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mardi 1 octobre 2024

Le prof qui a sauvé sa vie

Les parents n’ont pas porté plainte, mais essayez de vous contrôler.


Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, à caractère autobiographique. Sa parution date de 2023. Il a été réalisé par Albert Algoud pour le scénario, et par Florence Cestac pour les dessins et les couleurs. Il comprend cinquante-neuf pages de bande dessinée.


Florence Cestac a commencé à dessiner la première page, et elle demande à Albert à quoi correspond ce titre : Le prof qui a sauvé sa vie. Elle trouve que c’est plutôt lui qui a sauvé la vie à bien des élèves. Il répond que certes, mais il a bien failli y laisser sa peau. Et il commence son histoire : Septembre 1978, sa première affectation, à Bruyère, dans la vallée de la Vologne. Il est assis sur le lit d’une chambre d’hôtel, accablé, ses valises pas encore défaites, et étant sûr qu’il va crever d’ennui dans ce bled maudit, maudit car plus tard c’est ici qu’éclatera l’affaire du petit Grégory en 1984. Heureusement, trois mois plus tard, il reçoit une lettre du rectorat lui indiquant qu’il est titularisé : il va être prof de français au collège Tom-Morel de Roc-les-Forges, en Haute-Savoie. Son père s’était livré à une imposture auprès du ministère : il les avait appelés en se faisant passer pour Jean-Jacques Chaban-Delmas, et en exigeant qu’ils reçoivent rapidement le jeune Albert Algoud. Il fut convoqué très vite par un conseiller peu aimable. Pendant l’entretien, Albert remarque qu’il y a un journal de gauche sur le bureau du conseiller, et il sort son propre exemplaire du même journal ; l’entretien devient immédiatement cordial. Après un interminable périple en train et en autocar, il se retrouve dans une riante bourgade savoyarde, sous une pluie battante.



Le lendemain matin, c’est le jour de la rentrée. Albert commence par passer à la boulangerie pour acheter un croissant. La boulangère lui dit ne pas s’encoubler à cause qu’elle a laissé la panosse. Devant l’air ahuri du client, elle traduit : ne pas se prendre les pieds dans la serpillère. Elle lui demande s’il faut mettre le croissant dans un cornet… Elle explique : un sachet. Au collège, il est accueilli par le principal : surnommé le Hareng, à cause de sa forte ressemblance au fourbe Acidenitrix, dans Le grand fossé, de René Goscinny & Albert Urderzo. Il se présente : Jacques Dacaure, le principal. Puis il lui présente ses collègues. Entre autres, il y avait Fanfoulé, prof de français et latin, personnage hors du commun. Pierre prof de gym, fumeur, laïc résolu, mélomane, sarcastique et grand lecteur. Mme Y, prof de maths, il s’est toujours demandé si elle n’était pas un homme. Jean-Paul, prof d’anglais, chanteur et joueur de saxo. Mme Tambet, prof de maths, dite la Vénus, acariâtre et terreur des nuls. Albéric, prof de dessin, toujours sympa et enthousiaste. Mlle M., prof d’histoire, chahutée, elle menace régulièrement ses élèves de se suicider. M. Z, prof de techno, sympa mais très porté sur la boutanche. M. D, alias la Science, prof de Sciences Nat, cordial, diplomate. Le jour suivant, rentrée des élèves et premier jour de classe. Les élèves de cette classe de sixième le dévisagent d’une façon incrédule.


Un titre qui retourne une expression, puisque ici, c’est le professeur qui doit sauver sa vie, plutôt que de sauver la vie de ses élèves. Le lecteur peut avoir été attiré par la dessinatrice également autrice de Harry Mickson, Les Déblok, Le Démon de midi, ou encore Ginette. Elle est également la co-fondatrice de la maison d’édition Futuropolis avec Étienne Robial. Il peut aussi avoir envie d’en savoir plus sur les circonstances qui ont amené l’auteur à quitter l’éducation nationale pour devenir humoriste et travailler avec Antoine de Caunes et Karl Zéro dans Nulle Part Ailleurs, puis faire connaissance avec le professeur Choron, puis l’équipe d’Hara Kiri (Charlie Schlingo, Vuillemin, Jackie Berroyer, Gourio, Gébé, Cabu, Cavanna, Wolinski). Le titre indique également que l’auteur ne s’épanouissait pas dans son métier initial, et que l’ouvrage va donc être à charge contre le système éducatif en France, tout du moins tel qu’il existait à son époque. Ce parti pris apparaît dès la première page, dans laquelle Albert Algoud répond à l’artiste qu’il a bien failli y laisser sa vie. Puis il effectue un rapprochement entre le lieu de son affection et le fait qu’il sera le siège de l’affaire du petit Grégory six ans plus tard, établissant ainsi une curieuse relation de cause à effet à rebours de l’ordre chronologique. La description de ses collègues s’avère également très orientée : d’un côté les gens originaux et sympathiques, de l’autre les conformistes forcément névrosés et mortifères.



Bien sûr, la tonalité de la narration s’inscrit dans un registre humoristique du fait des caractéristiques des dessins. L’artiste dessine ses personnages avec des gros nez, de type bande dessinée humoristique franco-belge et des mains ne comprenant que quatre doigts. Elle exagère les expressions de visage pour en faire des mimiques, avec le double effet de rendre apparent l’état d’esprit de chaque personnage et d’obtenir un effet comique doux. Le lecteur remarque d’ailleurs que le volume imposant de ces nez arrondis induit un décalage de côté un peu particulier de la bouche pour qu’elle puisse être visible. Pour autant, la direction d’acteurs reste dans un registre exprimant des nuances, sans tomber dans la caricature. Le lecteur éprouve ainsi de l’empathie pour chaque personnage : l’air sérieux du père d’Albert se faisant passer pour Chaban-Delmas, l’accueil souriant de la boulangère, le caractère acariâtre de Mme Tambet, la posture dépressive de Mlle M, les émotions plus intenses des adolescents, l’énergie mise par le prof quand il joue littéralement les scènes lors de la lecture à voix haute à ses élèves, l’insolence inébranlable de Félix qui imite Roland Magdane, le rire sans retenue des élèves devant un tableau de Joan Miró, la curiosité naturelle de ces mêmes élèves lors de la sortie à la foire aux bestiaux chaude en septembre, l’énervement du fonctionnaire de police découvrant que les lettres dénonçant les émissions de radio d’Albert Algoud ont été écrites par lui-même, la haine viscérale des skins comprenant qu’ils ont été moqués lors de leur propre défilé, sans oublier toutes les fois où Albert lui-même perd son contrôle de soi et explose.


Le lecteur se retrouve en pleine empathie avec ce jeune professeur, avec ses amis, avec ses élèves, complètement de son côté. Il comprend qu’il voit les personnes et les lieux avec le point de vue subjectif d’Albert. Quand il arrive à Roc-les-Forges, le dessin montre une ville morose avec une couleur terne, et une pluie incessante, ce qui reflète l’état d’esprit dans lequel se trouve le professeur. Quand il entre s’acheter un croissant, la boulangère est tout sourire, le prof étant rasséréné par ce contact humain souriant et chaleureux. Lorsqu’il se trouve pour la première fois dans sa classe, les murs sont nus et sans identité, comme ceux d’une cellule. En revanche, lorsqu’il se trouve devant les rayonnages d’une bibliothèque, les dos sont colorés, un décor beaucoup plus attirant. Lors de la sortie scolaire à la foire aux bestiaux, les cases semblent pleines à craquer, pleines de nouvelles choses à découvrir. Lorsqu’il projette des diapositives d’œuvres d’art contemporaines, tous les élèves deviennent indistincts dans la pénombre, comme rendus anonymes par l’originalité des œuvres d’art de Paul Klee, Jackson Pollock, Joan Miró, René Magritte.



Albert Algoud raconte cette période de sa vie de manière chronologique : l’annonce de sa titularisation en Haute-Savoie (où il semble se rendre tout seul, sans son épouse, ni sa fille), sa prise de contact avec les élèves et les autres professeurs, ses accrochages avec les élèves, ses échanges avec ses collègues sur ses difficultés pédagogiques, ses innovations pédagogiques (à cette époque, et dans cette région de la France), sa gaffe avec l’expression Crétin des Alpes (et le fond de vérité historique), ses relations extra-professionnelles avec certains collègues, avec certains élèves (tout en ayant conscience du risque), et enfin d’autres activités, à commencer par l’animation d’une émission sur une radio-libre, jusqu’à démissionner de l’éducation nationale. Le lecteur est de tout cœur avec lui pour cet investissement à trouver le bon mode d’intéressement des élèves, pour son côté redresseur de torts, pour son inventivité et son énergie lui permettant d’exprimer sa personnalité en sortant du cadre rigide de l’éducation nationale. De temps à autre, le lecteur ne peut pas s’empêcher de s’interroger sur une facette ou une autre de ce qui est raconté. Il a bien noté qu’Albert tient un nourrisson dans ses bras en page 4, et qu’il doit être marié ou en couple, mais il n’est plus jamais fait mention d’eux par la suite, le jeune professeur ayant certainement dû se délocaliser seul en Haute-Savoie. Il ne peut pas s’empêcher non plus de penser de temps à autre à ses collègues. Albert semble plein de respect pour le prof de français et pour ses citations latines peu communes, en revanche les autres n’ont pas le droit à sa considération. Il indique à plusieurs reprises qu’il dérobe des livres dans des librairies pour les intégrer dans la bibliothèque de sa classe. Ces attitudes renvoient à la mission affichée dans le titre : sauver sa vie, en s’échappant d’un système trop strict.


Une bande dessinée autobiographique pétrie de bonne humeur. Les dessins font voir le monde par les yeux du scénariste : des personnages pleins d’entrain, sauf pour quelques adultes morts à l’intérieur, l’énergie inépuisable des adolescents, les emportements du professeur, soit d’enthousiasme, soit d’indignation. Le scénariste revient sur cette période de sa vie : une solide motivation pour exercer son métier de professeur, mais un système éducatif qui perpétue l’injustice sociale, et qui exige que pour enseigner il faut avoir la foi dans sa vocation. En prime, une anecdote savoureuse avec Fabrice Luchini découvrant que son chauffeur de taxi connaît Albert Algoud.



mardi 26 mai 2020

Caroline Baldwin, Tome 15 : L'ombre de la chouette

Personne ne vous accuse.

Ce tome fait suite à Caroline Baldwin Tome 14 : Free Tibet (2010) qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu avant. La première édition date de 2011 et il est repris dans Caroline Baldwin Intégrale T4: Volumes 13 à 16. Il a été réalisé par André Taymans pour le scénario, les dessins et l'encrage. La mise en couleurs a été réalisée par Bruno Wesel. Cette aventure comprend 46 planches.


Quelque part dans une forêt aux États-Unis, un groupe de voitures de police est arrêté, feux à éclats en fonctionnement. Caroline Baldwin descend de son quatre-quatre et rejoint le l'inspecteur Philips Ensemble, ils font quelques pas jusqu'à arriver au pied du cadavre, un individu d'une soixantaine d'années. Philips lui explique qu'il fut le PDG de Kristal Corporation. Dans sa poche, il a retrouvé une carte de visite professionnelle de Baldwin, à l'époque où elle travaillait pour Wilson Investigation. Dans sa voiture a été retrouvé un post-it avec les mots : to Caroline Baldwin, conspiration. Philips ajoute que l'ex PDG revenait d'une réunion des membres influents du parti républicain et qu'ils sont en train d'être interrogés. Non loin de là, un des deux individus cagoulés observant la scène se dit qu'il est temps de prendre la poudre d'escampette, avant que les policiers se mettent à fouiller les environs. Il fait rouler une pierre, et tous les policiers se lancent à sa poursuite, Caroline Baldwin en tête. L'autre mercenaire reste allongé prêt à appuyer sur la détente de son fusil à lunette. Baldwin parvient à rattraper le fuyard, mais il est abattu par le tireur embusqué.

À l'auberge du moulin de Léré, un peu à l'écart de la commune de Vailly en Haute-Savoie, l'agent Gary Scott et sa femme Lisbeth viennent prendre leur chambre pour deux nuits. Une fois installé, Lisbeth explique à Gary qu'il peut dormir par terre et qu'elle prendra le lit. Sous leur apparence de touristes, ils sont en mission pour le FBI. Scott a reçu un appel d'un ami d'enfance qui aujourd'hui travaille pour une des plus grandes institutions suisses. Il lui a déclaré avoir mis au jour un vaste complot terroriste. Vu le poste qu'il occupe, cet ami est aux premières loges pour observer les blanchiments d'argent et autres manœuvres financières criminelles et frauduleuses pouvant le cas échéant nuire aux intérêts des États-Unis. C'est la raison pour laquelle le FBI a pris cet avertissement au sérieux. Ils doivent retrouver le contact le lendemain au bord du lac de Vallon, dans la chapelle Saint Bruno. Le lendemain, Gary Scott pénètre dans la chapelle, pendant que Lisbeth guette à l'extérieur. Elle entend un coup de feu et voit une silhouette s'enfuir. Elle la poursuit et découvre un cadavre tenant dans sa main un billet de $1, avec le numéro de série partiellement entouré pour faire ressortir le nombre 1408.


Après un secret caché par une petite communauté au nord du Québec, et une tentative de manifestation chinoise au Tibet, André Taymans revient dans un registre de genre, celui de l'espionnage avec une dynamique de thriller. Il s'agit d'une histoire en deux parties qui trouve sa conclusion dans le tome suivant. Dans celui-ci, le lecteur va de surprise en surprise avec les deux personnages. Le scénariste a choisi de séparer Caroline Baldwin et Gary Scott qui se retrouvent devant des cadavres, et qui subissent les événements sans réussir à reprendre le dessus. Très habilement, Taymans fait en sorte que Caroline Baldwin reste bien l'héroïne de son récit. En effet, celle-ci se rend compte que son conjoint intermittent lui a caché des choses essentielles, ce qui fait que le lecteur ressent plus de sympathie pour elle que pour lui. Il la suit ballottée entre une course-poursuite dans les bois, un rendez-vous chez le médecin pour le suivi de sa séropositivité, deux phrases échangées avec Gary Scott sur le palier alors qu'ils se croisent l'un arrivant, l'autre repartant, et une visite dans une maison à louer à la campagne. Pendant ce temps-là, Gary Scott traverse des moments plus mouvementés : le guet-apens au lac de Vallon dans le canton de Fribourg en Suisse, la découverte des cadavres de bouteille de bourbon dans l'appartement qu'il partage avec Caroline, une mise à sac dudit appartement, et le souvenir de sa femme.

Le lecteur se rend compte qu'il se prête au jeu dès la première séquence : assassinat mystérieux, motivation inconnue, mercenaires cagoulés. Autant de conventions de genre espionnage/policier à la fois immédiatement divertissantes, à la fois servant à dévoiler une intrigue. André Taymans parsème son récit avec des indices, certains peut-être des fausses pistes, d'autres mystérieux et intrigants, et il le fait avec un dosage équilibré. Il y a à la fois ces éléments relevant d'un genre : des individus cagoulés, un nombre entouré sur un billet de banque, peut-être une guerre des services de renseignement, des relations détériorées entre Caroline et Scott pour augmenter le niveau de drame, un entrefilet dans un journal sur un appel aux malades incurables de devenir des kamikazes contre le grand Satan américain, des textos d'une personne décédée…Les dessins descriptifs permettent d'y croire dans le contexte de cette fiction. D'un autre côté, il y a des aspects plus prosaïques : la frustration de Philips à qui on a retiré l'enquête, le rendez-vous chez le médecin, le trajet en taxi à New York, la visite de l'appartement à louer, les longs trajets en voiture sur des routes interminable traversant de grandes étendues sauvages.


Ces deux composantes de la narration (conventions de genre + moments normaux) sont liées par la narration visuelle, naturaliste. La première séquence montre les personnages dans une forêt avec 2 essences d'arbres, une implantation plausible de ceux-ci. La séquence à l'auberge du Moulin de Léré donne la sensation que l'auteur y a séjourné, à la fois pour l'apparence du bâtiment et pour l'aménagement des chambres et de la salle de restauration. Le lecteur éprouve la sensation que l'artiste a vraiment fait la promenade qui mène à la chapelle Saint-Bruno. Il ne s'agit pas pour lui de caser des carnets de voyage, des dessins réalisés sur place en repérage. Les personnages s'intègrent dans ces lieux, évoluent en fonction de leurs caractéristiques (relief, aménagement), et avant tout en fonction de l'intrigue. À partir de la planche 12, le lecteur voit Caroline Baldwin, puis Gary Scott se déplacer à New York, en taxi ou en voiture du FBI. Il en profite pour regarder les façades de gratte-ciels, les affiches de spectacle dont une première évoquant une chienne de sorcière, une seconde sur un spectacle intitulé Moon River interprété par une certaine Cendrine. Il sourit en se rappelant que ce titre est celui du premier tome de la série et que Cendrine Ketels a interprété Caroline Baldwin dans un clip du groupe Feel the Noïzz où joue Erwin Drèze, un ami de Taymans. D'ailleurs on retrouve une affiche pour un de leur concert à l'auberge du Moulin de Léré. Dans les planches 19 & 20, le lecteur voit un cortège de voitures noires du FBI filer à toute allure dans les rues de New York, pouvant reconnaître un quartier de Manhattan.

Comme depuis le début de la série, André Taymans dessine dans une veine ligne claire, mais augmentée par des traits de texture dans les formes détourées, et la mise en couleurs ne se limite pas à des aplats unis de couleurs, mais comprend également des ombrages en ajoutant une nuance plus foncée de la teinte correspondante. Cette façon de dessiner donne des cases d'une lisibilité immédiate, permettant au lecteur de ne pas s'attarder sur les détails s'il le souhaite, alors même que la densité d'informations visuelles est élevée. Cela a également pour effet de donner un visage simplifié à Caroline Baldwin, un peu moins aux autres personnages. Éventuellement le lecteur peut être un moment décontenancé par ses yeux à l'iris vert bien rond, sa bouche entrouverte sur une zone blanche, sans singularisation des dents, et des mèches de cheveux aux formes inchangeantes même dans le feu de l'action. D'un côté cette représentation un peu simplifiées la rend plus expressive, et le lecteur peut plus facilement se projeter en elle. L'artiste met en œuvre une direction d'acteurs naturaliste : ils sont expressifs sans exagérer leurs postures ou leurs mouvements. Il porte une attention visible aux tenues vestimentaires, adaptées au climat et à l'activité. Le lecteur remarque que par ce beau temps, Caroline a recommencé à mettre ses sandales nu pied avec un petit talon.


L'immersion du lecteur dans le récit se fait très rapidement, à la fois grâce au naturel des personnages, à la consistance des environnements décrits avec soin et justesse, et les conventions d'espionnage qui attestent qu'il s'agit d'un divertissement. Il se rend progressivement compte que les éléments prosaïques viennent renforcer sa curiosité, que l'annonce d'une conspiration le rend soupçonneux de tout. Comment se fait-il que le médecin traitant de Caroline Baldwin lui propose un traitement justement à ce moment-là ? Les bouteilles de whisky vides signifient-elles que Baldwin est en train d'entrer dans une phase de déprime en se montant le bourrichon ? L'agent immobilier est-il de mèche avec des conspirateurs au vue de la voiture luxueuse qu'il a pu se payer ? André Taymans sait y faire pour provoquer la participation de son lecteur.

Avec cette première partie d'un diptyque, André Taymans donne l'impression d'augmenter le dosage des éléments de divertissement, se faisant plaisir en racontant un thriller dans lequel les 2 principaux personnages perdent pied, sans rien perdre du plaisir de découvrir des environnements urbains et des paysages sauvages. Le lecteur savoure cette intrigue de type complot, impatient de découvrir la deuxième partie.