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jeudi 27 novembre 2025

Le pouvoir des innocents T02 Amy

Le plus atroce et le plus regrettable des accidents, mais un accident tout de même !


Ce tome est le second d’une pentalogie formant le premier cycle sur trois de cette série. Il fait suite à Le Pouvoir des innocents T01 Joshua (1992) qu’il faut avoir lu avant. Son édition originale date de 1994. Il a été réalisé par Luc Brunschwig pour le scénario, et par Laurent Hirn pour les dessins et la mise en couleurs. Il comprend soixante-deux pages de bande dessinée.


Dans les locaux du Times, Bronson Babbit travaille tard dans son bureau, répondant au téléphone à un certain Krieg. La jeune journaliste Kelly Harrison entre, avec une tenue aux couleurs du candidat Gédéon Sikk, complétée par le chapeau, les ballons, les pin’s et la bannière, tout cela à l’effigie du politicien. Elle explique qu’elle revient du meeting de Sikk, car Max lui a demandé d’écrire quelques lignes sur les gadgets électoraux de leur maire vénéré. Saisie d’un excès de zèle, elle a fait main basse sur tout ce qu’il y avait rafler. Elle lui demande sur quoi il travaille. Il explique qu’il s’agit d’un papier sur quinze ans d’amitié entre Jessica Ruppert et le boxeur Steven Providence, dont tous les gosses de New York sont le fan numéro un. Elle est curieuse de savoir s’il a découvert des choses intéressantes : il répond que oui, à commencer par la photographie qu’elle est en train de regarder. Il la commente : il s’agit d’un cliché de 1978, sur lequel figure Jessica Ruppert et les vingt délinquants placés dans son centre cette année-là. Il pointe du doigt : Providence est la petite brute debout à côté d’elle. En fond sonore, une journaliste à la télévision informe que l’identité du policier abattu cette nuit dans le Queens vient d’être confirmée, il s’agit bien du lieutenant Samuel Ritchie de la brigade criminelle de New-York City. Elle complète : Tout de suite un complément d’information avec Greta Icks sur les lieux du crime. Cette dernière prend le relai : De bien tristes informations puisqu’ils viennent d’apprendre le décès d’une seconde personne, un enfant de sept ans répondant au nom de Timothy Logan. Et ce n’est malheureusement pas tout : profondément choqué par la mort de son fils, le père, Joshua Logan, vient d’être conduit d’urgence à l’hôpital Bellevue.



Dans l’ambulance, Logan tient le bandeau rouge de son fils dans la main, tout repensant à son fils dans son lit, effrayé par le monstre dans l’armoire. L’ambulance arrive à l’hôpital Bellevue et le dépose à l’entrée, où un infirmier le place dans un fauteuil roulant et le pousse dans les couloirs. Discrètement, une petite fille, Amy serrant sa poupée Charlie dans ses bras, le voit passer. Dans l’esprit de Logan, les souvenirs se mélangent entre son fils et le Vietnam, il lâche le bandeau rouge dans un geste réflexe, et Amy le ramasse discrètement. L’infirmière Miss Twist arrive dans le couloir sur ces entrefaites et Amy se jette dans ses bras en lui demandant de ne pas la gronder : elle ne pouvait pas dormir car ils font trop de bruit ce soir. Dans sa riche demeure, le maire de New York, Gédéon Sikk est en train de travailler à son bureau tard le soir. Son épouse Maggie pénètre dans la pièce en lui demandant de venir se coucher. Son mari lui répond qu’il vient d’apprendre que d’importants documents ont été dérobés cette nuit dans son QG de campagne, des documents de nature compromettante…


Le scénariste se montre intentionnellement taquin en ne résolvant pas immédiatement le suspense sur lequel le premier tome s’était terminé, préférant mettre en scène le journaliste Bronson Babbit et sa jeune collègue Kelly Harrison. Toutefois une journaliste indique dès la seconde planche le sort de du jeune Timy Logan, sept ans, mais… Le lecteur a bien intégré que la mécanique du récit fonctionne sur la base de complots enchâssés dans des manipulations, vraisemblablement dans une conspiration de grande envergure, mêlant peut-être plusieurs factions. Aussi il a le réflexe de ne pas croire les apparences, de ne pas tout prendre au pied de la lettre, à commencer par ce que disent les journalistes. Il se trouve vite conforté dans son attitude : le maire de New York doit faire face au vol de documents compromettants. Mme Logan (son prénom n’est pas dévoilé) et Babbit sont traqués et pris pour cible par un tueur à gages. Il y a beaucoup de personnages qui partagent un passé commun conservé secret. Le comportement du propre directeur de campagne du maire, Ronald Dougherty, relève d’un double jeu. L’influence du crime organisé se fait sentir. Un individu qui en sait trop se fait fort opportunément renverser par un chauffard qui prend la fuite. Un autre est trahi par une personne de confiance qui l’abat à bout portant. Le journaliste découvre des cas d’usurpation d’identité. Etc. Le lecteur fait l’expérience du talent des auteurs qui dévoilent ces imbrications sans jamais le perdre.



La narration visuelle apporte elle aussi sa part de paranoïa sous-jacente, mettant à profit les mises en scène attendues dans ce genre, et avec un élégant dosage. Côté conventions de genre : le journaliste travaillant seul dans son bureau bien après le départ des employés, la photographie épinglée au mur, des séquences oniriques avec des spectres inquiétants, le risque de l’usage des armes à feu, l’inquiétude montante de personnes qui ont conscience de leur vulnérabilité, les patients de l’hôpital au comportement étrange et inquiétant relevant de pathologies psychologiques ou psychiatriques, la détresse de personnages qui se retrouvent démunis et à la rue, des expressions de visage attestant que le personnage mesure à quel point la situation le dépasse et est hors de contrôle. Le dessinateur se montre tout aussi habile dans les moments de danger physique : tueur visant sa cible en prenant en compte les obstacles, milice de citoyens armés repérant un individu qu’ils jugent suspect, journaliste sur le point de se faire poignarder en plein jour, et une éprouvante séquence de passage à tabac dans les sous-sols de l’hôpital. Le lecteur ressent la qualité de la mise en scène, de la prise de vue, du découpage de la planche, générant une vraie tension sans recourir à l’artifice d’angles de vue dramatiques ou à des exagérations horrifiques.


De la même manière, le dessinateur sait mettre à profit la mythologie visuelle des États-Unis modernes au travers d’éléments aisément reconnaissables comme la panoplie du parfait militant d’un candidat, le magnifique bureau de travail dans la luxueuse demeure, les petits clôtures blanches des pavillons de banlieue, les petits (tout est relatif) immeubles avec des façades en pierre typiques de New York, le grand cimetière ouvert avec ses pelouses, la salle de rédaction en espace partagé ouvert, le quartier sale avec les papiers qui volètent au gré des bourrasques de vent, etc. Dans le même temps, ces décors rendus familiers par les séries, et devenus emblématiques sont asservis à l’action qui s’y déroule, plutôt qu’être mis en avant de façon touristique. Le lecteur apprécie également la capacité de l’artiste à créer des moments ordinaires et variés, en particulier lors des dialogues. Il peut voir des êtres humains normaux, quelle que soit leur classe sociale ou leur métier, leur situation du moment. Leur comportement, leurs gestes et leurs réactions correspondent à ceux normaux pour leur tranche d’âge respective ou leur occupation, sans dramatisation exagérée ou direction d’acteur appuyée.



L’intrigue progresse au fil des déductions, des révélations, des confrontations et des mises en danger. Les auteurs ont créé une distribution de personnages de premier plan assez large : Joshua Logan vétéran du Vietnam, son épouse et leur fils Timothy, le journaliste vétéran Bronson Babbit et sa jeune collègue Kelly Harrison, le riche maire de New York Gédéon Sikk et son épouse Maggie, avec le directeur de campagne Ronald Dougherty, le commissaire Samuel Ritchie, la jeune orpheline Amy âgée de sept ans, l’inquiétant tueur Angelo Frazzy, En cours de tome, le lecteur se rend compte que d’autres personnages introduits dans le tome un sont évoqués sans avoir un rôle actif : le boxeur Steven Providence, Karen Eden (la présidente de l’association Le pouvoir des innocents), et quelques autres encore. Dans ce récit choral, certains personnages se comportent comme le lecteur pouvait l’anticiper et d’autres non. Finalement Joshua Logan continue d’encaisser les traumatismes, loin de l’alpha-mâle ou du vigilant, que son passé de SEAL laissait supposer. Certains réservent de grosses surprises, ménagées par la mécanique mêlant complot et paranoïa.


Au travers des personnages, les auteurs évoquent des réalités sociales diverses depuis le vétéran souffrant de graves troubles de stress post traumatique au politicien en pleine ascension qu’il doit à ses compromissions avec le crime organisé, en passant par le journaliste tenace, et l’épouse désemparée. Ils jouent également avec l’historique de certains personnages qui se sont connus dans d’autres circonstances par le passé. Ils continuent également de tisser une toile d’intrigue dans laquelle certains se rencontrent, d’autres non, où souvent les actions de l’un engendrent des répercussions sur la vie d’un autre de manière directe ou incidente. Les actions de chaque individu ont des conséquences qu’il peut constater ou non, évoquant en filigrane une vision du monde dans laquelle la vie de tout le monde a une incidence sur celle d’autres, une forme d’interdépendance universelle indirecte, au sein d’un tissu de relations complexes aux ramifications indiscernables et bien réelles.


Ce deuxième tome confirme l’ambition narrative des auteurs dans un récit au long cours dans ce premier cycle, sous la forme d’un récit choral, entre policier et complot. Le scénariste sait structurer son récit de manière à instiller une tension et du suspense tout du long. L’artiste sait mettre à profit les éléments mythologiques visuels propres aux séries américaines, et les asservir au récit. Le lecteur se retrouve vite pris par cet engrenage sophistiqué, maîtrisé et accessible, s’attachant à certains personnages plus qu’à d’autres, souvent pris par surprise par une révélation, par la cohérence qui apparaît progressivement. Dans le même temps, il voit comment ce récit de genre parle de la société américaine, et aussi de l’interdépendance des êtres humains. Addictif.



jeudi 13 novembre 2025

Le Pouvoir des innocents T01 Joshua

Qui nous protègera ?


Ce tome est le premier d’une pentalogie formant le premier cycle sur trois de cette série. Son édition originale date de 1992. Il a été réalisé par Luc Brunschwig pour le scénario, et par Laurent Hirn pour les dessins et la mise en couleurs. Il comprend soixante-deux pages de bande dessinée.


Dans une banlieue résidentielle du Queens, un père conduit sa voiture pour rentrer chez lui, avec son fils sur le siège passager. Le garçon évoque le comportement de sa maîtresse qui se met du parfum quand elle a rendez-vous avec un vieux monsieur avec qui elle va à l’hôtel. Son père lui suggère d’oublier ce que lui a raconté son copain Tod, et les deux estiment que la mère et épouse sera très contente du parfum qu’elle va recevoir en cadeau. Le père relève son regard pour se concentrer sur la conduite et découvre un homme qui tient une batte de baseball, en train de l’abattre violemment sur le parebrise. Il perd le contrôle de son véhicule qui va brutalement percuter un poteau de signalisation. Le délinquant Slim sort le père de force et le menace d’un revolver en lui intimant de courir. Pendant ce temps-là, Joey s’installe au volant et s’empare du flacon que tient l’enfant. Il explique que Slim n’a que blessé son père, puis ajoute, en entendant un deuxième coup de feu, que finalement il l’a abattu. Il s’énerve ensuite contre le garçon tétanisé et jette une allumette enflammée dans l’habitacle, ce qui finit par incendier la voiture. La mère se précipite vers le cadavre de son mari. Depuis sa fenêtre, Joshua Logan a observé toute la scène. Cela provoque en lui une remontée de souvenirs traumatiques.



Pour Joshua, ça lui rappelle le Vietnam. Il essaye de se raisonner mais son esprit semble doué d’une volonté propre : New York ! Ici, c’est New York… Non, ici c’est le Vietnam ! Saigon… ou quelque chose qui y ressemble drôlement… Ce sont les mêmes rues… Les mêmes visages d’enfants souriants. Comment savoir ce que cachent tous ces sourires, alliés ou Vietcongs ? Ils sont venus les protéger, les habitants devraient tous les aimer… Les Américains n’ont pas su faire avec eux. Ils sont devenus les ennemis de l’armée américaine, leurs pires ennemis méconnaissables à l’abri de leurs sourires… Et quand le masque tombe enfin, il est déjà trop tard ! Pourquoi faut-il que tous ces souvenirs remontent encore une fois à la surface ! Joshua se lamente, mais ses souvenirs deviennent encore pires en lui rappelant les circonstances de la mort de Phuong, à Saigon le trente janvier 1972. Il est assis en terrasse en train de discuter avec un autre soldat prénommé Sammy, en parlant de Phuong qui s’appuie sur le capot d’une voiture de l’autre côté de la rue. Joshua remarque que le cireur de chaussures a disparu, et il comprend immédiatement qu’une bombe va exploser. Phuong n’y survit pas. Un autre jeune soldat, Tiger, arrive en Jeep. Il explique qu’il rêvait depuis des mois de rencontrer Joshua, depuis que ce dernier avait fait la couverture du magazine Life.


En commençant la lecture de cette série maintenant, le lecteur sait qu’il s’agit d’une suite de trois cycles de cinq tomes chacun, dont la parution a débuté en 1992, et s’est achevée en 2024, réalisés par les mêmes auteurs du début à la fin. Il découvre donc la situation initiale : New York à la fin du vingtième siècle (il n’y a pas encore de téléphones portables), une montée de la violence urbaine dispensée par des gangs, et le début d’une campagne électorale pour devenir maire de New York. Ce premier tome se focalise essentiellement sur Joshua Logan, ex-membre des SEAL (principale force spéciale de la marine de guerre des États-Unis, opérant en petites unités), ayant combattu lors de la guerre du Vietnam. En découvrant son apparence, le lecteur de comics peut être tenté de faire le rapprochement avec Oliver Queen, le superhéros Green Arrow. Le récit suit ce combattant sur deux lignes temporelles différentes : le présent du récit et la guerre au Vietnam dont il est un vétéran. En parallèle des personnages secondaires interagissent avec lui : son épouse, son fils Timy, son voisin Woody Soft, un gang mené par Joey. D’autres personnages apparaissent dont les actes ont des répercussions sur le quotidien de Joshua Logan : deux candidats à la mairie Gedeon Sikk (maire en exercice, et son directeur de campagne Ronald Dougherty) et Jessica Ruppert, le boxeur Steve Providence, l’inspecteur de police Samuel Ritchie (le père de Joey), Tiger (jeune SEAL au Vietnam), Phuong (jeune prostituée à Saigon), etc.



Dès ce premier tome, le lecteur éprouve donc la sensation de s’immerger dans une intrigue savamment construite, avec une planification sur le long terme. Dans le même temps, ce premier tome raconte un chapitre complet, avec l’introduction de tous ces éléments de manière fluide, un bouleversement majeur, un développement, et il se termine sur un suspense imparable concernant le sort d’un personnage très attachant, une question de vie ou de mort. Le lecteur apprécie que le personnage principal ne soit pas un vigilant indestructible comme Frank Castle (Punisher). Il perçoit comment le scénariste met à profit la mythologie moderne et urbaine des États-Unis et la réalité sociale que ce soit la criminalité des gangs, le libre accès aux armes à feu, le contexte constitutionnel qui laisse une plage de liberté à l’auto-défense aux États-Unis, une possibilité de théorie du complot (à voir si elle s’avère fondée ou non), la politique sous forme de spectacle, la possibilité de faire fortune en partant de rien à la force du poignet et de sa valeur, les troubles de stress post traumatique des soldats ayant combattu sur le champ de bataille en particulier pendant la guerre du Vietnam. En terminant ce premier tome et en prenant un peu de recul, le lecteur se rend mieux compte de tout ce qu’il contient de manière sous-jacente, c’est-à-dire du degré d’investissement préalable et de préparation des auteurs.


De prime abord, la narration visuelle semble issue tout droit des valeurs esthétiques du magazine (À suivre…), évoquant par exemple le rendu de François Boucq. Il s’agit donc de dessins s’inscrivant dans un registre descriptif et réaliste, à base de formes détourées par des traits encrés, avec un trait de contour fin, une mise en couleur de type naturaliste évoquant l’aquarelle. Cette dernière vient habiller et nourrir les formes détourées, les nuances de teinte rehaussant le relief de chaque zone, apportant des variations lumineuses, et à quelques reprises complétant un arrière-plan par des formes représentées en couleur directe. En outre, le lecteur constate rapidement que les auteurs prennent un soin particulier à transcrire l’état d’esprit des personnages et leurs émotions, par le biais de gros plans sur les visages. Il s’agit d’un outil narratif maîtrisé, plutôt que d’une gestion raisonnée à l’économie. Ce dispositif fonctionne particulièrement grâce au sens du découpage et du rythme du dessinateur, et au fait qu’il a conçu des apparences particulières et mémorables, sans être exagérées, pour chaque personnage, leur donnant ainsi une identité visuelle propre exprimant leur caractère.



Le dessinateur conçoit des plans de prise de vue spécifiques pour chaque scène, avec une volonté de montrer au mieux l’endroit, les actions des personnages, l’incidence de l’environnement sur le déroulement. Le lecteur se trouve au milieu des personnages dans chaque endroit : une rue d’une banlieue pavillonnaire américaine, dans le salon d’un de ces pavillons sur le canapé en train de regarder la télévision, attablé à une terrasse de café à Saïgon, allongé dans l’herbe dans une zone herbue dégagée à guetter l’ennemi, prisonnier de guerre dans une cellule vietnamienne, incarcéré dans une cellule d’un commissariat newyorkais, dans un studio de télévision pour un débat, dans un camp d’entraînement en campagne proche, à épier un rendez-vous clandestin dans le chantier d’un immeuble en construction, etc. Le dessinateur se montre tout aussi entraînant dans les scènes d’action : un parebrise éclaté par une batte de baseball avec la projection des éclats, un intense combat à main nue sur la pelouse d’un pavillon, des scènes d’entraînement au fusil en pleine nature, etc.


La scène d’introduction montre clairement l’enjeu du récit : la sécurité des habitants quand la police n’est pas suffisante. Le scénariste montre plusieurs individus dans des positions très différentes confrontés à cette violence : l’ancien militaire vétéran, le banlieusard totalement démuni, les politiciens défendant deux positions diamétralement opposées (entre l’éradication des délinquants, opposé à leur réhabilitation dans la société, et au contraire l’éducation et la réinsertion), les manipulations et les tractations clandestines, etc. Dans ce récit choral, il met en parallèle l’homme brisé par les troubles de stress post traumatique et le boxeur au fait de sa gloire, comment le second inspire le premier. Dans un même jeu d’inspiration, ce boxeur a été inspiré par la directrice d’un centre d’aide à la réinsertion qui est devenue une politicienne faisant campagne pour devenir maire de New York. L’inspecteur de police a été inspiré par Joshua Logan. Ce dernier observe comment ses voisins réagissent et s’organisent en comité de vigilance, voire en milice. Ses interactions dessinent une tapisserie de causes et de conséquences complexe, une toile d’interdépendance sociale où chaque action génère une incidence sur le comportement d’autres personnes, de manière fascinante.


Un premier de tome de série qui fait preuve d’une ambition impressionnante. Le scénariste a conçu une structure riche et fluide, le dessinateur maîtrise sa narration visuelle de manière organique et bien dosée. Le lecteur savoure une intrigue premier degré sur fond de légitimité d’une communauté, d’un quartier de banlieue, à prendre en main sa défense contre la violence meurtrière et sadique de voyous. Il se rend compte qu’il éprouve une forte empathie pour chaque personnage, qu’il soit sympathique ou non. Les auteurs mettent à profit la riche mythologie moderne des États-Unis pour une histoire viscérale, aux nombreuses résonances sociales. Addictif.