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jeudi 1 octobre 2026

Spa 1906

La vérité, même si elle est dérangeante, est toujours intéressante.


Ce tome contient une histoire complète qui met en scène le commissaire Henrikus Ansor, également enquêteur dans Ostende 1905 des mêmes auteurs. Son édition originale date de 2024. Il a été réalisé par Patrick Weber pour le scénario, Olivier Wozniak pour les dessins, et Drac pour la mise en couleurs. Il comporte cinquante-deux planches de bande dessinée. Il se termine par un dossier de neuf pages, illustré de photographies, intitulé : Spa, quelle histoire ! Il est décomposé en plusieurs chapitres portant les titres suivants : Le thermalisme une vague européenne, les idées pétillent aussi, Il était une fois… Marie-Henriette à Spa (La ville-reine, Un petit palais, Vie quotidienne, Quel temps !, Femme de caractère, L’adieu), Plus près de toi mon dieu, Leopold II et Marie-Henriette, un drôle de couple, Louise, Stéphanie et surtout Clémentine, Sept lieux emblématiques de Spa (Les thermes, le Pouhon Pierre le Grand, le musée de la lessive, le casino, le parc, le musée de la ville des eaux, le circuit de Spa-Francorchamps), Les cousins d’Hendrikus Ansor (Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Miss Marple, Rouletabille).


En 1902 dans la ville de Spa, à la pension Les Hortensias, le signor Rubino descend de l’étage alors que la logeuse est en train de nettoyer l’escalier. Elle le tance, lui demandant de faire attention car les marches ne se cirent pas toutes seules. Elle continue : il doit faire attention avec son sac, ne pas lui faire donner des coups dans le mur, elle n’a pas envie de rappeler le tapissier. Quelques minutes plus tard dans la villa royale de Spa, la reine Marie-Henriette appelle sa dame de compagnie Georgette : elles doivent se hâter car elle ne veut pas arriver en retard à l’office. Dans le jardin, elles saluent deux sœurs. Dans un massif d’arbuste, Rubino s’apprête à tirer sur la reine, mais il en est empêché.



En 1906, dans la gare du Nord à Bruxelles, le commissaire Hendrikus Ansor aide une dame, mademoiselle Justine, à descendre du train. Elle le remercie pour sa galanterie et pour sa compagnie pendant le voyage, et l’invite à passer la saluer au Falstaff près de la bourse. Ansor se rend à pied à son rendez-vous à l’hôtel Belle-Vue, place royale. Il y est attendu par la princesse Clémentine. Après un échange de politesse autour des animaux de compagnies, celle-ci rentre dans le vif du sujet : c’est son père qui lui a conseillé de s’adresser au commissaire, car il n’a eu qu’à se féliciter de ses services elle cherche une personne de confiance, à la fois capable et discrète. Il s’agit d’une affaire délicate, un vol dont elle a été la victime. Elle lui raconte l’affaire depuis le début : Il y a de cela quelques années, elle était souvent à Spa pour accompagner sa mère, la reine Marie-Henriette, qui s’y était retirée pour ses vieux jours. Néanmoins, il fallait que la princesse retourne régulièrement à Bruxelles pour tenir son rôle auprès de son père. Mais c’est avec un vif plaisir qu’elle revenait à Spa, auprès de sa mère car elle appréciait énormément l’ambiance de cette ville d’eau. Les Spadois sont très accueillants et respectueux.


La première enquête de ce commissaire s’était déroulée à Ostende, l’année précédente, mettant en valeur la ville, des éléments culturels belges, et la famille royale, le roi Léopold II apparaissant lui-même dans le récit, ainsi que son épouse morganatique Blanche Delacroix (1883-1948). Le lecteur le retrouve avec plaisir, à commencer pour son caractère calme, posé, presque flegmatique, ainsi que sa détermination, son opiniâtreté, et son étrange capacité à inspirer confiance aux voyageuses dans les trains. D’un côté, ce monsieur semble avoir une petite quarantaine, une certaine éducation pour savoir bien se tenir en société, que ce soit pour un voyage en train ou une audience avec un membre de la famille royale. Il est bien habillé d’un costume avec veston et cravate, et sait porter l’habit de soirée, sans oublier son canotier. Il mène son enquête en posant des questions, en effectuant une petite filature, en voyageant à Louvain et à Liège, sans avoir à accomplir des prouesses physiques, ou des interventions arme à feu au poing. Il acquiert rapidement le respect du lecteur par sa constance et son sens du devoir, ainsi que son esprit critique qui lui permet de détecter quand quelqu’un est en train de lui mentir ou de le manipuler, sans se laisser impressionner par les figures d’autorité. Dans le dossier final, le scénariste évoque d’autres détectives qu’il qualifie de cousins, certainement au sens littéraire du terme. Le lecteur avait déjà identifié la filiation avec Hercule Poirot, et pas seulement pour la nationalité.



Dès la première page, le lecteur éprouve la sensation que le dessinateur a tenu à réaliser des dessins plus denses en informations visuelles que dans le tome précédent, en particulier pour faire honneur à la ville. Cela commence dès la couverture avec la belle reproduction de la façade de l’ancien établissement thermal de Spa ouvert le 15 août 1868. Cela continue dès la première case de la première planche avec la superbe vue de la pensions Les Hortensias, puis son escalier intérieur. Tout du long, l’amateur se régale avec ces reconstitutions architecturales et bâtimentaires : la villa royale de Spa, la gare du Nord de Bruxelles, l’hôtel Belle-Vue sur la place royale, les longues allées plantées de Spa, le célèbre café bruxellois Le Falstaff, le casino de Spa, le pouhon de Pierre le Grand (terme wallon pour désigner source minérale ferrugineuse naturellement gazeuse), le parc royal de Bruxelles, l’église Notre-Dame-et-Saint Remacle (1885) à Spa, la prison centrale de Louvain. S’il est attentif, il peut également admirer la statue de Godefroy de Bouillon (1848, réalisée par Eugène Simonis) lorsque Ansor traverse la place Royale à Bruxelles. Il prête une attention égale pour les tenues vestimentaires (par exemple la robe de la princesse), et les accessoires du quotidien, du fauteuil roulant de la reine au modèle de téléphone utilisé, en passant par de magnifiques vitraux, ou les lustres dans le restaurant fréquenté par Ansor lors de ses séjours à Spa.


Le dessinateur a conservé cette approche consistant à réaliser des décors plus réalistes que les personnages, ce qui rend ces derniers plus vivants par contraste. Le lecteur prend plaisir à observer les émotions et les états d’esprit sur les visages et dans les postures : la sévérité dans le visage fermé et ridé de la reine, la politesse et l’affabilité dans celui d’Ansor lorsqu’il prend congé de la dame qui a partagé son compartiment de train, la distance et l’aisance nées de la position sociale dans le maintien de la princesse et dans sa façon de s’adresser à tout le monde comme des serviteurs, le mépris poli du commissaire Sprimont agacé de se retrouver avec un collègue d’Ostende dans les pattes, le manège du journaliste Aurélien au Courrier de Spa pour rentrer dans les bonnes grâces du commissaire Ansor, l’air revêche et peu commode de la logeuse de la pension Les Hortensias, le maintien plein d’autorité du baron Auguste Goffinet, etc. En les observant, il comprend immédiatement leur place dans l’ordre social et économique. De manière parfaitement discrète, la mise en couleurs vient rehausser chaque élément de chaque case et chaque séquence avec une évidence impressionnante. Le lecteur sent le confort et la sérénité dans les appartements de la princesse Clémentine grâce à des tons jaune et or, le plaisir de la promenade dans le parc royal grâce à l’abondante frondaison des arbres, le caractère hygiénique de la morgue par des tons vert-de-gris, les moyens restreints dans les locaux du Courrier de Spa par ses teintes très uniformes, etc.



Le scénariste se montre très habile dans la construction de son intrigue et dans la progression de l’enquête du commissaire. Tout commence par une demande assez particulière de la princesse Clémentine de Belgique, avec une exigence de discrétion dont Ansor comprend immédiatement qu’elle signifie que tout ne lui a pas été dit. À peine arrivé sur place à Spa, il se heurte au manque de coopération du commissaire de la ville, et à la mort par suicide de la personne avec qui il doit prendre contact. Et puis il y a cette histoire d’anarchiste qui rôde. Le lecteur découvre qu’il s’agit d’une personne ayant réellement existé : Gennaro Rubino (1859-1918), qui avait tenté d'assassiner Léopold II à Bruxelles le 15 novembre 1902. Le commissaire mène son enquête le plus naturellement du monde : en allant rencontrer les uns et les autres, et en se renseignant sur des événements du passé, en se montrant bon juge de la nature humaine, en particulier en détectant les mensonges. Il manque de se faire occire par deux fois, et il n’hésite pas à faire appel à son fils aux convictions politiques anarchistes. Il sait également se montrer pince sans rire à plusieurs reprises, que ce soit sur la qualité de l’accueil du commissaire de Spa, ou la déontologie du journaliste Aurélien. Enfin il se montre toujours courtois et compréhensif vis-à-vis de la gent féminine. En planche huit, le lecteur découvre une bande de quatre cases qui semble sans rapport direct avec l’intrigue, mettant un scène un petit garçon. Ce fil narratif revient à trois reprises, et le lecteur comprend qu’il s’agit de donner de l’épaisseur au coupable. Il peut également le percevoir comme l’envers du décor de la ville thermale bien propre.


Une deuxième enquête pour ce commissaire de police évoquant Hercule Poirot par certains aspects. La reconstitution historique visuelle en impose par sa consistance et sa lisibilité, la ville de Spa devenant réellement un personnage à part entière façonnant le déroulement de l’intrigue qui de fait n’aurait pas pu se passer ailleurs. Sous des aspects peut-être tout public de la couverture, il s’agit bien d’une narration visuelle à la fois accessibles et très solide, pleine de nuances. Il en va de même pour l’intrigue policière facile à suivre avec un détective très pragmatique, qui est nourrie par le contexte historique et géographique, pour un chantage qui débouche sur une série de meurtres forts habiles. Vivement une troisième enquête de ce calibre.



jeudi 17 septembre 2026

Ostende 1905

Flattez moi encore, c’est mon péché mignon.


Ce tome comprend une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2022. Il a été réalisé par Patrick Weber pour le scénario, Olivier Wozniak pour les dessins, et Cerise pour la mise en couleurs. Il comporte cinquante-deux planches de bande dessinée. Il se termine par un dossier un dossier de neuf pages, illustré de photographies, intitulé : Ostende ? la reine des plages… la plage des rois ! Il est constitué de plusieurs parties intitulées : Ostende 1905 (Une maison en ville, Monument royal, Léopold II-sur-Mer, Traces royales, Autres projets côtiers), L’ambitieuse baronne de Vaughan (Amour et ambition, Un roi généreux, La fin du règne, Le roi est mort, vive le roi !), Les deux fils cachés du roi, Ensor ?, Une vie à l’ostendaise.


En mer du Nord, en 1905, non loin de la côte d’Ostende, un pêcheur rame vigoureusement et il rejoint deux hommes qui l’attendent avec de l’eau à mi-cuisse. Ils récupèrent la caisse pleine de poissons. Le même soir, dans une chambre luxueuse du Royal Palace à Ostende, monsieur Mansur, l’émissaire du Shah de Perse, se tient debout en robe de chambre, alors qu’une belle jeune femme nue est dans son lit, en train de fumer une cigarette. Il lui indique qu’il fait couler leur bain, avec l’huile de rose de son pays. Il se déclare très impressionnée par la volupté de la professionnelle, puis il se défait de sa robe et l’invite à le rejoindre prestement dans le bain car il n’a pas l’habitude d’attendre, certaines têtes ont été tranchées pour moins que cela à Ispahan. Il rentre dans la baignoire, et un coup est frappé à la porte. La dame se lève pour aller ouvrir.



Le lendemain, le jour se lève sur le chalet royal d’Ostende. Gustaaf est en train d’épousseter les bustes quand il est interpellé par monsieur Armand, l’informant qu’il y a de l’agitation à la guérite, qu’il aille voir ce qui s’y passe. L’employé fait tout le chemin jusqu’aux grilles : là le garde l’informe que des individus ont déversé une caisse de poissons devant l’entrée, avec des tracts. Le commissaire Henrikus Ansor est arrivé sur place et il commente : Pas n’importe quels poissons… des maquereaux. Il ramasse un tract et le lit : De quoi déguster pour la mère maquerelle du Roi, Blanche la poissonnière. Ansor et Gustaff sont rejoint par monsieur Armand, une discussion s’engage, en particulier le statut réel de cette Blanche Delacroix. Puis le policier Anthème van Meerbe arrive et informe le commissaire qu’il doit se rendre au Royal Palace tout de suite. Ansor s’exécute. Ouvert depuis 1899 et propriété de la Compagnie Internationale des Grands Hôtels, le Royal Palace accueille une clientèle des plus huppées. Ansor se présente à l’accueil où il est reçu par monsieur Leblanc, le directeur. Ce dernier le mène jusqu’à la chambre de l’émissaire en lui faisant des recommandations : il compte sur la discrétion du fonctionnaire police, il en va du prestige de son établissement, ils ne veulent pas de scandale. Arrivé devant la baignoire du crime où se trouve encore le cadavre, il ajoute : Pour la réputation de l’hôtel, c’est terrible, que vont penser les clients ? Ansor rétorque qu’il dirait que c’est encore pire pour le monsieur dans la baignoire.


En 2018, le scénariste a réalisé le premier album de la série ayant pour héroïne Kathleen van Overstraeten : Sourire 58 avec Baudoin Deville et Bérengere Marquebreucq, qui rencontre un grand succès. Cela lui permet de réaliser un premier tome avec un autre personnage principal, tout en mettant en valeur des éléments culturels belges, à une autre époque, au tout début du vingtième siècle, avec un autre dessinateur. Le lecteur fait ainsi connaissance avec le commissaire Hendrikus Ansor, pas Ensor comme le peintre. Il s’agit d’un détective belge, ce qui peut évoquer un autre détective de la même nationalité, d’autant plus que le mystère se résout lors d’une discussion en face à face explicitant ce qui s’est passé : Hercule Poirot, sauf qu’ici le personnage principal fait partie de la police. Le dessinateur lui donne une allure très formelle, avec son canotier, son costume trois pièces, sa cravate, sa montre à gousset. Le lecteur devine qu’il est un peu empâté, et d’ailleurs le récit établit qu’il aime bien la chair, qu’il a un bon coup de fourchette. En outre, il n’est pas célibataire : son enquête l’amène à rencontrer son fils Théo en train de coller des affiches, plus tard il rentre chez lui et le lecteur fait connaissance avec Joséphine Ansor son épouse. Il sera également question de Nelle, sa fille illégitime. Enfin, le lecteur le suit dans son enquête et il peut le voir donner des ordres à ses subalternes et rendre compte à Léopold II.



S’il est familier de la série mettant en scène Kathleen, le lecteur note tout de suite la différence visuelle. Le dessinateur a choisi une approche moins réaliste, pour des représentations plus simplifiées dans les contours, plus ligne claire d’une certaine manière. Ainsi les visages sont dessinés de manière plus directe. Par exemple, celui du roi peut présenter juste deux courts segments horizontaux ou discrètement inclinés pour les yeux, deux arcs pour les sourcils, et une barbe blanche délimitée par un trait de contour, sans aucun trait pour évoquer les poils dans la zone blanc immaculé. Autre exemple, la bouche d’Ansor se trouve souvent entièrement masquée par la moustache. Ou encore les coiffures élaborées de ces dames, bourgeoises comme cocottes, donnant la sensation d’une masse rigidifiée et compacte. D’une certaine manière, ces caractéristiques de représentation font penser à une lecture tout public, de sept à soixante-dix-sept ans. Dans la même approche, les éléments de décors, meubles, accessoires, façades sont détourés par des traits nets et solides. Le lecteur sent la forte influence du style propre à Hergé, avec toutefois une propension à mettre plus de détails dans les cases, ce qui les rend un peu plus encombrées par comparaison avec leur illustre modèle. D’un autre côté, ces choix de composition servent parfaitement les intentions du scénariste, en particulier pour ce concerne les marques de belgitude.


Le titre annonce que la ville d’Ostende constitue un personnage à part entière, et à une époque bien précise : 1905. En effet, la balade vaut le détour, et les promenades tiennent leurs promesses. Dès la planche deux, une magnifique vue du chalet royal d’Ostende, dans une case de la largeur de la page, qui en occupe les deux tiers de la hauteur. Dans la page en vis-à-vis, une petite case montre la grille du chalet avec le bâtiment à quelques centaines de mètres en arrière-plan. En planche cinq, à nouveau une case de la largeur de la page et de la moitié de la hauteur, avec une vue extérieure générale du Royal Palace. Dans les planches huit à dix, une petite balade à pied dans les rues de la ville permet d’observer les façades des maisons. Page suivante, la représentation du pont reliant la propriété royale à la villa Van Den Borght à Laeken. Puis le lecteur peut se repaître du bâtiment de la gare d’Ostende, puis celui du casino Kursaal. D’autres rues d’Ostende, le champ de courses hippiques, la jetée de nuit, les dunes, etc. Le dessinateur apporte le même soin à représenter les intérieurs de ces lieux, avec les aménagements, les mobiliers, la décoration, etc. En fait, l’apparence tout public des dessins peut fausser la première impression du lecteur, lui laissant penser à une reconstitution historique allégée, voire convenue, alors qu’elle s’avère très solide et très riche, à chaque page. Cette consistance des lieux et des environnements rejaillit sur les personnages qui en deviennent également complexes et adultes dans leurs comportements et dans leurs prises de position… tout en conservant une forme de légèreté… Cela peut s’avérer assez surprenant. Par exemple, quand Ansor se trouve face au roi, cela relève à la fois de la farce comique (le pauvre commissaire dépassé par les événements), et en même temps du drame (le professionnalisme du policier foulé au pied par les exigences léonines du roi).



Comme pour la série Kathleen, le scénariste raconte une histoire policière au premier degré, une enquête sur un meurtre, se déroulant dans un milieu social, culturel et historique précis, pour en révéler certaines facettes, c’est-à-dire un polar en bonne et due forme. Le commissaire recherche des indices, procède à des interrogatoires, envoie ses inspecteurs sur le terrain, patauge, se trompe, analyse les informations avec sa connaissance de cette époque. Le scénariste participe lui aussi à la reconstitution historique, en plus de celle visuelle consistante et solidement documentée du dessinateur. À l’évidence, le récit respecte l’histoire personnelle de Léopold II (1835-1909), sa relation avec Blanche Delacroix (1883-1948), le décès du prince Léopold, le développement d’Ostende comme station balnéaire, et aussi la visite de Mozaffareddine Chah (1853-1907), le résident James Ensor (1860-1949, artiste peintre, graveur et anarchiste belge). Plus que respecter le contexte historique, l’intrigue en découle, y est indissolublement liée, serait fondamentalement différente si elle se déroulait ailleurs ou à une autre époque. Le récit relie également des particularités comme les spécialités de cette ville balnéaire (en particulier le goût d’Ansor pour les crevettes), et la collection de masques de James Ensor par rapport à Ansor, car il estime que son travail consiste bien à démasquer les individus.


Dans un premier temps, le lecteur comprend bien l’opportunité pour le scénariste de proposer une nouvelle série se déroulant en Belgique avec un nouveau personnage pour mettre en valeur les artefacts historiques de la belgitude du début du vingtième siècle. Il peut entretenir quelques réserves sur les caractéristiques graphiques tout public du dessinateur. Très vite, il ressent la richesse des dessins, la solidité remarquable de la reconstitution visuelle. Puis celle tout aussi consistante de l’évocation de Léopold II et de son amante, de l’urbanisme d’Ostende et de son artiste résident James Ensor. L’intrigue policière suit une trame classique et tout aussi solide, avec des révélations finales évoquant le mode opératoire de Hercule Poirot. Classique et éprouvé, nourri par les lieux et le contexte historique et culturel.