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mercredi 15 mars 2023

Ladies with guns T02

Si le premier sac à vin venu peut y arriver, ça doit être à notre portée.


Ce tome fait suite à Ladies with guns - Tome 1 (2022) qu’il vaut mieux avoir lu avant. Sa parution initiale date de 2022. Il a été réalisé par Olivier Bocquet scénariste, Anlor Tran dessins et Elvire de Cock couleur. Il comporte soixante-deux pages de bande dessinée.


Deux chasseurs de primes avancent tranquillement sur un chemin de montagne, au milieu d’une forêt clairsemée de sapins. Ils papotent avec méfiance, surpris de se retrouver comme ça sur le même chemin après toutes ces années. Le plus grand en déduit que Sans doute qu’il faut avoir le même genre d’activité pour se croiser par hasard sur une route paumée au fin fond de nulle part. Pour autant, ni l’un, ni l’autre ne souhaite énoncer à haute voix ce qui l’a amené sur ledit chemin. Finalement le plus petit tente une intuition et demande si l’autre est là pour les cinq folles. Son compagnon de voyage le reconnaît. Le premier ajoute : cinq donzelles, milles dollars par tête, argent facile. Ainsi relancée, la discussion continue : ils ne doivent pas être les seuls à penser ça, vraisemblablement tout ce que l’état compte de chasseurs de primes est sûrement déjà en route. Une belle brochette de crétins, ajoute le petit. Parce qu’avec tous les cadavres qu’elles ont laissés derrière elles, elles doivent déjà être très, très loin d’ici. Le sentier se fait plus étroit, et tout à la discussion le chasseur de primes qui passe devant n’y a pas prêté attention. Son cheval fait un faux pas, et il n’a que le temps de lui serrer la bride pour que sa monture reprenne pied sur le chemin. L’une de ses fontes s’est ouverte sous le choc et laisse s’échapper les affiches d’avis de recherche des cinq donzelles.



Ces affiches tombent jusqu’en bas de la pente où elles sont récupérées par Chumani qui se trouve à l’entrée de la mine où ces dames ont trouvé refuge. Daisy McCormick est allongée par terre, avec un peu de fièvre. Elle indique à Kathleen Parker, qu’elle a déjà vu ce genre d’infection et qu’elle sait comment ça se termine. Elle a besoin d’un chirurgien. De son côté Cassie Coltrane intervient pour dire que le seul docteur du comté, c’est McDowell. Mais si elles vont le voir, il les dénoncera dans l’heure. C’est un fourbe et il ne sait pas tenir sa langue. Consciente de son état, Daisy suggère aux autres de la déposer sur une route, pour que quelqu’un la trouve. Elle sera sûrement emmenée en prison, mais elle ne veut pas mourir comme un rat dans son trou. Elle estime qu’elle a une chance d’échapper à la corde : en y réfléchissant, elle n’a fait que défendre sa maison. Elle a été institutrice pendant trente ans, elle connaît tout le monde. Beaucoup de gens lui doivent des services. S’il y a procès, elle estime qu’elle a ses chances. Et bien sûr, elle a la peau blanche, ça aide. Abigail se réveille, avec le bébé puma à ses côtés. Elle trouve bizarre cette dénomination de peau blanche, alors qu’on dit que Chumani c’est une peau rouge, et qu’en fait sa peau est plutôt caramel. Daisy acquiesce les vraies peaux rouges viennent d’Angleterre, d’Écosse ou d’Irlande.


Pas facile de développer une suite aux déchaînements de violence explosive du premier tome : faut-il donner dans la surenchère ? Faire encore plus fort, plus violent et plus coloré ? En termes de construction d’une série, cela peut être un choix : un crescendo sans cesse plus inventif, un exercice de style en soi, un défi de créativité dans la brutalité et le sadisme. De fait, le lecteur retrouve quelques scènes s’inscrivant dans ce registre, exécutée avec la même maestria que dans le tome 1. Il faut attendre la page quatorze pour que survienne la première du genre : l’explosion d’un bâton de dynamite dans une quincaillerie. Les auteurs ont bien préparé leur coup : six personnes différentes (le mexicain chez le dentiste, deux chasseurs de primes dans la maison close, le shérif sous l’auvent de son bureau, un client du saloon au comptoir et un cowboy en train de savourer une passe dans une chambre à l’étage) ressentent l’effet de la déflagration, chacun en fonction de son occupation et de sa localisation. La survenance de l’explosion se matérialise par un effet sonore KABOOM écrit à la verticale comme s’il déchirait la page en deux, les cases de guingois de part et d’autres, comme si elles étaient soufflées par la force de l’explosion, la réaction de choc des personnes dans les cinq endroits différents, et le retour de cette nuance de jaune très caractéristique du premier album. Ça ne dure qu’une seule planche, la page quinze, mais quelle intensité. En page dix-neuf, nouvelle explosion de violence d’une rare intensité, le temps d’une case juste plus petite que la moitié de la hauteur de la page, de la largeur de la page, avec à nouveau une onomatopée massive, déchirée par la trace des balles fusantes.



Le déchaînement de violence suivant correspond plus à une souffrance fulgurante en page 27, difficile à soutenir. La dernière séquence d’action à haute teneur en adrénaline arrive vers la fin du tome, une fuite en fourgon tiré par des chevaux exhalant toute sa sauvagerie, sa soudaineté et son urgence impérieuse, par le biais, à nouveau, d’une mise en scène, d’une prise de vue et d’un découpage cousu main : sur la base de cases de la largeur de la page, avec parfois une bande de cases biseautées, la gouttière inclinée appuyant l’impression de vitesse, et toujours ce jeu avec le jaune si caractéristique, apportant l’urgence du feu, l’intensité de la chaleur vive. Sans oublier ce magnifique dessin s’étalant sur les deux tiers supérieurs de deux pages quarante-six & quarante-sept : la fuite toute bride abattue à cheval et avec une carriole dans la nuit en plein désert, avec un superbe ciel où quelques nuages reflètent les derniers rayons du soleil. Indéniablement, ça en jette visuellement, et pas seulement dans les séquences d’action. Le lecteur apprécie cette balade à cheval en montagne. Il constate dès la première page que dessinatrice et coloriste réalisent un travail complémentaire avec un haut degré de coordination. Sans couleur, les cases ne sembleraient pas tout à fait assez consistantes ; avec la couleur les surfaces gagnent en texture, en volume, en nuance d’éclairage. S’il entretient un reste de doute, il suffit au lecteur de regarder ces dames avec des flingues dans la caverne pour voir l’habileté avec laquelle Elvire de Cock habille et nourrit les formes détourées, installe l’ambiance lumineuse spécifique au lieu et à la scène.


Évidemment, le lecteur attend avec impatience les moments d’éclats, les compositions de page éclatées et explosives : le début lui semble bien calme. Toutefois, il voit que la dessinatrice construit chaque page en fonction de la nature de ce qui se passe, que ce soit le nombre de cases, leur forme, leur placement. Il retrouve le détourage un peu rugueux des personnages, ce qui leur apporte une forme de marques laissées par la vie, et effectivement les traits se font plus doux lors du souvenir dans le passé consacré à Daisy & Mary. La reconstitution historique est réalisée avec soin que ce soit pour les costumes, les habitations, les décorations intérieures. Le lecteur apprécie le passage par la plantation de tabac, avec les feuilles suspendues à sécher dans une grange. Les auteurs jouent discrètement avec la forme quand les cinq femmes imaginent comment braquer une banque pour essayer de se représenter ce qu’il adviendrait avec cette tactique qu’elles comptent adopter. Les couleurs en milieu naturel resplendissent pour mettre en valeur l’infinité du ciel, ou la richesse de nuances des végétaux. En peu de pages, le lecteur arrête de penser à la survenance d’une scène d’action, profitant pleinement de la narration visuelle faite sur mesure, cousue main.



En cohérence avec le premier tome, les cinq femmes ont vu leur tête mise à prix, sont des fuyardes dont l’une est blessée, et elles se concertent pour savoir quoi faire ensuite. L’intrigue repose sur cette forme de traque ou de course-poursuite, une dynamique narrative toujours entraînante, allant de l’avant. Dans une séquence de quatre pages, le lecteur en apprend plus sur le passé de Daisy, à l’occasion d’un drame. Il obtient la confirmation de l’état de Cassie Coltrane, clairement visible sur l’illustration de couverture. Enfin, il apprend ce que contient le tonneau auquel Kathleen Parker tient tant. Un groupe d’hommes revanchard reste à la poursuite de ces femmes, avec une incitation supplémentaire : la récompense. Cet état de fait est établi lorsque les affiches correspondantes tombent littéralement sous le nez de Chumani par une circonstance bien opportune. Le lecteur se fait la remarque que cette coïncidence est trop belle pour être vraie, et il se rappelle que cette bande dessinée ne s’inscrit pas dans une veine réaliste, mais plus un récit d’aventures. Il relève de temps à autre une remarque ou une situation qui met en évidence la maltraitance systématique des femmes par les hommes, l’expression d’un patriarcat oppresseur. Pour autant, la bande dessinée ne prend pas un ton féministe : ces remarques sont générées par le fait que les personnages principaux sont cinq femmes, ce qui correspond à un point de vue féminin, dans une société où les hommes détiennent l’autorité à la force de leur arme à feu. Le scénariste ne focalise pas chaque scène sur ce point de vue : il met également en lumière d’autres formes d’oppression ou d’autres facettes de la société. La brutalité de la médecine. L’illusion de la vie sauvage quand Chumani fait remarquer qu’il faut toute une tribu pour vivre sans argent comme les Indiens. Ou encore l’illusion de pouvoir retourner à un monde plus simple quand Chumani se met à expliquer la complexité de la démarche pour fabriquer ses propres couleurs à partir d’ingrédients naturels, et le fait que cela fait des années que les Indiens achètent leur peinture aux blancs.


D’une certaine manière, ce deuxième album était attendu au tournant : des scènes d’action encore plus spectaculaires sur une intrigue prétexte, ou une tentative de densifier le récit au risque d’en ralentir l’allure ? Anlor Tran n’a rien perdu de son coup de crayons, de sa capacité à insuffler du mouvement dans les personnages, dans les plans de prise de vue. Elvire de Cock réalise sa mise en couleurs en complémentarité des traits encrés, comme si chaque case avait été conçue et planifiée avec cette collaboration en tête. Olivier Bocquet parvient à trouver un bon dosage entre les scènes d’action qui en mettent plein la vue, le développement des personnages, les interactions entre les cinq fugitives, la nécessité d’envisager l’avenir à moyen terme, quelques réflexions consistantes sur la condition féminine à l’époque, mais également sur le degré déjà élevé de complexité de la société.



mardi 18 octobre 2022

Ladies with guns T01

Tu vas me libérer, oui ou non ?


Ce tome est le premier d’une série indépendante de toute autre. La première édition date de 2022. Il compte soixante-quatre pages de bande dessinée, réalisée par Olivier Bocquet scénariste, Anlor dessins et Elvire de Cock couleur.


Quelque part dans l’Ouest américain au début du dix-neuvième siècle, avant la guerre de Sécession, un rapace est en train d’arracher des lambeaux de chair d’un cadavre, dans un terrain dégagé. Abigail, une jeune fille afro-américaine de quatorze ans, est enfermée dans une cage métallique en forme de parallélépipède rectangle. Elle avance difficilement en faisant osciller sa cage pour aller se mettre à l’ombre des arbres, suivies par trois félins charognards. Enfin elle atteint la forêt, mais elle perd l’équilibre et la cage bascule vers un petit cours d’eau peu profond. Un peu inquiétés par le bruit, les coyotes hésitent, puis ils reprennent leur assurance et attaquent la jeune fille. Celle-ci se défend bec et ongle, mordant une oreille d’un animal jusqu’au sang. Un coup de feu de retentit : les trois quadrupèdes s’enfuient. Une jeune femme arrive, tenant son fusil qui semble enrayé. Abigail crie pour lui demander de la libérer. Kathleen Parker s’approche et lui demande comment elle s’est retrouvée dans cette cage. Mais une flèche se fiche dans un tronc juste à côté, sous son nez. Chumani la tient en joue avec une autre flèche prête à être décochée. Kathleen ramasse son fusil d’un geste vif et la tient en joue en retour. Chumani informe que Kathleen a tué son frère.



Il y a quelques jours les cowboys chargés de protéger une caravane de chariots traversant une longue prairie, sont en train de passer de l’un à l’autre pour les décharger partiellement. Les Indiens sont susceptibles de les attaquer et il faut alléger les chargements pour aller plus vite. Kathleen Parker ordonne à Jerry et son acolyte Otis de replacer un tonneau marqué Sel dans son chariot. Ils ne semblent pas près d’obéir. Russel Parker intervient pour qu’ils obéissent. Un chariot est embourbé, Russel rejoint les autres aider à le sortir de la boue. Malheureusement, il glisse dans la manœuvre et la roue du chariot passe sur sa jambe. Il succombe à sa blessure dans la journée. Les hommes lui creusent une tombe, et son épouse se recueille devant en début de nuit. Jerry la rejoint pour lui proposer de la protéger, pour s’assurer qu’on la traite comme une lady. Il peut aussi s’occuper de la concession minière en Californie, que son mari avait achetée. Elle décline son offre, et lui demande s’il pourrait lui confier un revolver. Il trouve l’idée mauvaise. Elle se dirige vers son chariot et constate qu’Otis est en train de le mettre à sac. Elle se retourne vers Jerry pour s’en plaindre, mais son acolyte l’estourbit d’un coup de pelle sur la tête, dans le dos. Elle reprend conscience le lendemain alors que le soleil se lève. Les autres colonisateurs l’ont fait assoir à côté du feu de camp, et ont mis une tasse de café entre ses mains. Les Indiens attaquent et une pluie de flèches atteint l’homme devant elle. Kathleen reste prostrée. Un Indien se tient devant elle et s’apprête à lui abattre son tomahawk sur le crâne.


Une scène d’ouverture de cinq pages, assez dure : cette jeune adolescente dans une cage, les animaux prédateurs littéralement sur ses talons et l’arrivée de deux autres femmes pas forcément faites pour s’entendre, vu que l’une a tué le frère de l’autre. Le lecteur est tout de suite impressionné par la narration visuelle : la richesse des couleurs, leur complémentarité avec les traits encrés. La coloriste vient nourrir les formes détourées, en complémentarité remarquable avec le travail de la dessinatrice. Le lecteur l’observe dès la première page, quand elle vient apporter du volume à la frondaison des arbres qui forment la ligne d’horizon en arrière-plan. En pages deux et trois, il voit comment elle change de palette, d’abord avec des nuances de vert foncé pour indiquer que Abigail se trouve maintenant dans un sous-bois, puis avec une case tout en nuances de rouge lorsque le coup de feu retentit pour accentuer le fait que cet événement prend les animaux et la jeune femme par surprise. Quelques pages plus loin, la scène se passe dans une grande plaine ouverte, avec un beau ciel bleu. La dessinatrice ne représente pas d’arrière-plan dans toutes les cases, en particulier quand il s’agit d’une légère contre-plongée sur un personnage : le ciel bleu avec de légères traces de nuage suffit à rappeler le lieu au lecteur qui ne ressent pas de solution de continuité dans son immersion. Il apprécie ensuite le riche bleu nuit dans cette même immensité ouverte, le jaune impitoyable d’une chaude journée d’été dans le Sud alors qu’Abigail se défend sauvagement contre cinq agresseurs, le déchaînement d’orange brûlant dans l’avant-dernière scène (un combat acharné de treize pages). En pages 44 & 45 qui sont en vis-à-vis, il note l’effet très parlant : chaque planche comporte trois bandes de trois cases chacune, en alternance de jaune et de bleu, le jaune pour l’arrivée des cinq femmes à la ferme de l’une d’elle, le bleu pour le commerçant qui entre dans la bâtisse du shérif pour le délivrer de sa cellule.



Pour autant la mise en couleurs sophistiquée et parlante n’écrase pas les dessins, ni ne relègue au dernier plan la narration visuelle. Chaque page donne la sensation d’une implication totale de l’artiste, un entrain communicatif et irrésistible. Les scènes d’action sont saisissantes : les charognards qui poursuivent Abigail avançant tant bien que mal dans sa cage, l’attaque des Indiens sur la caravane de chariots, Abigail toujours encagée se défendant contre cinq agresseurs armés. D’accord, ça peut paraître facile de briller ainsi quand le scénariste a prévu des affrontements violents à fort enjeu pour des personnages attachants. Même s’il fait preuve de ce soupçon de mauvaise foi, le lecteur la laisse derrière lui pour l’affrontement final de treize planches. La dessinatrice a fort affaire pour maintenir l’intérêt du lecteur. Elle n’hésite pas à faire usage d’angle de vue très inclinés pour accompagner les mouvements, à accentuer le souffle d’une explosion, à ajouter de la fumée pour rendre certains visages plus dramatiques, à montrer l’intensité de la hargne des agresseurs, et celle de la fureur de vivre des cinq femmes qui se défendent. Elle joue avec les onomatopées, leur forme, leur graphie, que ce soient les cris, les explosions, le chuintement du feu qui se propage. Le lecteur finit cette séquence avec le souffle coupé par l’intensité du déchainement de la violence, par la rage au ventre des héroïnes.


Le scénariste a pris le parti de ne pas spécifier l’année de son récit, ni la région exacte dans laquelle il se déroule. L’artiste se retrouve ainsi un peu plus libre de mouvement, pas obligée de se contraindre à respecter la vérité historique pour la reconstituer. Pour autant, les éléments visuels de western convainquent le lecteur : les armes, les chariots, les parures des Indiens, les tenues de ces dames. Anlor fait preuve d’une implication sans faille pour décrire avec détails les lieux : la file de chariots qui progresse le long de la route de terre sinueuse et les accessoires contenus dans le chariot de Kathleen et Russel Parker, l’aménagement de la chambre du propriétaire d’esclaves, la profusion d’articles qui se trouvent dans le magasin général en planche 31 (un vrai plaisir de ralentir sa lecture pour les détailler un à un), la grand-rue de Notting Hill, et bien sûr les pièces de la maison de Daisy McCormick. Il se rend vite compte que chaque personnage dispose d’une apparence unique, que ce soit sa morphologie, la forme de son visage, sa tenue vestimentaire, et même certaines postures. Cela est vrai bien sûr pour les cinq héroïnes, mais aussi pour tous les personnages secondaires, du propriétaire du magasin général, à la tenancière de saloon, en passant par Jerry et Otis.



Le lecteur fait donc la connaissance d’une esclave en fuite (Abigail), une Indienne isolée de sa tribu massacrée (Chumani), une veuve bourgeoise (Kathleen Parker), une fille de joie (Cassie Coltrane) et une Irlandaise d’une soixantaine d’années (Daisy McCormick). Les trois premières se retrouvent ensemble dès la page 7. Daisy apparaît en page 34, et Cassie en page 43. L’histoire raconte une véritable intrigue : Abigail est recherchée par un chasseur de primes pour s’être attaquée à son propriétaire, raison pour laquelle elle s’est retrouvée dans une cage. Kathleen et Chumani lui viennent tout naturellement en aide, elles-mêmes ayant fait les frais de cette société patriarcale. Le scénariste ne s’en cache pas : il court une fibre féministe tout du long du récit, ces cinq femmes se rebellant contre l’autorité patriarcale inique, contre la maltraitance envers les femmes. Ces cinq héroïnes vont se défendre contre chaque agression, rendre coup pour coup, qu’elles disposent d’une arme à feu ou non. Bien conscient de cette composante, le lecteur sourit quand Abigail crie à Kathleen : Tu vas me libérer, oui ou non ? Il garde à l’esprit que cette rébellion contre l’oppression explique qu’il n’y a pas un homme pour en rattraper un autre, après la mort du mari de Kathleen. Il devient également légitime que Cassie, Daisy, Chumani, Kathleen et Abigail ne fassent preuve d’aucune pitié envers leurs agresseurs : leur survie est en jeu. D’un côté, leur union fait leur force ; de l’autre côté, si on n’est pas pour elle, on est contre elle, par simple lâcheté de ne pas s’opposer aux hommes qui veulent les soumettre ou les exterminer. Le lecteur note également que cette misogynie ne s’exerce pas de la même manière envers les cinq héroïnes, Chumani et Abigail incarnant une forme d’intersectionnalité puisque la première est afro-américaine et la seconde indienne.


Le titre promet des femmes armées qui vont défourailler tous azimuts : l’histoire tient cette promesse, avec une verve narrative qui emporte tout sur son passage, qu’elles soient armées de revolver et de fusil, ou non. La complémentarité entre dessins et couleurs est remarquable, comme si issus d’une seule et même artiste, avec une énergie et un sens de la mise en scène peu communs. L’intrigue repose sur une course-poursuite, ce qui donne une dynamique irrésistible au récit, avec une forme de féminisme revanchard, totalement justifié par une masculinité tellement toxique qu’elle est littéralement mortelle. Un bon défouloir.