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mercredi 11 mars 2026

Virgile

La solitude est une maladie de naissance. Alors autant s’y habituer depuis le début !


Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première édition date de 2025. Il a été réalisé par Zidrou (Benoît Drousie) pour le scénario et par Lucy Mazel pour les dessins et les couleurs. Il comporte cent-deux pages de bande dessinée.


En avril 2015, la foule d’une manifestation avance tranquillement dans les rues avec des banderoles, en scandant : Veryon démission ! Parmi eux, Virgile Dujardin et Solène tiennent chacun le montant d’une banderole avec le slogan : Vivre vieux, vivre mieux ! Tout à trac, elle annonce à son compagnon qu’elle le quitte. Elle ajoute qu’elle va refaire sa vie avec un autre homme, ça fait bientôt deux ans qu’ils se connaissent. Virgile a peine à y croire, elle va bientôt avoir soixante ans. Elle rétorque que raison de plus : pour refaire sa vie, il faut d’abord la défaire, on ne marche pas avec deux paires de souliers aux pieds. Il lui demande bêtement ce que vont dire les gens. La voisine, la boulangère, ses collègues au boulot, les gens quoi !?! Elle pense qu’ils diront des choses méchantes, des choses gentilles, ils diront ce que les gens disent quand ils ne comprennent rien à la vie. Il lui demande : Et les filles ? Elle lui annonce que Camille et Manon sont déjà au courant depuis longtemps. Il lui demande comment il s’appelle ; elle lui répond Étienne. Elle termine en indiquant qu’elle viendra le lendemain à la Raquette pour y chercher ses affaires, et en lui demandant de tâcher d’être heureux.



En octobre 2021, Virgile est allongé immobile dans un lit d’hôpital, contemplant les dalles du faux plafond, un animal en peluche dans le creux de son bras droit. Il se demande Pourquoi il faut que sa cervelle lui balance toujours le même souvenir pourrave ? Ça valait bien la peine de garder intacts ses neurotransmetteurs ! Comme s’il avait passé la totalité de sa chienne de vie à la verticale dans cette fichue manif à se faire largueur par la femme de sa vie !?! Que lui importe, de toute façon, sa carte Vermeil !?! D’ici à ce qu’il remonte dans un train, il en aura coulé du glucose dans ses perfusions ! Pourquoi faut-il que les bonbons de la jeunesse deviennent les caries de la vieillesse ? Son esprit le ramène à la manifestation alors qu’il est resté seul avec la banderole : il s’en veut de sa question idiote sur ce que vont dire les gens. Il l’a vue s’éloigner, remontant la foule des manifestants à contre-courant, comme un poisson qu’on a remis dans l’eau, elle nage. Comme un poisson un peu étourdi au début, qui n’y croit pas vraiment, qui n’y croit pas encore, elle nageait… Des choses méchantes ? Des choses gentilles ? Lui non plus, tout à coup, il ne comprenait plus rien à la vie. Le 24 août 2006, Pluton a cessé – officiellement – d’être une planète de notre système solaire. Ainsi en avaient décidé les 2.500 experts de l’UAI, l’Union Astronomique Internationale, réunie à Prague pour statuer du sort de ce petit objet constitué de roche, de glace et de méthane : Pluton. Désormais Pluton n’était plus qu’un vulgaire corps céleste situé à six milliards de kilomètres du soleil… Le 1er avril 2015, il cessait - officieusement du moins – d’être le mari de Solène. Ainsi en avait décidé la principale intéressée, réunie avec elle-même, pour statuer du sort de ce petit être constitué d’os, de sang et de sentiments : lui.


Un grand gaillard d’environ soixante ans, allongé impuissant dans son lit d’hôpital, Pas hémi-, pas para-, pas quadri-, tétraplégique ! Comme quoi, pour un handicap comme pour un appel téléphonique international, c’est le préfixe qui fait toute la différence ! Voilà comment il explique sa situation. Virgile Dujardin a la répartie facile, et l’humour taquin. Le lecteur sent bien que le scénariste place des bons mots avec précision, et il les savoure quoi qu’il en soit. Qu’il s’agisse d’un vraie-fausse maxime populaire : On ne marche pas avec deux paires de souliers aux pieds. D’une réflexion de vieux sage : Pourquoi faut-il que les bonbons de notre jeunesse deviennent les caries de notre vieillesse ? D’une pure invention dans le registre absurde, par exemple Comme l’a si bien dit le grand philosophe Virgilus Magnus : Les cerises ne tombent jamais loin du poirier. Les rapports entre les membres de la famille de Virgile et entre ses amis s’avèrent touchants, sonnent justes dans leur mise en scène, même s’il est possible de voir les dispositifs narratifs propres à la bande dessinée. Le lecteur ressent la vitalité de Cécile, encore jeune enfant, tout comme l’amertume des regrets chez certains, et la bienveillance honnête de tous.



L’expérience de lecture va s’avérer très différente si le lecteur capte la nature du carton d’invitation de la page quinze. Le scénariste utilise avec une grande habileté le réordonnancement temporel pour parvenir à cet effet d’incertitude. Cela fonctionne d’autant mieux que ce même dispositif est également utilisé pour différer certaines informations et ainsi générer une forme de suspense, en particulier sur les circonstances qui ont conduit à rendre Virgile tétraplégique. Si la signification du carton d’invitation lui a échappé à la première lecture, il peut refeuilleter le volume avec la connaissance du dénouement, en ayant une boîte de mouchoirs à proximité. Zidrou crée des personnages immédiatement sympathiques et touchants, même Virgile malgré son caractère un peu abrasif ou la tante Camille et sa personnalité un peu triste. Le lecteur n’arrive même pas à en vouloir à Solène d’avoir quitté son mari : elle l’a fait de manière naturelle, sans acrimonie ou agressivité, choisissant de mener une autre vie qui lui semble plus lui convenir. Il note également comment l’auteur utilise de petites touches discrètes pour faire ressortir la différence d’âge entre les trois filles de Manon : Céline la plus jeune et ses réactions spontanées, Éline plus réservée, Victoire déjà fortement investie dans la pratique du basket, et s’en servant comme une forme d’outil de médiation pour interagir avec les autres. Le lecteur est tout autant touché par la sollicitude de l’infirmière Soumaya, par la gentille attention de la voisine Mme Yifrine, par l’amitié de longue date entre Virgile et P’tit Louis.


Houlà ! L’histoire d’une personne tétraplégique dans sa chambre d’hôpital ?!? Pas sûr que ce soit visuellement très intéressant… Tout commence par une manifestation dans les rues d’Aurillac, ce qui ouvre l’espace. Le contraste est parfait avec les deux cases en pages sept qui constitue un plan fixe sur les dalles de faux-plafond et les deux tubes au néon, puis les deux autres cases en dessous, également un plan fixe, comme si Virgile était regardé par lesdites dalles. Le lecteur peut faire confiance au scénariste pour structurer son récit en prenant en compte la dimension visuelle de la bande dessinée, en intégrant des moments variés comme cette réflexion sur Pluton avec une case représentant les différentes orbites des planètes du système solaire, un voyage en voiture pour se rendre à l’hôpital, des courses dans un supermarché, la scène de sauvetage du chaton dans l’arbre, un voyage en train, etc. La variété est bien assurée. Pour les scènes de chambre d’hôpital, l’artiste conçoit des plans de prise de vue qui montrent aussi bien la situation statique du handicapé, que les mouvements des visiteurs autour de lui, ou les tâches du personnel soignant, y compris la toilette.



Le lecteur ressent les ambiances de chaque séquence, prenant progressivement conscience de l’emploi d’une palette de couleurs spécifique, en fonction des lieux, en particulier le choix inattendu, peut-être même audacieux d’un rose soutenu pour la chambre d’hôpital… et ça fonctionne très bien. L’artiste apporte une vraie personnalité à chaque protagoniste, des airs de familles entre certains individus, des comportements normaux et banals, avec parfois l’émotion qui prend le dessus, que ce soient les regrets, la tristesse, ou parfois l’exaspération (Manon avec son ex-mari Julien). Elle a le sens de l’accessoire ou de l’aménagement juste, que ce soit le matériel médical, les cadeaux apportés par les visiteurs, la magnifique terrasse donnant sur la piscine de Julien et son épouse. Elle reproduit parfaitement l’effet de la chute de Will E. Coyote à la poursuite de Bip Bip. Elle exagère discrètement les traits de visage, pour souligner la personnalité de chacun, les rendant d’autant plus humains. Le lecteur se dit que le récit aurait eu un effet très différent s’il avait été illustré par un autre dessinateur.


Coincé dans son lit d’hôpital, privé de mobilité, assisté pour tous les gestes du quotidien qui sont réalisés par le personnel soignant, Virgile Dujardin se retourne sur sa vie, ce qu’il a fait ou accomplit, se confrontant à une version jeune de lui-même qui ne le ménage pas. Cette façon de penser se retrouve également dans des pages consacrées au parcours de vie d’un autre personnage : une illustration en pleine page, et des cartouches de texte synthétisant une vie, pour Soumaya (petite ado junkie devenue infirmière), pour Jefferson Walts (joueur de basket qui n’a jamais connu la gloire), P’tit Louis (autre joueur de basket, veuf sans enfant, acceptant que : La solitude est une maladie de naissance, alors autant s’habituer depuis le début), Camille Dujardin (fille de Virgile, professeure et célibataire), Solène (l’ex épouse de Virgile), et même Qadar (le chaton coincé dans l’arbre). Cet état d’esprit tourné vers le bilan exhale surtout de la bienveillance, un regard sur des trajectoires de vie banales et ordinaires, sans jugement de valeur, pétrie d’une sensation de regret plus ou moins vive, à la pensée de ce qui aurait pu être, sans pour autant invalider ce qui a été vécu. Une sensation très poignante, indicatrice d’une acceptation qui n’a pas pu être conduite à son terme.


Une image de couverture qui laisse planer le doute sur la nature du récit. Le lecteur tombe tout de suite sous le charme des dessins, des partis pris de couleur, de la normalité des personnages et de leur gentillesse profonde, de la réalité des environnements dans lesquels ils évoluent, de la chambre d’hôpital à l’(ex-planète) Pluton (!), de la sollicitude évidente dans leurs attitudes. Il se laisse gagner par une forme bien particulière de nostalgie, celle très proche des regrets quand il s’agit de se retourner, de constater à quoi on a consacré sa vie, et de tout ce qu’on n’a pas fait, abandonné au profit d’autre chose, ou par manque d’occasion. Poignant. Enfin, cette bande dessinée aborde une question essentielle dans toute société, polémique propice à la confrontation idéologique, avec douceur et avec un avis qui coule de source au regard du récit. À réfléchir.



mardi 2 septembre 2025

Les folles anecdotes de l'Histoire T02 Mystères ou arnaques ?

J’ai vu des épisodes de Scooby-Doo plus crédibles.


Il s’agit d’une anthologie relative à des mystères qui nourrissent la culture populaire. Son édition originale date de 2025. Il comprend dix récits, tous écrits par Julien Hervieux, chacun illustré par un artiste différent : Richard Guérineau, Ronan Toulhoat, Pierre Alary, Aimée de Jongh, Lucy Mazel, Éric Maltaite, Siamh, Sylvain Repos, Jocelyn Joret, Javi Rey. La colorisation a été réalisée par les artistes eux-mêmes, sauf Toulhoat avec une mise en couleurs de Raphaël Bauduin, et Siamh avec une colorisation de Hosmane Benahmed. Il comporte cinquante-et-une pages de bande dessinée.


Un peu d’esprit, une aventure des sœurs Fox, dessins de Richard Guérineau, six pages. Hydesville, état de New York en 1848 : les sœurs Fox, Kate & Maggie, sont couchées dans leur lit, dans la même chambre à l’étage. Elles ne dorment ni l’une, ni l’autre. Elles décident de jouer un petit peu : Maggie sort une pomme d’un tiroir de sa commode, et l’attache à une ficelle. Puis elle jette la pomme contre le mur et la laisse rebondir par terre. Au rez-de-chaussée, dans leur chambre, madame Fox se réveille au son des bruits, et elle réveille son mari pour savoir ce qu’il en pense. Ce dernier suppose que ça doit être les filles qui font le bazar. La mère monte à l’étage, et demande à ses filles si ce sont elles qui tapent. Bien évidemment, elles répondent que non : la maman en conclut que si ce n’est pas elles, alors c’est un fantôme, et elle annonce à son mari que la maison est hantée. Maggie trouve que leur mystification a un peu trop bien marché. La mère invite des voisins à venir constater le phénomène dans sa maison : un peu contrainte par le risque d’être découvertes, les filles recommencent, et les voisins sont convaincus. Finalement, Leah, la sœur aînée de Maggie et Kate, rentre à la maison. Elle comprend tout de suite qui fait les bruits, et elle décide que ses sœurs doivent continuer : si des gens y croient, elles vont se faire du pognon !



Des fantômes dans la jungle, dessins de Ronan Toulhoat, cinq pages. Un détachement militaire Viêt-Cong avance dans la jungle. Soudain, ils entendant des hurlements, et ils se mettent à fuir, convaincus qu’il s’agit de fantômes. Un peu plus tard, dans son bureau, un commandant s’adresse au détective Nguyen : C’est la cinquième patrouille qui fuit face à des fantômes, ça ne peut plus durer, c’est pourquoi il a besoin des services de son interlocuteur. Il continue : si les Américains ont découvert un moyen de ressusciter les morts, il doit mettre la main dessus. Enthousiaste, Nguyen, répond qu’il trouvera, car il est détective communiste ! Répondant à la question du gradé, il explique que ça veut dire qu’il partage tout, surtout quand il n’a rien. Contraint et forcé, il se rend sur le terrain pour enquêter. Dans la jungle, il tombe sur une équipe de soldats américains trimballant une sono diffusant des messages de propagande, et utilisant une grenade au phosphore pour obtenir un effet de lumière spectrale. Il se montre à eux et réussi à se faire passer pour un Américain. Les soldats lui expliquent qu’ils font de la guerre psychologique, c’est l’opération Wandering Souls, une super idée de leur armée avec Hollywood.


Le scénariste reprend le principe d’une anthologie de dix anecdotes, chacune illustrée par un artiste différent, comme il l‘avait fait pour le tome consacré au sport : Plus vite, plus haut, plus sport (2024). Le programme est très alléchant car il aborde des mystères qui ont durablement façonné la culture populaire, en particulier le spiritisme à la fin du dix-neuvième siècle (Victor Hugo, ou ici Sir Arthur Conan Doyle), la légende du Bigfoot (sorte de cousin américain du Yéti), les agroglyphes (cercles de culture), la malédiction pesant sur les tombes des pharaons (référencée par exemple au début de l’album de Tintin : Les sept boules de cristal, 1948), le monstre du Loch Ness, ou encore les recherches sur les capacités parapsychiques conduites pendant la guerre froide. Du fait de leur date d’écriture, ces récits présentent deux propriétés. Le scénariste évoque ces mystères des décennies après leur survenance, et avec le recul des explications qui les ont levés. Du coup, le lecteur éprouve une grande satisfaction à savoir ce qu’il est. Alors finalement, le spiritisme, c’est vrai ou c’est pas vrai ? Qui a tracé ces agroglyphes ? Les tombes des pharaons étaient-elles piégées ? Le monstre du Loch Ness, il existe, ou il y a une chance qu’il existe ? Deuxième conséquence de ce recul amené par les décennies passées : le scénariste peut exercer son ironie et décocher ses sarcasmes en toute connaissance de cause, sans retenue ni pitié.



Le lecteur peut éprouver un moment d’appréhension à l’idée de plonger dans des reportages à la forme un peu académique, tout en exposition, avec des images qui viennent laborieusement illustrer un texte contenant déjà toutes les informations. C’est sous-estimer le savoir-faire du scénariste. Il imagine à chaque fois un mode différent pour rendre vivante chaque situation. Ainsi le lecteur peut voir les sœurs jouer avec la pomme dans leur chambre, puis le détective (communiste) Nguyen se rendre dans la jungle, différentes personnes confrontées à une apparition de Bigfoot, des agriculteurs découvrir des agroglyphes et des scientifiques les examiner, etc. Pour chaque chapitre, il va ajouter un autre dispositif narratif augmentant sa profondeur de champ : pour la première histoire il s’agit de l’engouement du public pour le spiritisme, pour la seconde de soldats miniatures déménageant les décors des cases, pour la troisième la bêtise de ceux qui veulent croire, etc. Ainsi chaque histoire bénéficie de dispositifs narratifs spécifiques et différents pour une saveur particulière, rendue encore plus unique par le changement de dessinateurs.


Chaque artiste doit réaliser une reconstitution historique dans ses pages : la seconde moitié du dix-neuvième siècle aux États-Unis pour les sœurs Fox, la guerre du Vietnam pour les fantômes de la jungle, différentes époques au XIXe et XXe siècle dans de grandes chaînes de montagnes aux États-Unis, des grands champs de blé, un sous-marin, le sarcophage de Toutankhamon, un lac en Écosse, un laboratoire d’essais parapsychiques en U.R.S.S. Tous s’attachent à l’exactitude des tenues vestimentaires, certains sont plus motivés par les décors en extérieur, d’autres par les aménagements intérieurs, tous investissent du temps pour montrer chaque lieu, sans s’économiser sur les décors. En fonction de ses goûts, le lecteur pourra être plus sensible à l’expressivité des sœurs Fox dessinées par Guérineau, à la mise en scène presque claustrophobe de Toulhoat, aux personnages irradiant littéralement de bêtise d’Alary, à l’exaspération de l’extraterrestre de De Jongh, à la gêne croissante d’Elsie Wright et sa cousine Frances Griffiths par Mazel, à la tête des harengs par Maltaite, à la clarté des dessins de Siamh, à la formidable mauvaise foi des personnes concernées par Repos, à la sensation de grande forêt par Joret, au vrai enthousiasme des chercheurs par Rey.



Bien évidemment, les artistes participent également à la composante comique, chacun à leur manière, avec des dispositifs différents. Impossible de résister aux dollars dans les yeux de Leah Fox, aux soldats déménageurs de décor dans les cases, aux messages provocateurs des agroglyphes, au Yellow Submarine dans la collection de photographies de sous-marins, à Nessie en train de lire Dragon Ball d’Akira Toriyama (mélange d’absurde et d’anachronisme), etc. Avec le recul des démystifications, le scénariste s’en donne à cœur joie pour brocarder la crédulité des uns et des autres, de tous ceux qui veulent voir et croire (et peut-être même dans l’ordre inverse). Ainsi dans le canular de Bigfoot, il conclut son histoire par le recours d’un protagoniste à l’argument le plus puissant que la Terre ait jamais porté : Patterson était trop bête pour monter un coup pareil. Et le narrateur omniscient commente : Comme quoi, les enfants, plus un individu est bête, plus ce qu’il raconte est crédible. Terminant sur la sentence : Ça explique bien des choses sur l’état du monde.


Comme à son habitude, le scénariste se montre sarcastique et moqueur, sans méchanceté. Au fil des arnaques (oui, il n’y a que des arnaques), il met en lumière les mécanismes qui ont fait que le mystère a pris. Il y a régulièrement des individus qui veulent croire : sous l’emprise du biais de confirmation, ils argumentent tant et si bien qu’ils en viendraient à convaincre la personne à l’origine de la supercherie. L’appât du gain peut s’avérer une bonne motivation pour entretenir un mystère éventé : le tourisme autour du Loch Ness. Le simple plaisir de faire tourner en bourrique, ou en ridicule, des experts, par exemple avec les agroglyphes. Le risque du ridicule, qui ne tue plus mais quand même… impossible de ne pas prendre aux sérieux les Russes menant des recherches sur les pouvoirs parapsychiques… si jamais ça existait… Et aussi l’absence totale de scrupule et de toute déontologie pour la malédiction des tombes des pharaons fabriquée sciemment de toute pièce. Sans oublier la bêtise humaine, ça vaut le coup de le rappeler. Le lecteur lit avec plaisir chaque page de texte venant compléter le chapitre de bande dessinée, pour en savoir plus sur un autre aspect de l’histoire. Il remarque aussi que l’auteur de la série Le petit théâtre des opérations case deux histoires de guerre.


Le lecteur peut nourrir un a priori négatif pour ce genre d’anthologie : vite faite, autant pour le scénario que pour les dessins. Il lui suffit de lire le premier chapitre, ou de reconnaître les noms des créateurs impliqués pour être rassuré. Les auteurs passent en revue dix mystères célèbres, et mettent en scène les principaux acteurs, avec une solide reconstitution historique, et une bonne dose d’humour. Le lecteur en sort avec le sourire aux lèvres, les pendules remises à l’heure sur ces arnaques, et une meilleure compréhension des mécanismes qui mènent à la réussite de ces supercheries.