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mardi 19 novembre 2019

Dick Hérisson, tome 4 : Le Vampire de la coste

Le signe de Thulé !

Ce tome fait suite à Dick Hérisson, tome 3 : L'Opéra maudit (1987) qu'il n'est pas indispensable d'avoir lu avant. La première édition date de 1990. Il a été réédité dans Dick Hérisson - édition intégrale volume 1 qui regroupe les 5 premiers tomes. Il a été réalisé par Didier Savard, pour le scénario, dessins et encrage, avec une mise en couleurs réalisée par Sylvie Escudié. Il compte 46 planches de bande dessinée.


En novembre 1932, Jérôme Doutendieu conduit sa voiture sur une route escarpée du Lubéron, Dick Hérisson étant assis sur le siège passager. La voiture tombe en panne et Hérisson sort pour continuer le chemin à pied, faute d'une autre possibilité. Avançant à pied sur la route, les deux amis aperçoivent une borne kilométrique qui indique que le village de La Coste se situe à trois kilomètres. Ils arrivent en vue du village perché à flanc de montagne, en fin de journée, alors que la neige commence à tomber paresseusement. Ils pénètrent dans le village dont toutes les maisons sont déjà fermées, apercevant une femme qui claque la porte de sa maison avant qu'ils ne puissent lui adresser un mot. Un individu un peu difforme part en courant en les apercevant. Finalement ils entrent dans le café Chez Gothon où il y a plusieurs clients et ils se font servir une soupe au lard (le seul et unique plat restant) en écoutant les conversations qui portent sur la dernière cliente qui est partie sans payer sa chambre. Du coup, le patron accepte de la louer à Hérisson & Doutendieu. Une fois à l'intérieur, le patron retire les affaires de la demoiselle, Dick Hérisson allume sa pipe et Jérôme Doutendieu se met à lire un livre qui traînait sur Les rites druidiques en Provence.

Alors qu'il ouvre la fenêtre pour faire partir l'odeur de tabac, Dick Hérisson aperçoit des lumières dans les ruines du château. Le lendemain, Doutendieu & Hérisson vont voir le garagiste qui leur indique qu'il en a pour 3 jours réparer la voiture, le temps de faire venir un delco. Ils en profitent pour aller faire un tour dans le château en ruine. Ils se font interpeller par le gardien des lieux qui les informe qu'il s'agit d'une propriété privée. Il en profite d'ailleurs pour chasser Aldonze en lui jetant une pierre, individu simplet, estimant être un descendant du marquis de Coste. Jérôme Doutendieu fait le lien entre le Marquis de La Coste et le Marquis de Sade, et le gardien confirme qu'il s'agit bien des mêmes personnes. Le journaliste lui glisse quelques billets et les deux amis peuvent ainsi se promener à leur guise dans les ruines. Hérisson retrouve l'endroit où il a vu de la lumière la veille au soir. Il y a une volée d'escalier qui mène à la chambre rouge. Doutendieu a la surprise de voir un cadavre dénudé de jeune femme enchaînée en bas des marches.

L'entrée en la matière établit rapidement la nature du récit : route de montagne, village isolé, population méfiante, château hanté, pratiques sacrificielles, idiot du village, victimes retrouvées nues et exsangues. À l'évidence, le récit ne se prend pas au sérieux, utilise des conventions du Grand-Guignol et l'auteur en rajoute une couche avec l'ombre de Donatien Alphonse François de Sade (1740-1814). Le lecteur sourit devant la panne de voiture dans une région peu fréquentée, le livre qui traîne par hasard sur les rites druidiques (sujet des plus courants), les lumières dans le château, les cadavres exsangues, l'inquiétant idiot du village, la réunion nocturne de conspirateurs, jusqu'à l'assaut donné au château par des villageois armés de fourche venant faire justice eux-mêmes. Didier Savard maîtrise ses classiques des films d'horreur du studio Universal des années 1930/1940. La narration graphique montre ces événements au premier degré, sans amoindrir leur intensité dramatique, sans les tourner en dérision, et les clins d'œil sont évidents pour le lecteur qui dispose des références correspondantes.


Le lecteur retrouve cette même combinaison dans l'intrigue. D'un côté, Didier Savard joue le jeu avec une histoire de cadavres de jeunes femmes, de rituel meurtrier peut-être païens, de descendance dégénérée et d'influence des valeurs du Marquis de Sade. Effectivement, Doutendieu et Hérisson effectuent une enquête : inspection sur place pour faire des constats par eux-mêmes, discussion avec la population, recherche d'informations auprès d'experts et dans une bibliothèque. Ils ont un regard critique sur ce qui leur est raconté à commencer par le prétendu expert du Marquis de Sade qui ignore les circonstances de sa mort. D'un autre côté, le lecteur éprouve des difficultés à prendre l'intrigue au premier degré : l'évocation de pratiques sacrificielles est superficielle sans socle de croyance, la présence de bonnes sœurs effarouchées est caricaturale, les noms des scouts font sourire (Belette Besogneuse, Fourmi Mélomane) et le motif du criminel est peu plausible. Il n'y a pas de doute : l'auteur a réalisé un pastiche nourri de de références, mais aussi d'éléments qui ne font pas sérieux, mais qui font naître un sourire très agréable.

Cette façon de jouer sur une forme de comique complice n'obère en rien la qualité de la narration graphique. Pour commencer, le lecteur observe que Sylvie Escudié continue de faire évoluer sa mise en couleurs vers un domaine plus naturaliste, sans rien perdre en sensibilité. Le lecteur ressent l'ambiance lumineuse d'un temps de neige dans la première page, ainsi que la clarté régnant dans le village à la nuit tombante. Planche 13, elle apporte des informations supplémentaires sur les différences de couleur des végétaux en fonction de leur espèce, sur la manière dont ils ressortent sur la pierre. Du coup, cela donne plus d'intensité et de force aux mises en couleurs vives pour les 2 pages de cauchemar (planches 24 & 25), évoquant là aussi les jeux d'éclairage artificiel des vieux films d'horreur. En cela, son travail est en phase avec les choix de l'artiste. Il investit toujours autant de temps et d'énergie pour la représentation des différents environnements. Le lecteur a l'impression qu'il se trouve sur la route du Lubéron et qu'il voit arriver la voiture (modèle d'époque), avec le panorama des montagnes boisées en arrière-plan. Sur la deuxième planche, il bénéficie d'une vue imprenable et magnifique sur le village de La Coste représenté avec soin et fidèle à la réalité. Il a ensuite l'impression de ressentir l'irrégularité du sol sous ses semelles en explorant les ruines du château. Il sent l'air frais du site du fort de Buoux. Il ressent la fraîcheur de la nuit en voyant es fragiles tentes sous lesquelles dorment les scouts. Il assiste navré à la mise à sac de la bibliothèque du docteur Müller.


Didier Savard continue de choisir de choisir de représenter les personnages avec une forme de simplification : des traits de visage légers, une chevelure indomptée par Doutendieu, des gueules exagérées pour les figurants. Il faut voir la populace déchaînée au pied du château. À plusieurs reprises, le lecteur peut voir l'influence de Jacques Tardi dans les visages des habitants, aussi dans la silhouette d'Aldonze. À nouveau, ce mode de représentation fonctionne à la fois au premier degré (des êtres humains montrés sans fard, avec leur altérité), et des gugusses à la tronche patibulaire renvoyant à des esprits obtus et donc dangereux. D'un côté, Doutendieu et Hérisson conservent leur dignité du début jusqu'à la fin, avec un peu de recul quant à ce qui leur arrive, et des réactions émotionnelles devant les crimes ou quand l'urgence se fait sentir. Il n'y a que lorsque que Jérôme Doutendieu est déguisé que l'artiste passe dans un registre un peu plus outré, générant un comique visuel irrésistible. Face aux deux héros, tous les autres personnages semblent bizarres : l'aubergiste Gothon particulièrement bourru, le docteur Müller faussement distingué, les charmantes scouts trop indépendantes pour être vraies, etc.

Au bout de quelques pages, le lecteur apprécie le récit comme un pastiche avec des références qu'il n'est pas nécessaire de connaître pour sourire, mais qui apportent un plus quand on les connaît. Le lecteur de Tintin assimile tout de suite les déformations du nom de Doutendieu, à celles que Bianca Castafiore fait subir au nom de Haddock. Il se rend également compte que derrière le ton léger et l'ambiance au second degré, l'auteur met en scène des thèmes comme les superstitions, la dangerosité d'une foule, la défiance provoquée par la différence, les comportements criminels irrationnels, l'incidence de la littérature (la manière dont les écrits du Marquis de Sade continuent d'influencer des vivants, des années après sa mort). La tonalité du récit n'est pas réaliste du fait de l'emploi de clichés en toute connaissance de cause, ce qui rend le récit plus divertissant, sans pour autant empêcher l'intégration de thématiques plus sombres.

Avec ce quatrième tome, Didier Savard donne l'impression de pousser sa narration dans une orientation plus affirmée que dans les précédents. Le lecteur retrouve tout ce qui l'avait intéressé dans les premiers tomes : une enquête sur des crimes sordides, une description vivante et fidèle d'une région, des conventions classiques de la littérature d'évasion et d'aventure. Didier Savard s'implique toujours autant dans la représentation de sites régionaux, avec une grande qualité. Il a un peu augmenté l'étrangeté des individus rencontrés par ses héros, ce qui renforce la sensation d'altérité. Il a choisi d'augmenter la part du pastiche, avec un savoir-faire qui permet au lecteur qui ne connaît pas les références de ne pas se sentir exclu. Il marie avec élégance les éléments humoristiques et les éléments plus graves.


mardi 8 octobre 2019

Dick Hérisson, tome 3 : L' Opéra maudit

On dirait que la mode est à la décapitation ces temps-ci.


Ce tome fait suite à Dick Hérisson, tome 2 : Les Voleurs d'oreille (1985). La première édition date de 1987, regroupant les pages prépubliées dans Pilote & Charlie : la BD en fusion, du numéro 12 au 17, en 1984/1985. Il a été réédité dans Dick Hérisson - édition intégrale volume 1 qui regroupe les 5 premiers tomes. Il a été réalisé par Didier Savard, pour le scénario, dessins et encrage, avec une mise en couleurs réalisée par Sylvie Escudié.

Le 27 février 1931, au large des côtes de Nice, Dick Hérisson se trouve sur un bateau de pêche, l'Hydragon. Au grand étonnement du capitaine du bateau, il est venu étudier le lieu où on a repêché un cadavre sans tête. Le détective explique au marin que plusieurs cadavres sans tête ont été repêchés dans les parages, mais ayant séjourné trop longtemps dans l'eau pour pouvoir espérer les identifier, ce qui n'est pas le cas du dernier. Utilisant ses jumelles, Hérisson aperçoit une petite île dans le lointain. Le marin explique qu'il s'agit de l'île aux sirènes, propriété rivée d'un riche italien. Le brouillard se lève : le marin indique qu'il faut rapidement revenir au port. Contre ses habitudes et ses appréhensions, il va devoir passer au plus près de l'île, malgré sa mauvaise réputation. Soudain, Hérisson et lui entendent une voix de femme en train de chanter : ils pensent qu'il s'agit d'une sirène. Le marin se rend compte que le bateau file droit sur les récits. Les 2 passagers tombent à l'eau, et Dick Hérisson se charge d'amener le marin évanoui jusqu'au rivage de l'île. Hérisson laisse le marin inanimé sur la grève et s'enfonce dans l'île. Il se retrouve devant un tigre.

Pour se mettre hors de portée du tigre, Dick Hérisson monte le long du tronc d'un arbre. Il aperçoit une pagode au loin. Finalement une voix l'appelle depuis le bas. Hérisson redescend et sert la main de Giuseppe Zitto, accompagné par son serviteur chinois. Les 2 hommes l'accompagnent jusqu'à la demeure avec un toit de pagode. Zitto offre à Hérisson des sous-vêtements pour se changer. Le soir venu, ils dînent ensemble pendant que le marin continue de se reposer dans une chambre. Après le repas, Hérisson va se coucher dans une autre chambre. Il est réveillé par le chant d'une femme. Il suit le son pour en déterminer la provenance et il découvre une pièce au sous-sol dans laquelle Zitto est en train de regarder un film où Irina Drakulesko interprète Cléopâtre dans un opéra. Hérisson lui présente ses condoléances, la cantatrice étant décédée il y a 5 ans. Le lendemain soir, Dick Hérisson apprécie un feu dans la cheminée de la maison de Jérôme Doutendieu. Hérisson explique à son ami comment il a retrouvé l'identité du cadavre sans tête. Doutendieu allume la radio pour écouter la retransmission en direct de l'opéra Turandot. Au moment où Liu, une jeune esclave, s'empare d'une épée pour se donner la mort, un grand cri retentit. L'interprète Madeleine DeProust vient de se donner la mort sur scène, au passage exact où Puccini est décédé dans l'écriture de son opéra.


En se lançant dans ce troisième tome, l'horizon du lecteur est déjà bien formé. Il s'attend à une enquête, avec des crimes sensationnels présentant une présomption de surnaturel et de folie, une forte attention portée aux décors, des personnages avec des gueules marquées, et un humour discret teinté de sarcasmes. La scène introductive le prend par surprise, Dick Hérisson enquêtant sur le lieu où a été retrouvé le cadavre : en pleine mer, comme s'il était possible de trouver des indices en pleine mer ! La suite s'avère tout aussi surprenante avec ce séjour sur une île, entre tigre et salle de cinéma privée. Il peut s'interroger un instant sur le degré de plausibilité du chant de la sirène, et se souvenir que le phonographe n'était pas encore très répandu, et accepter les interrogations du marin et d'Hérisson comme une forme de licence d'auteur. Le séjour sur l'île apporte lui aussi son lot de bizarreries, que ce soit l'excentrique chef d'orchestre à la retraite, ou la décoration de sa vaste demeure qui fait penser à un musée consacré à sa muse défunte. Tout du long du récit, Didier Savard s'amuse en jouant sur les caricatures de chinois, en péril jaune et Chine fantasmée, que ce soit avec les masques de théâtre grimaçants et indéchiffrables, ou avec le visage caricaturé apparaissant le temps d'un instant à la vitre du compartiment de train. La représentation étant tellement exagérée (jusqu'au parler avec des L à la place des R), il est impossible d'y voir une forme de racisme, plus une moquerie de stéréotypes culturels en vigueur au début du dix-neuvième siècle.

À nouveau tome, nouvelle enquête : les crimes sordides sont bien là, avec une épidémie de cadavres décapités. Le lecteur appréciera différemment l'enquête suivant s'il est familier de l'argument de l'opéra Turandot ou non. À l'évidence, Didier Savard le connait bien et s'amuse avec cette malédiction qui plane sur les représentations maudites, s'achevant avant la fin à cause d'un drame atroce. Du coup, il n'y a pas beaucoup d'enjeu dans le mystère de savoir qui est responsable, mais plus de savoir quelle raison motive une telle mise en scène, en se doutant bien qu'il y a une forme de folie à l'œuvre. Comme dans les tomes précédents, le lecteur retrouve une représentation assez particulière des personnages. Visuellement, le visage de Dick Hérisson et Jérôme Doutendieu pourrait avoir leur place dans une bande dessinée relevant de la ligne claire, ce qui les rend éminemment sympathiques. Par contre, les autres personnages ont un visage plus marqué, en particulier les douairières empâtées et les vieux beaux mal entretenus. Il faut contempler les spectateurs de la représentation de Turandot dans la planche 39 pour voir des spécimens de l'humanité incarnant de vieux pervers impuissants jouissant de leur argent pour s'offrir un spectacle décadent.


Petit à petit, Didier Savard se lâche aussi dans les costumes. Il commence calmement avec un imperméable très neutre pour Hérisson, et une vareuse bleue par-dessus un pull à col roulé complétée par une casquette avec une ancre marine pour le marin. Avec l'apparition du premier chinois, l'artiste joue sur les costumes stéréotypés du chinois, de type longue tunique d'un autre âge. Il poursuit avec les riches costumes d'influence chinoise lors des différentes représentations de l'opéra Turandot, mais aussi les riches vêtements de luxe des vieux spectateurs, les tenues de soirée plus classiques d'Hérisson et Doutendieu ou encore les déguisements bigarrés des participants défilant pendant le carnaval de Nice. De ce point de vue, il s'agit d'une production qui a investi beaucoup d'argent dans les costumes. Les décors ont également bénéficié d'un budget pharaonique. Comme dans les tomes précédents, le lecteur est impressionné par le soin apporté à représenter les différents lieux, en particulier les bâtiments. L'artiste ne se contente pas de tracer rapidement une forme générique sur laquelle il calque deux ou trois caractéristiques pour lui donner du caractère. La demeure de Giuseppe Zitto impressionne avec son double escalier permettant d'accéder à la porte d'entrée, ses 2 étages, ses 2 tours avec un toit en pagode, ses persiennes, et la mousse qui commence à envahir la façade. Lors de la recherche de la source du chant féminin, le lecteur peut découvrir l'aménagement intérieur : les couloirs avec le carrelage, les arches, les décorations murales, le mobilier de la chambre d'Hérisson, l'équipement de la salle de projection privée.

Par la suite, le lecteur bénéficie également d'une planche (13) dans laquelle il peut détailler chaque élément du salon du pavillon de Doutendieu. L'arrivée en train à la gare de Nice est l'occasion d'admirer sa structure métallique de l'intérieur, puis sa façade, et après celle de l'opéra. La course-poursuite à l'intérieur de l'opéra se déroule pour partie dans les cintres qui sont représentés avec une minutie épatante. Le lecteur peut également admirer l'enfilade de façades depuis la promenade anglais, le port et ses pavés humides, et le magnifique opéra privé où se déroule la dernière représentation. Didier Savard réalise des scènes de foule touffue, avec une multitude de personnages différenciés pour le défilé du carnaval (planche 28), pour les flâneurs de la promenade des anglais (planche 31), pour la fuite du théâtre (planche 43). Le lecteur peut donc se projeter dans chaque endroit, regarder autour de lui pour admirer les bâtiments et les lieux, côtoyer des individus singuliers. L'attrait principal n'étant pas l'enquête policière, il ressent l'impression de se retrouver dans une farce macabre où se croisent des individus aux motivations glauques tout d'abord non explicitées, Hérisson et Doutendieu ressentant ce décalage entre la normalité d'individus sains de corps et d'esprit, et l'anormalité des individus dont ils perçoivent les conséquences de leurs actions. Il ressent que l'auteur s'amuse bien à installer ce malaise né du décalage, tout en facétie, que ce soit pour le chant des sirènes ou pour le sort de l'île qui évoque celui d'une autre île explorée par Tintin.

Avec ce troisième tome, les enquêtes de Dick Hérisson gagnent encore en saveur. Didier Savard continue son hommage à Harry Dickson, avec une série de meurtres horribles, un meurtrier un peu dérangé, tout en conservant le ton unique de la série, en la situant dans le sud de la France, avec deux héros très différents de ceux de Jean Ray. Au fur et à mesure, le lecteur absorbe la richesse des planches, entre ligne claire et touches grotesques discrètes, dans des environnements représentés avec un soin méticuleux.


jeudi 29 août 2019

Dick Hérisson, tome 2 : Les Voleurs d'oreille

Nageant dans le formol, il y avait une oreille.

Ce tome fait suite à
L'ombre du torero (1984). La première édition date de 1985, regroupant les pages prépubliées dans Charlie Mensuel, du numéro 33 au 37, en 1984/1985. Il a été réédité dans Dick Hérisson - édition intégrale volume 1 qui regroupe les 5 premiers tomes. Il a été réalisé par Didier Savard, pour le scénario, dessins et encrage, avec une mise en couleurs réalisée par Sylvie Escudié.

Au pont de Langlois à Arles, un matin de septembre 1930, un groupe de quatre femmes vient laver du linge à la rivière. L'une d'elle se met juste sous le pont et des gouttes de sang viennent tâcher sont drap. Dans les locaux de la police, le commissaire vitupère contre ses troupes qui n'ont pas le moindre début de piste, alors qu'il s'agit du huitième cadavre à qui l'assassin a tranché l'oreille gauche. À Paris, Dick Hérisson reçoit une lettre de son ami journaliste Jérôme Doutendieu qui lui propose de venir passer quelques jours à Arles pour enquêter sur cette affaire. Il se dit qu'il peut bien laisser de côté l'affaire des bijoux de la comtesse Gorodiche, pendant quelques jours. Arrivé sur place, Doutendieu l'emmène directement sur les lieux du premier crime : au pied de l'abbaye d'Arles. Ils entendent des cris : le berger Prosper est en train d'administrer une correction à Mathias Unheimlich, 18 ans et bossu. Il est repris par Pandora Sporghersi qui lui indique qu'il a outrepassé sa place.

Pandora Sporghersi repart en automobile (une Bugatti) avec Mathias Unheimlich. Prosper explique à Dick Hérisson et Jérôme Doutendieu que la famille Unheimlich possède le mas Calu tout prêt d'ici et que Mathias y vient souvent et s'en prend à ses bêtes. Il ajoute que Pandora Sporghersi exerce une influence néfaste sur Mathias. Le lendemain, Dick Hérisson va rendre l'arc de Mathias à sa mère dans leur demeure. Madame Unheimlich le reçoit dans son salon. Elle veut l'engager pour trouver le responsable des meurtres avec coupage d'oreille, et lui suggère qu'il serait de bon ton que l'assassin appartienne à une basse classe sociale, parmi les étrangers, les nomades, les voyous. Dick Hérisson prend congé d'elle froidement, en lui expliquant qu'un crime est un crime et qu'il lui importe de trouver le véritable assassin. Le lendemain, Pandora Sporghersi emmène Mathias Unheimlich au cirque. Devant la cage du tigre, il profite de son inattention pour sortir une sarbacane et tirer sur le tigre. Dick Hérisson et Jérôme Doutendieu viennent eux aussi pour assister à la représentation, mais surtout pour surveiller Sporghersi et Unheimlich. Alors qu'un funambule fait du monocycle sur une corde tendue au-dessus de la cage aux lions, Mathias ressort sa sarbacane et tire sur le funambule. Déstabilisé, celui-ci tombe dans la cage aux lions et se fait attaquer par les félins.


Le premier tome de la série faisait déjà montre d'une personnalité narrative particulière, proposant une enquête dans la région d'Arles, mené par un détective privé, avec une ambiance un peu étrange rendant hommage à Harry Dickson de Jean Ray (1887-1964). Le lecteur revient pour ce deuxième tome avec un horizon d'attente assez bien délimité : une enquête sur des crimes bizarres, aux alentours de 1930. Il est comblé dès la première page, avec le pont de Langlois et le sang qui tombe sur le drap blanc dans une mise en scène macabre très réussie. Par la suite, l'auteur lui en donne pour son argent avec l'abbaye de Montmajour, l'église saint Trophime, la nécropole des Alyscamps, le pont de Trinquetaille. À nouveau, le lecteur peut observer le soin que Didier Savard apporte pour dessiner les éléments architecturaux, des bâtiments classés aux façades anonymes de la ville. L'enquête progresse de manière organique dans la ville d'Arles, totalement intégrée à l'histoire de la ville. La mise en couleurs de Sylvie Escusdié est plus naturaliste que pour le premier tome, et elle transcrit avec justesse la qualité lumineuse du mois de septembre dans cette région.

L'artiste investit également beaucoup de temps dans la représentation des autres éléments. Le lecteur peut constater que l'aménagement des rives du canal de navigation est conforme à la réalité, le talus herbeux comme l'escalier permettant de descendre au niveau de l'eau. Le dossier à sangle posé sur le bord du bureau du commissaire semble tout droit sorti d'un catalogue de fourniture de bureau. La décoration du salon des Unheimlich repose sur des mobiliers et des bibelots d'époque ; le lecteur peut même admirer les tableaux au mur. Au fil des séquences, il peut prendre le temps de regarder les roulottes du cirque, d'admirer la chaire dans l'église, de regarder la décoration du café où s'installent Hérisson & Doutendieu, de laisser errer son regard dans la galerie de la faculté de médecine, de contempler l'aménagement intérieur tape-à-l'œil de l'hôtel du Lotus Bleu. L'époque et le lieu de l'enquête ne sont pas de vagues prétexte : l'auteur consacre beaucoup de temps (l'équivalent du budget) pour une reconstitution historique fidèle et nourrie, que ce soit pour les décors ou pour les tenues vestimentaires.


Le lecteur observe que l'artiste a choisi un parti pris un peu différent pour les personnages. Leur tenue vestimentaire est représentée avec la même approche naturaliste et le même souci d'une reconstitution fidèle. Par contre, les mains et les visages sont représentés de manière plus simplifiée. Les yeux, le nez ou la bouche peuvent être représentés d'un simple trait. Du coup, les visages oscillent entre naturalisme et caricature : Doutendieu et sa houppette (plus longue que celle de Tintin), Hérisson avec son nez aquilin, Mathias avec son visage bouffi, la comtesse Unheimlich et son visage très allongé et très étroit, Pandora et sa coupe garçonne. Ce choix permet de faire porter plus de personnalité aux visages, et de faire ressortir les personnages par rapport aux décors, leur donnant ainsi plus de vie. Ce mode de représentation permet également de rester cohérent en exagérant certaines expressions de visage, par exemple lorsque le coupable pérore devant un individu ligoté sur une chaise, pour expliquer ce qui justifie une série de crimes avec vol d'une oreille.

En se plongeant dans cette histoire, le lecteur constate que l'enquête policière menée par Hérisson & Doutendieu s'avère d'autant plus intéressante qu'elle s'intègre dans l'environnement où elle se déroule, et que celui-ci participe au mystère et aux motivations du tueur. Il ne s'agit pas de découvrir un tueur générique opérant là parce que l'auteur connaît bien la région, mais de trouver un assassin dont les motivations sont organiquement liées au lieu et à son histoire. Cette affaire n'aurait pas pu se dérouler dans une autre ville. Pour dérouler son enquête, Didier Savard a choisi une trame narrative chronologique. Sur 46 pages de bande dessinée, Dick Hérisson est présent dans 38 pages. Il n'apparaît pas dans les 2 premières qui servent de prologue. Pour les 6 autres, le lecteur suit une phase de l'enquête menée par Jérôme Doutendieu. D'une certaine manière, le scénariste joue franc jeu avec le lecteur, lui faisant découvrir l'enquête en même temps que le personnage principal. Bien sûr, le scénariste connaît auparavant le dénouement et l'identité du coupable. Le lecteur se prête volontiers au jeu de bâtir des conjectures, tout en sachant très bien que l'auteur distille les indices comme bon lui semble, sans obligation contractuelle de faire en sorte que le lecteur puisse réellement trouver par lui-même. Au final, Didier Savard s'est montré honnête avec son lecteur et a conçu une motivation originale et élégante pour son meurtrier.


En découvrant le titre de ce tome, le lecteur sait bien qu'il s'agit pour l'auteur de l'intriguer avec une accroche sensationnaliste et mystérieuse. Effectivement, l'enquête a pour objet une série de meurtres sordides, l'œuvre d'un cerveau dérangé. Didier Savard sait très bien jouer avec ces conventions de genre, pouvant se montrer très cruel avec la mort grotesque du funambule dévoré par les lions. Il sait aussi confronter des personnages à des éléments réalistes dérangeant : Jérôme Doutendieu se retrouvant face aux professionnelles du Lotus Bleu qui pensent qu'il vient pour une passe, la tenancière de l'établissement qui est posée et intelligente (à l'opposé d'un portrait caricatural), l'homélie du curé jouant sur les bas instincts de la foule, le raisonnement dérangé du criminel. Sous une apparence relativement gentille de récit de genre, se dissimulent de réels comportements déviants par rapport à la norme, certains réprouvés par la morale mais tolérés (la prostitution), d'autres toxiques pour les individus et la société (la maladie mentale conduisant au meurtre).

Sous des dehors de bande dessinée très traditionnelle et un peu sage, jouant sur le sensationnalisme de son titre, le lecteur retrouve les 2 héros (Hérisson & Doutandieu) un peu lisses (certains diraient fades ou stéréotypés) pour une nouvelle enquête. Comme dans le premier tome, les meurtres sont indissolublement liés au contexte de la région et de l'époque, et la reconstitution des lieux est impeccable. Mieux que dans le premier tome, l'enquête est plus organique et naturelle, et les meurtres sont plus horribles et mieux motivés. Didier Savard raconte une histoire policière en phase avec la société de l'époque, les meurtres devenant l'expression de ses pulsions refoulées.


mercredi 12 juin 2019

Une aventure de Dick Hérisson T01 L'ombre du torero

Et j'oserais même affirmer qu'il est mort de peur.

Ce tome est le premier d'une série indépendante de toute autre qui en compte 10. La première édition date de 1984, regroupant les pages prépubliées dans Charlie Mensuel, du numéro 21 au 26, en 1983/1984. Il a été réédité dans Dick Hérisson - édition intégrale volume 1 qui regroupe les 5 premiers tomes. Il a été réalisé par Didier Savard, pour le scénario, dessins et encrage, avec une mise en couleurs réalisée par Sylvie Escudié.

En novembre 1929, en Camargue, 5 hommes sont penchés sur le cadavre d'un autre étendu par terre. En présence d'un autre inspecteur, d'un gendarme, et du détective Dick Hérisson, l'inspecteur Caragnoux demande au médecin légiste ce qu'il peut dire. Ce dernier lui indique que le décès remonte aux premières heures de la nuit, vers onze heures, minuit, et que l'homme a succombé à une crise cardiaque, voire qu'il est mort de peur. Le défunt est le docteur Batistin Billardot, bien connu à Arles. Dick Hérisson indique en réponse à une question de l'inspecteur qu'il a dû s'arrêter ici du fait de son réservoir vide. L'agenda du médecin révèle que son dernier client fut le Baron de Segonnaux, propriétaire de manades, d'actions dans le chemin de fer, et des usines de sel du Salins. Hérisson remarque des empreintes de taureau à proximité de la voiture du docteur. L'inspecteur Garagnoux se fait conduire en voiture par le gendarme, jusqu'à la demeure du Baron, accompagné par Hérisson. Ils y sont accueillis par le majordome Cyprien qui les mène jusqu'au propriétaire de la demeure. Ils lui apprennent le décès du docteur, ce qui ne surprend pas trop le baron, vu l'état éthylique chronique du docteur. Hérisson commence à parler des empreintes de taureau, ce qui fait que le Baron marque le coup. Sur ces entrefaites, arrivent Jean Verdier et sa femme Élisa. Au cours de la conversation, cette dernière laisse échapper qu'elle connaissait le docteur depuis septembre 1925.


L'inspecteur et le détective prennent congé du Baron et de son gendre. L'inspecteur dépose Dick Hérisson à son hôtel à Arles. À sa grande surprise, alors qu'il est en train de prendre une bière à table, arrive son ami Jérôme Doutandieu, journaliste au Petit Provençal. Hérisson raconte à son ami l'objet de son enquête et lui demande ce qu'il sait d'Élisa, la fille du Baron. Il se souvient vaguement qu'elle avait été mariée à Pedro Espargo, un toréro, contre l'avis de son père, Espargo étant décédé lors d'un combat dans l'arène en septembre 1925. Hérisson raccompagne son ami au journal, et va lui-même faire un tour à la bibliothèque pour retrouver la coupure de presse relatant le décès du toréro. Il y découvre qu'il avait été pris en charge par le docteur Billardot après avoir été blessé par un taureau. Le lendemain matin, Hérisson est réveillé dans sa chambre par l'inspecteur Garagnoux qui lui apprend la découverte d'un deuxième cadavre, la voiture de Jean Verdier ayant été accidentée. Le corps de Verdier n'a pas été retrouvé ; seul le corps de son chauffeur était à proximité. Ils vont annoncer la nouvelle au Baron Segonnaux. Sa fille les attend sur le pas de la porte et leur indique que son mari est vivant et qu'il vient de téléphoner. Se sachant observée, elle donne rendez-vous le lendemain à Hérisson dans le musée Arlésien (Museon Arlaten) à quinze heures.


En voyant le nom du personnage principal, le lecteur pense tout de suite à Harry Dickson, un détective américain recréé par Jean Ray (Raymond Jean Marie De Kremer, 1887-1964) dont il a écrit 103 nouvelles sur les 108 publiées. Le lecteur retrouve effectivement l'archétype du détective privé, sans beaucoup de personnalité, avec une capacité de déduction supérieure à celle des inspecteurs de police officiels, et menant des enquêtes sur des crimes sordides. D'ailleurs s'il y prête un peu attention, il se rend compte que Didier Savard intègre régulièrement des clins d'œil à d'autres auteurs comme Gaston Leroux (1868-1927, créateur de Joseph Joséphin en 1927, dit Rouletabille), à Frédéric Mistral (1830-1914, écrivain et prix Nobel de Littérature), au personnage de Demaesmeker (en référence à De Mesmaeker, personnage créé par André Franquin), Jacques Tardi, ou encore Alfred Hitchock (1899-1980, apparaissant sur le quai de la gare dans la planche 43). S'il est familier de ces références, le lecteur est en terrain connu : une enquête où un détective privé collabore avec facilité avec la police, pour découvrir un coupable dans un meurtre dont l'apparence laisse présager l'intervention d'un phénomène surnaturel. Effectivement le doute plane rapidement sur le retour d'entre les morts du toréro Pedro Espargo (Est-il bien mort ?), et sur les capacités du taureau, un personnage citant explicitement Le chien des Baskerville (1902) de Sir Arthur Conan Doyle (1859-1930).


Didier Savard débute directement par la découverte du cadavre dans la première page, et par la possibilité d'une créature surnaturelle dès la page 2. L'enquête se déroule de manière conventionnelle en allant voir les personnes qui ont croisé le docteur, dont son dernier client. Dick Hérisson ne fait jamais usage de la force, il ne s'agit pas d'un polar hard-boiled. Il se rend à la bibliothèque, au musée pour recueillir plus d'informations. Il écoute ce que disent les uns et les autres. De manière inattendue, l'auteur adjoint un compagnon à son personnage principal, et le journaliste Jérôme Doutendieu s'avère tout aussi perspicace que Hérisson, participant activement à l'enquête, n'étant pas cantonné au rôle de faire-valoir, ou de confident. L'enquête amène les personnages chez un notable riche et puissant, pour faire connaissance avec lui, sa fille et son gendre. L'auteur ne se brosse pas un portrait psychologique de ces individus, et ne se livre pas à une analyse sociologique. Il est apparent que son scénario repose entièrement sur l'intrigue et sur la mécanique de l'enquête, sans l'ambition d'un polar qui agirait comme le révélateur d'un milieu social.


Les personnages se présentent avec des caractéristiques qui les rendent aisément identifiables : forme du visage et coiffure, tenue vestimentaire, morphologie. L'artiste leur apporte une certaine élégance, que ce soit les toilettes d'Élisa Verdier, ou les costumes d'époque pour les hommes. Il épure leur visage, façon ligne claire. Il a tendance à simplifier également les expressions de leur visage, qui donnent une sensation de jeu d'acteur un peu emprunté, pas tout à fait naturel. Les postures et les mouvements sont plus réalistes. Rapidement le lecteur se rend compte que la représentation épurée des personnages tranche avec la finition plus détaillée des décors. Même si le choix des couleurs est parfois déconcertant, donnant une impression un peu criarde, il constate que Savard a soigné la décoration du salon du Baron Segonnaux. Dans la planche 7, il admire la qualité du rendu de la façade de l'hôtel dans lequel séjourne le détective, ainsi que la statue sur la place devant, celle de Frédéric Mistral, et les modèles de voitures, ainsi que la forme des chaises à l'intérieur.


Effectivement, tout du long de ce tome Didier Savard s'investit pour représenter avec minutie les différents endroits. Ainsi, le lecteur peut admirer l'architecture de la façade du journal de Doutendieu, celles du musée Arlésien qui existe vraiment, son aménagement intérieur avec ses poutres apparentes, la cour de l'hôpital Van Gogh à Arles, les baux de Provence vus d'en bas, les pierres tombales du cimetière, ou encore une usine désaffectée à l'écart, une belle locomotive sortant de la gare d'Arles et passant sous un portique métallique avec 2 colonnes en pierre de chaque côté et une statue de lion sur chacune. De temps à autre, il tique un peu sur le choix des couleurs, souvent naturalistes, mais donnant l'impression de combiner plusieurs intensités lumineuses différentes. Il est possible d'y voir une intention d'introduire une sensation d'étrangeté, mais alors elle n'est pas assez assumée. Si l'intrigue ne rend pas compte d'une dimension sociale ou historique, les paysages sont à l'opposé d'environnements génériques et inscrivent le récit dans un lieu précis et concret, donnant l'impression au lecteur de pouvoir le visiter, ou de retrouver des lieux qu'il a déjà visités.


Dès ce premier tome, la personnalité de l'auteur transparaît dans l'histoire. Il affiche ses références en toute transparence, rendant hommage aux auteurs de romans policiers français et belge, avec une pointe de Conan Doyle. Il déroule une histoire de facture classique, à base d'entretiens de quelques personnes de l'entourage de la victime. Il recrée une époque, en représentant les tenues et les véhicules d'époque, effectuant une reconstitution historique honnête, sans verser dans le roman historique. Il ménage le suspense quant aux méthodes du criminel, laissant la bride abattue à l'imagination du lecteur s'il souhaite se prêter au jeu de savoir si les crimes sont purement matérialistes, ou si un élément surnaturel a pu entrer en jeu, tout en donnant une réponse claire et tranchée à la fin. Le lecteur peut être étonné par la répartition des rôles entre Dick Hérisson et Jérôme Doutendieu en cours de récit. Il finit même par se demander si ce Jérôme a quelque chose à voir avec Jérôme K. Jérôme Bloche d'Alain Dodier, pourtant apparu 2 ans plus tard en 1985. Si l'enquête n'agit pas comme un révélateur social ou psychologique, les dessins emmènent le lecteur dans une visite guidée de la région, avec une qualité d'immersion inattendue.