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lundi 12 avril 2021

Inhumain

Un humain doit s'accomplir individuellement, sinon ce n'est qu'une fourmi.


Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. La première édition de cet ouvrage date de 2020. Elle a été réalisée par Valérie Mangin & Denis Bajram pour le scénario, par Thibaud de Rochebrune pour les dessins, l'encrage et la mise en couleurs. Il s'agit d'une bande dessinée de 94 pages.


Une petite navette spatiale en provenance d'une arche de colonisation arrive à proximité d'une planète plongée dans l'obscurité, avec une zone rougeoyante à sa surface. À son bord se trouve 5 membres d'équipages humains et un robot : la capitaine, Miller, Tafsir, la docteure Malika, Hiroshi et l'androïde Ellis. Cette dernière s'inquiète des ordres déconcertants de la capitaine. Peu de temps après le vaisseau traverse l'atmosphère de la planète et coule dans ses eaux, à proximité de la zone rougeoyante. Comprenant que leur navette s'enfonce dans l'océan, les membres de l'équipage revêtent leur combinaison pour sortir, bien qu'ils aient constaté la présence de créatures monstrueuses évoquant un croisement entre des méduses et des pieuvres géantes. Le vaisseau explose alors que Miller ne parvient pas à en sortir et il meurt. Les autres se retrouvent vite encerclés par les créatures aquatiques. Il leur faut un peu de temps pour se rendre compte qu'elles ne les attaquent pas, mais qu'au contraire, elles les aident à gagner la surface, les sauvant ainsi de la noyade. Plus surprenant encore, elles remontent également le cadavre de Miller, qu'elles déposent sur la grève. Les quatre survivants et le robot commencent à réfléchir sur qu'ils peuvent faire. Analyser l'air pour savoir s'il est respirable par des humains, puis se mettre en quête de nourriture. L'activité volcanique génère une lueur rougeâtre qui illumine assez la nuit pour qu'ils se rendent compte que se tiennent devant eux plusieurs dizaines d'êtres humains nus. La capitaine retire alors le casque de sa combinaison comprenant que l'air est respirable. Quelques individus s'avancent vers eux et leur prennent gentiment un gant, un casque.


Les cinq rescapés suivent les autochtones vers une zone dégagée entourée d'habitations basses en forme de dôme. Ils ont remarqué des ossements humains accrochés à des pics autour du campement. Un ancien leur adresse la parole, parlant la même langue qu'eux et leur demandant d'où ils viennent. La capitaine explique qu'ils viennent de l'arche colonisatrice Alma Mater, son commandant les a envoyés en reconnaissance à la recherche d'une planète habitable. C'est maintenant l'heure de manger. Une femme apporte un bol avec de la nourriture aux cinq voyageurs. Ellis se livre à une analyse de son contenu : un aliment comestible, végétal, riche en protéines. Ils mangent sans crainte, sauf Ellis un robot qui n'a pas besoin de sustenter. Elle note qu'ils disposent d'objets en plastique, et en métal usiné. Une fois le repas terminé, une autre indigène leur indique qu'il faut dormir maintenant. Ils essayent d'engager la conversation sur leur origine, sur les créatures marines, peut-être dressées. Mais ils n'obtiennent que des réponses brèves sans information, et le rappel que c'est l'heure d'aller se coucher. Ils obtempèrent, tout en passant devant ces squelettes exposés sur des piques. Une fois dans l'habitation qui leur a été attribuée, ils se demandent si Miller sera aussi exposé sur une pique, s'il y a des rites funéraires dans cette communauté. Enfin, Hiroshi va monter la garde avec Ellis pour la nuit.


Les époux Valérie Mangin (scénariste de la série Alix Senator) & Denis Bajram (scénariste d'Universal War) ont déjà collaboré sur d'autres histoires comme Abymes (2013, 3 tomes avec Griffo et Loïc Malnati), Expérience Mort (2014-2016, 4 tomes avec Jean-Michel Ponzio). Ici, ils ont réalisé une histoire de science-fiction, complète en 1 tome. Le lecteur découvre rapidement que le récit fonctionne sur une mécanique pour partie d'enquête, pour partie de thriller. Il s'agit pour les 5 voyageurs de découvrir d'où proviennent les êtres humains de la communauté qui les a accueillis, et de comprendre comment fonctionne leur société. Le temps est compté car il y a une force inconnue à l'œuvre qui sape leur volonté de bien étrange manière, avec des conséquences incapacitantes. Le lecteur suit donc Ellis, la capitaine, Tafsir, Malika et Hiroshi dans leur exploration pour découvrir ce qu'il en est. Les auteurs font en sorte que chaque personnage a un rôle ou une profession qui le définit, et le distingue des autres. L'artiste fait en sorte de leur donner des traits différenciés de manière que le lecteur les reconnaisse au premier coup d'œil. Ils n'ont pas une personnalité très marquée, essentiellement un unique trait de caractère lié à leur métier pour le soldat Hiroshi, à la prise de décision pour la capitaine, à la curiosité scientifique. Pour autant, l'empathie fonctionne parce que le lecteur se retrouve confronté au mystère de cette communauté, de la même manière que les voyageurs. Comme eux, ils se demandent quoi faire, quel degré de méfiance il faut avoir, comment s'y prendre pour comprendre les valeurs et les coutumes de cette société, et à quel moment il sera possible d'envisager la probabilité de l'établissement de l'envoi d'un message de détresse à l'arche colonisatrice, ou la nécessité de se résigner à un long séjour sur cet atoll.


La couverture promet un mystère : celui d'un explorateur spatial face à une communauté primitive. En y prêtant un peu plus attention, le lecteur se rend compte que les personnages sur le rivage sont nus pour la plupart. C'est un choix assez risqué, car vite perçu comme politiquement incorrect, mais qui reflète totalement l'intérieur de la bande dessinée. Car, oui, il y a bien une communauté de gens qui vivent dans le plus simple appareil et ils sont dessinés avec le même naturel que sur la couverture, avec la même distance. Du coup, cela n'a rien d'érotique, tout en étant une caractéristique essentielle de ladite communauté. Le lecteur prend ainsi conscience de l'habileté de l'artiste à intégrer un élément visuel pouvant facilement s'avérer tendancieux et prêter le flanc à la critique. Tout du long de l'histoire, il va pouvoir se régaler de visions inattendues et spectaculaires. Sans tout dévoiler, il est possible de prendre deux exemples. Le passage sous-marin dans une eau rendue rouge par l'activité volcanique est magnifique, les angles de prise de vue rendant bien compte de l'inquiétude des astronautes face à ces créatures marines dont ils ignorent tout des intentions. Lors de leurs explorations, ils découvrent des cultures en terrasse, sous une lumière artificielle, dans une lumière splendide, avec un très bel effet de profondeur. Dépassée la moitié du récit, le lecteur peut également prendre la mesure de l'agencement de cet environnement très particulier, et du fait que la disposition de cette différentes parties fait sens par rapport à l'élément structurant principal.


Bien sûr, comme le récit fonctionne sur le principe de la découverte d'une planète et de son peuple, le lecteur s'attend à découvrir des sites différents. C'est bien le cas, et le dessinateur leur donne à tous une identité propre, des caractéristiques spécifiques, et une ambiance particulière en leur attribuant une tonalité lumineuse à chacun, par exemple le rouge pour la phase sous-marine, le bleu chaleureux pour l'eau du lagon et pour le ciel, une teinte gris bleuté pour a nuit, le vert pour la séquence avec les cultures en terrasse. Le lecteur ressent ainsi bien les différentes phases du récit, à chaque changement de lieu. Le fait que Thibaud de Rochebrune réalise l'intégralité de ses planches (découpage, dessin, encrage, couleurs) leur apporte une unité et une fluidité remarquable. En particulier, il gère la densité d'information visuelle avec une intelligence impressionnante, entre ce qu'il représente, et ce qu'il suggère par le biais d'un camaïeu de couleur en fond de case. Cela donne une lecture visuelle légère avec une bonne densité d'informations, sans jamais ressentir d'impression de vide des cases, un équilibre remarquable. S'il y est sensible, le lecteur remarque également que l'artiste apporte de la variété dans sa narration visuelle en utilisant aussi bien des bandes de cases rectangulaires, que des cases de la largeur de la page, ou des cases de la hauteur de la page, en fonction de la nature de la séquence.


Le lecteur emboîte donc le pas des cinq explorateurs pour découvrir le mode de fonctionnement de cette étrange communauté. Il remarque que le scénario est construit sur des étapes très claires, avec une progression quasi mécanique dans ce qui arrive aux explorateurs, l'un après l'autre, sur la base du passage en revue des quatre éléments naturels. Il retrouve le goût de Bajram pour la science-fiction claire et bien construite, et le savoir-faire d'exposition naturelle. Sa curiosité est piquée par plusieurs mystères, et son attention est captive du fait d'un rythme rapide et régulier, sans être précipité. Il repère rapidement le thème principal sous-jacent : celui de la place du libre arbitre dans une société humaine, et de la place de l'être humain dans un écosystème. À quelques reprises, il relève une remarque qui fait écho à d'autres notions. Difficile de ne pas reconnaître une philosophie spirituelle quand un autochtone explique qu'il passe sa vie à souffrir. Difficile de ne pas sourire en voyant des humains courir dans des roues de type roue pour cage de rongeur, et refuser de quitter ce système, comme un employé bossant comme un automate sans espoir de ne jamais aller nulle part. Ce passage entre d'ailleurs en résonnance avec le fait que l'entité du Grand Tout aime tous ceux qui lui sont utiles.


Les auteurs proposent au lecteur de suivre une bande de cinq naufragés sur une planète essentiellement aquatique, où se trouve déjà une autre communauté d'humains mais qui n'ont aucun souvenir que leurs ancêtres aient connu une autre vie. La narration visuelle semble un peu légère par endroit en surface, mais très vite elle emporte le lecteur par son dosage parfait entre densité d'informations et suggestion, avec un rythme vif et régulier. L'intrigue happe le lecteur avec ses mystères, plutôt qu'avec ses personnages, avec leur situation et l'exploration qu'ils doivent effectuer. Le lecteur voit apparaître les phases mécaniques du récit, mais aussi la structure sous-jacente logique et élégante, et il voit émerger petit à petit une réflexion sur la société, mais aussi sur la construction d'une interaction entre deux communautés différentes, avec un le rôle ironique du robot, un élément non humain, mais fabriqué par des humains.




jeudi 22 octobre 2020

Jim Curious 2: Voyage à travers la jungle

 

Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. C'est le deuxième de la série après Jim Curious: Voyage au cœur de l'océan (2012). La première édition date de 2019. Il a été réalisé par Matthias Picard : scénario et dessin. Cet album comporte 56 pages de bande dessinée en relief. Deux paires de lunettes anaglyphes sont fournies en fin de tome.


Le jour se lève sur une petite maison située sur un quai, au bord de la mer, à côté d'un phare. Le soleil commence à briller. Jim Curious est allongé sur son lit : il a dormi dans son scaphandre. Une libellule vient se poser sur la visière de son casque intégral. Jim ouvre les yeux, il se dresse sur son séant et pose les pieds par terre. Il voit la libellule traverser son miroir. Il jette un coup d'œil sur le miroir et se voit en relief dedans. La libellule apparaît également en relief, ainsi que la porte de sa chambre et les murs. Il sourit. Il se lève et s'approche du miroir. Il regarde le reflet de son visage qui est normal. Il approche sa main de la surface du miroir : ses doigts traversent la surface du miroir. Il prend appui sur le montant du miroir et fait passer sa jambe droite à travers, puis il passe complètement. Jim Curious passe de l'autre côté et il se retrouve dans l'eau jusqu'à la poitrine, une eau calme, avec des petits ilets sur lesquelles se trouvent deux ou trois arbres. Devant lui, se trouve la côte : des arbres sur le littoral, un volcan dans le lointain, des libellules voletant dans l'air. Jim Curious avance tranquillement dans l'eau en marchant, en jetant un coup d'œil sur la flore des ilets.


Au fur et à mesure qu'il se rapproche de la côte, les ilets se font plus grands et les arbres deviennent plus hauts, plusieurs dizaines de mètres de haut. L'eau devient plus profonde et Jim se met à nager tranquillement. Les arbres s'apparentent plus à des essences de type bayou. Sous Jim Curious, le fond de l'eau semble être tapissé le sable blanc avec une flore aquatique. Jim Curious continue de progresser dans l'eau et il doit maintenant écarter des lianes pour pouvoir avancer. Devant lui, le volcan est très imposant et il y a une forêt à traverser pour pouvoir y accéder. Il continue d'avancer, avec de l'eau jusqu'à la taille. Les végétaux forment maintenant une sorte de voute au-dessus de l'eau et masquent la lumière du soleil. Bientôt cette couverture végétale devient plus clairsemée et Jim lève les yeux pour essayer d'apercevoir leur cime. La faune commence à être plus présente : grenouilles, libellules. Enfin Jim Curious peut sortir de l'eau et mettre pied sur a rive. Il prend soin de ne pas marcher sur le serpent qui passe devant lui.



Dans un premier temps, le lecteur s'interroge sur le lectorat visé. Le bonhomme tout rond en couverture, l'absence de tout texte fait penser à un album pour jeune lecteur, 6-7 ans. La minutie des dessins fait plutôt penser à des lecteurs un peu plus âgés pour qu'ils disposent déjà de la capacité de prendre le temps de s'intéresser aux détails, de les regarder pour s'y immerger. Le principe d'avoir un récit muet fait penser à Le voyage de Polo de Régis Faller, ouvrage qui se prête bien à une lecture enfant & parent, l'enfant pouvant raconter l'histoire à l'adulte. Bien sûr, les dessins en relief constituent une forme très particulière qui dicte une partie de la nature du récit. L'artiste fait en sorte de concevoir des images qui mettent à profit cette technique avec la construction de plusieurs plans dans chaque image, afin d'accentuer l'impression de profondeur. Le lecteur peut y voir un exercice de style où la forme (images en relief) dicte la nature du récit. Il faut une histoire qui serve de support à ces images en relief. De fait, pour cet album, Matthias Picard choisit un récit à connotation onirique pour son personnage. Jim Curious passe de l'autre côté du miroir : il s'agit d'une vision déformée de la réalité, où tout est possible, tout est très proche de la réalité, sans avoir la contrainte d'y être fidèle. En voyant le petit bonhomme dormant dans son scaphandre, le lecteur se dit qu'effectivement la tranche d'âge visée est plutôt celle de l'enfance.


Le lecteur chausse donc sa paire de lunettes anaglyphe et le voilà prêt à traverser le miroir comme Jim Curious pour entre dans un monde en trois dimensions, contenu dans sur des pages de papier en deux dimensions. Il relève bien sûr les éléments graphiques similaires à la réalité : un premier environnement qui évoque fortement une mangrove avec sa faune et ses arbres aux racines caractéristiques, une gigantesque tortue (bien plus grande que Jim), une nuée de papillons, un scarabée, un mandrill, un caméléon, un toucan, un tournesol, des éléments fabriqués par l'homme comme un mont en pierre, des ruines de bâtiments en pierre, des rails, une locomotive, un caddie de supermarché, etc. L'artiste réalise des dessins en noir & blanc, un noir tirant un peu vers le sépia. Il réalise des dessins dans un registre descriptif avec un fort niveau de détails, et un encrage soutenu. Cette dernière caractéristique peut donner une impression de cases un peu chargées, ce qui nécessite que le lecteur accepte de s'arrêter et de passer un peu de temps sur leur observation, et pas seulement un balayage rapide de l'œil. C'est cohérent avec le besoin de marquer une courte pause pour apprécier l'effet de relief. C'est également ce qui fait que la lecture de chaque dessin risque de nécessiter de l'aide pour les plus jeunes lecteurs, afin de les aider à déchiffrer l'illustration.



Dès le départ, le lecteur ressent également une touche d'onirisme : la petite maison à côté du phare, Jim dormant son scaphandre, la traversée du miroir, la découverte de ce monde très sauvage sans autre être humain évoquant des temps préhistoriques, la végétation pas tout à fait exactement identique à la réalité, le gigantisme de la tortue, les restes d'une civilisation humaine alors qu'il n'y a toujours aucun autre être humain vivant, des champignons aux formes bizarres, une zone désertique qui s'avère être une mer asséchée. Cette sensation de rêve est encore accentuée par le fait que Jim Curious se retrouve à avancer avec de l'eau jusqu'à la poitrine, comme s'il était encore dans un liquide prénatal, comme s'il n'était pas encore complètement né dans ce monde qu'il explore. Un peu plus loin, il se retrouve à avancer dans la pénombre dense d'une sorte de sous-bois, à nouveau une métaphore du passage d'un monde de ténèbres (le ventre de la mère avant la naissance) au monde de la lumière (après être sorti du ventre). Le fait de passer d'un monde évoquant les temps avant l'arrivée de l'homme, à un monde parsemé de déchets humains ajoute encore à l'impression de conte et de rêve.


La couverture en elle-même n'est pas en relief, mais l'utilisation des lunettes anaglyphes fait ressortir la couleur de la combinaison du petit bonhomme. Le premier effet relief se produit quand Jim Curious regarde dans le miroir : l'artiste s'est cantonné à cette partie de la case et l'effet de profondeur est saisissant, avec un effet de perspective du fait de Jim en premier plan, du miroir un peu plus loin dans la pièce, puis de l'effet 3D avec le reflet de Jim dans un plan reculé. Ça continue avec la case suivante : la libellule en premier plan, un effet de griffure par une demi-douzaine de traits qui évoquent le reflet sur la surface du miroir, et Jim qui se retrouve dans un plan bien mis en arrière par la 3D. Les dessins passent en mode relief dès la troisième page, quand le petit explorateur a complètement traversé le miroir. Le lecteur prend le temps d'incliner un peu la tête à gauche et à droite pour être sûr de ne rien rater du relief qui apparaît grâce aux lunettes anaglyphes.



Le créateur maîtrise très bien la technique du relief et fait apparaître jusqu'à 3 ou 4 plans différents dans certaines cases. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut trouver l'effet saisissant et apportant beaucoup au plaisir de lecture, ou juste une méthode différente pour ce qui est généralement pris en charge par l'encrage ou par la mise en couleurs. Il note quand même que cet effet relief souligne remarquablement bien la différence de vision dans un dessin en pleine page, entre ce qui se situe à l'air libre, et ce qui est dessiné en-dessous de la surface de l'eau. Même s'il est blasé, au fil des pages, il se rend compte qu'il prend sciemment le temps de mieux regarder les dessins : lorsque Jim se trouve sous la frondaison de la mangrove pour voir ces 4 plans différents, pour voir la tête de la tortue bien devant sa carapace, pour une très belle vue du dessus d'une plante avec de nombreuses feuilles en corolle et un papillon qui volète au-dessus de son centre. Il s'arrête carrément pour un dessin en double page une nuée de papillons au-dessus de l'eau. Il est tout aussi frappé par le motif sur les ailes d'un papillon contrasté avec la végétation autour de lui. Matthias Picard ne fait pas semblant d'utiliser le relief et il assume pleinement le fait que cette technique lui dicte ses dessins pour la mettre à profit de manière exemplaire.


Dans un premier temps, le lecteur adulte éprouve la sensation de traiter ce récit de manière blasée : exploration linéaire, avec des éléments oniriques basiques, une absence de mots qui renforcent l'impression de simplicité. Rapidement, il tombe sous le charme des dessins très soignés, puis des effets de relief qui s'avèrent saisissants. Il voit un petit bonhomme naître dans un monde onirique, en sortant d'un milieu aqueux pouvant se voir comme une métaphore du liquide amniotique, passant par une phase de ténèbres avant de se retrouver sous la lumière du monde. Il remarque également que l'auteur n'économise pas sa peine, en termes de détails, en termes de variété des éléments dessinés, en termes d'ampleur visuelle avec un dessin s'étalant sur 4 pages (il faut les déplier). L'histoire s'avère peut-être moins simpliste quand on constate que Jim Curious part d'un monde vierge d'être humain pour finir dans une zone portant les déchets d'une civilisation moderne.