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mardi 5 septembre 2023

William, 31 ans, scénariste

L’enfer, c’est la surproduction des autres.


Ce tome contient une série de gags, la majorité en une page, indépendant de toute autre série. Sa date de parution initiale date de 2023. Il a été réalisé par James pour le scénario, les dessins et les aplats de couleurs. Il comprend soixante-trois gags, la majorité en une page, à l’exception des strips intitulés Lil’ Will (cinq pages à raison de trois strips par pages), deux gags en deux pages et un gag en trois pages.


William Cabot, scénariste âgé de trente-et-un ans, ouvre la porte palière de son appartement et accueille l’équipe de tournage pour leur proposer d’aller directement dans son bureau. Il effectue le mouvement de leur tourner le dos pour rentrer dans son appartement, marque une pause, tourne la tête et leur demande si ça fait assez naturel cette fois. Le journaliste lui répond qu’ils sont encore en train de tourner et qu’il faut attendre qu’ils aient coupé avant de faire des apartés. Il faut la refaire et il doit tâcher de rester spontané. William se confie à la presse : l’intervieweur constate que le bédéiste ne fait pas de séries d’Heroic Fantasy avec des guerrières dévêtues, des épées, tout ça, et demande pourquoi donc. William répond qu’en réalité il n’a fait que de l’Heroic Fantasy jusqu’à ses trente ans, maintenant il a trente-et-un ans, il a mûri. Réclame : une femme en maillot de bain déclare qu’elle ne pourra jamais tomber amoureuse d’un scénariste tout maigrichon ; le texte explique comment rajouter quatre-vingts à cent kilos rapidement et facilement.



La magie de la rencontre : à une question posée, William répond qu’être scénariste de BD, c’est avant tout une histoire de rencontre, de complémentarité avec ses dessinateurs. Ils savent dessiner, il sait écrire. Off the record : la caméra continue à tourner, et William se demande en quoi sa réplique précédente pourrait être drôle. La note d’intention : William explique le projet de sa prochaine bande dessinée, c’est-à-dire l’histoire d’un gamin des favelas, on découvre qu’il est le dernier hériter de la dynastie des Kennedy. À la suite d’un bug informatique, il est propulsé directeur de la CIA et le voilà alors poursuivi par une horde de parachutistes ninjas qui veulent sa peau. Pour donner une petite couleur politique à l’histoire, le héros couche avec la femme du président des États-Unis. Bref, comme peut le constater le journaliste, on est bien loin de l’Heroic Fantasy. C’est du sérieux ! William révise ses classiques : accoudé à la rambarde sur son minuscule balcon parisien, il déclare Madame Bovary, c’est moi. Le journaliste l’interroge pour savoir si à l’instar de Flaubert, l’auteur du roman, il s’identifie au personnage d’Emma. Il dissipe rapidement le malentendu : Madame Bovary, c’est lui… qui l’adapte en BD. Le quotidien de l’artiste 1 : quatre figures montrant William en train de marcher pipe au bec, s’arrêter avec la pipe à la main, adoptant une posture avantageuse, un pied sur une souche d’arbre, assis dans son fauteuil, jambes croisées, le regard fixant le lointain, avachi dans le même fauteuil en train de piquer un roupillon, la quête de l’inspiration.


Oui, bien sûr, il s’agit d’un ouvrage nombriliste où un bédéiste considère sa profession, réduite à la portion de scénariste, car l’auteur, lui, est un auteur complet. Il a choisi une forme qui peut sembler minimaliste : William porte toujours la même tenue, à savoir un pantalon avec un pli sur le devant, une chemise et une cravate, et un gilet assorti, sans oublier ses lunettes et sa coupe impeccable avec une raie sur le côté. Le journaliste et le caméraman restent hors champ tout du long, avec seulement leurs remarques ou leurs questions dans une cellule de texte. Le nombre de personnages est assez limité : William, les deux journalistes, deux amis d’enfance du scénariste, une femme assise à la table d’à côté à la terrasse d’un café, Caroline Cabot (54 ans) la mère de William le temps de deux gags, Antonin (59 ans, éditeur) le temps de trois gags, une femme demandant un autographe en convention, Vulvania (27 ans, autrice, 1 gag), trois autres dessinateurs (chacun le temps d’un gag), un autre scénariste (le temps d’un gag), Claire (44 ans, libraire). Bon, mine de rien, ça fait quand même une douzaine d’autres personnages.



Bien sûr, William est au centre de tous les gags, il est même le seul personnage à apparaître dans quarante-et-un d’entre eux, sur un total de soixante-trois, c’est-à-dire juste deux tiers. Bon d’accord, mais ces gags se déroulent presque tout le temps dans son salon, sauf pour la porte palière, sa bibliothèque, son petit balcon étroit, l’atelier d’un dessinateur, une terrasse de café, l’appartement de sa mère, le bureau de son éditeur Antonin, la cuisine de William, une galerie d’exposition de planches de bande dessinée, une table à une convention BD, une ville de western, une librairie, sans compter les décors des strips Lil’ Will. D’ailleurs, le lecteur constate rapidement que la monotonie apparente de la forme même des strips (trois bandes de deux cases) est régulièrement rompue par des formes différentes. Ça commence avec un gag en trois cases les unes au-dessus des autres, une rubrique appelée Off the record qui revient à sept reprises dans le tome : le journaliste repose une question pour avoir une réponse plus honnête, moins politiquement correcte. Ça continue avec les pages appelées Le quotidien de l’artiste : uniquement William dans une posture posé, entre une et quatre postures, pour illustrer un thème, comme 1 La quête de l’inspiration, 2 Inspiration nocturne, 3 Le processus de création, 4 Explorer de nouveaux terrains créatifs, 5 Jalouser/admirer le talent d’un concurrent/collègue, 6 Le scénariste de bande dessinée dans un salon du livre, 7 S’accorder une petit pause de temps à autre, 8 Rester connecté au monde extérieur, 9 Boucler un livre. Puis, le lecteur découvre les strips intitulés Lil’ Will : trois bandes de rois cases, chacune constituant un gag, un hommage patent aux Peanuts de Charles M. Schulz (1922-2000), avec parfois une petite touche de Calvin & Hobbes, de Bill Watterson (1958-). Le bédéiste réalise également des parodies de réclame (celle sur le thème de Charles Atlas), deux pages de Trucs & astuces de scénariste, ou encore un western parodique dessinée à la manière des westerns de comics. Le lecteur tombe vite sous le charme de cette diversité, de la capacité de l’auteur à faire siennes des formes classiques.



Mais quand même, ça doit vite tourner en rond ces gags ? Ben, pas du tout. James fait usage de la dérision et de l’autodérision, pour évoquer de nombreuses facettes du créateur solitaire et isolé, soumis à une concurrence protéiforme. Il intègre le fait qu’il y a une part d’immodestie plus ou moins consciente chez l’auteur qui estime qu’il peut vivre de sa plume, que ce qu’il raconte et la manière dont il le fait vont intéresser assez de personnes pour qu’il en vive, qu’il y aura assez d’êtres humains ayant envie de savoir ce qu’il exprime, pour acheter ses œuvres, pour le rémunérer. Dans le même temps, William (forcément l’avatar de papier de l’auteur pour une partie significative) a conscience qu’il n’est qu’un auteur parmi tant d’autres, sans compter les écrivains qui l’ont précédé, aussi bien en bande dessinée, qu’en littérature. L’expérience de la vie lui a permis de constater qu’il ne serait jamais un écrivain dont la postérité retiendra le nom pour les siècles à venir, qu’il n’est pas grand-chose comme scénariste de bande dessinée comparé à des vrais écrivains (ceux qui écrivent des vrais livres), que son métier est dépendant des artistes dans une relation pas toujours très saine (le scénariste exigeant une case avec des centaines de personnages en costume, seulement avec quelques mots, ou une séquence de course-poursuite dont il laisse le soin à l’artiste de la concevoir sur trois pages), qu’il est dépendant d’une inspiration que la banalité de son quotidien à sa table de travail ne nourrit pas. Sans compter sa notoriété quasi inexistante. Son chiffre de vente peu élevé comparé à d’autres. Sa propension à s’en tenir à des récits de genre pour une littérature d’évasion avec des clichés de genre infantiles (comme les femmes en armure riquiqui ou les épées en guise de symbole phallique) le rend pathétique par rapport à de jeunes autrices parlant sans tabou d’une facette de la condition féminine dans la société.


Une série de gags sur le métier de scénariste de BD, réalisée par un bédéiste auteur complet, avec une forme un peu austère d’interview d’un monsieur dont les années fougueuses sont derrière lui, en chemise et cravate, et déjà un peu résigné à une carrière sans éclat. Certes, mais aussi une mise en forme très variée, des dessins de type Ligne claire, un regard pénétrant, honnête sans être méchant ou condescendant. James fait sourire grâce à une solide maîtrise de la bande dessinée, une franchise implacable et gentille, une vraie compassion sans hypocrisie. William 31 ans, scénariste, sait qu’il pratique un métier dans lequel il doit convaincre de potentiels acheteurs de lire ce qu’il écrit, qu’il doit convaincre des dessinateurs de donner à voir le fruit de son imagination, que certains genres restent encore infantiles ou adolescents, que d’autres auteurs sont beaucoup plus doués ou enrichissants, qu’il participe à la surproduction, mais c’est son métier. Un paradoxe insoluble et parfois accablant quand l’inspiration fait défaut et qu’il faut gagner sa croûte.



lundi 13 mars 2023

Journal d'un album

Je m’attendais à des critiques, mais pas de cet ordre.


Il s’agit du premier tome hors-série accompagnant la sortie de l’album Monsieur Jean T03: Les femmes et les enfants d'abord (1994), des mêmes auteurs. Ce tome peut se lire sans avoir lu un seul album de la série Monsieur Jean. Il exhale plus de saveurs si le lecteur connaît la série. Sa première publication date de 1994. Il a également été réalisé par Philippe Dupuy et Charles Berberian, toutefois dans cet ouvrage chacun réalise seul ses propres pages, et non à quatre mains comme les albums de la série. Il s’agit d’un ouvrage en noir & blanc, édité par L’Association alors que les albums Monsieur Jean ont été publiés par Les Humanoïdes Associés. Il comprend cent-vingt-huit pages de bande dessinée.


Mercredi 11 août 1993, Charles Berberian se trouve dans un taxi et le chauffeur lui raconte une anecdote : un type qui monte dans son taxi et qui lui demande de le ramener chez lui, puis qui s’endort sans avoir donné l‘adresse, rond comme une queue de pelle. Impossible de le réveiller, et le chauffeur ne sait pas où il habite, forcément. Du coup, il a roulé pendant trois heures, le temps qu’il émerge, et le compteur tournait pendant ce temps-là, forcément. Il a même pris un autre client pendant que l’autre poivrot ronflait, client qui faisait une drôle de tête, mais en même temps, il était trop content de trouver un tacot à trois heures du mat’. Charles imagine le chauffeur sur la scène de l’Olympia en train de raconter sa blague à un public hilare. Il se lance à son tour, avec une histoire : il monte dans un taxi et le chauffeur n’arrête pas de se racler la gorge. Au bout de cinq minutes, ça lui remonte dans le nez, du coup les clients ont droit à une vidange complète du nez à coups de raclements et de reniflements sonores. Le chauffeur reste sans réaction, sans même sourire.



Quelques jours plus tard, Berberian est en train de dessiner cette scène pour le journal de l’album. Son épouse Anne vient le regarder, en tenant leur fille Nina par la main, elle-même tenant un biberon. Charles s’interrompt, et ils passent dans leur chambre, Anne demandant s’il parle déjà d’elle, des vacances, du fait qu’ils soient en vacances chez sa mère à elle dans le Quercy. Ils sortent voir les animaux dehors, avec leur fille dans les bras de son père. Ils sont donc en vacances dans le Quercy, chez Viviane la mère d’Anne, et c’est là qu’il a commencé son journal. Ils observent les poules et les cochons. Certes tout ce qu’il raconte là n’a rien à voir avec Monsieur Jean, mais c’est-à-dire qu’avec le chauffeur de taxi, ils en sont venu à parler bandes dessinées, et il a dit des trucs pas idiots à ce sujet, en gros que Charles faisait des bêtises. Ça lui évoque Astérix et Obélix. Il se souvient qu’il se marrait bien en lisant ça, il se demande où ils vont chercher toutes ces bêtises, pas vrai ? Charles éprouve la sensation que le chauffeur le punit en le fouettant. Il explique que pour trouver ces bêtises, il regarde autour de lui, il observe les gens et il en fait des histoires.


Au bout de quelques pages, le lecteur comprend que le titre est à prendre littéralement : Dupuy & Berberian ont documenté leur processus de réalisation du troisième album de la série Monsieur Jean, sous la forme d’un album de bande dessinée. Le présent ouvrage se compose de quatre parties. La première réalisée par Charles Berberian, de quarante-et-une pages, composée de trois chapitres. La deuxième réalisée par Philippe Dupuy, comprenant quarante-huit pages, et se composant de quatre chapitres. Enfin une autre partie réalisée par Berberian comptant quatorze pages, et une dernière réalisée par Dupuy, de douze pages. Chaque auteur raconte donc sa tranche de vie correspondant à la gestation de l’album, depuis les premières idées jetées par Berberian, jusqu’à la parution du tome trois de la série Monsieur Jean et à la dernière question : quel éditeur pour le Journal d’un album ? Comme dans toute autobiographie, même si celle-ci est croisée, le lecteur sait que les auteurs ont retenu des moments choisis, et les présentent comme ils l’entendent. L’un comme l’autre l’évoque de front ou de manière incidente : que raconter ? Un trajet en taxi, des anecdotes familiales, les discussions avec les fondateurs de la maison d’édition l’Association (Jean-Christophe Menu, Lewis Trondheim, David B., Mattt Konture, Patrice Killoffer, Stanislas), et bien sûr quelques-unes de leurs interrogations, de leurs doutes, des difficultés créatrices, mais aussi des difficultés matérielles, l’éditeur Les Humanos traversant une période difficile sur le plan financier et sur le plan juridique.



Il suffit donc au lecteur de savoir que l’appellation Dupuy & Berberian recouvre un duo de bédéistes, que leur personnage principal se nomme Monsieur Jean, et que sa série se focalise sur des moments de sa vie parisienne. Charles apparaît comme un monsieur sympathique, pas trop angoissé, ne sachant pas trop comment commencer son journal, ce qui nourrit les premières scènes. Il représente ses personnages de manière semi-réaliste, avec un trait de contour un peu fin, et une apparence qui s’apparente de près à celles des personnages de la série Monsieur Jean, gros nez compris. Les dessins comprennent un degré de caricature, avec des contours pas toujours très droits, comme mal assurés ou réalisés rapidement, un air de bande dessinée indépendante, ou un dessinateur peu porté sur l’application du travail d’encrage, ou encore une bande dessinée conservant sa spontanéité. Le lecteur suit bien volontiers cet auteur dans la banalité de son métier et de sa vie de famille, mais aussi dans l’exotisme de la profession de bédéiste.


Outre le fait que le personnage principal change, le lecteur remarque bien le passage d’un auteur à l’autre car le trait de Dupuy est plus appuyé, plus gras, plus agréable à la vue. Dans le même temps, il identifie également tout de suite la parenté avec les dessins de la série Monsieur Jean, même si ce dessinateur-là n’affuble pas ses personnages de gros nez. Il se révèle être également un excellent conteur, par exemple cette page où il évoque la vie de son père en seulement six cases. En comparant ces planches-ci avec celles de la première partie, il peut se faire une vague idée de ce qu’apportent un dessinateur et l’autre. Il constate que pour l’un, comme pour l’autre, les personnages représentés arborent tous un air sympathique, sans être nunuches, mais sans agressivité. L’un et l’autre savent poser un décor en quelques traits, tout en intégrant des éléments spécifiques qui rendent unique la ferme de Viviane dans le Quercy, ou permettent de reconnaître au premier coup d’œil, la gare Montparnasse. Ils utilisent avec la même aisance le glissement vers l’exagération visuelle, que ce soit avec Charles enfant, ou la mégalomanie débridée de Charles représenté par Phillipe lors qu’il abat une quantité de pages de Monsieur Jean, tout seul.



Cette lecture exhale un peu plus de saveurs pour celui qui a lu le tome trois de la série : il peut alors faire le lien avec une ou deux anecdotes de la vie personnelle de l’un ou de l’autre, et une aventure de Jean, ou bien encore identifier la métaphore du château assiégé par des femmes qui lancent des bébés aux soldats qui montent la garde sur les remparts. Au cours des séquences, Charles comme Philippe s’interroge sur leur rapport à la création, de manière superficielle, et plus sur leur comportement, leur mode de vie. Ça commence avec Charles qui estime qu’il est un adolescent attardé, ou même un enfant attardé à collectionner des figurines des Simpson, à accumuler des bandes dessinées (jusqu’à garder de vieux albums de Ric Hochet) alors que son appartement est plein à craquer. Ça continue avec Philippe qui trouve qu’il n’arrive pas à se faire à son âge, la trentaine : il continue à acheter des casquettes, à se balader en blouson et tee-shirt, voire même en baskets, comme un adolescent boutonneux, et à dépenser son argent en cinéma et en restaurants, alors qu’à trente-trois ans il devrait consacrer son argent à élever ses enfants (à son âge, son père avait quatre enfants).


L’épilogue de Charles le met en scène comme Robin, Philippe jouant le rôle de Batman, en costume l’un et l’autre. Il est question de leur amitié et de leur collaboration professionnelle, des incertitudes sur la parution de l’album de Monsieur Jean, et de leur rémunération. Il cite un passage d’un livre de Serge Rezvani, peintre, écrivain et auteur-compositeur-interprète français d'origine iranienne : À force de me situer à côté, en indiscipline et de la peinture et de l’écriture, prétendant à la transversalité, j’en suis venu à croire, comme le tireur à l’arc aux yeux fermés, que la pensée est à la fois flèche et but, et qu’il est donc inutile et distrayant de se préoccuper de quelle nature sont la flèche et le but, car seul d’arquer son arc sans décocher la flèche suffit. Charles s’interroge sur la beauté du geste, celui de dessiner et sur sa finalité. Puis Philippe évoque les étapes successives pour finir les planches de l’album jusqu’à sa parution : un vrai jeu de l’oie où le passage d’une case à la suivante est tributaire d’événements arbitraires, totalement indépendants des auteurs, à commencer par la santé financière de leur éditeur.


Charles Berberian et Philippe Dupuy ont fait le projet de réaliser un album de leur série Monsieur Jean, le troisième tome, et d’en documenter le processus sous la forme d’un journal à la narration libre, et séparée, chacun produisant ses chapitres seul, de son côté. Ils exposent leurs doutes sur la nature nombriliste d’une telle démarche, et réalisent des pages assez proches graphiquement de la série. Ils plongent le lecteur dans leur quotidien, au travers de morceaux choisis, et mis en scène, une autre forme de construction que celle de Monsieur Jean, mais pas une œuvre spontanée et sans réflexion ou formalisation. Le tout invite le lecteur aux côtés du quotidien de deux bédéistes, avec des personnalités différentes, des narrations visuelles assez proches, pour des tranches de vie banales dans ce qu’elles ont de pragmatique, mais aussi uniques car intrinsèquement liées à eux, à leur situation personnelle du moment, à leur l’étape qu’ils effectuent dans leur métier, à la fois une étape pour grandir, à la fois un reflet de la fragilité de l’artisanat.