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mercredi 17 décembre 2025

Green Witch Village

Voilà. Il vivra trahi au lieu de mourir dans la confiance.


Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Franck Biancarelli pour les dessins, Lewis Trondheim pour le scénario et Jérôme Maffre pour les couleurs. Il comprend quatre-vingt-quatorze pages de bande dessinée. Il se termine avec un court paragraphe des auteurs expliquant en quoi leur ouvrage a été conçu comme un hommage aux comics des années 50, suivi par une page comprenant neuf recherches de couverture, trois pages de recherches graphiques sur le personnage, plus une page de présentation des auteurs.


Dans un appartement en colocation à Greenwich Village, un quartier de Manhattan, une jeune femme reprend connaissance. Ses deux colocatrices, Érika Grönberg & Gwen Ford, sont penchées sur elle, inquiètes de son malaise, l’appelant Tabatha. Cette dernière ouvre les yeux, totalement hébétée. Elle leur demande qui elles sont, où elle se trouve, qu’est-ce que c’est que cette tenue qu’elle porte et où se trouve son portable. Les trois amies s’assoient sur le canapé, et ses copines expliquent à la troisième qu’elle s’appelle Tabatha Sands, qu’elle est libraire et que la date est octobre 1959. Elle leur répond qu’elle est sûre d’avoir trente ans et d’être en 2025. Érika dit qu’il est temps pour Tabatha d’aller travailler, car elles ont besoin de ses rentrées d’argent pour le loyer. Comme Tabatha ne sait pas où aller, Érika l’accompagne, car elle a un casting pas loin. Une fois à l’extérieur, la trentenaire indique que pour l’instant elle tient le coup, mais qu’elle ne sait pas ce qui se passera si elle croise un des Beatles. En marchant dans la rue, la libraire constate que c’est bizarre, il y a aussi des vieilles voitures des années trente ou quarante. Pour elle, dans les films sur les années cinquante, on ne voit que des voitures des années cinquante. Elle se fait la même remarque sur les vêtements et les boutiques, certaines très vieillottes. Son ami lui demande si en 2025 il y a bien des voitures volantes.



Finalement, Tabatha décide de ne pas aller travailler et plutôt d’accompagner son amie Érika pour son casting. En sortant du métro, elles retrouvent Winfield Wayne l’agent de l’actrice, puis ensemble, ils pénètrent dans le bâtiment où se tiennent les auditions. Immédiatement, Ralph Damara repère Tabatha et énonce qu’elle est parfaite et que c’est elle qu’il veut pour incarner la sorcière verte, et elle se retrouve dans une position où elle ne peut qu’accepter de prendre Wayne comme agent pour négocier le contrat séance tenante. Plus tard, alors que la nuit est tombée, sur les quais, un groupe d’individus prend en charge une bombe livrée par d’autres, qu’ils abattent pour les faire taire, une fois l’acquisition complétée. Tabatha est rentrée dans sa colocation, et ses amies se tournent en dérision certains des termes qu’elle emploie, comme playlist, numérique, internet, wifi. Le lendemain, Tabatha se promène dans la rue et elle avise l’échoppe d’une diseuse de bonne aventure. Elle décide d’y entrer pour savoir ce qu’elle fabrique en 1959. Elle est accueillie dans une pièce plongée dans la pénombre, où une jeune femme de son âge débite quelques phrases génériques. Tabatha comprend immédiatement et lui demande si c’est la première fois qu’elle fait médium.


Dès le début, cette bande dessinée présente une saveur particulière, le lecteur éprouvant des difficultés à la définir précisément. Cela commence avec le genre dans lequel s’inscrit le récit : anticipation ou fantastique, avec cette histoire d’âme revenue dans le passé pour habiter le corps d’une autre femme. Ou peut-être même spiritualité avec cette séance chez la diseuse de bonne aventure, quand la mère de Gabriella arrive, chasse Tabatha de son parloir, puis accepte de la revoir à l’extérieur et évoque une présence, un esprit invisible à ses côtés. D’ailleurs celui-ci apparaît à l’héroïne et lui parle, lui donnant des informations accessibles en 2025. Mais voilà qu’en page quinze, le récit semble encore changer de registre, avec l‘introduction de Spiridon Ivanov, pour lequel tout porte à croire qu’il s’agit d’un espion russe, plutôt que d’un simple journaliste pour le quotidien Izvestia. À moins que l’histoire ne bifurque vers une forme de romance, avec la relation naissante entre le Russe et la déplacée temporelle. En fonction de chaque séquence, le cœur du lecteur balance entre l’un ou l’autre de ces genres, ne sachant plus trop auquel il doit accorder sa priorité, entre l’histoire d’un attentat à la bombe atomique à New York, ou l’identité réelle de Tabatha.



Il faut peut-être un peu de temps au lecteur pour ressentir la structure très particulière de cette bande dessinée, un rythme un peu saccadé, une sensation un peu hachée. En fin de tome, il découvre un texte explicitant les intentions des auteurs : ils ont souhaité réaliser un hommage aux comics des années 1950. Pour ce faire, ils se sont imposé quatre règles. Un : La première case sera toujours une grande image. Deux : La dernière case sera toujours une chute. Trois : Chaque planche doit pouvoir être lue de façon autonome, une ellipse la séparant de la précédente. Quatre : Les pages sont découpées de façon à pouvoir être montées en quatre ou trois strips. Ce cadre structurant leur a permis de jouer avec la narration et le rythme, fidèles à l’esprit de ces pages dominicales d’outre-mer qui les ont tant inspirés. En fonction de son degré d’attention, le lecteur a la confirmation de la démarche intentionnelle qu’il avait bien vue, ou bien il en fait la découverte. En effet, cette forme de composition de la narration donne une sensation très particulière à la lecture, chaque page formant une unité narrative presque autonome. Cette caractéristique renforce la sensation d’une intrigue un peu éparpillée, éclatée entre plusieurs genres d’une page à l’autre.


Dans le même temps, les pages présentent une apparence très classique et sage : des cases rectangulaires avec une bordure bien nette, disposée en bandes. Des dessins dans un registre descriptif et réaliste, avec un discret degré de simplification pour les personnages et les visages, et de solides décors. La plupart des personnages bénéficient d’une discrète élégance, une silhouette svelte sans être athlétique, des tenues vestimentaires normales et diversifiées, ils sont bien habillés sans luxe ostentatoire. Avec une exception pour l’agent Winfield Wayne avec un manteau tape-à-l’œil peu raffiné. Les quatre femmes, personnages principaux, sont traitées avec respect par les auteurs, sans situation dégradante, sans voyeurisme de quelque sorte. Les principaux personnages masculins apparaissent un peu plus convenus et moins développés : l’agent grossier, machiste et usant de méthodes de voyou, l’agent du KGB élégant, respectueux et très bien élevé, Terrence Taylor agent de la C.I.A. plus rustaud habitué à être obéi et à rudoyer ceux qui lui résistent. En fin de tome apparaît le temps d’une séquence, Frank un touriste venu de Hongrie tout aussi élégant et parfaitement antipathique non sans raison.



Outre l’attention apportée aux tenues vestimentaires, le plaisir de représenter Manhattan saute aux yeux du lecteur. Les auteurs ont choisi cette localisation avec la ferme intention de lui rendre hommage. Au travers de ces dessins soignés et précis, le lecteur peut apprécier la promenade dont il bénéficie en filigrane : les immeubles typiques du quartier de Greenwich Village, le Washington Square Arch (arc de triomphe en marbre à Washington Square Park, en commémoration du centenaire de l'inauguration de la présidence de George Washington en 1789), Central Park, ses ponts et ses allées, Coney Island sa plage et son parc d’attractions, le Seagram Building réalisé par l'architecte allemand Ludwig Mies van der Rohe (1886-1969). C’est une très belle balade, grâce certainement à des recherches rigoureuses, rayonnant du plaisir des auteurs lors de la réalisation des planches.


Totalement sous le charme de la narration visuelle, le lecteur se laisse donc porter par les nombreux événements et rebondissements. Le spectre du neveu de 2025, les rapports de force entre les hommes comme Winfield Wayne ou Terrence Taylor et les trois femmes, la présence impalpable du KGB et des Nazis, l’attentat visant à faire exploser une bombe nucléaire à New York, un enlèvement pour exécuter la victime sur les quais, l’élimination de cadavres, des paris de courses hippiques en connaissant le gagnant, un antiquaire receleur et trafiquant, un Hongrois nazi, un assassinat en pleine voie publique, etc. Il relève en passant quelques références historiques et culturelles comme celle à Arthur Q. Bryan (1899-1959, acteur, voix de Elmer Fudd), ou l’utilisation de la perte d’une bombe atomique dans un accident par l’armée américaine (authentique, une bombe Tybee, délestée pendant un exercice militaire où un bombardier B-47B est entré en collision avec un avion de chasse F-86). Il s’amuse des anachronismes occasionnés par la connaissance du futur qu’à Tabatha Sands et son neveu : les Beatles, les comportements phallocrates et le patriarcat, l’absence de réseaux sociaux et de téléphones portables, l’usage d’un Smiley, l’absence de ceinture de sécurité dans les voitures, les jolies blondes faisant les carreaux à la station-service, une location de coffre bancaire pendant soixante-dix ans, et l’énoncé de drôles de noms pour choisir celui d’une agence d’actrices (Drôles de dames, Catseyes, Me Too, Pikachu, Daft Punk, Google Instagram, Microsoft, Amazon, Paypal, Tik Tok). Il est presque surpris de découvrir que les auteurs résolvent leur intrigue en bonne et due forme, y compris l’identité véritable de Tabatha Sands.


Une bande dessinée des plus classiques en apparence : des dessins soignés et descriptifs, une aventure fantastique d’une jeune femme se retrouvant en 1959 dans le corps d’une autre femme, et des enjeux divers allant de comprendre ce qui est arrivé à l’héroïne à la menace d’un acte terroriste visant à faire exploser une bombe atomique en plein Manhattan. Le lecteur tombe vite sous le charme de ce récit à l’intrigue protéiforme, sans trop savoir quel est l’enjeu dominant. La reconstitution de Manhattan est formidable, le récit est plein de rebondissement, la forme constitue un hommage sophistiqué aux Sunday pages des années 1950. L’aventure rocambolesque est finement dosée. Un divertissement sophistiqué et élégant.



mardi 21 décembre 2021

Capricorne, tome 2 : Electricité

L'homme prévoyant ne perd pas la menace de yeux.


Ce tome fait suite à Capricorne, tome 1 : L'Objet (1997) qu'il faut avoir lu avant. Sa première parution date de 1997 et il compte 46 planches de bande dessinée. Il a été réalisé par Andreas Martens pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il a été réédité en noir & blanc dans Intégrale Capricorne - Tome 1 qui regroupe les tomes 1 à 5.


À l'hôpital Saint Paul à New York, Holbrook Byble et son fils John sont allongés chacun dans leur lit, dans la même chambre. Soudain, un rayon d'énergie détruit un poteau électrique, les câbles rompent et semblent prendre vie, certains brisant la fenêtre de ladite chambre et s'approchant du corps de John qui les saisit à pleine main. Il se trouve transformé en une silhouette humanoïde d'énergie noire. Dans une zone de campagne, les cinq avions du Groupe Aérien d'Intervention d'Ash Grey se livrent à des exercices de voltige. Ils effectuent une dernière figure, et atterrissent les uns après les autres mais le dernier est touché par la foudre. Capricorne arrive sur le marchepied de la voiture de pompier, et s'élance. Il a le temps de tirer le pilote hors de son cockpit et de l'écarter, avant que l'avion n'explose. Le pilote reprend connaissance et sourit à ses coéquipiers, et à Ash Grey. Ils estiment que la cause est attribuable à un phénomène d'électricité statique. Capricorne les rassure : il leur repaiera un avion prochainement. Ses consultations attirent une clientèle très distinguée, que du beau linge, une prouesse en ces temps de récession. Il précise qu'il n'est pas astrologue, mais plutôt psychologue, et que les étoiles ne sont qu'un prétexte.



L'ambulance est parvenue à l'hôpital Saint Paul et Ash Grey va en profiter pour aller y rendre visite à son père. Dans une zone d'entrepôt, Hartmann rencontre Jeremy Darkthorn : il lui explique ce qui est arrivé à John Byble après avoir manipulé l'Objet quand il travaillait pour le Dispositif. Il lui demande plus d'hommes pour pouvoir le capturer. Darkthorn lui rappelle son fiasco quelques jours auparavant et lui répète ses consignes : éliminer Ash Grey, et faire peur à Capricorne, sans l'éliminer. Il ajoute que Dominic est en ville. L'entretien se conclut avec Hartmann indiquant que leur ami va d'ailleurs avoir besoin de sa prochaine piqûre. À l'hôpital Saint Paul, le médecin explique qu'aucun cerveau ne peut résister à ce qui est arrivé à John Byble avant qu'il ne prenne la fuite, car son corps était quasiment saturé d'électricité quand il a sauté par la fenêtre. Holbrook Byble reprend connaissance, il explique que c'est l'électricité qui a ravivé son fils John et que c'est elle qui l'anime, qu'elle l'a ranimé également, mais pas pour longtemps. Il rend son dernier soupir dans les bras de sa fille. Plusieurs dizaines de personnes se retrouvent à l'enterrement du libraire, dont un Indien appelé Blue Face. La cérémonie est interrompue par l'arrivée de John Byble dont l'énergie fend un tronc d'arbre en d'eux. Il prend aussitôt la fuite. Plus tard, dans le gratte-ciel du 701 7th Avenue, Capricorne dessine la vision qu'il a eu au sommet du dirigeable écrasé dans Central Park.


Le premier tome avait installé les trois personnages principaux, ainsi qu'un Objet très mystérieux et une organisation appelée Le Dispositif encore plus mystérieuse. Ce deuxième tome est la suite directe du premier et le lecteur retrouve la situation telle qu'il l'avait laissée : Holbrook et son fils John Byble à l'hôpital, Capricorne propriétaire d'un Gratte-ciel à New York, ayant accueilli Ash Grey, une pilote aérienne, et Astor un libraire amoureux des belles éditions. Les mystères continuent de plus belle : la disparition de John Byble alors qu'il été frappé par l'électricité dans son lit d'hôpital, le mystérieux commanditaire Jeremy de Hartmann, l'arrivée d'un dénommé Dominic, la vision que Capricorne a eu dans la cabine du dirigeable écrasé dans le premier tome, ce qui se trouve dans les sous-sols gigantesques de l'immeuble au 701 de la Septième avenue, le retour du chef Cole, l'assistance désintéressée de Blue Face, un amérindien ancien client de la librairie de Holbrook Byble, expliquant la légende de Moodt et Torrg, etc. Le lecteur est accroché par tous ces mystères, prenant un plaisir ludique à relever les correspondances, à établir les liens entre les faits, ayant l'impression d'explorer un territoire recelant bien des secrets. En outre une partie de ces secrets s'accompagne de visuels spectaculaires : la voltige des avions, les croix du cimetière, le building du 701 encore éclairé alors que tous les autres sont dans le noir à la suite d'une panne de courant, l'incroyable installation électrique haute de plusieurs étages dans les sous-sols du 701, les bas-reliefs sur une immense dalle verticales dans ces mêmes sous-sols, etc. L'auteur maîtrise les techniques narratives : chaque révélation s'accompagne de nouveaux mystères tout autant accrocheurs.



Le lecteur revient également curieux de découvrir les mises en page originales de l'auteur. Il découvre 10 planches muettes réparties dans l'album, d'une lisibilité sans défaut, avec un beau contraste entre les blancs et les noirs. Il retrouve également les caractéristiques graphiques de cet artiste : des dessins en pleine page avec les bandes comme posées en insert par-dessus, une utilisation à bon escient de cases de la largeur de la page, des découpages en nombre de cases plus élevé pour suivre un moment, et des effets visuels originaux. Parmi ces derniers, ressortent les croix du cimetière en noir et en premier plan dans la planche 8, des cases verticales disposés pour accompagner une montée de marche (une en bas de planche, une au milieu et une tout en haut) dans la planche 11, les tuyauteries diverses et variées courant d'une case à l'autre dans la planche 14, les cases tout en hauteur pour rendre compte du gigantisme et la profondeur de l'installation dans les sous-sols du 701, et bien sûr le combat final en 4 pages muettes au sommet d'un gratte-ciel. Cet affrontement physique évoque discrètement King Kong, encore que l'ennemi ne soit pas au sommet de l'Empire State Building, mais encore plus les superhéros. Dès la scène d'ouverture, cette saveur est bien présente : un individu transformé en une créature d'énergie par des câbles électriques semblant doués de volonté propre. Le combat final exhale ce même parfum de pseudo-science très fantaisiste, et de lutte contre un gros monstre déchaîné. Capricorne ne revêt pas une tenue moulante, mais il est souvent vêtu du même costume. Il ne dispose pas de superpouvoirs, mais il est capable de réaliser un saut remarquable. Ce n'est donc pas un comics de superhéros, mais l'influence est bien palpable dans cette séquence.


Le lecteur observe également une forme de passéisme dans certains accessoires, en particulier les modèles de voitures, et de manière plus cohérente dans les biplans utilisés pour la voltige. Il y a également ce parfum typique des romans d'aventures de la fin du dix-neuvième siècle et début du vingtième siècle avec cette architecture cyclopéenne sous le gratte-ciel du 701 de la Septième avenue. Andreas manie ces conventions de genre avec un art consommé. L'accent étant ainsi mis sur les aventures, les personnages restent superficiels. Le lecteur apprend que Capricorne s'estime être plus psychologue qu'astrologue, et qu'il s'avère très doué dans les cas qui lui sont confiés, ce qui lui assure de bons revenus grâce à une clientèle très distinguée et à l'aise financièrement. Il constate de visu que Ash Grey est bien à la tête d'un Groupe Aérien d'Intervention, spécialisé dans la voltige. Il n'en apprend pas plus sur Astor, si ce n'est qu'il reconnaît en Blue Face, un client dont les connaissances ont par la passé aidé le libraire Byble à dénicher des ouvrages rares et à s'en rendre propriétaire. Comme dans tout récit d'aventures classiques, Blue Face est un individu plein de ressources, sur qui on peut compter, et qui vient en aide bénévolement au héros. Le lecteur retrouve également des personnages des tomes précédents : le chef Cole (l'auteur donne une indication sur la manière dont il a survécu), Hartmann (un des responsables du Dispositif), et bien sûr John & Holbrook Byble. D'autres personnages font leur première apparition : les membres du Groupe Aérien d'Intervention (un seul est nommé, Percy), un mystérieux Jeremy, un tout aussi mystérieux Ron Dominic (a priori un policier).



Le lecteur se retrouve pris dans cette intrigue aux fils narratifs intriqués, avec des personnages disposant de juste assez d'épaisseur pour ne pas être des coquilles vides. La magie opère grâce à la narration visuelle personnelle et souvent originale, et au rythme qui est rapide sans être effréné. L'auteur a l'art et la manière d'ouvrir son récit sur des mystères plus grands, plus étranges, laissant subodorer qu'il y en a de nombreux autres, ne serait-ce que la réalité de ces deux entités Moodt & Torrg. Le lecteur se laisse entraîner par les péripéties, les rebondissements, les mystères et les révélations. Il n'y croit pas au premier degré : le plaisir provient de la qualité du divertissement, du jeu que l'auteur sait installer entre lesdits mystères et la curiosité du lecteur devenant un acteur en participant à cette dimension ludique, séduit par la fantaisie et l'inventivité des péripéties, souhaitant qu'il y en ait plus, et sentant que l'auteur maîtrise la structure de son récit au long cours.


D'un certain côté, ce deuxième tome ne paye pas de mine et ressert exactement les mêmes ingrédients que le premier. D'un autre côté, l'intrigue continue de se déployer à un rythme la rendant aisément assimilable par le lecteur. La narration visuelle recèle des constructions de page mémorables, ce qui rend la scène elle-même mémorable, et le tout constitue une littérature d'évasion de fort bonne facture, et d'excellente qualité.