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mercredi 22 octobre 2025

Le faux Soir

Jean imagine déjà le journal, les moqueries, les pastiches, la zwanze.


Ce tome contient une histoire complète, de nature historique. Son édition originale date de 2021. Il a été réalisé par Daniel Couvreur et Denis Lapière pour le scénario, et par Christian Durieux pour les dessins et les couleurs. Il comprend quatre-vingts pages de bande dessinée. Il comporte une postface de deux pages, écrite par Couvreur, et une autre d’une page écrite par Durieux évoquant quelques petits choix à réaliser par rapport à la réalité historique.


À l’époque contemporaine, les trois auteurs se trouvent dans les bureaux du Soir à Bruxelles. Daniel évoque la situation du journal à l’époque : Ils l’appelaient Le Soir emboché. Il a pu retrouver dans les archives une sorte de journal tenu par Marc Aubrion, c’est là qu’il a lu pour la première fois ce terme Emboché. Denis demande si c’est Aubrion qui est l’origine du Soir Volé. Le journaliste clarifie : Pas Le Soir Volé, mais le Faux Soir. Le Soir Volé, c’est le journal aux mains des Allemands, c’est Le Soir emboché justement. En réponse à une question de Christian, il précise qu’il a lu de larges extraits du journal d’Aubrion, et il en a préparé une copie pour son coscénariste. Denis parcourt en vitesse le récit : c’est formidable, un récit complètement exalté. Daniel confirme : Oui, quelque part, René Noël écrit qu’Aubrion était un grand échalas nerveux et enthousiaste. En réponse à un question, il détaille : Un canular, oui, et plusieurs en sont morts par la suite… Ils n’ont tué personne, ils n’ont détruit aucun bâtiment, aucune violence, et pourtant ce fait de résistance est remonté à la fois jusqu’à Hitler et jusqu’à Churchill ! Enfin, il indique qu’il a trouvé une offre de vente d’un exemplaire du Faux Soir et qu’il a fait une offre que le vendeur ne peut pas refuser.



Le 10 septembre 1943 à Bruxelles, il fait encore chaud, l’été tarde à se retirer. René Noël, dit Jean, marche dans la rue, croisant une patrouille de soldats allemands. Il est le responsable du Front de l’Indépendance (F.I.) pour le Brabant et le Hainaut. Jean se rend ainsi, en cette fin d’après-midi un peu étouffante, chez son ami le peintre Léon Navez. Mais il ne s’agit pas d’amitié cette fois. Ils ont rendez-vous. Léon le fait rentrer chez lui et il lui présente Marc Aubrion qui déclare qu’il se sent si inutile avec ses petites actions sporadiques, il est prêt à se mettre au service du F.I., il n’a pas d’attaches et il est déterminé. Jean sait que si Léon lui recommande quelqu’un, il peut lui faire confiance. Il boit donc une petite gorgée de mauvaise chicorée, sans rien laisser paraître de sa grimace, avant de se tourner vers Marc Aubrion et de lui annoncer qu’ils cherchent un responsable de presse, est-ce que cela lui conviendrait ? Quelques jours plus tard, Jean a convoqué Aubrion pour 19h30 place du Grand Sablon. Il lui annonce que son interlocuteur va devoir disparaître officiellement, quitter son emploi actuel et sa famille, sans donner d’explications à personne. Il se cachera dans une famille d’accueil qui ne connaîtra rien de Marc, M. et Mme Hellas, ils résident rue Cyriel-Verschaeren, à l’Evere. Et désormais, il portera le sobriquet d’Yvon.


Le lecteur prend l’ouvrage en main, et il découvre qu’il contient un encart inséré à l’intérieur : une reproduction intégrale du Faux Soir, une feuille indépendante qui se déplie et qui permet de lire l’édition de Le Soir du neuf novembre 1943.il y découvre les différents articles, les deux photographies, et les différentes rubriques : Nouvelles du pays, Un fait entre 1000, Les sports, Cinémas, Théâtres, Faits divers, Petites annonces, Nécrologie. Les auteurs ont fait le choix de construire leur récit sur la base de deux fils chronologiques différents : celui au temps présent dans lequel les auteurs se mettent en scène dans leur démarche de réaliser cette bande dessinée, et celui qui suit la conception, la fabrication et la distribution du Faux Soir par les différents acteurs. Ainsi les auteurs rendent hommage à la démarche de Marc Aubrion (nom de code Yvon), René Noël (Jean), Louis Müller (Jacques), Fernand Demany, Andrée Grandjean (1910-1999, avocate et journaliste), Ferdinand Wellens, Théo Mullier, Léon Navez (1900-1967, peintre). Au cours du récit, les auteurs font en sorte d’apporter les éléments d’information historique nécessaires à la compréhension des faits. À l’époque contemporaine, la conservatrice d’un musée explique à Lapière le fonctionnement du Front de l’Indépendance, et ses liens avec l’Armée des Partisans. Puis ils montrent comment René Noël entre en clandestinité, la manière dont il est hébergé, il est également question de la rétribution correspondante pour pouvoir vivre.



Dans un premier temps, le lecteur s’intéresse au récit de l’idée du Faux Soir et au reportage sur sa création. Il attend une reconstitution historique. Les dessins passent de personnages en train de se parler, représentés en plan taille ou en plan poitrine, à des cases présentant une plus forte densité d’informations visuelles. Lors de ces dialogues, il apprécie de pouvoir voir les tenues vestimentaires des uns et des autres, assez formelles. Majoritairement pantalon, chemise et veste pour les hommes, avec régulièrement une cravate, sans oublier les uniformes militaires pour les soldats de l’armée d’occupation. Le récit comporte quelques femmes, en nombre moins importants, avec en particulier l’avocate Andrée Grandjean, habillée d’un tailleur strict, visiblement sous le charme de Léon Navez et de son beau pull jacquart, avec qui elle partage une cigarette. Le dessinateur effectue également un gros travail de représentation de la ville : les rues pavées, les tramways, les façades des bâtiments et leur architecture, les bâtiments célèbres tel le palais de Justice, la place de la Bourse, la résidence Belvédère au 453 de l'avenue Louise, etc. Il montre également des éléments techniques essentiels pour le récit comme les machines d’imprimerie (en particulier une de marque Mariononi), les machines à écrire, les dentelures de journaux, un énorme massicot, les véhicules de distribution des journaux, et bien sûr les kiosques de la ville.


L’artiste reconstitue également les faits et gestes des résistants. Il sait bien capturer le besoin de vigilance pour eux : petits coups d’œil en arrière dans la rue, tension lorsqu’ils se déplacent après l’heure du couvre-feu, mines déterminées pour accomplir leurs missions, enthousiasme pour rédiger les articles à base de moqueries, pastiches et zwanze, action d’éclat pour endommager les véhicules de distribution des journaux, sourire en coin en voyant la réaction des lecteurs du Faux Soir. Le lecteur se retrouve pris par l’ambiance qu’il s’agisse d’une discussion en pleine rue entre Jean et Yvon pour évoquer l’entrée en clandestinité de ce dernier, des discussions discrètes dans les cafés entre conspirateurs, de la connivence née de la satisfaction de voir le projet progressivement devenir réalité, des échanges très professionnels devant la machine d’imprimerie pour arriver au résultat souhaité, c’est-à-dire des exemplaires qui pourront faire illusion quand ils seront remis aux kiosquiers, afin que ceux-ci les vendent sans soupçonner la supercherie. La quinzaine de pages consacrées au temps présent semblent faire écho à cette complicité : les trois auteurs travaillant de concert lors de réunions (qui n’ont rien de clandestines) pour rendre hommage à ces résistants utilisant une méthode totalement pacifiste.



Il s’agit pour les auteurs de raconter un haut fait de la Résistance belge pendant la seconde guerre mondiale. Dans la postface, Daniel Couvreur l’exprime ainsi : […] un exploit accompli dans un temps où les idéaux de fraternité, de démocratie étaient sous la botte de penseurs et de dirigeants prêts à toutes les extrémités pour fracturer les solidarités humaines et le vivre-ensemble. […] Le récit d’un petit groupe de citoyens courageux, animés par le formidable espoir de bâtir un monde meilleur. À la seule force de l’esprit et de l’humour, ils ont tenté pacifiquement de triompher de l’obscurantisme aveugle. Dans un moment où la population était ébranlée, désorientée, et offrait une proie facile à la propagande, ils ont tourné les faux prophètes et leurs collaborateurs en ridicule. En creux le lecteur retrouve ou découvre toutes ces qualités dans le mode opératoire qui est décrit, et dans le passage vers la fin qui informe sur ce qu’il est advenu des différentes personnes ayant participé à cette opération, une fois qu’ils ont été identifiés par les Nazis.


Le récit présente un autre intérêt, très factuel et pédagogique : comment s’y sont-ils pris ? Après tout, cela n’a pas l’air bien compliqué d’écrire de faux articles et de faire distribuer le journal correspondant dans les kiosques. Les auteurs savent bien mettre en place et montrer que l’occupation allemande implique une répression bien réelle, une atmosphère de suspicion (À qui se fier ?) et une résignation pour pouvoir survivre. Les artisans du Faux Soir ont bien l’intention de réussir leur projet, et d’y survivre. Le récit raconte et explique la réalité matérielle d’une telle entreprise : trouver une imprimerie et un propriétaire prêt à courir le risque quand bien même il est rétribué, trouver assez de rédacteurs pour remplir un journal, substituer le Faux Soir au vrai lors de la distribution, trouver le financement d’une telle opération. À la lecture apparaissent aussi bien la fragilité d’une telle entreprise qui peut être découverte à tout moment, que l’ingéniosité et l’entraide des participants.


Réaliser un faux numéro d’un quotidien, à base d’articles fonctionnant sur les moqueries, les pastiches, la zwanze, au nez et à la barbe de l’occupant allemand. Une entreprise de résistance totalement pacifique et belge, une ode au pouvoir de la presse et de l’humour. Les auteurs racontent cette aventure avec respect et réalisme, permettant au lecteur de comprendre et d’admirer le courage de ces résistants. Formidable.



lundi 12 mai 2025

Les petits métiers méconnus

Tu vois, mais tu ne regardes pas.


Ce tome constitue une anthologie d’une quinzaine de récits courts, tous écrits par le même scénariste. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Vincent Zabus pour les scénarios. Chaque histoire est illustrée par un artiste différent : Hippolyte, Efa, Alexandre Clérisse, Thomas Campi, Antoine Carrion, Pierre Maurel, Valérie Vernay, Christian Cailleaux, Javi Rey, Amélia Navarro, Piero Macola, Christian Durieux, Jean-Denis Pendanx, Alfred et Charles Berberian. Il compte quatre-vingt-quatre pages de bande dessinée, répartie en quatorze chapitres, chacun comprenant six pages, à l’exception du cinquième en cinq pages et du sixième en sept pages.


Par un temps humide d’hiver, une jeune femme pousse la porte de Pôle Emploi, dans un manteau bleu avec une longue écharpe rouge. Elle se fraie un chemin au milieu des gens qui attendent pour aller prendre un ticket au distributeur : numéro 214H. Elle va s’assoir avec tous les autres, en attendant son tour. Dans sa tête, elle entend ce que va lui dire la dame qui la reçoit : Toujours pas de diplôme ? C’est difficile de trouver un job dans ces conditions. Un boulot sympa ? Pas de formation, pas de voiture, pas d’expérience convaincante… La jeune femme se lève prête à partir, et elle avise un livre laissé là sur une petite table. Elle le prend et se rassoit : elle se met à lire le guide des petits métiers méconnus. Première entrée : le balayeur des regrets. Sur la berge d’une rivière, un jeune garçon est en train de se déshabiller à l’abri des regards pour revêtir son maillot de bain. Puis il rejoint Camille déjà dans l’eau de la rivière, ayant étendu sa serviette sur la berge. Elle se jette à l’eau et l’éclabousse, il la rejoint et l’éclabousse à son tour, les deux riant de bon cœur. Puis ils profitent du soleil. Après ils rentrent au village. Devant eux passent un homme assis sur une cariole tirée par un cheval et s’adressant aux villageois : Le printemps est arrivé ! Il les enjoint à se libérer, à se soulager, à laisser l’hiver derrière eux, à se présenter léger pour l’été. Camille explique le rituel à son ami.



Le souffleur de rue. Monsieur Lepic est le gardien du parc Pont-aux-Herbes. Son caractère rigide et sourcilleux l’amène à vouloir contrôler tout ce qu’il s’y passe. Chaque visiteur, la moindre allée et venue, tout est scruté par son œil inquisiteur. Or, ce qu’il découvre ce samedi matin le surprend fortement. Un grand costaud avec un petit bouquet de fleurs dans ses grandes mains essaye de sortir deux phrases d’amour, en bafouillant lamentablement. La jeune femme attendue arrive tranquillement à sa hauteur. Il se lève et il se met à déclamer avec aisance un poème de Paul Éluard. Elle est sous le charme. Le gardien Lepic apprécie la qualité littéraire du discours mais s’étonne grandement que le boucher du quartier, qui n’a jamais ouvert que des livres de compte, se soit montré capable de déclamer des poèmes. Ils voient trois jeunes hommes en train de traiter une autre jeune femme de boudin. Madame Boulet leur répond du tac au tac, et monsieur Lepic a du mal à croire que cette femme d’une timidité maladive se mette elle aussi à avoir de la répartie !


En découvrant ce tome, le lecteur comprend qu’il est construit sur un dispositif simple : des métiers qui n’existent pas et qui vont être mis en scène. Cela comporte de fait une forme de poésie : mettre en scène des êtres humains qui utilisent leurs compétences particulières dans des tâches qui ne sont pas valorisées par la société, qui ne présentent pas une valeur marchande. Le lecteur commence par accompagner un jeune adolescent qui découvre une coutume locale : un monsieur qui recueille des petits papiers froissés sur lesquels les gens ont écrit leurs regrets, tous leurs regrets de l’année écoulée, tout ce qu’ils n’ont pas osé faire, ce qu’ils n’ont pas vécu. Cela s’apparente à un rituel de printemps, une saison correspondant au réveil de la nature, avec un radoucissement de la température, un moment propice à de nouveaux projets, en laissant derrière soi les échecs, et en l’occurrence les regrets. Dans la deuxième histoire, une femme fournit des répliques littéraires à des personnes importunées ou harcelées. Puis une jeune femme aide à raviver les souvenirs de son grand-père atteint d’une maladie neurodégénérative. Le scénariste a l’art et la manière de mettre en scène des individus qui semblent avoir échoué au regard des critères de la société capitaliste, et qui apporte quelque chose qui n’a pas de prix à des personnes autour d’eux. Des récits qui rassérénèrent sans occulter la violence systémique de la société.



Le scénariste fait preuve d’un savoir-faire impressionnant pour se renouveler dans chaque histoire. Des métiers inventifs et décalés, des situations de départ renouvelées à chaque fois, une chute qui vient clore une intrigue menée à un rythme qui donne la sensation de consacrer le temps nécessaire à chaque personnage, tout en étant rapide du fait de la pagination. En fonction de ses goûts, le lecteur se trouve sensible à telle ou telle composante. Il commence tout naturellement par apprécier le fait que les histoires sont majoritairement racontées par les dessins, et que le scénariste a conçu ses récits en ayant cette caractéristique en tête, avec des phylactères et des cartouches maîtrisés. Le lecteur découvre avec plaisir chaque métier, surtout s’il a évité de consulter la quatrième de couverture qui propose une couverture pour chaque histoire avec le titre figurant dessus. Tout en préservant la surprise de chaque emploi inattendu, il est possible d’évoquer les différentes situations initiales : une demandeuse d’emploi, un jeune homme n’osant pas évoquer ses sentiments avec une jeune fille, un gardien de square attentif aux échanges entre usagers, un homme s’étant retiré à la campagne loin de ses semblables, une factrice, une propriétaire de bar, un jeune garçon affecté par la tristesse de son père, un menuisier au chômage, une libraire dépité par le manque de succès d’un auteur venu pour une séance de dédicaces, etc. Autant de personnages d’âge varié, d’origine sociale différente.


Le scénariste prend soin de raconter une histoire complète qui met en avant le petit métier méconnu, au travers de personnes incarnées. Parfois le personnage principal exerce le métier du titre, c’est par exemple le cas pour la restauratrice de souvenirs. D’autre fois, il s’agit d’un personnage secondaire, comme le balayeur des regrets. Chaque artiste vient donner à voir les personnages à sa manière, alors même que l’ouvrage donne l’impression d’une cohérence graphique. Pourtant, les traits de contours vont de tracés appuyés aux beaux déliés, à l’absence de trait de contour, en passant par des traits très fins et cassants, voire parfois un mélange entre formes détourées et couleur directe. La mise en couleur elle-même varie d’aplats aux teintes vives pour Clérisse ou profondes pour EFA, à de magnifiques peintures habillant les contours pour Campi, Carrion, Macola, à une approche plus conceptuelle pour Berberian, ou Cailleaux. Il faut un peu de temps pour déterminer ce qui génère cette sensation de cohérence : le respect et la bienveillance avec lequel les personnages sont représentés, l’absence de jugement sur leur comportement ou sur leur physique.



De la même manière, il faut un peu de temps au lecteur pour cerner un effet discret : une nostalgie sous-jacente. Seuls deux récits montrent un téléphone portable et une personne en faisant usage. Dans un récit, un personnage utilise même un téléphone filaire. Dans Le balayeur de regrets, la narration visuelle met en scène un bal de village, visiblement d’une décennie passée du vingtième siècle. Dans le deuxième récit, l’emploi de gardien de square renvoie à une fonction en voie de disparition. Le quatrième récit pourrait se situer dans un passé plus lointain, début du vingtième siècle éventuellement. Le lecteur ressent ce décalage temporel comme si chaque récit s’apparente à un conte, sensation renforcée par ces métiers méconnus, doucement farfelus, gentiment en marge de la réalité et tous tournés vers l’autre, apportant une forme de réconfort, de chaleur humaine librement diffusée, sans attente de retour, tout d’abord pour le bien-être de la personne qui l’exerce, en accord avec ses valeurs profondes, avec ce réconfort ineffable d’être constructif, et de rendre service.


Tout commence avec cette jeune femme sans qualification, sans diplôme, sans voiture, sans expérience convaincante… sans utilité pratique d’un certain point de vue. Le premier métier remplit une fonction dans un rituel, dans un rite du printemps : il s’agit pour le balayeur de regrets d’accomplir sa fonction, de jouer un rôle dans un processus. La deuxième personne est mue par un amour des mots des grands auteurs, pour lesquels elle fait office de passeuse vers des individus manquant de répartie. La suivante intervient pour ses grands-parents, aidant leur mémoire. Par la suite, le lecteur fait connaissance avec un homme mal à l’aise en société, tout en étant capable d’apporter du réconfort par les lettres qu’il écrit, avec une femme sachant voir ce qu’il y a de bon dans une personne, avec un amuseur de rue qui aide les autres à s’exprimer à l’aide de gros mots (ou en tout cas d’expressions fleuries), avec un aveugle aidant un adolescent à voir, avec une jeune femme souhaitant rendre hommage à la mémoire de gens ordinaires, etc. Le lecteur se sent ragaillardi par ces personnes normales et gentilles, constructives et acceptant leurs limites, capables d’apprécier la vie comme elle est.


Une couverture douce, un titre qui promet des métiers fantaisistes, une anthologie réalisée par quatorze dessinateurs et un scénariste. Le lecteur est curieux de découvrir ces métiers farfelus dont le décalage génère une sensation poétique. Chaque artiste donne un caractère propre à la nouvelle qu’il illustre et aux personnages, chaque métier se distinguant ainsi des autres. Le scénariste met en scène la banalité d’individus possédant un talent inexploitable pour générer des revenus et des bénéfices, tout en rendant des services qui n’ont pas de prix pour les autres. Rassérénant.