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lundi 2 novembre 2026

Ekhö monde miroir T02 Paris empire

Envoyez un pigeon voyageur. On va honorer cet engagement.


Ce tome fait suite à Ekhö monde miroir T01 New York (2013) qu’il faut avoir lu avant pour la découverte initiale de ce monde. Son édition originale date de 2013. Il a été réalisé par Christophe Arleston pour le scénario, par Alessandro Barbucci pour les dessins, et par Nolwenn Lebreton pour les couleurs. Il compte quarante-sept planches de bande dessinée. Il s’ouvre avec une présentation des principaux personnages en deux phrases chacun : le monde d’Ekhö, Fourmille Gratule, Yuri Podrov, Grace Lumumba, Sigisbert de Motafiume, et les Preshauns.


Sur Ekhö, New York a un petit air différent. Des dragons remplacent les hélicos, les gratte-ciels ont des faux airs de donjons, mais elle s’y habitue. New York reste toujours New York, même sans électricité ni technologie. Et elle, Fourmille Gratule, dans ce monde comme dans l’autre, elle doit faire face au quotidien… Dans les bureaux de son agence, elle vient de comprendre qu’ils n’ont plus un rond. La danseuse et associée Grace Lumumba, nom de scène Yumma, lui confirme que les caisses sont vides, elles ont deux mois de loyer en retard, et elle n’a pas eu de salaire depuis… Pfiouuu ! Trop Longtemps ! La patronne Fourmille croyait que l'agence marchait bien : ils ont un paquet d'artistes sous contrat, ils prennent quinze pourcents, ça fait des sous, non ? Grace répond que pas tant que ça, les cachets sont minables en ce moment, et l’agence manque de vedettes. Youri Prodov suggère qu’ils pourraient retourner chasser dans Central Park, mais ce n’est pas facile. Grace reprend la parole : ils avaient un gros contrat à Paris, mais ce n’est plus possible : quinze jours d’exclusivité au Poulain Rouge pour Yumma et Yummy… or Yummy est en prison.



Yuri indique qu’il veut bien partir à la recherche d’un autre boulot, mais il faut que Fourmille l’accompagne, les Preshauns leur ont interdit de rester séparés trop longtemps. La jeune femme râle : pourquoi écouteraient-ils les Preshauns ? Après tout, c’est juste des genres d’écureuils dans des vêtements ridicules ? Puis elle se tourne vers Grace pour lui demander : Bon, le contrat de Paris, gros comment ? Au vu de la réponse, elle décide d’envoyer un pigeon voyageur pour dire qu’ils vont honorer l’engagement. Elle a décidé qu’elle reprendra le rôle de Yummy, elle est assez belle pour faire un strip-tease, et elle ordonne à Yuri de garder les yeux fermés quand elle sera en scène. Sur ce, elle se met à danser avec Yumma, pendant que Yuri va plonger la tête dans un seau d’eau froide. Mais quelques semaines plus tôt à Paris, s’étaient déroulés des événements d’une importance capitale pour la suite. Alors qu’il dinait dans un restaurant de luxe, le prince Antone avait reçu un pli contenant des révélations dont il décide de faire part sans attendre à son père, l’empereur. Sans répondre aux questions pressantes des journalistes de la presse mondaine, il monte dans son carrosse, et le cocher le lance à vive allure dans les rues de Paris. Il se produit un accident mortel alors qu’ils empruntent le souterrain du pont de l’Alma.


Un début de série bien sympathique avec le premier tome : de la Fantasy sur un rythme enlevé, avec une forte teneur en divertissement. Un couple mal assorti se prenant gentiment le bec, et découvrant progressivement les règles de cette réalité alternative où les longs voyages s’effectuent dans des grandes cabines à dos de dragon plutôt que dans des avions long courrier. Un monde ressemblant fortement à l’ère moderne, mais sans la technologie électrique, électronique, informatique ou même à vapeur. Sans magie non plus, mais avec une race appelée les Preshauns, assurant une fonction de régulation des forces surnaturelles dont celle appelée énergie thaumique. L’intrigue du premier tome mêlait découverte de ce monde et enquête sur un meurtre, cette dernière étant rondement menée. Au vu du titre, le lecteur comprend que cette seconde aventure fournit l’occasion d’aller découvrir une autre ville reconfigurée : Paris. Il retrouve avec plaisir les dessins très vivants de l’artiste, la mise en couleurs très mordorée, aux couleurs chaudes et agréables. Il constate rapidement que certains éléments visuels du premier tome refont leur apparition dans celui-ci assurant une continuité visuelle pour la série. Il voit tout aussi rapidement que le scénariste a à nouveau fait en sorte de jouer sur les forces graphiques du dessinateur, que ce soit l’apparence des créatures bizarres, le décalage baroque des lieux, ou les courbes des héroïnes.



Dès la couverture, il apparaît que les auteurs continuent de se faire plaisir sur le plan visuel, que ce soit le scénariste en concevant les variations d’avec le monde réel, ou le dessinateur pour les donner à voir. Au vu de la composition de l’illustration, la tenue de Fourmille capte immédiatement l’attention, à commencer par sa belle coiffure de type choucroute montée haut sur la tête, avec de magnifiques volutes, une longue mèche dans le dos, rehaussée par une plume de grande taille. S’il y est sensible, le lecteur va retrouver le changement coiffure déjà employé dans le premier tome, quand le corps de l’héroïne est possédé par un défunt décédé de mort violente à qui il reste un problème à régler, passant de cheveux au vent à des cheveux attachés en queue de cheval. Comme le suggère la couverture, la charmante demoiselle va se produire dans un numéro de cabaret avec effeuillage, et il est possible d’admirer une première coiffure avec bouquet de plumes sur la tête en page de titre, puis une autre avec tour Eiffel intégrée. Le volume des cheveux de Grace impressionne toujours autant, ainsi que sa capacité à les maîtriser. Le lecteur pourra aussi admirer les différents couvre-chefs de ces messieurs, en particulier pour les uniformes. Le reste de sa tenue attire également l’œil, pour ce qu’elle a de révélatrice (le cache-sexe en plumes), et de suggestives (ses gants d’opéra qui s’arrêtent au-dessus du coude). Il en retrouve une variation très proche lors du numéro de strip-tease de Yumma & Yummy, qui s’accompagnent en chantant Déshabillez-moi (1967), écrite par Robert Nyel et composée par Gaby Verlor. Le dessinateur prête une attention particulière aux tenues vestimentaires de tous les personnages, avec des formes et des accessoires singuliers, plutôt que de se contenter de vêtements sans personnalité.


Le lecteur vient pour l’interprétation baroque et rétro mâtinée de fantasy de Paris, et pour le spectacle, il en a pour son argent. Les auteurs indiquent explicitement qu’ils s’inspirent de l’accident qui a coûté la vie à Diana Spencer (1961-1997) avec une course-poursuite entre son carrossée et les journalistes à ses trousses, dans une séquence menée à toute vitesse. L’action reprend ensuite le dessus lors d’un attentat contre l’empereur avec des explosions secouant la tour Eiffel et des individus courant dans les sens. Le lecteur retient ensuite son souffle lors d’une autre course-poursuite à dos de dragon en plein Paris, et évidemment pendant le numéro de Yumma & Yummy, alors même que le dessinateur se tient à distance de la titillation facile, évitant la nudité de ces deux danseuses. L’histoire présentant une plus grande unité que celle du premier tome, l’artiste dispose de plus de latitude pour donner à voir Paris, en maintenant une cohérence visuelle. Cela constitue un spectacle de premier choix pour le lecteur qui se projette dans les différents lieux revisités qu’il les reconnaisse ou non : la façade du Ritz, la colonne Vendôme, le souterrain du pont de l’Alma, le Poulain (Moulin) rouge, la cathédrale Notre-Dame de Paris, la tour Eiffel (tour de pierre et de bois), le trente-six quai des Orfèvres, le George V rebaptisé Georges W, etc. Le plaisir pris par l’artiste est communicatif, et le lecteur déguste chaque création.



Ayant établi les bases de la présente série, le scénariste peut réaliser une histoire plus focalisée sur l’intrigue, tout en mettant à profit ce qui a été établi dans le premier tome. Le lecteur retrouve donc la dynamique entre les personnages principaux, la nécessité qu’ils restent à proximité l’un de l’autre, la nature mystérieuse de ce monde et sa supervision par les Preshauns (leprechaun), avec quelques allusions au tome précédent comme chasser dans central Park, le besoin de thé chez les Preshauns, ou encore une histoire de souvenirs effacés. Il retrouve également le goût d’Arleston pour les jeux de mots, que ce soit un conducteur de taxi qui s’écrie Kouignamama (en référence à une pâtisserie bretonne riche en beurre) ou le nom de famille du chorégraphe et propriétaire du Poulain Rouge, Damon Toidéhgaj. Pour des raisons de contrat rémunérateur à honorer, les personnages se rendent à Paris, ce qui permet au lecteur d’avoir la confirmation de qui constitue le groupe récurrent en plus de Fourmille et Yuri. L’intrigue repose à nouveau sur une mort violente, un secret détenu par le défunt à faire éclater, et la possession par lui de Gratule à des moments (in)opportuns. Le scénariste sait y faire pour composer un récit avec des moments de bravoure, un peu de titillation du lecteur sur les émotions, courage, agacement, détermination, amour contrarié ou refoulé, et une tension qui va crescendo jusqu’au final spectaculaire. Une aventure haute en couleurs.


Deuxième aventure pour Fourmille Gratule, Yuri Prodov, Grace Lumumba et Sigisbert Motafiume. Scénariste et dessinateur s’entendent parfaitement pour réinventer Paris à leur sauce, une variation inventive et colorée, tenant toutes ses promesses de divertissement imaginatif. L’intrigue conduit les héros à nouveau à mener une enquête sur une mort brutale, et cette fois-ci un trafic d’armes. Le lecteur se laisse embarquer et profite du spectacle et de l’action.