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mercredi 3 décembre 2025

Fuck ze tourists !

Le tourisme de masse vaincra !


Cet ouvrage est une anthologie de gags sur le thème du tourisme destructeur. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Zidrou pour le scénario, Éric Maltaite pour les dessins, la colorisation ayant été réalisée par Philippe Ory & Hosmane Benahmed. Il comprend cinquante-trois pages de bande dessinée. Ces créateurs ont également réalisé le diptyque Hollywoodland (2022 & 2023), ainsi que  L’instant d’après (2020).


Venise : un couple de touristes tire leur valise à roulettes, perdus dans les ruelles, à la recherche du port où est amarré leur paquebot M.S.T. (Marine Solidaire Tantrique). Le mari se plaint du poids de sa valise, et son épouse explique qu’elle contient le gorgonzola qu’elle a acheté pour remercier la voisine d’avoir nourri leurs perruches et fouiné partout dans la maison. Soudain le monsieur repère une gondole abandonnée, et ils montent dedans, le mari se chargeant de manier la rame. Il demande à son épouse de chercher le grand canal sur Gougle Maps, c’est leur A7 à eux. Elle ne parvient pas à lire la réponse qui affiche Canale grand di Venezia. Elle opte pour taper leur adresse en France, pour rejoindre leur pavillon en gondole. Ils sont interceptés par un commando du groupe terroriste FZT.



Au Machu Picchu, deux lamas regardent la foule de touristes, tout en se faisant photographier. L’un demande à l’autre, ce qu’il y a de plus bête qu’un touriste. Réponse 2.789 touristes. Il développe son propos critique : Mais regarde-moi ces trépanés du cervelet. Franchement ! Grimper à 2.340 mètres au-dessus du niveau de la mer pour tomber aussi bas ! Y a que des ruines, ici ! Des ruines qui visitent d’autres ruines. Une civilisation perdue qui visite une autre civilisation perdue. C’est bon, ils ont leurs selfies pouraves avec le site du Machu-Picchu en arrière-plan, et eux – comme il se doit – au premier plan. Ils peuvent barrer Machu-Picchu de leur To do list. Et remonter dans leur avion low-cost, pour retrouver leur vie Lacoste dans leur pays : en Egoland. Non sans avoir au préalable acheté à l’aéroport une peluche de condor Made in China pour leur gamine qui en leur absence a nourri les plantes et arrosé le chat.


Route d’accès à la station de ski Val d’Hiver, un groupe des trois amies monte vers la station en voiture, tout en commençant à regretter de ne pas avoir mis de chaînes. Elles doivent s’arrêter devant un barrage de police. Elles sortent de voiture, et une policière leur explique qu’il a plu à monsieur Fusk de privatiser Val d’Hiver pour son bon plaisir et celui de sa 11e épouse. Il a privatisé toute la station, pour un budget correspondant à l’équivalent du P.I.B. du Mali… sauf qu’il n’y a pas une montagne digne de ce nom au Mali. Les trois copines demandent s’il a également privatisé le téléphérique de la Grande Chartreuse, le spa du Magic Hotel, la terrasse du restaurant panoramique du Mont Beige. La réponse est sans équivoque, tout est privatisé, et une flottille de drones a été déployée pour repérer les immigrants clandestins.



Une bande dessinée éditée par Fluide Glacial, un titre sciemment provocateur (dont les initiales forment l’acronyme FZT, le nom du groupe terroriste anti-touristes), une illustration clairement critique de cette race de décérébrés, avec la représentation de ce couple apparaissant au mieux comme des imbéciles heureux qu’il convient d’exterminer. Les auteurs s’inscrivent avec énergie dans le registre comique associé à cet éditeur et au mensuel afférent, y faisant même une référence explicite. Un touriste explique qu’à Auschwitz-Birkenau, il faut payer un supplément pour entrer dans les chambres à gaz depuis qu’un vandale a tagué : Fluide Glacial umour et bandessinées disponible en kiosque tous les mois. S’il est un habitué de la sensibilité humaniste du scénariste, le lecteur peut s’attendre à un choc en découvrant un humour réellement mordant. En phase avec cette démarche, l’artiste ne ménage pas l’apparence visuelle des différents touristes : gras du bide, habillés de manière voyante et vulgaire, ou au contraire aguichante pour un selfie, avec souvent des expressions de visages trahissant un QI bas du front, leur condescendance pleine de morgue, leur entrain pour consommer des paysages et des lieux avec une appétence proche de la dévoration, et une suffisance sans limite. Chaque lecteur se retrouve à se reconnaître dans un comportement ou un autre. Accablant.


Dans le même temps, les auteurs font preuve d’une forme d’empathie envers ces touristes au comportement crétin et destructeur, irresponsable. D’accord, le couple de quadragénaires ou quinquagénaires à Venise se sent supérieur avec une légitimité à être traité prioritairement sur les autochtones : leur condition de touriste implique que leur environnement existe pour satisfaire leurs exigences d’exotisme, et doit se conformer à leurs attentes. Toutefois, ils apparaissent sympathiques, constructifs dans leurs actions pour pouvoir jouir de leur voyage, totalement vulnérables quand ils se retrouvent dans la situation dépeinte sur la couverture. La deuxième histoire est racontée du point de vue de deux lamas, qui suscitent également la sympathie du lecteur, mais c’est un peu différent, pas vraiment des touristes. Dans la troisième histoire, les trois jeunes femmes sont fort sympathiques, cherchant juste à skier, profondément et sincèrement choquées qu’un seul individu puisse privatiser une grande station de ski. Impossible d’éprouver de la sympathie pour le troupeau de touristes venus assister au débarquement de migrants dans une embarcation de fortune. En revanche, impossible de se retenir d’en éprouver une pointe pour ce couple souhaitant photographier le dernier rhinocéros vivant au monde, pour le collectionneur de guides du Routard, pour la ribambelle de gugusses souhaitant réaliser un selfie souvenir qui en mettra plein la vue à leurs amis, avec eux au premier plan, et le site remarquable en arrière-plan… et pourtant leur comportement est insupportable, tout en étant simplement humain.



L’illustration de couverture rend évident le talent de l’artiste pour croquer des individus normaux, avec une touche caricaturale, que ce soit la bouille ronde et bonhomme de monsieur, ou le double menton et les bijoux massifs et en toc de madame. Ce dosage entre détails réalistes et exagération rend chaque personnage très vivant, que ce soit les acharnés de la photographie ou du selfie, le mari fier de sa moustache et de son chapeau safari, Chantal qui fait penser à Mademoiselle Jeanne, le petit groupe de Belges joueurs de pétanque, la jolie guide blonde touristique maniant le pistolet à bord du bus de touristes, les vieilles dames âgées touristes aussi avides que les autres, la quinquagénaire plantureuse qui pose ses seins dénudés sur la table pour faire admirer les tatouages qui les ornent, le couple homosexuel passant en revue les options de destination dans une agence de voyage (sans S), etc. Le lecteur constate rapidement que le dessinateur réalise des planches avec un fort niveaux de détails, donnant à voir chaque lieu avec des éléments visuels consistants, attestant d’un vrai travail de recherche de référence, de repérage. Il est possible de voir les gondoles et les canaux de la cité des doges, et aussi les quais, les façades, le type de lampadaires, etc. L’histoire sur la station de ski permet d’admirer l’implantation des chalets et des installations sur la montagne, un téléphérique, le spa en plein air d’un hôtel, etc. La visite de Barcelone montre la Sagrada Familia, le Mercat, la façade du grand théâtre du Liceu, le quartier gothique, la plage. L’avant-dernière histoire offrent de magnifiques cases de balades dans la campagne française. Etc.


La verve comique des deux auteurs repose sur une attaque virulente du tourisme de masse et de ses ravages. Ils réagissent en créant des situations aussi énormes que ce phénomène, allant jusqu’à l’absurde. Le lecteur apprécie qu’ils se lâchent ainsi : un groupe terroriste dézinguant les touristes pour préserver leur environnement quotidien de cette horde d’envahisseurs sans cesse renouvelée, la privatisation d’une station de ski de grande envergure, le débarquement de migrants transformé en spectacle pour touristes, la réplique grandeur nature visitable de la statue de la Liberté pour ne pas abîmer l’originale, les quatre-vingt-trois ans de liste d’attente avant de pouvoir visiter le camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, l’île paradisiaque s’enfonçant dans les eaux sous le poids des touristes, etc. Avec une tonalité misanthrope dirigée contre cette engeance que sont les touristes en groupe, également avec une belle inventivité. Le scénariste se moque de marques bien connues au travers de détournement comme Diatribadvisor, Gougle Maps, MST (Marine Solidaire Tantrique), Cretinstagram. Il évoque des personnalités comme Elon Musk, Liliane Bettencourt, Philippe Gloaguen. Ces aventures reposent sur des phénomènes concrets, aussi bien par la fausse dérision (l’interdiction de l’usage des pailles) que par la réalité des ravages du surtourisme, la privatisation par les indécemment riches, l’immigration avec des embarcations du fortune sur la mer Méditerranée, la vague d’extinction des espèces animales, la montée des eaux, la marchandisation universelle… jusqu’à la disparition, ou plutôt l’extermination de la notion de bien commun. Rien ne peut s’opposer à la marchandisation des lieux et des populations, cette pratique abêtifie ceux qui la pratiquent en masse, s’abattant tel un fléau sur leur destination, tel un ogre dont rien ne peut arrêter la dévoration… quitte à ce qu’il périsse lui-même dans ses actions vaines pour rassasier sa faim inextinguible.


Un vrai plaisir de retrouver l’humour mordant et critique de ce duo d’auteurs s’exerçant contre le touriste en groupe, la chute en flèche de son Q.I., sa conviction que tout lui est dû et tout lui est permis, et que sa destination n’existe que pour le satisfaire. Le dessinateur réalise des planches à l’équilibre parfait entre solides descriptions et exagération comique. Le scénariste pousse le curseur de l’exagération à la dimension de l’horreur du surtourisme, alors même que son humanisme lui fait conserver une sympathie pour ces êtres humains, tout en brossant le portrait d’une pratique destructrice dans un monde déjà livré aux démons du capitalisme, du manque de culture, et de l’indifférence à la souffrance humaine. Salvateur.



mercredi 6 juin 2018

Caroline Baldwin, n° 2 : Contrat 48-A

La pipe du grand-père

Ce tome fait suite à Caroline Baldwin, Tome 1 : Moon River (1996) qu'il n'est pas indispensable d'avoir lu avant, mais ce serait dommage de s'en priver. Il est paru pour la première en 1998, écrit, dessiné, et encré par André Taymans, avec une mise en couleurs réalisée par Bruno Wesel. Il a fait l'objet d'une réédition en 2017 dans Caroline Baldwin Intégrale T1: Volumes 1 à 4, édition respectant le format initial. Cette histoire avait fait l'objet d'une prépublication dans le mensuel (À suivre).

Dans la région du Québec, une guide est en train de faire visiter un village traditionnel huron à un groupe de touristes. Elle les fait pénétrer dans la reconstitution d'une maison longue, où se tient un indien huron habillé en tenue d'époque. Les touristes font des commentaires déplacés et moqueurs sur les indiens qui ne ressemblent pas à des indiens (leur guide) et font montre de leur inculture. Caroline Baldwin observe la scène depuis la fenêtre méprisant cette engeance touristique. Une fois qu'ils ont quitté les lieux, elle va saluer son grand-père, en lui demandant pourquoi il se prête à cette mascarade. Il répond que l'arrière-grand-père de Caroline le faisait déjà et que ça l'occupe depuis qu'il a vendu sa chaîne de motels, le tout en allumant et en tirant sur sa pipe d'un modèle moderne, et pas un calumet. Un peu de temps a passé, Caroline Baldwin revient dans la réserve indienne à l'occasion des funérailles de son grand-père. Après la cérémonie, elle récupère sa pipe et se fâche avec son oncle qui a repris la chaîne de motels.

À cette occasion, Caroline retrouve également Mike Ford, orphelin qui venait passer ses vacances avec eux quand ils étaient enfants, handicapé en fauteuil roulant. Il lui demande une faveur : retrouver l'individu anonyme qui a payé pour ses études pendant toute son enfance. Caroline accepte et elle commence son enquête en se rendant à l'orphelinat où elle est accueillie par le directeur Cook qui lui indique qu'il ne dispose d'aucun renseignement, les dons étant effectués dans l'anonymat le plus complet. Elle se rend alors à l'hôpital abritant le service de maternité où est né Mike. Elle se fait mal recevoir par la femme à l'accueil, mais un stagiaire a entendu leur conversation et lui propose un accès à un ordinateur pour interroger la base de données, tout en essayant de la draguer. Le lendemain elle se rend à son rendez-vous dans un établissement de restauration rapide, avec le docteur Brown, l'accoucheur responsable de la naissance de Mike.



Le lecteur est ressorti sous le charme de l'héroïne après sa lecture du tome 1, et enchanté par un polar servi noir, avec une dimension touristique très immersive. Il revient donc bien volontiers pour découvrir la deuxième aventure de Caroline Baldwin. L'auteur reprend les mêmes ingrédients que pour le tome 1 : une enquête, des lieux variés et une héroïne au caractère affirmé. Comme dans le premier tome, elle apparaît nue à 4 reprises : sur son lit en train de chercher le sommeil, et lors de 2 parties de jambe en l'air. Caroline Baldwin continue donc d'être une femme indépendante, gérant sa sexualité comme elle l'entend. De ce point de vue-là, ces 4 scènes participent à établir sa personnalité, et en plus elle est bien faite de sa personne. Taymans ne limite pas son portrait à une jeune femme dessalée aimant la bagatelle. Il montre une personne en bonne santé physique, assez élancée, portant aussi bien des tenues décontractées (jean et camisole de type débardeur, ou short et teeshirt de randonnée), que des tenues plus habillées (jupe droite et chemisier strict). Son langage corporel montre quelqu'un de décidé, capable de prendre le temps de la réflexion mais aussi de passer à l'action rapidement.

André Taymans complète ce portrait visuel de son héroïne, avec des séquences montrant des moments de sa vie personnelle. Le lecteur en découvre donc un peu plus sur elle. Son ascendance indienne prend de la consistance par le biais de ses liens familiaux, ainsi que par la marchandisation de la culture huronne, que ce soit dans la reconstruction du village traditionnel, ou dans l'un des motel de la chaîne de son oncle, en forme de tipi de pacotille décoré avec des accessoires évoquant l'artisanat huron, mais réalisés industriellement. Les liens familiaux prennent la forme de son affection pour Mike, membre occasionnel de la famille, et pour son grand-père, le lecteur pouvant voir son affliction suite à son décès. Il constate aussi son empathie pour Mike, son chagrin après la tuerie à laquelle elle assiste, son assurance avec son amant (Alan, le barman du Cochon Dingue, se demandant combien de temps celui-là va durer), son aplomb quand elle pose des questions lors de son enquête, sa réaction vive et cassante lorsque le stagiaire se permet des privautés, sa tristesse en apprenant le suicide de l'un des coupables, et l'impact négatif de cette information sur Mike.



Comme pour le premier tome, André Taymans construit son intrigue sur la base d'une enquête policière. Caroline Baldwin utilise donc la méthode qu'elle affectionne : avancer à découvert et voir comment ça va réagir. C'est ce qu'elle fait avec l'orphelinat, puis avec l'hôpital, et encore avec l'accoucheur. Le scénariste ne prétend pas en faire une détective aux cellules grises exceptionnelles à l'instar d'Hercule Poirot. Pour autant, elle est capable de réfléchir, et le fait systématiquement avant d'agir. L'auteur pimente son récit d'une tuerie et de quelques morts, mais sans se reposer sur le gore ou la violence en lieu et place d'intrigue, et en montrant les conséquences de ces moments sur les individus. Il montre également son héroïne se livrer à des acrobaties à une ou deux reprises, là encore sans tirer la scène en longueur, sans s'en servir comme une béquille pour cacher le manque de scénario. Comme criminel, il a choisi des expérimentations clandestines sur des cobayes non consentants, évoquant de loin des affaires comme celle de l’Étude de Tuskegee (1932-1972) avec inoculation de syphilis. De ce point de vue, l'enquête sert de révélateur à des pratiques abjectes, évoquant une réalité sociale et économique bien réelle, comme dans un polar digne de ce nom. Malgré une fin assez noire, il ne s'agit pas non plus d'un polar totalement désespéré.

Après la lecture du premier tome, le lecteur revient également pour la dimension touristique des aventures de Caroline Baldwin. Dans l'introduction de l'édition intégrale, Anne Maheys explique que l'auteur a sciemment construit sa série sur la base d'une intrigue policière, avec des séquences dédiées à l'histoire personnelle de son héroïne, et avec une part dévolue à aux environnements où se trouve Caroline Baldwin. Le lecteur retrouve ses dessins à l'allure faussement simplifiée par des traits de contours très propres et très nets, des formes légèrement simplifiées et épurées, et une mise en couleurs basées sur des aplats. Ces choix graphiques permettent à l'artiste d'inclure un bon niveau de détails dans chaque case, sans qu'elles ne donnent l'impression d'être surchargées. Même si la reconstitution du village huron est opportuniste à visée commerciale, le lecteur en observe les détails, découvrant ou retrouvant des aménagements traditionnels. Les retrouvailles après les funérailles sont l'occasion d'admirer la maison du grand-père sous la neige, ainsi que sa décoration intérieure. Sans aller jusqu'à un niveau de détail photographique obsessionnel, André Taymans s'investit pour rendre chaque endroit unique et typique sans se contenter d'une collection de clichés visuels. Le lecteur prend plaisir à regarder la décoration du restaurant asiatique dans lequel déjeunent Mike et Caroline, l'ameublement du bureau du docteur Cook à l'orphelinat, l'aménagement intérieur de la maison de Caroline Baldwin, ou encore la décoration de la chambre du motel de la chaîne du grand-père. Les scènes en extérieur présentent la même force d'évocation : la façade de la maison de Caroline Baldwin toujours aussi luxueuse, le bâtiment de l'orphelinat avec sa pelouse et le vol des feuilles virevoltant dans le vent, la promenade dans le parc et la course-poursuite sur le pont métallique à haubans au milieu de la circulation.



Le lecteur arrive dans la dernière partie du récit et découvre 4 magnifiques pages où Caroline Baldwin effectue une randonnée dans la montagne en été. Le lecteur éprouve la sensation de la marche à ses côtés, en progressant le long d'un sentier, en coupant à travers l'herbe, en levant le nez pour voir les installations figées des remonte-pentes, en appréciant la douceur de l'air, et se surprenant à souffler à l'effort au fur et à mesure de la montée. C'est un moment magique où il ressent le calme et l'isolement de sa marche, ainsi qu'une forme d'apaisement à cheminer en solitaire dans un environnement verdoyant et tranquille. Dans l'introduction de l'intégrale, il découvre 2 photographies prises lors d'un repérage effectué par l'auteur pour cette séquence, dans la région de Châtel en Suisse. Il découvre le dénouement dans ce cadre bucolique, et regrette de devoir le quitter.


Ce deuxième tome confirme les qualités de narrateur d'André Taymans. Le lecteur s'est attaché à Caroline Baldwin, héroïne imparfaite, sujette au vague à l'âme, mais dépourvue de cynisme, prête à l'action, mais réfléchissant avant d'agir, allant de l'avant tout en observant et en analysant. La dimension sociale reste légère, mais elle n'est pas inexistante. L'enquête progresse de manière naturelle, sans recourir à de grosses ficelles, sans reposer sur une capacité déductive relevant du surnaturel. André Taymans réalise des dessins très faciles et agréables à lire, avec une grande attention portée aux détails qui évite tous les clichés visuels et qui emmène le lecteur dans des environnements dignes d'intérêt.