne ces moments essentiels, dans une narration fluide, pas surchargée, mais finalement assez dense en termes d'éléments présentés. Et puis l'ouvrage n'est pas terminé.



Étant un peu resté sur sa faim, le lecteur adulte jette un coup d'œil aux textes qui suivent le manga, regroupés sous le titre générique de Pour mieux comprendre. Le premier texte explique ce qu'est un haïku : son origine, l'histoire du renga, la composition d'un haïku, les kigos, les plus célèbres poètes japonais du XVIe et XVIIe siècle, les plus célèbres poètes de l'époque moderne. Avec ces explications, le lecteur comprend mieux certains passages du manga en particulier l'écriture de poèmes de type haïkaï en collectif évoluant en écriture solitaire de haïku, ainsi que sa forme très codifiée en tercet de dix-sept mores, au rythme harmonieux sur une structure 5-7-5. La page consacrée à La sente étroite du Bout-du-Monde, le grand voyage de Bashō, évoque la composition du recueil de haïkus à partir des notes de voyage de Bashō, ainsi que l'intention du voyage, et évoque rapidement Sora Kawai (1649-1710), le disciple de Bashō. Le texte suivant présente 5 ouvrages de Matsuo Bashō en un bref paragraphe chacun, puis la culture populaire d'Edo (Voyager à l'ère d'Edo, Les villes étapes, Le pèlerinage à Isé, Les cinq routes d'Edo, Le pèlerinage de Shikoku). Le texte suivant (en 3 pages) présente 7 des haïkus les plus célèbres du poète, extraits de La sente étroite du Bout-du-Monde. Il en est donné deux traductions différentes, avec un paragraphe d'explication. Ainsi placé vers la fin d'ouvrage, cette présentation permet au lecteur de mesurer toute la richesse culturelle de ces courts poèmes, inaccessibles au lecteur occidental sans un commentaire et une interprétation, même si leur lecture seule est envoûtante.

De prime abord, cet ouvrage est assez surprenant : un manga publié dans le sens occidental, sur un poète majeur du Japon, avec une narration visuelle tout public, et une biographie finalement succincte. Le manga emplit son office de passeur en présentant la figure historique de Matsuo Bashō, tout en paraissant une évocation trop rapide. Sous réserve de lire les autres éléments de l'ouvrage (les différents textes), cette frustration du lecteur disparaît car ils viennent complémenter le manga, et le tout forme un ouvrage de vulgarisation très accessible. Pour lire les haïkus de Matsuo Bashō, le lecteur peut ensuite se lancer dans L'intégrale des haïkus : Edition bilingue français-japonais, comportant des commentaires pour chaque haïku afin de pouvoir mieux en apprécier les différentes saveurs, grâce à des explications culturelles.