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mardi 8 novembre 2022

Molly West T02 La vengeance du diable

Mon grand-père disait qu’il fallait attaquer le cougar quand il a le ventre plein.


Ce tome fait suite à Molly West - Tome 01: Le Diable en jupons (2022) qu’il n’est pas indispensable d’avoir lu avant, mais qui éclaire des remarques éparses dans cette suite. Il a été publié en 2022. Le scénario est de Philippe Charlot, les dessins de Xavier Fourquemin, et la mise en couleurs a été réalisée par Chiara Zeppegno. Cette bande dessinée comporte quarante-six planches.


Dans un petit village du Texas, quatre pistoleros visent un fuyard. L’un d’eux explique à l’autre que le chicano Diego a des dollars plein les poches, et qu’il a fait le vantard la vieille au soir à la cantina. Des bons du trésor yankee qu’il a vendu à la banque centrale de Chihuahua. Encore un péon qui ne tient pas la tequila et qui parle trop. Diego court en zigzagant pour éviter les balles, mais il se prend les pieds dans des débris au sol et chute en avant. Il repère un cheval à quelques mètres, se relève et monte sur le canasson, réussissant ainsi à prendre la fuite. À Fort Stockton une ville du Texas, le major Hood se tient sur le perron de sa luxueuse demeure par une belle nuit claire. Arti s’approche en catimini derrière lui, à son insu et il l’estourbit d’un coup de bâton. Un peu plus tard, en ville, à Fort Stockton, le shérif sort du bar, en état d’ébriété. Il marche très content de lui, en sifflotant, sans se rendre compte qu’il est observé depuis une ruelle, par un jeune garçon avec un bâton dans les mains. Le lendemain, le juge et le shérif sont attachés à un des poteaux du saloon, affublés d’une robe, avec un écriteau sur lequel est écrit : Nous, juge et shérif de Fort Stockton travestissons la justice. L’ami, ne t’avise pas de libérer ces deux imbéciles avant la fin de la fête ! Un citoyen s’approche, un coup de feu éclate et une balle se fiche à ses pieds.



Après avoir tiré, Molly West part sur son cheval, accompagné par Arti sur le sien. Plus tard, il écrira : à ses débuts, Molly a eu la réputation d’une simple tueuse, sans état d’âme. Elle pouvait l’être. Mais elle savait aussi que la balle qui tue le renard dans le poulailler est parfois une punition un peu trop tendre… comme disait le grand-père. Dans la demeure des Hood, la mère est en train de repasser, cigare au bec. Son fils le major Hood entre dans la pièce. Ils évoquent les malles perdues : une a été retrouvée, l’autre a dû être récupérée par Molly West. La mère tend la tenue qu’elle vient de terminer à son fils : une longue tunique blanche et une cagoule pointue blanche également, ornée d’une moustache. Elle lui rappelle qu’il doit bien faire attention à contenter les partisans, mais aussi les tièdes. Il doit jouer sur les deux tableaux car il aura aussi besoin d’eux s’il veut être élu. Pendant ce temps-là, Diego cavale toujours avec quelques longueurs d’avance sur ses poursuivants, mais la distance diminue. Il plonge la main dans une de ses sacoches et il sème des poignées de billets au vent. Le résultat est immédiat, et il peut continuer sa chevauchée tranquille. Il rejoint Molly West et Arti.


Le lecteur savoure à l’avance de retrouver Isabelle Talbot, jeune veuve ayant pris le nom de Molly West, et de savoir ce qu’elle va faire de sa vie. Les auteurs ont décidé d’introduire des éléments de continuité. Le jeune garçon Artemus, surnommé Arti, reste donc à ses côtés, étant orphelin. Diego, Mexicain émigré aux États-Unis, décide également de s’en remettre à cette dame au fort caractère, ou en tout cas de contribuer à son nouveau projet. Elle a décidé de s’installer dans la petite ville de Lajitas et d’organiser une bibliothèque itinérante, à l’instar de celle dont elle était la responsable dans le premier tome. Le major Hood est également de retour avec sa mère. Le lecteur comprend donc qu’il découvre le deuxième tome d’une série au long cours. Il assiste à l’arrivée de trois nouvelles femmes, recrutées par Molly pour aller de ville en ville, et même de ferme en ferme, avec leur chargement de livres. Étonnamment, seule une d’entre elles indique son nom : Annie, une afro-américaine. Tout aussi déconcertant, ce tome ne comprend pas de tournée de la bibliothèque itinérante, et il n’est pas question de son fonctionnement économique. Le lecteur se serait attendu à ce que ces éléments soient plus mis à contribution au cours de l’intrigue, ou plus exploité.



L’histoire commence avec Diego : une scène entre cliché et humour visuel. Le personnage parvient à courir en évitant les balles de quatre tireurs. Il se prend les pieds dans des débris, mais parvient à se relever sans difficulté, à reprendre sa course, à atteindre un cheval et à s’enfuir, toujours sans être touché. Les dessins s’inscrivent dans un registre descriptif, avec une exagération légère des postures pour la course de Diego, un bon niveau de détails dans les décors. Planche suivante, le lecteur apprécie la mise en couleurs avec l’ambiance nocturne, le halo dégagé par les lumières du salon, celles du bar. La coloriste sait nourrir chaque case, sans nuire à sa lisibilité. Elle rend compte de la luminosité des zones désertiques, de celle moindre d’une pièce éclairée par les lampes à huile, de la grande salle du saloon légèrement plus sombre, du désert au soleil couchant, des lueurs de l’incendie, etc. Grâce aux légères déformations humoristiques, les personnages apparaissent pleins de vie. L’artiste ne pousse pas jusqu’à la caricature. Il donne un visage très lisse à Molly West, ce qui lui donne peut-être une apparence un peu trop jeune. Elle donne souvent l’impression de maîtriser la situation : le lecteur finit par remarquer que cela découle d’une représentation où elle bénéficie souvent d’une légère contreplongée, dominant ainsi son environnement. Arti fait preuve d’une légère candeur et d’un entrain transcrivant bien sa joie de vivre, mais aussi parfois sa profonde tristesse, des émotions plus intenses. Diego fait plus son âge, avec une forme de fausse assurance savoureuse.


Xavier Fourquemin donne vie à plusieurs autres personnages : la mère Hood avec son menton en galoche, le major lui-même visiblement très confiant dans son importance, les trois nouvelles femmes à la morphologie, au visage et à la tenue bien différenciés. Le lecteur se rend compte qu’il ralentit régulièrement son rythme de lecture pour prendre le temps de regarder un visage ou un autre d’un figurant dans une scène de foule. De même, les environnements valent le coup d’œil : les différents types de construction, de la maison la plus modeste, à la plus luxueuse, en passant par le saloon, jusqu’à la ville de Palmito Ranch. Les personnages voyagent d’un endroit à un autre, ce qui est l’occasion de pouvoir profiter des espaces naturels comme le désert rocheux, ou le désert de sable avec cactus, d’une descente de rivière sur un grand radeau et des falaises rocheuses qui l’encadrent par endroit. Le lecteur peut ne pas prêter plus d’attention que ça à la mise en scène ou à la construction des prises de vue, estimant que les cases racontent l’histoire de manière claire, ce qui est le minimum. Son avis évolue avec la planche sept qui ne comporte qu’un seul phylactère de quatre mots, et pourtant qui raconte beaucoup de choses, avec une scène plus complexe qu’il n’y paraît. Il s’en fait à nouveau la remarque dans les pages vingt-quatre et vingt-cinq dont seule la première comporte un unique phylactère. La narration visuelle ne joue pas sur l’esbrouffe : sa solidité devient palpable par moment, la rendant ainsi visible au lecteur.



Dans le premier tome, le scénariste faisait attention à bien situer son récit dans un cadre historique : juste après la fin de la guerre de Sécession. Il ne s’agissait pas pour lui de se livrer à une reconstitution historique pour aboutir à un exposé ou une analyse, mais de montrer que le sort de ses personnages est tributaire de la réalité historique, en particulier le sort à peine amélioré des esclaves qui n’étaient toujours pas les bienvenus dans les états du sud. Le lecteur comprend que le présent récit se déroule quelques jours après la fin du premier tome. Isabelle Talbot a bel et bien laissé son nom de baptême derrière elle, et les blancs regardent toujours les afro-américains et les latinos d’un air condescendant voire pire. Le suprématisme blanc reste à l’œuvre, montrant parfois son vrai visage sous une cagoule blanche avec un sommet pointu. Il apparaît rapidement que l’enjeu de l’intrigue est de contrer la nouvelle entreprise du major Hood qui a commis l’erreur tactique grossière de se rappeler au bon souvenir de Molly West en la menaçant. Dès la planche 6, les auteurs révèlent qu’il appartient à la société secrète terroriste suprémaciste blanche des États-Unis, la plus célèbre.


En fonction de ses attentes, le lecteur peut trouver cet opposant incontournable, se situant dans la droite lignée du comportement d’une partie de la population vis-à-vis des afro-américains après l’abolition de l’esclavage. D’autres pouvaient attendre plus d’informations sur les lois Jim Crow. Toutefois, passée la première moitié, le scénariste retrouve le bon dosage, l’équilibre entre le récit d’aventures tout public, et le contexte social façonnant les individus, la réalité de la ségrégation, des lynchages, et les réactions en conséquence de personnes comme Molly West. Comme le premier tome, celui-ci revêt des atours tout public, tout en montrant la cruauté abjecte de certains individus, et l’effet que cela produit sur la manière d’agir des personnages principaux qui ne sauraient être des héros lisses et sans reproche. En outre, Charlot intègre bien un élément historique : John Jefferson Williams (1843-1865, étrangement appelé John William Jefferson dans la BD), militaire de l'Union, mort à la bataille de Palmito Ranch, la dernière bataille de la guerre de Sécession, considéré comme le dernier soldat tué lors de ce conflit.


Après un premier tome déconcertant par son alliance d’apparence tout public, et de réalités plus pragmatiques et plus sordides, le lecteur espère bien que Molly West continuera sur cette lancée. Il peut sentir poindre une forme de frustration alors que le scénariste ne semble pas vouloir développer les ingrédients pleins de potentiel comme l’histoire du Ku Klux Klan, ou la personnalité des trois nouvelles femmes qui s’associent à Molly West. Dans le même temps, il finit par remarquer la qualité du travail d’artisan du dessinateur, les qualités d’une narration visuelle discrète et pourtant remarquable. Petit à petit, l’intrigue trouve une direction plus nette et l’histoire revient au niveau de celle du premier tome. Le lecteur sait qu’il reviendra pour le tome suivant.



jeudi 6 octobre 2022

Molly West T01 Le Diable en jupons

Ça aide de penser à quelque chose qui met très en colère.


Ce tome est le premier d’une série indépendante de toute autre, publié en 2022. Le scénario est de Philippe Charlot, les dessins de Xavier Fourquemin, et la mise en couleurs a été réalisée par Chiara Zeppegno. Cette bande dessinée comporte quarante-six planches.


Quelques temps après la fin de la guerre de Sécession, au Texas, un cadavre a été pendu à un arbre. Un jeune garçon nu-pied court vers le corps ballant, et il s’escrime à essayer de lui enlever sa botte. Un cavalier passe tranquillement lui suggérant de lui laisser ses bottes : question de dignité. Un homme sans ses bottes, c’est plus un homme. Arti répond que justement, c’est plus un homme, c’est un bout de bidoche. Sur le perron d’une maison voisine, Isabelle Talbot lit le titre du livre que lui tend une femme âgée qui fume le cigare : La fiancée du cowboy, de Jon C. Prime. Elle répond ensuite à la question qui lui est posée : elle a pratiqué l’équitation pendant de nombreuses années. Elle jette un coup d’œil rapide au garçon qui est parvenu à récupérer les bottes et qui les enfile. La vielle dame continue : on ne voit pas de trucs comme ça dans le nord, n’est-ce pas ? Elle explique : un jeune homme de la ville, il a mal choisi son camp pendant la guerre et a commis l’erreur de revenir ici un peu trop tôt. Les habitants ne l’enterrent pas tout de suite : ils en profitent un peu d’abord. C’est quand même un enfant du pays. Elle revient à l’entretien : Isabelle Talbot va faire l’affaire.



Le boulot : l’idée n’est pas de la dame âgée, mais du major Hood, un grand monsieur, son fils. Avec des hommes comme lui aux commandes, les texans ne seraient pas à la merci des états du nord. Les plantations ne manqueraient pas de main d’œuvre, et les routes ne seraient pas encombrées de gens de couleur, livrés à eux-mêmes. Elle revient au travail à effectuer : le prédécesseur d’Isabelle mettait deux bonnes semaines, à elle il en faudra trois ou quatre. Celle d’avant était une idiote : elle s’est fait engrosser par un fermier. Il s’agit de convoyer et de livrer un chargement de livres à travers plusieurs villes et fermes, sans oublier Lajitas qui est la dernière étape. Le major Hood y tient particulièrement. À la frontière mexicaine, ils n’ont pas souvent de visite, ce serait dommage de les en priver. Elle vérifie ensuite que la nouvelle est bien armée : c’est le cas, un petit pistolet dans un holster attaché à la cheville. De son côté, Arti a bien repéré la jeune femme : il a tout de suite su que cette femme tombait du ciel, un ange, et quand on croise un ange, on s’y attache. Le lendemain, Isabelle Talbot est prête à partir, avec un cheval, et une carriole remplie de livres, tirée par un autre cheval. Avant de se mettre en route, elle donne une pièce à un afro-américain qui erre dans la rue. Il lui dit que le bâtiment qu’elle regarde, c’est l’ancienne banque, elle a brûlée il y a quelques années. Elle commence son voyage : dans ce milieu sauvage elle détonne par ses manières. Le soir venu, elle s’arrête, enlève sa selle, détache et les chevaux et tire nerveusement sur une araignée. Elle découvre un passager clandestin : Arti, dans le grand coffre à livres.


Un dessin de couverture plutôt Aventure, avec un soupçon d’exagération qui évoque une publication pour la jeunesse, et des couleurs un chaude, très agréables à l’œil. Une femme avec une carabine, un jeune garçon : voilà qui promet une aventure évoquant des héroïnes tout public, même si le texte de la quatrième de couverture (avec une petite erreur sur le verbe Dénoter, au lieu de Détonner) mentionne un passé rempli de souffrance. La première page confirme le plaisir de l’œil pour les couleurs, avec une palette mettant à profit les possibilités de dégradés, mais aussi sachant rester dans des teintes limitées sans s’éparpiller, avec des effets d’ombrage étudiés. Le langage corporel du jeune garçon s’avère un petit peu exagéré, ainsi que ses expressions de sa jeunesse, entre l’entrain normal de son âge et les conventions d’une bande dessinée discrètement humoristique. Dans le même temps, le récitatif semble comme en décalage. Il évoque les soldats morts pendant la guerre de sécession (1861-1865) et l’impossibilité d’un monde parfait même après la victoire des nordistes. L’activité du garçon est de dépouiller un cadavre pendu, ce qui renvoie à la fois à une justice expéditive et au dénuement de l’enfant. L’échange entre le garçon et le cavalier atteste d’une forme de cynisme de l’enfant qui semble avoir l’habitude de voir des cadavres et qui le qualifie de bidoche, et la réponse du cavalier signifie que ce dernier a abandonné ses principes de dignité, comme s’ils ne pouvaient plus s’appliquer dans la réalité de cette époque.



De fait, le récit continue dans ce dosage où une composante peut l’emporter sur l’autre le temps d’une scène, et l’inverse à la suivante. Il ne faut pas beaucoup de temps au lecteur pour s’accommoder de cette alliance inattendue entre narration visuelle tout public, agréable à l’œil, et ce propos parfois cruel, parfois immoral. Le premier cartouche de texte permet de situer l’action : au Texas, peu de temps après la fin de la guerre de Sécession, c’est-à-dire dans la deuxième moitié des années 1860. Les dessins tout public laissent planer l’incertitude sur la qualité de la reconstitution historique, sur les éléments Far West plus ou moins simplifiés. Il faut quelques pages au lecteur pour se faire une idée sur ce point en particulier. Dans la première case, la disposition des habitations vis-à-vis de l’arbre au pendu semble un peu trop ouverte par rapport à la grande rue habituelle des petites villes de Western. À partir de la page deux, les décors se font plus consistants : la maison de madame Hood, les maisons contigües, l’intérieur du magasin général, la façade ravagée par le feu de la banque, l’hôtel-saloon, le bureau du shérif de la ville suivante et sa cellule attenante, la salle d’audience pour le jugement, le gibet avec sa trappe, la petite maison isolée du fermier, avec à chaque fois un mobilier adapté, essentiellement à base de planches brutes.


La mission d’Isabelle Talbot l’amène donc à chevaucher doucement, au rythme du chariot tiré par un autre cheval, à travers des étendues sauvages. Là aussi, l’artiste sait donner corps à ces environnements, les rendre palpables et plausibles : le grand chemin de terre, les formations rocheuses, la forêt clairsemée et sa pénombre assez légère à la clarté du feu de camp, la gorge au fond de laquelle un coyote se défend contre des vautours, le cours d’eau plus rapide qu’il n’y paraît qu’il faut traverser à cheval, etc. De même, le lecteur apprécie le soin apporté aux détails des vêtements de Molly, d’Artie, du mexicain Diego, des différents habitants du cowboy tout juste de retour de longues journées à chevaucher au juge dans son habit officiel. Chaque personnage présente une apparence singulière, permettant de l’identifier au premier coup d’œil. Le lecteur se retrouve vite sous le charme d’Isabelle Talbot, avec sa robe ample, son gilet strict, son chemisier dont le col remonte haut sur le cou, ses gants blancs, et ses cheveux bien attachés. Il sourit quand elle remonte un petit peu le bas de sa jupe pour découvrir sa bottine, et juste au-dessus le holster qui abrite un petit revolver. Les auteurs ne la transforment pas en objet du désir : elle ne se retrouve nue que dans deux cases chastes quand elle prend un bain interrompu par l’irruption d’une araignée dont elle a la phobie, dans des images très chastes. Le jeune garçon est tout aussi bien croqué, le dessinateur le représentant comme un individu de son âge, avec des mimiques un peu plus expressives, des gestes plus vifs. En suivant Molly, le lecteur croise de nombreux mâles, chacun avec leur gueule, leur expression, leur posture en cohérence avec leur âge et leur position sociale.



Le scénariste raconte une histoire au premier degré, avec une intrigue bien troussée : une mission de distribution de livres pour apporter la culture dans des coins reculés, mais une remarque de madame Hood ne laisse planer au coup doute pour le lecteur, qu’il y a une entourloupe, vraisemblablement de nature illégale. Le lecteur se retrouve accroché par ce suspense. Consciemment ou non, il se fait également la remarque qu’il s’agit de l’aventure d’une héroïne, et qu’elle est écrite et dessinée par des hommes. En fonction de sa sensibilité, il peut esquisser une grimace quand elle est sauvée par un homme, d’abord en traversant le fleuve plus impétueux que prévu, puis quand elle se retrouve avec la corde au cou. Toutefois, cette impression ne reste pas car le caractère d’Isabelle Talbot se développe par petites touches, pour en faire un personnage qui n’a rien d’une victime, ou d’une femme soumise, encore moins d’une personne réductible à une demoiselle en détresse à sauver. D’autant plus que la scène avec la récupération des bottes sur un cadavre n’est pas un mauvais dosage ou un passage raté. Par la suite, la situation d’un afro-américain errant dans la rue de Kerrville met en évidence que l’abolition de l’esclavage n’a pas mis tous les citoyens sur un pied d’égalité. Il se retrouve sans emploi et sans ressource, dans une ville où personne ne souhaite sa présence, encore moins lui proposer un emploi, et certainement pas le traiter en égal. Quelques pages plus loin, Arti se saisit d’une branche d’arbre pour estourbir un homme assis en train de manger, en le frappant dans le dos : une action pragmatique, dépourvue de sens de l’honneur. Il explique à Molly qu’elle doit le frapper à nouveau sur la tête pour être sûr qu’il perde connaissance. Il lui prodigue un conseil : ça aide de penser à quelque chose qui met très en colère. Dans une autre séquence, elle n’hésite pas à tuer à coups de pistolet, un homme à terre, en le regardant en face.


Un album d’aventures de plus dans un environnement de western, avec une jolie héroïne. D’un côté, il y a un peu de ça avec des dessins expressifs, faciles à lire, entre classicisme et périodique pour la jeunesse. D’un autre côté, dès la première page, le jeune garçon fait montre d’une personnalité affirmée, façonnée par le contexte historique, entre la guerre civile et les exemples de comportements violents donnés par les adultes. Par la suite, Isabelle Talbot devient sciemment Molly West, en apprenant à se comporter plus durement. L’histoire emporte le lecteur dans une intrigue bien construite, à voyager dans les des environnements sauvages, et à évoluer dans des petites villes, aux côtés de personnages complexes qui évoluent au cours du récit.