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mercredi 8 janvier 2025

Le Caravage T02 La grâce

L’extase reste l’extase, d’où qu’elle surgisse.


Ce tome est la seconde moitié d’un diptyque, faisant suite à Le Caravage T01 La palette et l'épée (2015). Ce tome est initialement paru en 2018. Il a été réalisé par Milo Manara pour le scénario, les dessins et la mise en couleurs, assisté de Simona Manara pour les couleurs, la traduction a été réalisée par Aurore Schimd. Il comprend cinquante-six pages de bande dessinée.


1606, une nuit d’été, non loin de Rome dans un camp de saltimbanques. La communauté est réunie autour du feu, en train d’écouter deux musiciens et de regarder une adolescente dansant avec vivacité. Une matrone imposante remarque une petite charrette tirée par un unique cheval en train de passer le pont. Le conducteur les salue : elle reconnaît le vieux Lanzi, et elle lui demande ce qu’il veut. Il descend de sa charrette et il retire le drap de son chargement, indiquant que c’est l’homme couché qui a besoin d’aide, il est blessé et il ne va pas bien. La matrone dit qu’il doit être recherché par la garde. Lanzi indique qu’elle a raison, il a beaucoup de fièvre. Il ajoute qu’il sait qu’elle peut le guérir. Il lui confie quelques écus, ainsi que l’épée dont l’homme ne se sépare jamais. Elle accepte, Ursus l’homme fort vient prendre Michelangelo Merisi toujours inconscient, et il l’emmène pour l’allonger dans la couchette d’une des roulottes. Une femme se penche sur lui pour l’examiner : elle le reconnaît, c’est un grand artiste. Elle constate que la blessure est purulente, sûrement provoquée par une lame infectée, il faut la nettoyer ou il mourra. La matrone décide qu’il faudrait de la poudre d’argent, et il est décidé d’envoyer Ipazia pour en chercher à l’aube.



Le lendemain, l’adolescente s’en va chercher la poudre d’argent, à cheval. Elle revient accompagnée par un carrosse tiré par deux chevaux. Arrivé au camp, il en descend la comtesse Colonna qui a tenu à venir en personne. Elle se rend au chevet du blessé et confirme son identité. Elle explique qu’elle a apporté tout le nécessaire. Elle ajoute qu’il faut le sauver, il s’agit du plus grand artiste de leur temps. Elle s’en remet à la troupe car elle les en sait capable. Elle sort de la roulotte en leur disant qu’elle sait qu’ils partent pour Naples. Elle s’est munie de tout ce qui lui faut pour peindre. Quand il ira mieux, s’il produisait des toiles, elle souhaite qu’ils les lui apportent à son palais de Naples. Elle les y attendra : ils font tout leur possible qu’il soit gracié, mais pour y parvenir, il faut de nouvelles toiles. Elle charge Ipazia de s’en occuper, car elle a l’air dégourdie. Quelques jours plus tard, Michelangelo est remis sur pied et il décide de peindre La cène à Emmaüs, avec Jésus que tous croyaient mort. Une fois son tableau achevé, il se recule, et il reprend un pinceau pour barbouiller de noir la fenêtre et son paysage, provoquant des cris d’effroi d’Ipizia. Elle ne comprend pas son geste : la fenêtre était si belle ! Il lui rétorque : Belle et inutile comme Ipizia ! Une bohémienne indique que la garde arrive !


La première page replonge directement le lecteur dans l’histoire, avec sa mise en couleur si particulière, et cette case occupant les deux tiers de la page pour montrer l’environnement. Simona et Milo Manara utilisent une teinte de gris déclinée en plusieurs nuances, avec une légère touche discrète de vert, une ambiance nocturne amalgamant une excellente visibilité avec une sensation de nuit. Cette ambiance unique se retrouve lors d’une nuit dans la roulotte avec une discrète touche violette, puis à bord d’un navire alors que Merisi est le témoin des souffrances des rameurs, et encore lors de la fuite de Malte en descendant un mur de rempart grâce à une corde accrochée à un créneau. Cette première case frappe également le lecteur par la beauté du paysage nocturne, par la finesse et la délicatesse du trait : une vue panoramique d’une chute d’eau, avec un village au sommet de la falaise, un pont en pierre avec trois arches, la végétation accrochée aux pentes escarpées, la petite chapelle ; les roulottes et le feu de camp avec la seule tache de couleur claire. Le lecteur découvre d’autres cases établissant un environnement, occupant les deux tiers d’une page : une vue de la baie de Naples et du Castel dell'Ovo en plein jour, les modèles contemplant le tableau achevé Les sept œuvres de Miséricorde, l’arrivé par la mer à La Valette à Malte avec sa forteresse, Le Caravage contemplant La décollation de Saint Jean-Baptiste, Michelangelo Merisi se morfondant au fond d’une oubliette, l’évasion nocturne de la forteresse de Malte, la balade dans une très vieille grotte appelée L’oreille de Dionysos, autant de visions mémorables.



Michelangelo étant sorti de Rome, sa vie offre plus de diversité en termes de localisations, et de situations. Le bédéiste représente des séances de peinture : choix de modèles pris directement dans l’entourage de l’artiste, c’est-à-dire des individus du peuple dénués de toute notoriété, installations de nature diverse pour réaliser les toiles, dans un palais de l’ordre de Malte, dans le logement même du peintre, ou bien en plein air dans le campement de saltimbanques, le dessinateur représentant à chaque fois les outils du peintre, et l’installation de la toile en fonction de ses dimensions. Le lecteur retrouve quelques séquences urbaines prenant le temps de regarder les constructions, les activités de rue (transport de marchandises variées, déambulation des anonymes de différentes strates de la société, passage d’un carrosse, déchargement de navires, raccommodage par un groupe de femmes installées sur des chaises, etc.), linge en train de sécher, monuments dans une perspective, etc. Il passe d’une veillée autour d’un feu de camp, à une adolescente équilibriste debout un pied sur la selle de deux chevaux, des soldats reluquant lubriquement une jeune femme se baignant nue dans une rivière, un repas chaleureux dans une taverne, une funambule, un voyage en galère, un duel à l’épée, un deuxième duel à l’épée, une balade funeste les pieds dans l’eau en bord de mer, etc.


Comme dans le premier tome, l’auteur met en scène l’artiste en train de peindre, incluant les tableaux correspondants dans une case, et en évoquant d’autres hors champ. La liste se révèle impressionnante : La mort de la vierge (1605-06), Le repas à Emmaüs (1606), Marie-Madeleine en extase (1606), Les sept œuvres de miséricorde (1607), La flagellation (1607), Portrait d’Antonio Martelli (1607/08), Portrait d’Alof de Vignancourt (1607), La décollation de saint Jean-Baptiste (1608), Amour endormi (1608), L’enterrement de sainte Lucie (1608), La résurrection de Lazare (1609), La nativité avec saint François et saint Laurent (1600), David et Goliath (1606-07), Le martyre de sainte Ursule (1610). Le lecteur peut voir un artiste tout entier consacré à son art, ayant conservé le sang chaud, trait de caractère également mis en avant dans la première moitié. Les convictions de Michelangelo Merisi continuent de le porter vers le peuple, à la fois comme public de ses œuvres, à la fois comme modèles pour les personnages de ses toiles. Il bénéficie de l’aide indirecte de la comtesse Colonna, subjuguée par ses toiles, œuvrant pour lui auprès des autorités afin qu’il puisse bénéficier d’une grâce pour son crime.



Le lecteur se délecte de cette biographie racontée avec délicatesse, émotion et une pointe de sensualité. Il ressent la fougue de l’artiste, sa volonté de se montrer naturaliste et parfois brutal. Il voit un homme habité par sa vocation, se donnant à son art, refusant de se cantonner à appliquer des recettes académiques, pour plutôt rechercher une forme de vérité et de réalisme. Ses tableaux combinent la douceur des couleurs et la violence de certains actes, une forme de version miroir de la vie du peintre telle qu’elle est montrée par le bédéiste. Le lecteur voit un artiste emporté dans une fuite en avant, tout en espérant un retour à la normale. Il doit se tenir à l’écart de Rome, et éviter les forces de l’ordre à sa poursuite. Mario lui fait observer qu’il pourrait s’établir à Naples en toute tranquillité et jouir de la vie. L’artiste lui répond que : Tout le monde le hait, lui-même compris. Il ajoute que : Il y a un démon en lui, qui l’’entraîne vers les ténèbres dès qu’il touche la lumière du doigt… La grâce ?! Il n’y croit plus ! Ils le veulent mort ! Ils finiront par le tuer ! Le lecteur voit un homme qui ne peut pas être en repos, qui porte un regard critique sur lui-même et qui se juge coupable. Cela le pousse à rechercher la grâce, celle très concrète de la justice pour pouvoir regagner Rome en honnête citoyen, et de cette grâce juridique il estime qu’il découlera une grâce spirituelle. Le lecteur se demande dans quelle mesure il peut faire le parallèle avec le bédéiste, lui-même artiste, si ses motivations profondes s’avèrent similaires à celles du peintre, s’il est lui aussi à la recherche d’une forme de grâce, esthétique bien sûr, peut-être spirituelle.


Deuxième moitié de la vie du Caravage selon Milo Manara : celui-ci a choisi avec soin les périodes qu’il souhaite aborder, et il fait un savant usage de l’ellipse pour se focaliser sur les événements biographiques les plus attestés, et prendre du recul quant à ceux qui font débat. Michelangelo Merisi apparaît comme un artiste avec une vision très claire et intense quant à ce qu’il souhaite faire apparaître dans ses œuvres, possédant une maîtrise technique exceptionnelle, confinant au génie. La bande dessinée diffuse une élégance incroyable, donnant la vie à ses personnages, reconstituant cette époque, et donnant à voir la passion et la souffrance du Caravage. Un souffle spirituel.



mercredi 25 décembre 2024

Le Caravage T01La palette et l'épée

En vérité, la peinture est source de plus de souffrances que de joies… Il vaut mieux chanter !


Ce tome est le premier d’un diptyque consacré à Michelangelo Merisi da Caravaggio (1571-1610), dit le Caravage. Ce tome est initialement paru en 2015, le second en 2018. Il a été réalisé par Milo Manara pour le scénario, les dessins et la mise en couleurs, assisté de Simona Manara pour les couleurs, la traduction a été réalisée par Aurore Schimd. Il comprend cinquante-six pages de bande dessinée.


Fin de l’été 1592, aux premières lueurs du crépuscule, barrage du pont Salario à deux milles de Rome. Un paysan avancement tranquillement sur la route, juché sur le dos d’un de ses deux bœufs qui tirent la charrette pleine de légumes. Il discute avec le jeune homme qui est assis à l’arrière. Il lui indique que voilà le pont, ils ont réussi. Il continue : Le soleil ne s’est pas encore couché, il pense qu’ils vont les laisser passer. Il prévient son passager qu’il ne le connaît pas, qu’il l’a juste dépanné et qu’il ne répond pas de lui. Donc au barrage, l’étranger doit s’arranger avec les gardes ; le paysan ne veut pas qu’ils l’empêchent de passer à cause de lui. Michelangelo répond qu’il ne lui a rien demandé, et que le paysan pense à conduire à ses bœufs. Il lui suggère de regarder plutôt là-bas, en arrière, ce qui arrive. Une voiture tirée par des chevaux arrive à vive allure. Le paysan descend à terre et encourage ses bêtes à aller plus vite, car il sait que si l’autre attelage les dépasse, il est bon pour passer la nuit sur ce pont. À la barrière, les soldats s’amusent : les deux groupes de voyageurs savent qu’ils n’en laisseront passer qu’un seul aujourd’hui. L’un d’eux estime que ça sent mauvais pour le paysan, les chevaux sont trop rapides. À la minute près, le paysan arrive le premier, et il fait signe au cocher juste derrière de s’arrêter, de ne plus avancer, il est arrivé avant eux.



Le paysan et le cocher sont descendus et ils se hurlent dessus, près d’en venir aux mains. Le voyageur est descendu de la charrette, prêt à asséner un coup de bâton. Le capitaine sort du logement au-dessus pont et exige de savoir ce qu’il se passe. Un soldat répond que ces hommes se chamaillent pour savoir qui passera le gué ce soir, il ajoute qu’ils sont arrivés en même temps. Le paysan plaide sa cause auprès du capitaine : sa carriole est pleine de légumes, demain ils seront tout gâtés et plus personne ne les achètera. Une femme descend du carrosse et explique qu’elle voyage avec sa fille et une de ses amies. Elles viennent de Sienne et elles ne peuvent pas passer la nuit ici. Elle brandit un rouleau : leurs papiers, et elle ajoute qu’elle est attendue à Rome ce soir-même. Le capitaine lui demande de monter l’escalier jusqu’au poste de garde, qu’il puisse examiner les papiers. Elle pénètre çà l’intérieur en se présentant : elle se nomme Cinzia dei Melandroni, sa famille est plutôt en vue à Sienne, ils ont plusieurs connaissances bien placées à Rome, bien sûr. Le capitaine la fait rentrer en lui assénant une tape sur les fesses. Les autres, soldats et voyageurs, attendent le résultat de l’entrevue. Michelangelo regarde qui est à l’intérieur du carrosse : deux jeunes femmes qu’il qualifie de devergoigneuses qui cherchent la fessée.


La promesse de la rencontre de deux grands maîtres : Le Caravage et Milo Manara. En fonction de sa familiarité avec l’un ou avec l’autre, le lecteur commence déjà à se faire des films sur la vie sulfureuse du peintre, sur les tableaux érotiques qu’elle va susciter chez le bédéiste, sur la débauche à Rome à cette époque, etc. La scène d’introduction le prend au dépourvu : un voyage des plus prosaïque, dépourvu de toute forme de romantisme dans une charrette avec des légumes, et Michelangelo désagréable dans sa façon de parler. Un capitaine responsable du péage qui profite des charmes de la dame de Sienne, des soldats qui attendent tranquillement que ça se passe. La narration visuelle enchante l’œil par sa finesse des traits de contour et leur précision, par l’étrange ambiance lumineuse de fin de journée, et les deux péronnelles semblent bien aguicheuses. Voilà une entrée en la matière inattendue : le bédéiste a donc choisi de faire commencer son récit avec l’arrivée du Caravage à Rome, sans évoquer son passé, dont il ne sera pas non plus question par la suite. Il consacre neuf pages à cette séquence, ce qui attire l’attention du lecteur sur l’importance qu’il lui donne. Il y voit une forme d’autorité (le capitaine et les soldats) qui se sert en premier lieu, avant tout souci d’ordre et encore moins de justice, un paysan, Michelangelo venant lui de Milan, et des représentantes de la gent féminine destinées à pratiquer le plus vieux métier du monde.



Au cours de la réalisation de la série Borgia (2004, 2006, 2008, 2010) avec Alejandro Jodorowsky, Milo Manara a effectué des recherches sur la période correspondant à sa qualité de pape de l’Église catholique sous le nom d’Alexandre VI de 1492 à 1503. Il met à profit ces travaux pour la réalisation de la présente bande dessinée : le pont Salario, la porte Nevia à Rome, les rues de Rome et ses bâtiments, l’aménagement des tavernes, les ruines antiques, l’aménagement des ateliers de peintre, l’hôpital de Santa Maria della Consolazione, la prison de Tor di Nona, le palais Madama (résidence du grand cardinal Francesco Maria del Monte), la place où se déroule les exécutions capitales, une berge du Tibre, etc. La narration comprend plusieurs renvois à des notes en fin de volume, comme des mots de vocabulaires, par exemple Lanzi, Grottesche. L’auteur utilise avec parcimonie quelques mots tirés du parler médiéval comme Devergoigneuse. D’autres notes renvoient à des personnages historiques comme Giordano Bruno, Pedro Montoya, Beatrice Cenci. Enfin certaines vient développer les toiles intégrées au récit, comme Madeleine repentante, Le martyre de saint Matthieu (1599-1600), La vocation de saint Matthieu (1599/1600), La mort de la Vierge (1600). Le lecteur peut voir le soin apporté également aux tenues vestimentaires, aux ustensiles et accessoires, etc.


L’artiste met en scène la vie quotidienne – enfin la vie quotidienne du jeune peintre – dans une veine naturaliste : mangeant dans une taverne et en butte au comportement grossier des proxénètes du coin, accueilli dans l’atelier d’un peintre et dormant dans une alcôve de pierre, travailler dans l’atelier d’un peintre de renom, se retrouver en cellule, être reçu dans les appartements du cardinal, aller chercher une prostituée comme modèle, etc. L’intégrale bénéficie d’une introduction de deux pages, rédigée par Claudio Strinati, historien de l’Art. Il écrit que : Les images qu’offre Manara se révèlent puissantes et habitées. Il énumère plusieurs lieux et disent que tous deviennent des personnages à part entière. Il développe : Le premier protagoniste du récit reste bien la Ville, cette cité gigantesque et démesurée qui surpassent tous les hommes […] en les entrainant vers un inquiétant destin duquel éclot pourtant la fleur suprême de l’Art et de la Beauté, née d’un combat à mort. Il continue : La Ville de Manara s’inspire autant du Piranèse que d’une sorte de science-fiction reflétant les espaces inventés par Métal Hurlant. Le lecteur suit Le Caravage dans une Rome très concrète, passant du magnifique au sordide, d’un milieu bourgeois à la pauvreté, avec une aisance fluide d’une rare élégance, aussi bien pour une case établissant un environnement que pour une action dépeinte sur une succession de cases.



L’introduction attire également l’attention du lecteur sur le fait qu’il s’agit du récit d’un auteur adaptant un point de vue personnel. Milo Manara présente un moment de la vie du peintre, très limité dans le temps, de 1592 à 1606, c’est-à-dire son séjour à Rome. Le lecteur voit un bel homme, un artiste doué et exigeant, conscient de sa valeur, un homme aimant le plaisir des bonnes choses, que ce soit le vin ou la compagnie des femmes, côtoyant aussi bien les gens du peuple, de la prostituée au jeune artiste désargenté, que les gens d’église, ses commanditaires. C’est également un homme déterminé, refusant de courber l’échine ou de se soumettre à la menace des brigands, en particulier Ranuccio Tomassoni. Pour Strinatti, le bédéiste met en scène Le Caravage comme un artiste très proche de sa propre sensibilité et de ses intentions créatives, un rebelle intransigeant. Le lecteur voit un homme habité par sa vocation, qui déclare à Pedro Montoya, un castrat, que : En vérité, la peinture est source de plus de souffrances que de joies… Il vaut mieux chanter. Il voit un artiste qui veut atteindre une forme de vérité passant par plus de réalisme, laissant de côté les poses dramatisées qui sont en vogue à son époque. Un artiste qui veut mettre en scène la beauté des personnes qu’il peut rencontrer, quelles que soient leurs origines ou leurs occupations professionnelles : pour lui, la beauté ne provient pas de la position sociale. Ou de la nature du sujet : il peint des toiles au thème religieux uniquement par souci qu’elles puissent bénéficier d’une exposition leur permettant d’être vues par le peuple. Dans le même temps, il refuse de céder à la menace physique, allant jusqu’à se battre en duel contre Ranuccio Tomassini.


Bien évidemment, le lecteur s’attend à ce que Milo Manara impose sa personnalité graphique à la vie du Caravage. Il reconnaît facilement son trait, tout en constatant que le bédéiste a ajusté son approche à son sujet. Il se met au service de la vie du jeune peintre, plutôt que de calquer artificiellement ses marottes, créant une ville de Rome entre réalisme et interprétation, mettant en scène des acteurs superbes et émouvants. Michelangelo Merisi s’incarne comme un artiste extraordinaire et un être humain faillible, un peintre merveilleux et un individu aux fortes convictions.