Ma liste de blogs

Affichage des articles dont le libellé est Hollywoodland. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Hollywoodland. Afficher tous les articles

mardi 26 septembre 2023

Hollywoodland T02

La célébrité, ça s’attrape en couchant, comme la syphilis.


Ce tome fait suite à Hollywoodland 1 (2022) qu’il n’est pas indispensable d’avoir lu avant. Son édition initiale date de 2023. Il a été réalisé par Éric Maltaite pour les dessins et les couleurs, et par Zidrou (Benoît Drousie) pour le scénario. Il comporte cinquante-quatre pages de bande dessinée.


En 1923, Thomas Fisk Gof (1890-1984) a arrêté son véhicule sur la route et il montre les supports en bois sur une colline à quelques centaines de mètres de là, aux deux passagers : sa compagne Hazel et Dvorak, le preneur de vue avec sa caméra. H O L L Y W O O D L A N D : il voit déjà ces treize lettres de cinquante pieds de haut, sur trente pieds de large chacune, une enseigne publicitaire pour des promoteurs immobiliers, réalisée par son entreprise Crescent Sign Compagny. Chaque tronçon s’éclairera en alternance : d’abord HOLLY, puis WOOD, LAND ensuite. Ils reprennent la route et arrivent en bas des montants en bois destinés à recevoir les lettres ; les ouvriers sont déjà pied d’œuvre. Fisk Gof enjoint à Dvorak d’installer sa caméra : celui-ci obtempère, mais il signale un problème, les boucles de Latham dysfonctionnent. En clair, la caméra est en panne. Le publicitaire s’énerve et exige que le caméraman aille immédiatement redescendre à pied jusqu’à L.A., et lui remonte sur son dos une autre caméra en état de marche. Hazel lui indique que c’est peine perdue : son meilleur coup publicitaire est déjà en marche, les treize mules, chacune portant une lettre, arrivent déjà au pied de la colline Lee.



Lincoln Heights jail, sept pages : un bel homme musclé est en train de descendre un whisky dans une grande piscine privée, avec une vue imprenable sur Los Angeles. Une femme un peu plus âgée que lui surgit hors de l’eau devant lui, avec une posture aguicheuse. Il songe à sa situation : quand il a débarqué à L.A., il avait d’autres rêves en tête. Il se voyait –qui l‘eut cru ? – devenir acteur, un acteur célèbre comme il se doit. Mais contrairement aux meilleurs whiskies, les rêves, eux, vieillissent mal. Lorsqu’il est arrivé à L.A. il était plutôt bien fichu : un losange sur deux solides guiboles. Belle gueule de rebelle, yeux bruns, sourire carnassier. … On le confondait souvent avec Robert Mitchum, excusez du peu ! Le hic, c’était que le rôle de Robert Mitchum était déjà pris… par Robert Charles Durman Mitchum himself. Mais bon, comme lui l’a dit la première femme avec laquelle il a couché, avec laquelle il a couché pour du pognon : quand on est armé comme il l’est, on n’a pas peur de se faire dévaliser en pleine rue. Buisson ardent, comme il l’avait surnommée, était la femme d’un producteur de séries B. Quand il évoquait avec elle sa carrière en lui demandant si son producteur de mari ne pourrait pas, par hasard… Elle coupait court, en lui demandant pourquoi il irait user sa salive sur les plateaux de tournage. Alors qu’il y a une manière autrement plus agréable d’en faire usage, répondait-elle, tout en se remettant à le chevaucher au lit. Buisson ardent aurait pu être ma mère. Elle avait tourné avec Chaplin à la Keystone, c’est dire !



Les auteurs conservent la même structure que pour le premier tome : une introduction, ici de six pages) sur le les lettres elles-mêmes du signe Hollywoodland, puis sept histoires courtes, deux de sept pages, et les cinq autres de cinq pages, toutes consacrés à des personnages différents, sans lien entre elles, sauf une exception sur un rôle de Katherine Hepburn dans un film fictif (un écho de la deuxième histoire, dans la septième), avec point commun de se dérouler à Los Angeles et d’être en lien direct avec l’industrie cinématographique. Dans le premier tome, l’introduction mettait en scène le raccourcissement de treize à neuf lettres. Ici, il s’agit de l‘installation originelle des treize lettres. Le scénariste reprend les principaux éléments : treize lettres, une agence de communication, tout en prenant la liberté de préférer des lettres en métal, plutôt que des lettres en bois, leur matériau d’origine. À Hollywood, tout est spectacle et l’origine du mot sur la colline en relève : ce n’est pas la bonne entente entre époux, la grande mise en scène pour l’arrivée des lettres à dos de mulet est mise à mal par leur libido, l’immortalisation de la scène ne se fera pas car la caméra ne fonctionne pas. Et pourtant, le spectacle doit continuer : les lettres seront installées comme prévu, et la séquence se termine par un retour en 1949, avec l’oncle Abner Elijah Washington et son neveu Ray, les deux principaux personnages de la scène introductive du premier tome. Le dessinateur a l’air de prendre grand plaisir à évoquer les collines, à représenter la voiture décapotable, à mettre en scène ces personnages aux sensibilités diverses, de l’entrepreneur ayant imaginé ce dispositif, à sa femme très premier degré, sans oublier les mulets très actifs, et les afro-américains détendus avec un naturel remarquable.


Comme le promet le titre, le lecteur trouve des références au cinéma hollywoodien : une affiche du film Ça commence à Vera Cruz (The big steal, 1950) film réalisé par Don Siegel avec Robert Mitchum, l’évocation d’autres acteurs comme Charlie Chaplin (1889-1977), Katharine Hepburn (1907-2003), Spencer Tracy (1900-1967), la mention de Bwana Devil (1952, réalisé par Arch Oboler) premier film en 3D, Un Américain à Paris (1951) réalisé par Vincente Minnelli (1903-1986), African Queen (1951) réalisé par John Huston (1906-1987). Les auteurs intègrent quelques marqueurs de l’époque, comme les lunettes 3D, ou une belle voiture Duesenberg. Outre les éléments relevant de l’industrie du cinéma et du lieu Hollywood, le lecteur perçoit d’autres caractéristiques : le métier de gigolo pour occuper les riches épouses prenant de l’âge, la motivation d’être actrice ou acteur pour se sortir de sa condition sociale d’origine, le racisme ouvert envers les minorités ethniques comme les Japonais, les Chinois, les afro-américains, les Mexicains, les Chicanos, l’artiste peintre réalisant des affiches de film. La dernière histoire montre deux journalistes du magazine Movie Life se déplaçant au Mexique pour visiter un pueblo ayant adopté le nom de Los Angeles, avec une enseigne sur une colline OLÉWOOD, et des noms de rue reprenant ceux de célèbres artères d’Hollywood.



Chaque nouvelle propose au lecteur de suivre le chemin de vie d’un personnage, ou un moment dans la vie d’un groupe de personnes. Le premier s’avère irrésistible : les auteurs mettent en scène un bel homme d’une trentaine d’années que les circonstances de la vie ont amené à satisfaire de riches épouses oisives et plus âgées que lui : un gigolo. Certes, il voulait être acteur, comme la plupart des gens venant à Hollywood. À l’exception d’un court dialogue dans une demi-page, le scénariste adopte une narration tout en voix intérieure, le gigolo commentant ses choix et sa vie, évoquant un détective privé commentant son enquête dans un polar de type hardboiled. Le ton mêle une forme de cynisme mesuré avec une forme d’autodérision, aboutissant à des sentences qui font mouche comme : Le synopsis du film ? Toujours le même : plus les organes des épouses descendent (avec l’âge), plus le sien doit monter. Le dessinateur se montre épatant dans sa mise en scène, efficace et nourrie par les images de film, devenues des stéréotypes : le luxe des villas (avec grande piscine et vue imprenable), la vue de nuit sur les lumières de Los Angeles depuis un point de vue de route en lacet, la scène de prison, les hommes défavorisés et désœuvrés sur le trottoir, les belles carrosseries, le petit village mexicain avec son maire débonnaire.


Comme dans le premier tome, l’artiste sait insuffler une vie dans chacun de ses personnages : l’assurance virile du gigolo mais aussi la conscience qu’il ne sera jamais acteur, ses différentes conquêtes prenant leur pied chacune à sa manière, le calme plein de détermination de Consuelo refusant la résignation de sa mère Abuela, les postures très différentes des cinq hommes attendant pour une audition, la révolte calme et déterminée de la caissière à l’entrée du cinéma dans sa guérite vitrée, la concentration professionnelle de l’amérindien peignant une affiche, l’assurance de la journaliste du magazine Movie Life, le grand sourire du maire de Los Angeles au Mexique, sans oublier sa fine moustache encore plus grande. Il donne à voir des environnements spécifiques et particuliers, des êtres humains différents par leur morphologie, leur âge, leur origine, leur tenue vestimentaire, etc. Il donne vie à chacun d’entre eux, en phase avec leur histoire personnelle. Le lecteur côtoie des individus pleinement incarnés, confrontés à un milieu socio-économique bien défini, en 1951 / 1952, années repérables grâce aux films référencés. Il ressent aussi bien la résignation du gigolo pour qui le rêve américain n’adviendra pas, que le racisme ordinaire et explicite s’exerçant à l’encontre des citoyens de couleur, de fait des êtres humains de second ordre pas vraiment égaux en droit dans une société qui privilégie les individus à la peau blanche. Dans le même chapitre, ces individus font l’expérience de la vie, sans rancœur qui les rongerait, sans haine de cette forme sous-jacente d’oppression systémique. Le gigolo profite de la vie et des richesses de ces dames fortunées qui ont recours à ses services. L’aspirante actrice mexicaine s’installe avec sa mère sur une plage à leur disposition pour elles toutes seules. Les employés exploités par un patron de cinéma profiteur se serrent les coudes dans une solidarité enviable. Le responsable du pueblo jouit d’une forme du rêve américain plus authentique avec une fin de film ouverte. Chacun a su trouver ou construire son alternative au système qui ne leur offre pas de place. Il y a une façon d’accepter la réalité des choses sans aigreur qui rappelle par moment l’humanisme de Will Eisner.


Étrangement, les auteurs ont abandonné le dispositif de donner un prénom commençant par une lettre du mot Hollywoodland au personnage principal de chaque histoire. Ils ont conservé le principe d’une introduction consacré à l’histoire des lettres Hollywoodland, ainsi que de chapitres avec autant de situation différente d’un être humain dans son rapport avec l’industrie cinématographique hollywoodienne. La narration visuelle d’Éric Maltaite semble plus organique que dans le premier tome : elle semble avoir gagné en authenticité dans les environnements, en empathie avec les personnages. Zidrou met tout son talent de scénariste dans la création de personnages et d’histoires aussi banales qu’uniques, aussi classiques que baignant dans une sensibilité rare et juste, avec l’art et la manière de convoquer les références justes pour recréer cette époque et cette société.



jeudi 23 février 2023

Hollywoodland T01

La machine à rêves a, parfois, des ratés.

Ce tome est le premier d’un diptyque. Il comprend huit chapitres et un prologue, tous réalisés par Zidrou (Benoît Dousie) pour le scénario et par Éric Maltaite pour les dessins et les couleurs. Il a été publié en 2022.

Prologue : en 1949 ou en 1950, de nuit, un pick-up se dirige vers le mont Lee, surplombant le quartier du même nom, avec sur son plateau, une échelle, du matériel de peinture, des ampoules. L’oncle Abner Elijah Washington conduit et raconte à son neveu Ray, l’histoire des lettres : soixante jours de travaux, vingt-et-un mille dollars de l’époque, voilà ce qu’a coûté cette enseigne. Le neveu complète : chaque lettre mesure quinze mètres sur neuf, et il faut quatre mille ampoules pour les éclairer. Au petit matin, ils sont à pied d’œuvre pour remplacer les ampoules par des neuves pour chacune des treize lettres. Le H initial est à terre, et Abner raconte une fois de plus l’histoire de la malédiction qui pèse sur elle, comment la petite Peggy Entwistle s’est suicidée depuis le sommet de cette lettre. Une nuit, il a vu le fantôme de la petite Peggy, il sentait bon le gardénia, le parfum préféré de cette malheureuse. Ray rétorque que la machine à rêves a, parfois, des ratés. Un pick-up plus gros arrive, avec à son bord trois afro-américains, et conduit par Facchetti. Ce dernier vient annoncer une nouvelle inattendue : la chambre de commerce de Los Angeles a décidé de retirer les quatre dernières lettres de l’enseigne.


Loreen : elle déambule sur les trottoirs de Los Angeles, habillée d’un short moulant et un chemiser blanc à manche courte avec un beau décolleté. Elle a toujours été mignonne à croquer et les hommes la regardaient. Certains ne faisaient pas que la regarder. Elle ne va pas faire le coup de la victime : elle aimait ça, leurs regards, leurs mains sur elle. De Miss Poopoopidoo Shampoo 1952 à aspirante actrice, il n’y avait qu’un faux pas quelle s’empressa de franchir. Elle savait ce qu’elle voulait. Eux aussi, elle en l’occurrence. Ils étaient donc faits pour s’entendre. Sur un canapé par exemple. Par exemple dit-elle, car elle a également donné dans la promotion Bureau. La promotion QWERTY chez un romancier ayant viré scénariste. Il lui avait promis de l’introduire dans le milieu, et il a tenu parole. La promotion Banquette arrière de la Ford 49, même si elle avoue avoir une préférence pour la promotion Siège arrière de la Lincoln Continental de 1948. À noter qu’elle a aussi donné dans la promotion Char romain (sur le tournage d’un péplum), et bien évidemment – Californie oblige – dans la promotion Piscine. Doug : il tient une roulotte à hotdogs. À un acteur qui a peine à croire qu’il est en train de s’enfiler une saucisse d’un allemand, Doug répond qu’il est juif allemand, qu’il a fui les nazis avant que ne leur vienne l’idée malencontreuse de faire de lui une nouvelle étoile dans le ciel de leur nuit. Durant la première mondiale, il a été pilote dans la Luftstreitkräfte.

L’introduction permet de situer l’époque à laquelle se déroulent ces différentes histoires, quand la chambre de commerce a décidé de raccourcir le signe HOLLYWOODLAND de quatre lettres, en tronquant la fin, en 1949. Ce choix transforme une appellation de territoire en un concept. Ray qualifie Hollywood de machine à rêves, c’est-à-dire l’industrie du cinéma. Ce n’est plus un lieu qui accueille des êtres humains pour leur servir de résidence, une terre ou une région où habiter, où établir son foyer. Cela devient un principe, une raison d’être qui s’impose à chacun, l’individu voyant alors sa vie modelée par ce milieu, nourrissant cette machine par sa vie chaque jour, sa chair. Le scénariste a pris le principe de raconter une phase de la vie de chacun des personnages, dans un format cadré de cinq pages par personne, l’initiale du prénom reprenant une des lettres du mot Hollywoodland. Ce dispositif met à la fois l’accent sur le fait que ces personnages alimentent l’usine à rêve, et à la fois qu’ils apportent cette part d‘âme qui en fait un lieu de vie. Le dessinateur réalise des dessins aux contours un peu arrondis, avec un léger degré d’exagération dans les expressions de visage, dans le langage corporel, ce qui contribue également à apporter de la vie dans des métiers qui font fonctionner l’usine à rêves.


Les auteurs réalisent une évocation de cette époque et de l’industrie hollywoodienne sous la forme d’un récit choral, au départ des petites tranches de vie, quelques heures ou quelques jours, du personnage principal du chapitre. Chacun exerce un métier différent en relation directe ou périphérique avec les films : aspirante starlette, propriétaire d’un food-truck ayant pour clients des scénaristes et des acteurs, jeunes filles éperdument amoureuses d’un acteur, scénariste, spectateur, costumière clandestine, projectionniste. Le dessinateur reproduit avec fidélité et conviction les éléments propres à cette industrie à cette époque : les lettres du sigle Hollywoodland avec leurs ampoules, le ballet aquatique cinématographique auquel participe Loreen, le modèle de remorque à revêtement d’aluminium pour la baraque à hotdogs, les affiches de films dans la chambre des filles, le bureau partagé des scénaristes et leur machine à écrire Remington, une salle de cinéma, un plateau de tournage avec les grosses caméras sur grue, les bobines de film. Le scénariste évoque acteurs et réalisateurs : Fritz Lang, Douglas Sirk, Billy Wilder, Sternberg, Marlene Dietrich, Doris Day, Glenn Ford, Montgomery Clift, Doris Day. Le lecteur remarque que l’un comme l’autre porte une réelle attention aux détails, Maltaite quand il dessine les modèles de voiture, Zidrou quand il évoque la première actrice afro-américaine Hattie McDaniel (1895-1952), ou le suicide de Lillian Millicent Entwistle (1908-1932) depuis le sommet de la lettre H.

L’introduction met en place le dispositif de référence qu’est le signe HOLLYWOODLAND. La narration visuelle permet d’observer Abner et son neveu Ray à l’œuvre, de les voir s’inquiéter en remarquant qu’un autre véhicule approche, et de les regarder réagir à la présence de Mister Fracchetti, très à l’aise dans ses propos à la fois sur la décision de la chambre de commerce de Los Angeles et ses conséquences économiques pour les deux hommes chargés de sa maintenance, à la fois pour son racisme ordinaire. Son sourire et son assurance contrastent fortement avec la forme de soumission inquiète d’Abner & Ray, ou avec la soumission empreinte de contentement des trois hommes de main du patron. La première histoire raconte comment Loreen se sert de ses charmes pour percer dans le métier d’actrice, une histoire très classique qui aboutit sur une chute assez noire. Les deux auteurs réalisent une case magnifique dans laquelle l’angle de vue accompagne Loreen qui a l’impression que sa chute se transforme en un envol magnifique vers le ciel. La deuxième histoire repose sur une facette sociale et historique ; les Allemands juifs ayant fui l’Europe avant ou au début de la seconde guerre mondiale. Les dessins montrent un homme d’une cinquantaine d’années avec un bel embonpoint, enjoué et appréciant d’être toujours en vie, confronté à un acteur au visage fermé et au comportement hautain, après en avoir servi un autre ayant participé au débarquement sur Utah Beach. Le récit vaut surtout pour la qualité de la reconstitution historique visuelle et par la profondeur de champ créé avec l’histoire de cet immigré, d’autant plus qu’elle ne fonctionne pas sur le principe d’une chute. Les mérites du troisième récit se trouvent également dans la reconstitution visuelle, avec cette fois-ci une chute qui sera sans surprise pour le lecteur familier de l’acteur Montgomery Clift.


Ce recueil d’histoires courtes gagne en originalité avec le chapitre cinq intitulé La Hayworth. Le scénariste met à profit la liberté qu’il s’est donnée en ne se cantonnant pas à des métiers directement reliés à la production de film. Le lecteur suit un personnage conduisant une voiture, pour s’éloigner de Los Angeles et d’Hollywood. Il doit s’arrêter parce qu’il y a un crocodile au milieu de la chaussée. Les dessins montrent la situation de manière factuelle, sans exagération comique ou dramatique. L’enjeu du récit repose sur le comportement d’une cigogne qui va déterminer le futur professionnel du conducteur. L’artiste impressionne le lecteur par sa capacité à donner à voir les personnages et les animaux d’une manière plausible et crédible, avec ce métier bien réel. L’histoire suivante prend également le lecteur au dépourvu car les auteurs choisissent à nouveau deux personnages inattendus : un aveugle faisant la manche assis sur le trottoir et une jeune femme qui s’arrête pour lui donner une pièce. Les attitudes de l’infirme campent le personnage en lui donnant des traits de caractère très sympathiques, la jeune femme se retrouvant gênée. Le scénariste mitonne des dialogues savoureux, jouant également sur le titre de films connus. L’histoire suivante repose sur un dosage un peu plus important de l’ingrédient social, avec une intrigue plus substantielle, des personnages tout aussi émouvants, et des images qui emmènent dans un milieu très particulier. Le dernier récit sort un peu du moule dans la mesure où le personnage dont il porte le prénom n’apparaît qu’à la dernière page avec Loreen, bouclant ainsi avec le premier chapitre.

Les auteurs effectuent un exercice un peu particulier : une anthologie en huit chapitres et une introduction, dont ils ont réalisé l’ensemble. Si le lecteur est déjà un peu familier de l’histoire de l’industrie cinématographique dans cette région du globe, il prend grand plaisir dans cette reconstitution d’une époque, visuelle et référentielle, même si la moitié des histoires peut lui apparaître un peu facile. S’il n’en est pas familier, il ressent la réalité d’un milieu culturel et industriel, une bonne prise de contact, avec des personnages qui présentent une réelle épaisseur, même en seulement cinq pages.