L'histoire ne fait pas de détail lorsqu'elle avance à trop grands pas.
Ce tome fait suite à La semaine sanglante qu'il faut avoir lu avant. Il s'agit d'une série indépendante de toute autre, terminée en 7 tomes. Elle a bénéficié d'une réédition en intégrale : Voleurs d'empires. Ce tome est initialement paru en 2002, avec un scénario de Jean Dufaux, des dessins et des couleurs réalisés par Martin Jamar. Ces 2 auteurs ont également collaboré sur une autre série en 6 tomes : Double Masque.
Le récit reprend en mai 1871, c’est-à-dire directement à la suite du tome précédent. Dans l'église Saint Laurent (Xe arrondissement), Victor Hugo retrouve monsieur de Mancé sur un banc. Il évoque le fils de Mancé, puis lui demande de l'aide pour permettre à une jeune femme (Anaïs) et à son fiancé de quitter Paris, en lui procurant des papiers et un itinéraire. Monsieur de Mancé accepte. Alors que leur conversation se termine, des fédérés en armes et en habits entrent et embarquent les prêtres comme otages. Il est vraisemblable qu'ils seront exécutés dans les 24 heures. Sur son lit de mort, le vicomte de Val a remis un pli à son serviteur Pascal pour qu'il aille l'apporter à Paris, contre récompense.
Les forces de l'armée régulière ont pénétré dans Paris et reprennent les rues une à une aux communards. Lesdits insurgés boutent le feu à la ville détruisant de nombreux bâtiments. Par un effort de volonté incroyable, Julien d'Havré a réussi à gagner la cour de l'hôtel particulier des d'Espard. Il y est accueilli par Madeleine qui l'emmène dans un lit. Fortement diminué par ses blessures, Julien remarque qu'elle porte une bague à tête de mort, avec le N napoléonien. Elle récupère ses médailles. De son côté, Frappe-Misère a appris que les bombardements ont également frappé des cimetières. Avec l'aide de Lévadé, il va inspecter la tombe de sa fille.
C'est toujours un moment particulier que d'entamer la lecture du dernier tome (ou du dernier chapitre) d'une bande dessinée intense qui sort du lot. Le lecteur éprouve à la fois le regret qu'elle finisse, le plaisir de l'anticipation d'en connaître la fin, et l'inquiétude qu'elle ne soit pas à la hauteur. Pour la série des Voleurs d'Empires, il sait déjà que les auteurs resteront fidèles à leur narration. Il savoure à l'avance la reconstitution historique minutieuse de Martin Jamar. Il est pleinement rassuré dès la première page. L'architecture extérieure de l'église Saint Laurent est fidèlement reproduite, faisant honneur à son style gothique. Les vues de l'intérieur en imposent tout autant à commencer par les ogives de la nef. Le lecteur reconnaît facilement le type de chaise, ainsi que les prie-Dieu. La page d'après, il a le plaisir de pouvoir contempler la façade du bâtiment industriel des usines du Val. Au fur et à mesure de l'avancée des troupes versaillaises dans Paris, l'artiste en représente des vues époustouflantes. Cela commence dès la page 5 avec une case occupant les deux tiers de la page, montrant les bâtiments en flamme, à partir d'une vue du ciel.
Page 14, les cases mettent le lecteur au pied d'une façade haussmannienne. Page 18, l'armée versaillaise avance sur une barricade montée en pavés. Pages 25 & 26, un protagoniste surveille la capture d'insurgés dans les catacombes. Dans la page suivante, le lecteur assiste à la parade du général Gaston Alexandre Auguste de Galiffet, (1831-1909) le marquis aux talons rouges, surnommé le massacreur de la Commune. Dans la page suivante, il peut se rendre compte des dégâts causés à plusieurs bâtiments, par les bombardements et les incendies volontaires. Dans ces 3 pages, le dessinateur montre différemment la présence de morts, des ossements, des cercueils de fortune, des cadavres dans les rues. L'artiste assure pleinement sa fonction de narrateur intégrant de grandes quantités d'informations narratives dans ses dessins.
Le lecteur a également le privilège de pénétrer dans plusieurs intérieurs parisiens ou de province. Il laisse son regard parcourir la décoration intérieure de la chambre dans laquelle est alité Julien, celle du salon de l'appartement de Prosper Mérimée (1803-1870) pendant un cambriolage, l'un des salons de Versailles utilisé comme fumoir par les membres du gouvernement, ou encore l'intérieur bourgeois de monsieur de Mancé, en passant par son salon spacieux, les couloirs richement décorés, les tableaux accrochés au mur de sa chambre, la forme particulière du lit dans la chambre allouée à Anaïs & Nicolas, etc. Martin Jamar reste fidèle à son niveau d'exigence établi dès le premier tome. Il est hors de question qu'il diminue la minutie descriptive de ses planches, ne serait-ce que dans une seule case. Tout du long de ces 7 tomes, le lecteur a pu se délecter du perfectionnisme de cet artiste, de son implication totale dans une reconstitution historique authentique et étoffée.
Le lecteur retrouve également les caractéristiques de la forme narrative développée par Jean Dufaux dès le premier tome : un savant entrelacement de reconstitution historique et de roman du XIXe siècle. Comme dans les tomes précédents, Jean Dufaux ne se livre pas à un exposé sur la Commune de Paris. Il en évoque des éléments choisis, par ordre chronologique. Le lecteur voit donc d'autres prêtres raflés comme otages, des incendies volontaires provoqués par les communards, la capture de plusieurs communards au fur et à mesure de l'avancée de l'armée régulière, la parade du général Galliffet, et une page consacrée à l'état de la ville après la Semaine Sanglante, du 21 au 28 mai 1871. Le lecteur ne suit donc pas un cours d'Histoire, mais l'intrigue et le parcours des personnages sont indissolublement liés et dépendants des événements historiques. Victor Hugo refait une apparition qui n'a rien de gratuite, pour une interaction avec un personnage clé de ce tome. Le lecteur assiste à la déclaration de décès de Louis-Napoléon Bonaparte, effectuée par le médecin, ayant un rapport direct avec l'intrigue, et apportant un jugement de valeur sur son règne.
Jean Dufaux continue de faire usage des coïncidences bien pratiques, dispositif narratif habituel dans les romans. C'est ainsi que monsieur de Mancé accueille fort opportunément Anaïs et Nicolas, que la mort du père de Nicolas se produit de telle sorte à contrarier une révélation, que Julien d'Havré réussit à retrouver Madeleine d'Espard dans son hôtel particulier qui a été épargné par les pillards et les bombardements, que le duc de Feray retrouve sa fille Clémentine dans des circonstances les plus macabres possibles, ou encore que Nicolas d'Assas croise Joachim Hansmeyer par le plus grand des hasards. Arrivé au septième tome, le lecteur s'est accoutumé à cette spécificité narrative, et il ne peut que constater qu'elle permet d'apporter une clôture satisfaisante pour chaque personnage. Finalement, Jean Dufaux ne fait qu'assumer la nature fictionnelle de son récit, et se conformer à un mode narratif développé par les plus grands écrivains français, et qui a fait ses preuves. C'est à chaque fois l'occasion pour Martin Jamar de dessiner une dernière fois ces personnages. En voyant Julien d'Havré sur le lit de Madeleine, le lecteur se rend compte qu'il aurait aimé que ce personnage ait plus d'importance dans le récit. En voyant le sort réservé à Frappe Misère, il comprend par la force visuelle de la mise en scène du jugement de valeur porté sur les actes de cet individu qui n'a pas su dépasser son traumatisme, qui n'a finalement œuvré que pour son intérêt personnel. En contemplant le vicomte de Val sur son lit de mort, il éprouve toute la vanité et la solitude d'une vie passée à imposer sa volonté. En regardant Pascal (le bras droit du vicomte) attendre sa récompense face à monsieur de Mancé, le lecteur lit sa cupidité sur son visage, motivation triste et pathétique.
Le lecteur ressort donc pleinement satisfait de ce dernier tome, qui se termine par une épanadiplose narrative joliment troussée. À la fin de l'histoire, il dispose d'une idée précise de ce que deviennent les personnages. Au fil de ces 7 tomes, Jean Dufaux et Martin Jamar ont fait revive une époque, avec une qualité picturale qui donne l'impression au lecteur de se retrouver dans les rues de Paris, d'assister aux manifestations de la Commune, sans en être un participant actif, sans que les images ne la transforment en un grand spectacle déconnecté des individus. Ils ont pris soin de ne pas donner une vision angélique des actions des communards, et de montrer qu'il y avait aussi des profiteurs, à commencer par Nicolas d'Assas qui est en train de cambrioler l'appartement de Prosper Mérimée. Dans ce dernier tome, le scénariste a l'occasion d'exprimer un avis sur le bilan de la Commune. Il établit un constat sans appel sur le bilan, et le retour à la normale, c’est-à-dire au rétablissement de l'ordre au profit de la classe de la bourgeoisie et des dirigeants. Il montre aussi le prix payé par les classes ouvrières. À nouveau, les images ne sont pas sensationnalistes ; elles ne font que montrer l'état des rues et les cadavres. Lorsque le lecteur se rappelle des circonstances qui ont mené les parisiens à se soulever, exposées dans les tomes précédents, il peut se forger sa propre opinion. Dans l'introduction, Jean Dufaux exprime sa satisfaction d'avoir pu écrire sur ce moment de l'histoire, et son plaisir de voir que d'autres ont commencé à le faire revivre : Le cri du peuple de Jacques Tardi & Jean Vautrin.
L'ouverture du premier tome met en scène la mort sous la forme d'un cavalier, l'établissant comme l'un des thèmes de la série. L'épanadiplose permet de conclure élégamment sur ce thème et sur une ouverture. À sa manière plutôt élégante, Jean Dufaux donne ainsi son avis sur le grand vainqueur de tous les conflits armés, toutes les guerres. Il renvoie ainsi à une scène du tome précédent, où les chefs d'état payent le prix de leurs ambitions, avec le sang du peuple. L'auteur effectue là un constat à posteriori sur le coût des conflits, en évitant un ton sentencieux, et une prise de position facile du type y'a qu'à, faut qu'on. Il semble sous-entendre que cette soif de violence, ce mode de régler les conflits font partie de l'essence de l'humanité, sans grand espoir de l'éradiquer. Par contre, la fin du récit propose une alternative à l'échelle individuelle, une autre façon d'envisager les choses. À ce titre, la philosophie de Pascaline énoncée en bas de l'avant dernière page fait également écho au triste sort du vicomte de Val et de Frappe Misère, ayant choisi un autre objectif, une autre philosophie de vie.
Dans son introduction pour ce tome, et dans celle pour l'intégrale, Jean Dufaux confirme qu'il a souhaité parler de la guerre, et qu'à ses yeux, toute guerre, tout affrontement n'est qu'un vide. Il s'agit d'un autre mot commençant par la lettre qu'il aurait pu ajouter à ceux qu'il cite : Voleurs, Victimes, Victoire. En terminant ce récit, le lecteur s'aperçoit que ce thème sur la guerre est également présent au travers d'autres symboles comme celui des médailles épinglées par Adélaïde Favier. C'est à la fois la marque de ceux frappés par la mort, mais aussi de ceux qui se laissent aspirer par cette logique d'affrontement. Et c'est la marque dérisoire qu'il reste aux vainqueurs, des distinctions accordées à postériori, des petits bouts de métal, avec des rubans colorés. Jean Dufaux explicite également cette dimension des affrontements : la folie particulière et la folie générale, la fascination de la vérité apportée par le dérèglement, le désordre, la folie. Ce thème est peut-être plus délicat à appréhender dans le cadre de cette bande dessinée. À l'évidence, la guerre franco-prussienne et la Commune de Paris sont des événements qui provoquent ce dérèglement, qui induisent une folie aussi bien générale dans la société, que particulière pour les individus. Ce qui est plus difficile à appréhender réside dans le contrepoint à cette folie, ce qui représente la normalité. Les différents personnages sont les produits de leur époque, à la fois socialement et culturellement. Ils sont plutôt issus des classes aisées de la société, sauf peut-être pour les malades mentaux de la pension Martelet. Tous sont le jouet ou les victimes des événements historiques, sans aucune prise sur ces bouleversements. La normalité semble donc plutôt se situer dans leur état d'esprit vis-à-vis de la vie, dans une attitude et un état d'esprit tournés vers la construction vers la vie, plutôt que vers les émotions négatives et la destruction.
Cette histoire en 7 tomes constitue une lecture exceptionnelle méritant sa place parmi les joyaux de la bande dessinée francobelge. Il y a à la fois un véritable savoir-faire classique dans la narration : la dimension littéraire et le français élaboré, les dessins appliqués, minutieux, descriptifs pour une immersion inégalable. Il y a une ambition historique, romanesque et spirituelle qui amalgame harmonieusement ces différentes composantes. Jean Dufaux & Martin Jamar racontent avant tout une histoire délivrant un quota élevé de divertissement avec des séquences attendues (le soulèvement de la Commune et des séquences totalement inattendues (le voyage de Lévadé en province). Les auteurs prennent leur histoire très au sérieux et s'adressent à des adultes avec un investissement qui saute aux yeux à chaque page, à commencer par l'authenticité de la reconstitution historique, très exigeante en termes de recherches préalables. Ils font exister leurs protagonistes, avec une histoire personnelle qui influe sur leur comportement, et des défauts qui les rendent humains. Le lecteur plonge dans cette fresque épique, à dimension humaine, avec le souffle de l'Histoire, et une intrigue palpitante.
Ma liste de blogs
lundi 23 avril 2018
dimanche 22 avril 2018
Les Voleurs d'empires, tome 6 : La Semaine sanglante
Et leurs rêves se sont brisés, alors même qu'ils entraient dans la légende.
Ce tome fait suite à Chat qui mord qu'il faut avoir lu avant. Il s'agit d'une série indépendante de toute autre, terminée en 7 tomes. Elle a bénéficié d'une réédition en intégrale : Voleurs d'empires. Ce tome est initialement paru en 2000, avec un scénario de Jean Dufaux, des dessins et des couleurs réalisés par Martin Jamar. Ces 2 auteurs ont également collaboré sur une autre série en 6 tomes : Double Masque.
La page d'ouverture évoque la fin de la semaine sanglante (du 21 au 28 mai 1871), et l'exécution de 147 communards au mur des Fédérés. Puis le texte évoque les différents mouvements des fédérés (les Communards) et de l'armée régulière du gouvernement. Le récit commence alors le 17 avril 1871. Le commissaire Jalabert arrive avec 2 policiers dans l'église de la Trinité (IXe arrondissement), reconvertie en hôpital de fortune, pour prendre en charge le capitaine Zoren. Celui-ci est pris de fortes agitations, alors que Jalabert prononce le prénom Adélaïde. Ayant réussi à maîtriser Zoren, ils l'emmènent dans leur fiacre. Dans une rue, Jalabert reconnaît Blette en train de fouiller dans les poubelles. Il demande aux policiers de le récupérer, mais ils sont interpellés par les hommes d'arme de la Commune.
Après l'assaut donné à la pension Martelet, Adélaïde Favier s'est réfugiée dans un wagon désaffecté, avec le Huron. En discutant, ils constatent leur position de faiblesse, et décident de retrouver Julien d'Havré auquel Adélaïde est encore liée par le biais des fleurs de peau (médailles). Adélaïde Favier et le Huron le retrouvent dans un colombier de la rue Magenta. Mais il ne les attend pas en victime consentante, ou en serviteur obéissant. En fait, il entend bien recouvrer sa liberté en maîtrisant Adélaïde et le Huron par la force, grâce à des alliés. Il parvient même à lui ôter sa bague.
Le tome précédent avait laissé le lecteur dans une attente fébrile, après plusieurs révélations et plusieurs rebondissements étonnants. Sans surprise, il observe que celui-ci s'ouvre avec une page consacrée à présenter les événements historiques. Comme à son habitude, Martin Jamar réalise des reconstitutions historiques d'une minutie sans pareille. Il se sert de références pour assurer la véracité de ce qui est montré, et il utilise les caractéristiques de la bande dessinée pour montrer le point de vue le plus adapté à la narration de Jean Dufaux. Le lecteur peut ainsi voir dans une case les fédérés contre un mur, plus ou moins résignés, puis dans la case suivantes les soldats faisant feu sur eux. Jean Dufaux évoque les événements de la Commune, et il n'hésite pas à préciser les dates en tant que de besoin. Néanmoins le lecteur ne doit pas s'attendre à un reportage sur les événements de la Commune, ou à une présentation d'historien.
Le scénariste évoque les principaux faits pour donner un contexte aux péripéties vécues par les personnages, mais il n'en fait pas un compte-rendu exhaustif. Ces évocations suffisent à comprendre les conséquences sur les personnages, mais elle ne remplace pas un exposé complet sur cette insurrection. Par contre, elles donnent envie d'en savoir plus et d'aller se renseigner par soi-même. Par exemple, il est fait mention à plusieurs reprises des bombardements nourris réalisés sur Paris, et le lecteur s'interroge sur les quartiers ainsi détruits. Il assiste à la démolition de la colonne de la place Vendôme, et il se demande dans quelles circonstances elle a été reconstruite. Au cours de ce tome, le lecteur assiste à un dialogue entre Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1873) et le premier ministre Gladestone, à Camden House, dans la ville de Chiselhurst. En fonction de ses connaissances sur cette période, il peut avoir envie de replonger dans la biographie de Napoléon III. À chaque fois, il apprécie que le scénariste prenne la peine de donner ces éléments contextuels, qu'il s'agisse d'une église transformée en hôpital de fortune, ou de l'exode des ouvriers et des bourgeois fuyant Paris. À nouveau, les dessins de Martin Jamar permettent de voir ce qui serait resté sinon une simple indication désincarnée.
Comme dans les tomes précédents, Jean Dufaux conserve les techniques propres aux feuilletons et aux romans populaires. En particulier, il se sert de coïncidences bien pratiques, et il élude souvent les moyens par lesquels un personnage réussit à en retrouver un autre. Il n'est pas expliqué comment Jalabert a pu savoir que le capitaine Zoren se trouvait dans l'hôpital de fortune installé dans l'église de la Trinité. Le trajet du fiacre de Jalabert passe de manière opportune, juste devant Blette en train de farfouiller dans un tas d'ordures. Julien d'Havré s'empare à point nommé du portefeuille de Jalabert, et donc de ses papiers d'identité, par un concours de circonstances un peu forcé. Les dessins montrent ces événements de manière concrète, leur donnant de la substance, et donc leur apportant un semblant de crédibilité, mais le hasard (ou plutôt l'auteur) fait vraiment bien les choses. Anaïs n'éprouve aucune difficulté à retrouver Nicolas dans le lit de Madeleine, et la perte de son portefeuille entraîne de graves soucis à Jalabert.
Bien sûr, le lecteur n'est pas venu uniquement pour l'évocation en pointillé de la Commune. Il veut savoir la suite de l'histoire. Cet état d'esprit permet de prouver à quel point le scénariste a bien utilisé les techniques du feuilleton pour l'accrocher et le tenir en haleine. Comme dans le tome précédent, Jean Dufaux gère avec grâce les nombreux personnages de sa distribution. Le lecteur ne ressent pas de manque à ne voir un personnage secondaire que le temps de quelques cases (même quand il s'agit de Frappe-Misère) et il ne se lasse pas d'en voir d'autres (Jalabert pour ce tome). Il y a une forme de contentement à apprendre ce qu'il advient du capitaine Zoren, même si l'importance de son rôle fut finalement assez relative. Il n'y a pas de frustration à ce que Lévadé soit relégué en arrière-plan, car il a disposé de son moment sur le devant de la scène dans le tome précédent, et le lecteur comprend qu'il lui reste un rôle à jouer, mais plus tard. Le lecteur revoit passer Victor Hugo le temps d'une page, avec un sourire aux lèvres pour ce lien avec l'Histoire, à la fois gratuit (Anaïs aurait très bien pu ne jamais le croiser), et à la fois organique du fait de sa réelle présence lors de la Commune, et de ce qu'il apporte à l'intrigue.
Le lecteur ressent que le temps est venu pour les auteurs faire avancer plusieurs fils narratifs vers des formes de résolution différentes. Il n'y a donc quasiment pas de nouveaux personnages qui fassent leur apparition dans ce tome. Il y a bien la confirmation de l'identité d'un qui était apparu dans le tome précédent, pour les lecteurs avec une méconnaissance de cette période historique. Cette séquence dans laquelle Louis-Napoléon Bonaparte discute avec le premier ministre d'Angleterre n'a rien de gratuit, car elle élargit l'ampleur des actions de la Mort, et explique son accoutrement singulier dans cette série. Jean Dufaux en fait l'incarnation ésotérique du destin qui a conduit à tant de morts sur les champs de bataille. Martin Jamar en fait une image singulière puisqu'il s'agit d'un squelette paré d'un habit militaire de gradé, qu'il représente de manière naturaliste. Quand Elle se présente à un autre personnage pour en faire un nouvel émissaire, cette approche naturaliste peut paraître un peu étrange, la belle jeune femme embrassant le squelette sur la bouche. Mais le lecteur y voit aussi une métaphore accablante de tous les individus disposant de plus ou moins de pouvoir, qui sont prêts à sacrifier les gens du peuple qui pour eux ne sont que des anonymes, bons à payer le prix de leurs décisions.
Le lecteur ressent que le récit approche de sa conclusion également par le fait de la densification de la narration. Non seulement, Jean Dufaux a recours à des coïncidences bien pratiques, mais en plus il doit utiliser des ellipses conséquentes. Dans le tome précédent, le lecteur avait effectivement laissé Nicolas d'Assas dans le lit de Madeleine d'Espard, mais il est quand même surpris de l'y retrouver, que rien n'est venu le contraindre à accomplir une autre mission. Il est tout aussi surpris de découvrir que Frappe-Misère ait subi plusieurs blessures au cours des jours qui viennent de s'écouler, car aucune scène ne l'a montré. Le lecteur peut y voir là, à la fois le fait que ce récit n'est pas un récit d'aventures au premier degré, mais aussi le fait que l'auteur a beaucoup de choses à raconter, un nombre de pages limité, et le temps de réalisation de chaque album qui s'accumule, risquant de lasser les lecteurs de la première qui doivent attendre longtemps entre chaque nouvel album.
Cette attente reste tout à fait justifiée par l'excellence minutieuse de chaque planche réalisée par Martin Jamar. Cet artiste conserve un parti pris graphique immuable depuis le début, sans chercher à s'économiser en se reposant sur les lauriers amplement mérités, acquis lors des tomes précédents. Il ne manque pas un pilier, par un frontispice dans l'église de la Trinité. Il est possible d'identifier chaque élément de maçonnerie dans les décombres jonchant les rues de Paris, après les bombardements. Lorsqu'une perspective s'ouvre à l'occasion de la déambulation de Blette (case médiane, planche 6), le dessinateur montre aussi bien le détail de l'urbanisme (chaussée, trottoirs, murs de clôture, becs de gaz, que les habitants vaquant à leurs occupation (dont une marchande de parapluie, et une femme poussant une brouette). Lorsque Jalabert prend une chambre à prix d'or dans l'auberge Testaux, le lecteur peut détailler l'aménagement sordide de la chambre défraîchie. Dans la cour de l'auberge, il observe un coq en train de sa pavaner devant des poules, et à l'extérieur, il peut compter les pavés, et observer les rails pour l'acheminement du ravitaillement. Lors de la séquence à Versailles, il peut admirer la Galerie des Batailles, représentée avec exactitude. Quelques pages plus loin, il apprécie l'opulence de l'hôtel particulier de la famille d'Espard, avec ses boiseries et son mobilier de luxe.
Le lecteur se rend également compte à quel point il apprécie de retrouver ces personnages qui lui sont devenus familiers. De page en page, il constate que Martin Jamar est aussi qualifié en tant que metteur en scène, qu'en tant que directeur d'acteur. Alors même que le scénariste a beaucoup d'informations à dispenser à chaque page, les images portent aussi beaucoup d'informations sous forme visuelle. L'artiste conçoit ses prises de vue de manière à toujours montrer où se déroule l'action, avec un angle de vue assez large pour que le lecteur se fasse une bonne idée de l'environnement. C'est ainsi qu'il représente dans le détail tout l'extérieur de Camden House, alors que Louis-Napoléon Bonaparte et le premier ministre Gladestone discutent dans le jardin, plutôt que de se contenter d'un plan rapproché. De la même manière, la première case dans l'église de la Trinité propose une vue d'ensemble de la nef, avec tous les détails architecturaux. Le lecteur éprouve ainsi la sensation de se trouver sur place et de pouvoir y promener son regard à sa guise, augmentant l'impression d'immersion. Dans la suite de cette séquence, les plans se font plus rapprochés alors que Jalabert se retrouve au chevet du capitaine Zoren, montrant ainsi les détails de cette installation de fortune.
La composition des prises de vue permet d'intégrer un grand volume d'informations visuelles, et de mettre en scène les personnages avec naturel. Le lecteur peut les voir évoluer dans un décor en trois dimensions, qui ne se réduit pas à une scène vide, avec un décor représenté en toile de fond. Le soin apporté aux costumes augmente encore la qualité de la représentation, mais aussi le nombre d'informations visuelles, ainsi que l'identité de chaque protagoniste. Lors d'une scène de dialogue (par exemple entre Anaïs et Madeleine, page 26), le dessinateur se concentre sur le langage corporel des personnages, et leur placement réciproque. En fonction du cadrage, si le cadrage passe en mode gros plan, il continue de représenter les éléments en arrière-plan pour ne pas rompre le charme de l'immersion. Ainsi le lecteur peut voir la détermination d'Anaïs dans sa posture, et l'ébauche de stratégies d'évitement dans les postures successives de Madeleine.
Comme le précédent, ce tome constitue une lecture haletante qui se termine trop vite, en dépit de la masse d'informations contenues dans les textes et les dessins. Le lecteur retrouve avec grand plaisir les personnages, découvre avec impatience la trame des différents fils narratifs et leur imbrication, et relève les leitmotivs propres à la série, comme les apparitions de la Mort en habit napoléonien, ou le nombre 27 pour le lit du capitaine Zoren. Les dessins donnent une consistance exceptionnelle à chaque séquence, donnant l'impression au lecteur d'en être le témoin privilégié, qu'il s'agisse d'un affrontement de grande ampleur, ou d'une scène intimiste d'un couple au lit. Jean Dufaux poursuit sa description d'un groupe d'individus en proie aux bouleversements d'une époque violente. Il montre comment leur vie est soumise à la survenance d'événements sur lesquels ils n'ont aucune prise, mais il montre aussi comment leurs actions sont dictées par leur éducation et par leur naissance. Le lecteur découvre aussi que le caractère de plusieurs personnages se révèle après avoir été confrontés aux événements. Anaïs n'est pas si lisse que le lecteur l'avait supposé, et Nicolas d'Assas ne mérite peut-être pas tant de considération. En plus d'une reconstitution historique, d'une aventure grand spectacle, d'un mystère relatif aux origines de Nicolas d'Assas, et d'un complot ourdi de longue date, les auteurs réalisent également une étude de caractère subtile.
Ce tome fait suite à Chat qui mord qu'il faut avoir lu avant. Il s'agit d'une série indépendante de toute autre, terminée en 7 tomes. Elle a bénéficié d'une réédition en intégrale : Voleurs d'empires. Ce tome est initialement paru en 2000, avec un scénario de Jean Dufaux, des dessins et des couleurs réalisés par Martin Jamar. Ces 2 auteurs ont également collaboré sur une autre série en 6 tomes : Double Masque.
La page d'ouverture évoque la fin de la semaine sanglante (du 21 au 28 mai 1871), et l'exécution de 147 communards au mur des Fédérés. Puis le texte évoque les différents mouvements des fédérés (les Communards) et de l'armée régulière du gouvernement. Le récit commence alors le 17 avril 1871. Le commissaire Jalabert arrive avec 2 policiers dans l'église de la Trinité (IXe arrondissement), reconvertie en hôpital de fortune, pour prendre en charge le capitaine Zoren. Celui-ci est pris de fortes agitations, alors que Jalabert prononce le prénom Adélaïde. Ayant réussi à maîtriser Zoren, ils l'emmènent dans leur fiacre. Dans une rue, Jalabert reconnaît Blette en train de fouiller dans les poubelles. Il demande aux policiers de le récupérer, mais ils sont interpellés par les hommes d'arme de la Commune.
Après l'assaut donné à la pension Martelet, Adélaïde Favier s'est réfugiée dans un wagon désaffecté, avec le Huron. En discutant, ils constatent leur position de faiblesse, et décident de retrouver Julien d'Havré auquel Adélaïde est encore liée par le biais des fleurs de peau (médailles). Adélaïde Favier et le Huron le retrouvent dans un colombier de la rue Magenta. Mais il ne les attend pas en victime consentante, ou en serviteur obéissant. En fait, il entend bien recouvrer sa liberté en maîtrisant Adélaïde et le Huron par la force, grâce à des alliés. Il parvient même à lui ôter sa bague.
Le tome précédent avait laissé le lecteur dans une attente fébrile, après plusieurs révélations et plusieurs rebondissements étonnants. Sans surprise, il observe que celui-ci s'ouvre avec une page consacrée à présenter les événements historiques. Comme à son habitude, Martin Jamar réalise des reconstitutions historiques d'une minutie sans pareille. Il se sert de références pour assurer la véracité de ce qui est montré, et il utilise les caractéristiques de la bande dessinée pour montrer le point de vue le plus adapté à la narration de Jean Dufaux. Le lecteur peut ainsi voir dans une case les fédérés contre un mur, plus ou moins résignés, puis dans la case suivantes les soldats faisant feu sur eux. Jean Dufaux évoque les événements de la Commune, et il n'hésite pas à préciser les dates en tant que de besoin. Néanmoins le lecteur ne doit pas s'attendre à un reportage sur les événements de la Commune, ou à une présentation d'historien.
Le scénariste évoque les principaux faits pour donner un contexte aux péripéties vécues par les personnages, mais il n'en fait pas un compte-rendu exhaustif. Ces évocations suffisent à comprendre les conséquences sur les personnages, mais elle ne remplace pas un exposé complet sur cette insurrection. Par contre, elles donnent envie d'en savoir plus et d'aller se renseigner par soi-même. Par exemple, il est fait mention à plusieurs reprises des bombardements nourris réalisés sur Paris, et le lecteur s'interroge sur les quartiers ainsi détruits. Il assiste à la démolition de la colonne de la place Vendôme, et il se demande dans quelles circonstances elle a été reconstruite. Au cours de ce tome, le lecteur assiste à un dialogue entre Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1873) et le premier ministre Gladestone, à Camden House, dans la ville de Chiselhurst. En fonction de ses connaissances sur cette période, il peut avoir envie de replonger dans la biographie de Napoléon III. À chaque fois, il apprécie que le scénariste prenne la peine de donner ces éléments contextuels, qu'il s'agisse d'une église transformée en hôpital de fortune, ou de l'exode des ouvriers et des bourgeois fuyant Paris. À nouveau, les dessins de Martin Jamar permettent de voir ce qui serait resté sinon une simple indication désincarnée.
Comme dans les tomes précédents, Jean Dufaux conserve les techniques propres aux feuilletons et aux romans populaires. En particulier, il se sert de coïncidences bien pratiques, et il élude souvent les moyens par lesquels un personnage réussit à en retrouver un autre. Il n'est pas expliqué comment Jalabert a pu savoir que le capitaine Zoren se trouvait dans l'hôpital de fortune installé dans l'église de la Trinité. Le trajet du fiacre de Jalabert passe de manière opportune, juste devant Blette en train de farfouiller dans un tas d'ordures. Julien d'Havré s'empare à point nommé du portefeuille de Jalabert, et donc de ses papiers d'identité, par un concours de circonstances un peu forcé. Les dessins montrent ces événements de manière concrète, leur donnant de la substance, et donc leur apportant un semblant de crédibilité, mais le hasard (ou plutôt l'auteur) fait vraiment bien les choses. Anaïs n'éprouve aucune difficulté à retrouver Nicolas dans le lit de Madeleine, et la perte de son portefeuille entraîne de graves soucis à Jalabert.
Bien sûr, le lecteur n'est pas venu uniquement pour l'évocation en pointillé de la Commune. Il veut savoir la suite de l'histoire. Cet état d'esprit permet de prouver à quel point le scénariste a bien utilisé les techniques du feuilleton pour l'accrocher et le tenir en haleine. Comme dans le tome précédent, Jean Dufaux gère avec grâce les nombreux personnages de sa distribution. Le lecteur ne ressent pas de manque à ne voir un personnage secondaire que le temps de quelques cases (même quand il s'agit de Frappe-Misère) et il ne se lasse pas d'en voir d'autres (Jalabert pour ce tome). Il y a une forme de contentement à apprendre ce qu'il advient du capitaine Zoren, même si l'importance de son rôle fut finalement assez relative. Il n'y a pas de frustration à ce que Lévadé soit relégué en arrière-plan, car il a disposé de son moment sur le devant de la scène dans le tome précédent, et le lecteur comprend qu'il lui reste un rôle à jouer, mais plus tard. Le lecteur revoit passer Victor Hugo le temps d'une page, avec un sourire aux lèvres pour ce lien avec l'Histoire, à la fois gratuit (Anaïs aurait très bien pu ne jamais le croiser), et à la fois organique du fait de sa réelle présence lors de la Commune, et de ce qu'il apporte à l'intrigue.
Le lecteur ressent que le temps est venu pour les auteurs faire avancer plusieurs fils narratifs vers des formes de résolution différentes. Il n'y a donc quasiment pas de nouveaux personnages qui fassent leur apparition dans ce tome. Il y a bien la confirmation de l'identité d'un qui était apparu dans le tome précédent, pour les lecteurs avec une méconnaissance de cette période historique. Cette séquence dans laquelle Louis-Napoléon Bonaparte discute avec le premier ministre d'Angleterre n'a rien de gratuit, car elle élargit l'ampleur des actions de la Mort, et explique son accoutrement singulier dans cette série. Jean Dufaux en fait l'incarnation ésotérique du destin qui a conduit à tant de morts sur les champs de bataille. Martin Jamar en fait une image singulière puisqu'il s'agit d'un squelette paré d'un habit militaire de gradé, qu'il représente de manière naturaliste. Quand Elle se présente à un autre personnage pour en faire un nouvel émissaire, cette approche naturaliste peut paraître un peu étrange, la belle jeune femme embrassant le squelette sur la bouche. Mais le lecteur y voit aussi une métaphore accablante de tous les individus disposant de plus ou moins de pouvoir, qui sont prêts à sacrifier les gens du peuple qui pour eux ne sont que des anonymes, bons à payer le prix de leurs décisions.
Le lecteur ressent que le récit approche de sa conclusion également par le fait de la densification de la narration. Non seulement, Jean Dufaux a recours à des coïncidences bien pratiques, mais en plus il doit utiliser des ellipses conséquentes. Dans le tome précédent, le lecteur avait effectivement laissé Nicolas d'Assas dans le lit de Madeleine d'Espard, mais il est quand même surpris de l'y retrouver, que rien n'est venu le contraindre à accomplir une autre mission. Il est tout aussi surpris de découvrir que Frappe-Misère ait subi plusieurs blessures au cours des jours qui viennent de s'écouler, car aucune scène ne l'a montré. Le lecteur peut y voir là, à la fois le fait que ce récit n'est pas un récit d'aventures au premier degré, mais aussi le fait que l'auteur a beaucoup de choses à raconter, un nombre de pages limité, et le temps de réalisation de chaque album qui s'accumule, risquant de lasser les lecteurs de la première qui doivent attendre longtemps entre chaque nouvel album.
Cette attente reste tout à fait justifiée par l'excellence minutieuse de chaque planche réalisée par Martin Jamar. Cet artiste conserve un parti pris graphique immuable depuis le début, sans chercher à s'économiser en se reposant sur les lauriers amplement mérités, acquis lors des tomes précédents. Il ne manque pas un pilier, par un frontispice dans l'église de la Trinité. Il est possible d'identifier chaque élément de maçonnerie dans les décombres jonchant les rues de Paris, après les bombardements. Lorsqu'une perspective s'ouvre à l'occasion de la déambulation de Blette (case médiane, planche 6), le dessinateur montre aussi bien le détail de l'urbanisme (chaussée, trottoirs, murs de clôture, becs de gaz, que les habitants vaquant à leurs occupation (dont une marchande de parapluie, et une femme poussant une brouette). Lorsque Jalabert prend une chambre à prix d'or dans l'auberge Testaux, le lecteur peut détailler l'aménagement sordide de la chambre défraîchie. Dans la cour de l'auberge, il observe un coq en train de sa pavaner devant des poules, et à l'extérieur, il peut compter les pavés, et observer les rails pour l'acheminement du ravitaillement. Lors de la séquence à Versailles, il peut admirer la Galerie des Batailles, représentée avec exactitude. Quelques pages plus loin, il apprécie l'opulence de l'hôtel particulier de la famille d'Espard, avec ses boiseries et son mobilier de luxe.
Le lecteur se rend également compte à quel point il apprécie de retrouver ces personnages qui lui sont devenus familiers. De page en page, il constate que Martin Jamar est aussi qualifié en tant que metteur en scène, qu'en tant que directeur d'acteur. Alors même que le scénariste a beaucoup d'informations à dispenser à chaque page, les images portent aussi beaucoup d'informations sous forme visuelle. L'artiste conçoit ses prises de vue de manière à toujours montrer où se déroule l'action, avec un angle de vue assez large pour que le lecteur se fasse une bonne idée de l'environnement. C'est ainsi qu'il représente dans le détail tout l'extérieur de Camden House, alors que Louis-Napoléon Bonaparte et le premier ministre Gladestone discutent dans le jardin, plutôt que de se contenter d'un plan rapproché. De la même manière, la première case dans l'église de la Trinité propose une vue d'ensemble de la nef, avec tous les détails architecturaux. Le lecteur éprouve ainsi la sensation de se trouver sur place et de pouvoir y promener son regard à sa guise, augmentant l'impression d'immersion. Dans la suite de cette séquence, les plans se font plus rapprochés alors que Jalabert se retrouve au chevet du capitaine Zoren, montrant ainsi les détails de cette installation de fortune.
La composition des prises de vue permet d'intégrer un grand volume d'informations visuelles, et de mettre en scène les personnages avec naturel. Le lecteur peut les voir évoluer dans un décor en trois dimensions, qui ne se réduit pas à une scène vide, avec un décor représenté en toile de fond. Le soin apporté aux costumes augmente encore la qualité de la représentation, mais aussi le nombre d'informations visuelles, ainsi que l'identité de chaque protagoniste. Lors d'une scène de dialogue (par exemple entre Anaïs et Madeleine, page 26), le dessinateur se concentre sur le langage corporel des personnages, et leur placement réciproque. En fonction du cadrage, si le cadrage passe en mode gros plan, il continue de représenter les éléments en arrière-plan pour ne pas rompre le charme de l'immersion. Ainsi le lecteur peut voir la détermination d'Anaïs dans sa posture, et l'ébauche de stratégies d'évitement dans les postures successives de Madeleine.
Comme le précédent, ce tome constitue une lecture haletante qui se termine trop vite, en dépit de la masse d'informations contenues dans les textes et les dessins. Le lecteur retrouve avec grand plaisir les personnages, découvre avec impatience la trame des différents fils narratifs et leur imbrication, et relève les leitmotivs propres à la série, comme les apparitions de la Mort en habit napoléonien, ou le nombre 27 pour le lit du capitaine Zoren. Les dessins donnent une consistance exceptionnelle à chaque séquence, donnant l'impression au lecteur d'en être le témoin privilégié, qu'il s'agisse d'un affrontement de grande ampleur, ou d'une scène intimiste d'un couple au lit. Jean Dufaux poursuit sa description d'un groupe d'individus en proie aux bouleversements d'une époque violente. Il montre comment leur vie est soumise à la survenance d'événements sur lesquels ils n'ont aucune prise, mais il montre aussi comment leurs actions sont dictées par leur éducation et par leur naissance. Le lecteur découvre aussi que le caractère de plusieurs personnages se révèle après avoir été confrontés aux événements. Anaïs n'est pas si lisse que le lecteur l'avait supposé, et Nicolas d'Assas ne mérite peut-être pas tant de considération. En plus d'une reconstitution historique, d'une aventure grand spectacle, d'un mystère relatif aux origines de Nicolas d'Assas, et d'un complot ourdi de longue date, les auteurs réalisent également une étude de caractère subtile.
samedi 21 avril 2018
Les Voleurs d'empires, tome 5
Le tronc est peut-être sec, mais il porte haut.
Ce tome fait suite à Frappe-Misère qu'il faut avoir lu avant. Il s'agit d'une série indépendante de toute autre, terminée en 7 tomes. Elle a bénéficié d'une réédition en intégrale : Voleurs d'empires. Ce tome est initialement paru en 1999, avec un scénario de Jean Dufaux, des dessins et des couleurs réalisés par Martin Jamar. Ces 2 auteurs ont également collaboré sur une autre série en 6 tomes : Double Masque.
Lévadé (le second de Frappe-Misère) s'est rendu à Moussy-en-Josas pour assister à la procession funéraire et à l'enterrement de la vicomtesse de Feray. Il demande à l'un des villageois observant la procession où il peut trouver madame Pavaillat. Ayant obtenu une réponse, il se rend chez elle et s'installe, sans gêne, dans sa cuisine pour prendre une soupe froide, en attendant son retour. Lorsqu'elle arrive, il lui pose des questions sur les origines de Nicolas d'Assas. La mort de la vicomtesse ayant délivré madame Pavaillat de son serment, elle s'apprête à lui raconter ce qu'il attend. Mais son cheval hennit dans l'écurie à côté, et elle lui indique qu'elle va le nourrir avant. Quelques instants plus tard, un coup de feu retentit.
Ayant pris congé de madame Pavaillat, Lévadé poursuit sa route, et sur un chemin de halage demande à un paysan, où se situent les usines de Val. Arrivant devant le bâtiment principal, il découvre le V des voleurs d'empire qui sert de monogramme à l'usine. Il est également très surpris de découvrir la nature de ce qui est manufacturé à l'intérieur de cette usine. À Paris, la guerre civile se prépare, avec l'installation de barricades dans les rues. À Versailles, Adolphe Thiers prévient le comte Favier que la ville va bientôt être bombardée pour qu'il ait le temps d'avertir et de faire évacuer sa fille Adélaïde restée à la capitale.
Jean Dufaux prend son lecteur par surprise en consacrant 18 pages à l'escapade de Lévadé hors de Paris. Il s'agit d'une mission que lui a confiée Frappe-Misère dans le tome précédent et qui doit permettre de déterminer l'identité des parents de Nicolas d'Assas, et peut-être pourquoi il porte la marque du V sur les côtes. Le lecteur apprécie de pouvoir prendre une bouffée d'air frais hors des murs de Paris, loin de la violence des affrontements de la Commune, qui menacent d'éclater d'une page à l'autre. Martin Jamar réalise des planches descriptives à souhait, toujours aussi magistral dans sa capacité à recréer une époque, et à la faire vivre. Le lecteur observe avec intérêt le prêtre, puis les sœurs portant une châsse, une autre portant un cierge, et enfin les porteurs du cercueil. Le petit village avec son église en fond de case est représenté avec une authenticité qui donne l'impression au lecteur de vraiment le voir. Dans la deuxième page, le lecteur voit une case rendant hommage aux glaneurs. Il peut observer dans le détail le mobilier de la cuisine rustique de madame Pavaillat. Cinq pages plus loin, il se promène avec plaisir sur le chemin de halage aux côtés de Lévadé à cheval.
Ce tome s'ouvre dans une atmosphère bucolique, mais aussi en plein mystère. Le lecteur se rend compte qu'il guette les réponses de madame Pavaillat concernant la mère et le père de Nicolas, craignant qu'elle ne rende son dernier soupir avant de ne pouvoir livrer la clef de l'énigme à Lévadé, qui en plus n'est pas révélée au lecteur. Ce personnage se dirige alors vers une nouvelle destination, en fonction de ce qu'il vient d'apprendre (que le lecteur ne sait toujours pas). La surprise est donc totale à la découverte des usines de Val. L'artiste fait encore des merveilles pour décrire la cour de l'usine, avec les ouvriers occupés à des tâches annexes. Avant cela il découvre une vue en plongée de l'usine depuis une hauteur où se tient Lévadé à cheval, avec les cheminées en brique rouge, et les panaches de fumées. L'intérieur du grand bâtiment est décrit avec minutie, en respectant les techniques de construction de tels types de bâtiment à l'époque.
Le lecteur va de surprise en surprise en tombant sur le sigle V utilisé dans un tout autre contexte. Il est encore plus étonné et aux aguets en se retrouvant devant le vicomte de Val. Il pénètre dans son salon richement aménagé, dans un style similaire à celui du comte Favier, avec de grandes plantes en pot, un tapis épais agrémenté de motifs géométriques, des fauteuils matelassés, des piliers avec des moulures, des tentures aux fenêtres, de beaux meubles marquetés. L'immersion dans cette époque révolue est totale, mais le lecteur se rend compte qu'il augmente sa vitesse de lecture. En effet le déroulement de l'intrigue s'accélère, et il souhaite découvrir plus rapidement les éléments d'informations.
Après cette escapade un peu bucolique, le récit revient à Paris, pour retrouver les autres personnages du récit : Nicolas d'Assas, Anaïs, Frappe-Misère, le comte Favier, Adolphe Thiers, Adélaïde Favier et son indien (ou son iroquois), Julien d'Havré, Madeleine d'Espard, le capitaine Zoren, Blette, le commissaire Jalabert. Le lecteur constate à la lecture que Jean Dufaux a réussi son pari de mettre en mouvement tous ces personnages dans une intrigue d''envergure, sans que l'histoire ne soit plombée par l'inertie d'une telle distribution. Le scénariste peut même se permettre de continuer d'étoffer la reconstitution historique avec les apparitions renouvelées d'Adolphe Thiers, mais aussi la participation de Gustave Courbet (1819-1877), et de Victor Hugo, ce dernier interagissant directement avec un des personnages du récit. L'évocation du déroulement de la Commune est l'occasion d'apercevoir rapidement Louise Michel (1830-1905), et d'autres femmes militantes moins connues comme Élisabeth Dimitriev, Victorine Brochon, Léonie Béra (André Léo). La présence de ces dames le temps d'une page ne s'apparente pas à l'étalage de la culture de l'auteur, mais bien à un hommage qui vient enrichir le récit se déroulant pendant la Commune. Les dessins de Jamar donnent au lecteur, l'impression de se trouver à Saint Germain l'Auxerrois, et d'entrevoir le visage de militantes dans l'assistance, dans une reconstitution crédible.
Alors même que le lecteur pourrait craindre un effet de papillonnage alors que le récit passe d'un personnage à l'autre, ou de variété artificielle, il n'en est rien. Chaque fois qu'il retrouve un personnage, il se rend compte qu'il attendait avec impatience de savoir ce qu'il était devenu, ou ce qui allait lui arriver, et que chaque séquence est dense. Il se doutait que le sort de Julien d'Havré ne serait enviable et il en a la confirmation. Néanmoins il apprécie la manière dont les auteurs le montrent incidemment. Le lecteur se sent plus perspicace en comprenant juste par les gestes de ce personnage qu'il avait raison sur son sort. Jean Dufaux et Martin Jamar ont développé une mythologie propre à la série, avec des leitmotivs que le lecteur reconnaît aisément, ce qui leur permet de se montrer moins explicites, de sous-entendre libérant ainsi de la place pour d'autres informations. Ainsi le lecteur comprend bien l'embarras de Julien d'Havré juste à ses gestes, pendant qu'il peut aussi observer les gestes de Nicolas d'Assas et de Madeleine d'Espard dans la même case, et que les dialogues peuvent se consacrer à apporter une autre nature d'informations. Parmi les leitmotivs de la série, le lecteur se rend compte en découvrant 2 apparitions du squelette portant un bicorne avec le monogramme de Napoléon qu'il les attend également avec impatience, pour essayer de mieux cerner ce qu'il représente. Il rend en particulier visite à un personnage historique qui n'est pas nommé, dans un magnifique bâtiment en briques rouges, avec un salon richement décoré, agrémenté de toiles accrochées aux murs, et 2 colonnades intérieures.
Le lecteur sait bien que le scénariste manipule ses personnages au gré des rebondissements qu'il a agencés, et en fonction de son intrigue globale. Néanmoins il n'éprouve jamais d'impression d'artificialité, d'événements survenant à point nommé, par la grâce de coïncidences bien pratiques. Les personnages agissent conformément à leurs motivations et à leur caractère. Jean Dufaux ne les pare pas d'une âme romantique ou exaltée, d'un altruisme impossible à croire. Par exemple, le capitaine Zoren poursuit son enquête sur les événements du pensionnat de madame Froidecœur qui a mené le commandant von W. à la folie. Sa ténacité l'a amené jusqu'à la pension Martelet et il est hors de question qu'il renonce. Le lecteur peut voir la confiance qu'il éprouve vis-à-vis de ses capacités, ainsi que la conviction d'agir en toute légitimité pour rétablir une justice vis-à-vis du pauvre commandant, pour maintenir une forme d'ordre. Son arrivée de nuit dans la cour de ladite pension offre l'occasion à l'artiste de montrer un établissement déserté par ses occupants, dans une lumière rougeâtre lugubre, faisant monter un sentiment d'appréhension irrépressible chez le lecteur qui perçoit ces éléments picturaux comme des avertissements. Avec cette séquence, il observe un individu conditionné par son éducation et sa position sociale, agissant sur la base des convictions qu'elles induisent, fonçant droit vers une force arbitraire, sans aucune possibilité de percevoir les signes avant-coureurs du danger qui le menace.
Petit à petit, le lecteur prend conscience que Nicolas d'Assas n'est pas non plus un héros classique. Il ne s'agit pas d'une révélation, mais d'un portrait qui se dessine petit à petit par ses actions, et aussi en comparaison du comportement des autres personnages. Alors qu'il a noué une relation amoureuse honnête avec Anaïs, cela ne l'empêche pas de profiter d'une belle occasion quand elle se présente, en cohérence avec le comportement de cet autre joli brin de femme dans le premier tome. Martin Jamar représente l'étreinte charnelle avec un soupçon de romantisme et un brin de nudité, tout en conservant un haut niveau de détails dans la description de la façade du bâtiment, de l'aménagement de la chambre et de la tenue vestimentaire de l'intrus. Nicolas d'Assas reste donc prêt à saisir les opportunités qui se présentent à lui et ne se lance pas dans une croisade morale pour redresser les torts. Malgré tout, il conserve sa position de personnage principal du récit, à la fois pour ses qualités, mais aussi parce qu'il est celui autour de qui tout l'intrigue semble graviter. Cela amène le lecteur à juger les autres personnages à l'aune du caractère et des actions de Nicolas d'Assas.
Le lecteur apprécie que la comédie humaine racontée par Jean Dufaux repose sur des personnages au comportement cohérent avec ce qu'il en a déjà vu. Il n'éprouve donc aucune surprise quant à la décision du comte Favier de laisser sa fille à Paris, décision basée sur la pérennité de sa renommée. Les dessins montrent un individu évoluant dans la haute société et dans les sphères du pouvoir, vivant dans un intérieur luxueux, ajoutant ainsi des éléments à sa personnalité. Le lecteur retrouve Blette, l'individu ayant pris la tête de la pension Martelet, et il éprouve un sentiment de satisfaction troublant à le voir agir conformément à ce que les tomes précédents sous-entendaient sur sa condition psychologique. Martin Jamar soigne alors ses expressions du visage ne laissant planer aucun doute sur son état d'esprit.
Ayant développé progressivement son intrigue pour qu'elle puisse prendre son envol tout en restant digeste, Jean Dufaux peut consacrer un peu de temps à d'autres personnages secondaires. Le lecteur commence ainsi à découvrir Lévadé sous un autre jour. Il constate qu'il ne s'agit pas d'un simple homme de main un peu zélé. Les dessins montrent un individu rigide et même un peu guindé, attestant d'un caractère rigoureux et froid. Les dialogues et son comportement font comprendre qu'il a lui aussi ses propres objectifs. Le lecteur ressent alors que chaque personnage qui apparaît dans le récit dispose d'une histoire personnelle susceptible d'être présentée au grand jour. La narration prend une dimension chorale qui dépasse le simple artifice pour pouvoir amener régulièrement de nouvelles révélations, car ces moments se focalisant sur un personnage secondaire servent autant à nourrir l'intrigue qu'à exposer sa personnalité. Il en est ainsi également pour le commissaire Jalabert. À la suite de ses premières apparitions, le lecteur l'avait catalogué comme un personnage secondaire un peu falot, vraisemblablement un policier consciencieux, mais incapable de se mesurer à l'intelligence de Frappe-Misère, ou même de voir clair dans le jeu du comte Favier. Qui plus est, Martin Jamar lui a donné une apparence de petit monsieur rondouillard au crâne dégarni, pas une caricature, mais un homme à l'air aussi insignifiant qu'inoffensif. Or, dans ce tome, les séquences dans où il apparaît le rendent plus consistant. Il n'est plus une quantité négligeable ou un simple artifice narratif, mais il acquiert lui aussi de l'épaisseur, une personnalité qui le rend attachant, grâce à sa méthode et son implication.
Ce cinquième tome permet de prendre la mesure de toutes l'ampleur de l'intrigue, de passer un moment détendant à la campagne, de se rendre compte de l'investissement émotionnel que l'on porte aux personnages mêmes secondaires, et de frissonner à la vue de l'histoire en marche. Le lecteur passe d'une promenade sur un chemin de halage paisible à l'occupation de l'Hôtel de Ville de Paris par le peuple de Paris en pleine guerre civile. L'intrigue se dévoile, étant nourrie de manière organique par ces événements, mettant en valeur des individus complexes.
vendredi 20 avril 2018
Voleurs d'Empires, Tome 4 : Frappe-Misère
Il paraît que l'on égorge les honnêtes gens.
Ce tome fait suite à Un sale métier qu'il faut avoir lu avant. Il s'agit d'une série indépendante de toute autre, terminée en 7 tomes. Elle a bénéficié d'une réédition en intégrale : Voleurs d'empires. Ce tome est initialement paru en 1997, avec un scénario de Jean Dufaux, des dessins et des couleurs réalisés par Martin Jamar. Ces 2 auteurs ont également collaboré sur une autre série en 6 tomes : Double Masque.
À l'hiver 1871, Guillaume premier est proclamé empereur d'Allemagne dans la galerie des Glaces du château de Versailles, les prussiens défilent sur les Champs Élysées, la nouvelle Assemblée française désigne Adolphe Thiers comme chef du pouvoir exécutif de la République. Dans les rues, les parisiens continuent d'abattre les arbres des plantations d'alignement pour s'en servir comme bois de chauffage. Un ouvrier abat un arbre marqué d'un V majuscule, malgré l'avertissement d'un de ses camarades qui lui indique que cette marque signifie qu'il est réservé à Frappe-Misère, aux Voleurs d'Empires. Alors qu'il s'éloigne de Paris à bord de sa charrette avec ses compagnons, le bûcheron est rattrapé par Lévadé (le bras droit de Frappe-Misère) et sa charrette est stoppée par des hommes de main de Frappe-Misère.
Nicolas d'Assas et Anaïs sont les prisonniers de Frappe-Misère, dans une riche demeure. Il les a invités à partager sa table qui ne souffre pas du rationnement. Frappe-Misère exprime sa volonté de piller Paris, et de la détruire, par ressentiment personnel. Il explique à Nicolas d'Assas qu'il attend lui qu'il lui rapporte la bague d'Adélaïde Favier. Cette dernière est installée dans l'hôtel particulier parisien de son père, le comte Favier. Alors qu'elle cherche ses billes dans le jardin, sous la protection d'un grand iroquois, son père reçoit l'inspecteur principal Jalabert. Ce dernier lui fait part des exactions commises par le gang des Voleurs d'Empires. Répondant à une question du comte, il lui suggère de placer sa fille dans la pension Martinet, un établissement pour malades mentaux.
Ce quatrième tome s'ouvre avec une page consacrée aux événements historiques de l'hiver 1871, ceux-ci continuant d'avoir une incidence directe sur les protagonistes. Visiblement l'histoire personnelle de Frappe-Misère a été fortement impactée par des événements historiques pas encore explicités à ce stade du récit. De plus, le comte Favier (le père d'Adélaïde) reçoit dans ce tome la visite d'Adolphe Thiers, alors chef du pouvoir exécutif de la République française. Cette rencontre est cohérente avec l'importance du comte Favier dans les décisions concernant la conduite de la Ville de Paris, dans le tome précédent. Enfin, le lecteur a bien compris qu'une partie du récit va se dérouler lors de la Commune de Paris (du 18 mars 1871, au 28 mai 1871), et effectivement il assiste au départ de quelques personnages pour Versailles, où se replie le gouvernement. Comme dans les tomes précédents, Jean Dufaux peut se reposer sur Martin Jamar pour une solide reconstitution historique.
Les spécificités du média qu'est la bande dessinée permettent aux auteurs de faire vivre leurs personnages dans des reconstitutions historiques vivantes. Jamar assure l'authenticité des décors et des costumes en utilisant des références, telles que des ouvrages historiques, mais aussi les œuvres d'art (tableaux) de l'époque. Par la magie du dessin, il peut insuffler de la vie dans ces chefs d'œuvre académiques, et lier ces représentations picturales entre elles, y faire vivre les protagonistes du récit, dans une seule et même approche graphique. Comme dans les tomes précédents, le lecteur peut se délecter de la véracité minutieuse visuelle. Pour la page d'ouverture évoquant les événements historiques, ou plus loin quand 2 divisions de l'armée se dirigent vers Belleville et Montmartre pour y récupérer les canons qui y sont entreposés, l'artiste reprend les images connues de ces moments, en décalant le point de vue, ou en élargissant la perspective, pour qu'elles trouvent leur place dans la narration. Il peut montrer la confrontation entre les soldats et les insurgés sur la butte Montmartre, donnant ainsi vie à la scène. La bande dessinée permet de mieux intégrer l'exposé des faits historiques exigés par le scénariste, dans le récit, sous une forme cohérente avec le reste.
La minutie du travail de reconstitution de l'artiste comprend donc une part de projection des faits historiques à partir des archives du passé, ainsi qu''une représentation soignée d'éléments quotidiens et banals d'époque. Le lecteur a le plaisir de pouvoir reparcourir du regard l'aménagement floral du salon du comte Favier, ou encore la décoration intérieur du salon de Frappe-Misère, décrits dans le menu détail, des tapisseries murales, aux pièces de mobilier. Il constate également la qualité du travail de référence effectué par Jamar à chaque séquence. Ce tome comprend une scène sur les toits de Paris, avec un cheminement des plus périlleux. La représentation des cheminées, des ouvrages en maçonnerie et des toits en zinc est impeccable, permettant une qualité d'immersion du lecteur exceptionnelle. Loin de chercher à trouver des solutions graphiques pour éviter d'avoir à représenter les différents environnements, Martin Jamar met un point d'honneur à faire en sorte qu'ils soient bien visibles et consistants. Les scènes en extérieur permettent d'admirer les façades des immeubles haussmanniens, ainsi que celles des immeubles dont la construction est plus ancienne. Comme à son habitude, Martin Jamar impressionne par la richesse et la densité visuelle de ses cases qui conservent toute leur lisibilité. La mise en couleurs participe à cette lisibilité, tout en restant discrète, sans jouer sur des dizaines de couleurs différentes par case. Le lecteur peut ne pas y prêter attention, tout comme il peut le faire et en ressortir très impressionné par l'intelligence graphique de la hiérarchisation des informations visuelles.
Tout autant que dans les tomes précédents, Martin Jamar propose un spectacle d'une grande richesse, sans qu'il ne donne l'impression d'être figé. Les personnages disposent tous d'une apparence spécifique, et l'artiste fait preuve d'une réelle compétence en matière de direction d'acteur. Le bûcheron amateur s'emporte en agitant sa hache sous le nez de son contradicteur. Le comte Favier perd sa contenance en observant sa fille chercher ses billes (très particulières) dans le jardin. Le lecteur est impressionné par l'intensité du regard de Blette, le directeur auto-proclamé de la pension Martelet, ce qui lui rappelle la psychose obsessionnelle du personnage. Il est toujours sous le charme de la pureté angélique du visage de Madeleine d'Espard, en notant que ses postures attestent qu'elle a conscience de son charme et qu'elle s'en sert pour manipuler son interlocuteur. Il sourit devant les changements d'expression du visage de maître Rognard, passant de la certitude d'être maître de la situation à la déconfiture la plus totale. Il lui semble bien reconnaître le visage de Bernard Blier dans celui du personnage de Jalabert. Les talents de metteur en scène de Martin Jamar sont tout aussi impressionnants. Il passe de tableaux un peu figés pour l'évocation des faits historiques, à des placements de caméra et des suites de point de vue permettant de saisir l'enchaînement des mouvements, ou d'embrasser une scène dans sa globalité. Il compose ses prises de vue, avec des plans rapprochés ou très large en fonction de la nature de la séquence, saisissant ainsi des détails qui viennent enrichir l'ensemble : l'envol de corbeaux au passage d'une charrette, un squelette humain articulé dans un cabinet de docteur, les portraits de médecin accrochés dans l'escalier de la pension Martelet, les rats courant dans la chambre d'Adélaïde Favier.
Bien sûr, le lecteur est également impatient de découvrir la suite de l'intrigue. Comme dans chaque tome, Jean Dufaux lui en donne pour son argent. Alors même que le récit comprend déjà une riche reconstitution historique, ainsi qu'une évocation de la situation de Paris à la veille de la Commune, le scénariste gère une distribution significative de personnages, et en raconte plus sur l'entremêlement des différents fils de son intrigue. Il continue de tisser ces fils, entre Adélaïde Favier, Frappe-Misère et son homme de main Lévadé, Anaïs et Nicolas d'Assas. Le lecteur s'interroge sur les motivations de Frappe-Misère et les événements de son histoire personnelle qui l'ont façonné et qui le lient à la famille des Feray, en particulier Clémentine évoquée dans le tome précédent. Le scénariste met en place un suspense quant au devenir de Nicolas d'Assas et d'Anaïs. Le lecteur est accroché par le mystère que constitue la marque sur le torse de Nicolas, en particulier la manière dont elle a pu être appliquée. Il continue de regarder les manigances d'Adélaïde Favier que rien ne semble pouvoir arrêter, mais qui est loin d'être omnipotente, se demandant quelles seront ses prochaines actions. Il se rend compte qu'il développe une sympathie réelle pour Jalabert, commissaire principal essayant de continuer à remplir sa mission dans des temps plus que troublés. Il compatit à sa situation quand il déclare au comte Favier : Je combats le crime, je suis impuissant devant l'anarchie.
Jean Dufaux continue de raconter son récit en respectant la construction d'un roman du dix-neuvième siècle, sans oublier qu'il s'agit d'une bande dessinée. Il alterne différents lieux pour que le dessinateur puisse les montrer, et que le lecteur dispose d'une variété visuelle. Le lecteur passe ainsi des rues de Paris, au salon de Frappe-Misère, à la demeure de la famille Favier dont il visite plusieurs pièces, à la pension Martelet, et il découvre même le bureau de Jalabert. Le scénariste gère astucieusement sa distribution de personnages, pourtant assez volumineuse, de manière à n'oublier personne. Les premiers rôles (Nicolas d'Assas, Anaïs, Adélaïde Favier) apparaissent le plus dans ce tome. Toutefois, le lecteur peut côtoyer le temps de quelques cases les autres personnages secondaires de la série, comme Lévadé, Julien d'Havré, maître Rognard, l'indien d'Adélaïde. Il a même le plaisir de revoir le temps d'une page la charmante Madeleine d'Espard et le troublant capitaine Zoren. Dans ce tome, le scénariste ne se livre pas à une étude de caractère de ses personnages, privilégiant plutôt l'intrigue romanesque et les mystères cachés. Chaque personnage est défini par un trait de caractère majeur, sans plus de nuances. Ainsi Frappe-Misère est animé par la colère et un désir de vengeance. Il en va de même pour Adélaïde Favier. Le comportement de Nicolas d'Assas est guidé par la volonté de survivre, d'en apprendre plus sur son histoire personnelle (cette marque en forme de V).
Le lecteur se rend compte qu'il se passe beaucoup de choses en seulement 46 pages. Le scénariste sait intégrer de gros volumes d'information, sans que la lecture n'en devienne indigeste. Il aménage des temps d'échange d'informations, sous la forme de dialogues posés, tout en restant brefs. Il inclut plusieurs péripéties pour rester dans le registre de l'aventure : embuscade sur la route de Paris, visite inquiétante dans une pension pour aliénés, cheminement à haut risque sur les toits de Paris, etc. Il n'oublie pas la dimension horrifique incarnée par Adélaïde Favier, à commencer la nature réelle des billes qu'elle recherche, mais aussi ses fleurs de peau.
Ainsi la plupart des personnages sont prisonniers de leur histoire personnelle, sont victimes des circonstances imposées par les événements historiques et sont entraînés dans un système qui les dépassent. Le lecteur peut y voir une forme de description de la société de l'époque, dans son fonctionnement systémique. Le rappel des événements historiques permet de se faire une idée (ou de se rappeler) du comportement du gouvernement qui tente de maîtriser la situation, de mater le peuple de Paris, qui compose avec l'ennemi, et qui n'hésite pas à aller s'abriter à Versailles quand le peuple gronde. Ces événements sont autant de circonstances sur lesquelles les personnages n'ont aucune prise, ni aucune incidence. Jean Dufaux présente les faits sous un angle qui montre des responsables de pays se livrant à des guerres par soldats interposés, mais évoluant dans un autre monde. Ils sont désincarnés, comme des grandes forces de la nature insondables. Par contre leurs exécutants (Adolphe Thiers, le comte Favier) apparaissent comme des individus pour qui le peuple est une entité sans personnalité, un concept à manipuler. Dans ce système, les personnages sont ballotés au gré des soubresauts historiques, certains sachant en tirer parti, d'autres en devenant les victimes.
Ce quatrième tome présente un niveau de qualité identique aux 3 premiers. Le lecteur obtient la confirmation que l'intrigue a été pensée et structurée dans son intégralité dès le départ. Il voit que l'artiste reste investi planche après planche, pour une reconstitution historique d'une qualité exceptionnelle. Il prend le temps de savourer, de se délecter de l'intrigue, de ses rebondissements, des différents environnements, de l'évocation d'événements historiques, tout en étant entraîné par la savante mécanique du récit, pour une aventure imprévisible, haute en couleur, avec suspense et frissons garantis.
jeudi 19 avril 2018
Voleurs d'Empires, Tome 3 : Un sale Métier
Le sang des hommes… N'en verseront-ils jamais assez
Ce tome fait suite à Fleurs de peau qu'il faut avoir lu avant. Il s'agit d'une série indépendante de toute autre, terminée en 7 tomes. Elle a bénéficié d'une réédition en intégrale : Voleurs d'empires. Ce tome est initialement paru en 1996, avec un scénario de Jean Dufaux, des dessins et des couleurs réalisés par Martin Jamar. Ces 2 auteurs ont également collaboré sur une autre série en 6 tomes : Double Masque.
Ce tome s'ouvre avec une page consacrée à la défaite de la France lors de l'hiver 19870-1871. Paris est en état de siège, établi par les prussiens, avec un rationnement de la nourriture, et des citoyens qui meurent de faim. Léon Gambetta s'est réfugié à Bordeaux. Dans une autre ville française occupée par les prussiens, le capitaine Zoren se rend à l'hôpital militaire, suite à un signalement. Il identifie effectivement le commandant von W qui est dans un sale état. Il a le regard hagard. Il tient des propos incohérents, en évoquant ce qui ressemble à une ritournelle : une livre de chair, tout un festin rien de moins. Son torse est pansé par un bandage pour que la blessure laissée par la médaille cousue dans la peau (une fleur de peau) puisse guérir. Il se met à gesticuler avec véhémence quand le médecin montre la médaille en question, au capitaine Zoren. En sortant, ce dernier voit une amputation de jambe, coupée à la scie à mi-cuisse.
À Paris, les domestiques font la queue devant les magasins de nourriture, espérant réussir à obtenir un peu de viande de chat ou de chien. L'un des domestiques de la famille Favier raconte aux bonnes qu'Adélaïde Favier est revenue habiter dans la demeure de ses parents, de retour d'un pensionnat situé à proximité de Moussy en Josas. Il ne se gêne pas pour rendre l'histoire plus intéressante, avec la mention d'une main clouée sur la porte de la chambre de la jeune fille. Dans la demeure des Favier, le père reçoit ce qu'il reste des membres du gouvernement pour discuter de la proposition d'armistice faite par les prussiens et de son coût. Il s'interrompt pour se renseigner sur les coups sourds résonnant dans la maison et il finit par indiquer à sa fille Adélaïde que sa bague est entre les mains de maître Rognard. Anaïs, Nicolas d'Assas et Julien d'Havré sont également arrivés à Paris, dans le plus grand dénuement et sans ressource. Julien d'Havré décide de se rendre à l'étude de maitre Rognard, car ce dernier gère la fortune de ses parents.
Après les 2 premiers tomes, le lecteur avait compris que Jean Dufaux raconte son histoire sur la structure d'un roman du dix-neuvième siècle, dans lequel le lecteur se lance, en faisant confiance à l'auteur quant à sa capacité à raconter une histoire en suivant plusieurs fils narratifs dont les liens ne sont pas apparents dès le départ. Comme dans les 2 premiers tomes, les soubresauts de l'Histoire s'intercalent entre les scènes consacrées aux personnages. À nouveau la crédibilité historique du récit doit beaucoup à l'artiste. Martin Jamar se montre toujours aussi investi dans la fidélité de la reconstitution historique. Certes ça ne coûte pas cher en costume ou en décors, car il ne s'agit de que de traits sur une feuille de papier. Mais cela coûte cher en termes d'investissement du dessinateur qui doit effectuer des recherches sur les tenues vestimentaires de l'époque, en fonction des catégories sociales et des professions exercées, des uniformes militaires. Le niveau d'exigence du lecteur se trouve comblé par tous les ustensiles et accessoires d'époque, par les modes de décoration intérieure, par les meubles, ainsi que par les rues de Paris.
Jean Dufaux utilise une forme narrative assez dense, dans laquelle les dialogues ne reprennent pas des éléments d'information déjà montrés par l'image, mais apportent des informations supplémentaires. Il établit ses différentes scènes dans de nombreux décors différents, et les personnages effectuent des actions au cours de chaque scène. Alors même que la lecture reste d'une fluidité sans à-coups, le lecteur se rend bien compte qu'il absorbe une forte densité d'informations à chaque page. Au travers de ses dessins, l'artiste raconte donc autant de choses que le scénariste au travers de ses dialogues, ou des rares encarts de texte. Martin Jamar se met au diapason d'une conception d'une bande dessinée de qualité, pour une histoire étoffée. Il a investi du temps dans la conception de ses personnages, pour qu'ils disposent d'une forte identité graphique sans être caricaturaux. Outre le contexte de chaque scène, le lecteur identifie au premier coup d'œil le commandant von W, avec ses cheveux blancs et son nez aquilin. Dès sa première apparition, il sait qu'il se souviendra aisément des traits du capitaine Zoren. Même s'il n'apparaissait que le temps de 3 pages dans le tome 2, monsieur Favier a laissé une marque indélébile avec sa coupe de cheveux et son collier de barbe. La mèche folle de cheveux de maître Rognard se reconnaît immédiatement, et son état atteste du degré d'agitation de l'individu, sans le rendre ridicule, sans qu'il n'en devienne un ressort comique. Cette qualité dans l'incarnation visuelle des personnages participe beaucoup à les faire exister individuellement, et donc à les rendre crédibles, et à donner de la substance à cette narration chorale.
Ce tome marque l'arrivée à Paris des personnages principaux. Il appartient également à Martin Jamar d'en donner pour son argent au lecteur, de contenter ses appétits de tourisme dans ce Paris révolu. Le clou de la visite guidée est peut-être dans la reconstitution des Halles de l'architecte Victor Baltard. Le temps d'une case splendide en page 41, le lecteur peut se projeter dans le ventre de Paris. Le récit se termine dans un des grands théâtres parisiens, où là aussi le touriste peut apprécier les dorures, le carrelage, les draperies, les festons qui ornent les loges, les lustres et les habits de soirée. En cours de récit, plusieurs personnages progressent dans différentes rues de Paris, et à nouveau le lecteur peut flâner en levant le nez pour détailler les façades, leurs décorations et les formes de fenêtre. Il se recueille devant quelques pierres tombales au Père-Lachaise. Le récit amène également des groupes de personnages dans différents intérieurs. Le lecteur retourne dans le salon des Favier, avec son impressionnante hauteur sous plafond et sa profusion de plantes vertes. Il pénètre dans le cabinet de maître Rognard, avec sa bibliothèque, son bureau, son sous-main, ses dossiers, ses 2 chaises pour recevoir les visiteurs, son tapis, son secrétaire, ses fleurs en pot, sa cheminé et son manteau en marbre, ses tableaux. Il se promène le temps de quelques cases dans le palais de Fontainebleau et dans ses jardins. Il se heurte aux individus agressifs dans la cour intérieure de la pension Martelet. En page 18, la duchesse Feray évoque une réception donnée par Napoléon III, et le lecteur reconnaît le célèbre tableau Réception des ambassadeurs siamois par l’empereur Napoléon III au palais de Fontainebleau (1864), réalisé par Jean-Léon Gérôme.
Dans le tome 2, le lecteur avait été frappé par la scène de divagation de madame Froidecoeur, rendue d'autant plus saisissante que martin Jamar utilisait des nuances vertes pour rendre compte que les actions étaient déformées par le cerveau du personnage, atteint par un poison. Dans ce tome, il prend conscience de la méticulosité de la mise en couleurs réalisée par l'artiste. Elle est évidente lorsqu'il utilise des nuances de gris bleuté pour la scène d'effraction de nuit. Elle est frappante lorsqu'il y a un fort contraste d'une scène à l'autre, par exemple quand Anaïs passe d'une cellule enténébrée à l'éclairage fastueux du théâtre. Elle est patente pour la reproduction du tableau de Jean-Léon Gérôme, avec de nombreuses teintes permettant de faire ressortir chaque petite surface l'une par rapport à celles qui les entourent, sans qu'aucune ne jure parmi les autres. D'une manière générale, la mise en couleurs ne semble consister qu'à s'attacher à rendre compte des couleurs naturelles. Mais, pour peu qu'il y prête attention, le lecteur constate immédiatement qu'elle est complémentaire des tracés encrés, pour augmenter l'immédiateté de la lisibilité de chaque case, un travail aussi précis que discret, aussi sophistiqué qu'efficace.
De page en page, le lecteur passe des rues enneigées de Paris, froides et pas toujours bien fréquentées, aux jardins somptueux du palais de Fontainebleau, de l'intérieur luxueux de la demeure des Favier, à la réalité sordide d'un hôpital militaire à la capacité d'accueil insuffisante. Non seulement la narration de Martin Jamar s'avère fluide et évidente, mais en plus il réussit des cases saisissantes donnant l'envie au lecteur de s'y attarder, soit pour leur beauté, sous pour l'horreur de qui y est décrit. Lorsque le capitaine Zoren jette un rapide coup d'œil à une amputation à la scie, le dessin très prosaïque rend compte de la boucherie. Lorsque des individus usent de la force pour imposer leur volonté à leurs victimes, il n'y a pas d'effet pour glorifier cette violence ou lui apposer une touche romantique. C'est toute la dimension sordide de la violence, de la brutalité et de l'agressivité qui s'exprime. Les visages des personnages correspondent à ceux d'adultes, avec des expressions en retenue, des visages parfois très fermés pour indiquer la concentration d'un personnage ou son inaccessibilité aux sentiments, ainsi qu'une grande palette d'émotions et de nuances en fonction des situations. Il suffit souvent d'une case pour générer de l'empathie chez le lecteur, même si les actions se sont déroulées hors case, ou ne sont que vaguement sous-entendues. Par exemple, le lecteur s'émeut qu'Anaïs se réveille nue sous une couverture, sans explication de sa situation, sans que l'artiste n'ait besoin de titiller le lecteur par une posture aguichante ou révélatrice.
En effet dans ce tome, les fondations posées par Jean Dufaux dans les 2 précédents commencent à porter leurs fruits. Les 2 premiers constituaient une lecture agréable et intrigante, sophistiquée et intelligente, parfois cruelle, parfois pénétrante. Mais c'est véritablement avec ce tome que le lecteur se rend compte que les personnages ont acquis une personnalité spécifique, un caractère qu'il a appris à connaître, des motivations qui leur sont propres. Même s'il ne sait pas tout sur Nicolas, Anaïs ou Julien, il s'y est attaché, et il voit bien qu'ils n'ont pas le même caractère. Il se rend compte du travail d'orfèvre réalisé par le scénariste quand il prend conscience que maître Rognard n'est pas un simple méchant. En fait, il le voit comme un individu qui fait son travail avec compétence, en gardant à l'esprit l'intérêt de ses clients (et le sien bien sûr). Même monsieur Favier (si soucieux des apparences de sa maisonnée et de sa réputation) sort du manichéisme lorsqu'il négocie l'armistice avec les prussiens, car Dufaux prend la peine d'exprimer ses doutes, le fait qu'il ait conscience de sa responsabilité vis-à-vis des parisiens, son indignation face aux exigences exorbitantes de l'envahisseur, à leurs clauses léonines. La séquence restitue toute la complexité politique et morale à prendre une telle décision, dans un sens ou dans l'autre.
Plus encore, chaque nouvelle rencontre est à la fois l'occasion de faire avancer l'intrigue, de découvrir de nouveaux individus présentant au minimum des caractéristiques sociales et morales, et souvent des motivations spécifiques. En cela, Jean Dufaux se montre à la hauteur de son ambition d'écrire un grand roman à la manière d'Honoré de Balzac. Il a peut-être augmenté la dose d'action et de spectaculaire, mais il n'a pas sacrifié à la profondeur psychologique de ses personnages, ni à la diversité et à la complexité de la société de l'époque. L'enchevêtrement entre les faits historiques et la vie des personnages devient plus importants, avec des effets directs. Pour commencer, les élèves de la pension Froidecoeur subissent en direct la situation de siège de Paris, et la rationnement de la nourriture. Ensuite, monsieur Favier (le père d'Adélaïde Favier, la femme rousse) intervient directement dans les décisions politiques de la partie du gouvernement restée à Paris. Enfin, la situation et l'histoire personnelle de Nicolas d'Assas sont aussi bien liées à l'intrigue qu'à l'Histoire.
Le lecteur se rend bien compte au vu des dates, que les personnages vont se retrouver au beau milieu des événements de la Commune de Paris, du 21 au 28 mai 1871, enchaînant encore plus leur sort à celui des événements historiques. Au détour d'une page, l'intrigue s'avère propice à un commentaire social, ou politique, ou philosophique sur le contexte, que ce soit un constat sur le coût en vie humaine de toute guerre qu'elles qu'en soient les raisons, sur le prix à payer par les plus faibles, ou les individus au cœur des bouleversements sociaux, ceux qui en profitent en termes de situation, de statut, même de manière incidente sans avoir cherché à en tirer profit. La conclusion de ce tome vient apporter deux éclairages sur le titre de la série, les voleurs d'empires n'étant pas limités à un groupe de comploteurs.
Avec ce troisième tome, le lecteur retrouve toutes les qualités des 2 tomes précédents, tant dans les personnages, que dans l'intrigue et les dessins. Il a aussi l'intense satisfaction de voir que les différents fils d'intrigue s'entremêlent pour dessiner une riche tapisserie, bénéficiant de plusieurs points de vue, avec des personnages complexe, une intrigue originale, des enjeux pour les individus et pour la société, le tout nourri par l'Histoire, les sentiments, avec un soupçon discret de surnaturel et une touche d'horreur. Exceptionnel !
Ce tome fait suite à Fleurs de peau qu'il faut avoir lu avant. Il s'agit d'une série indépendante de toute autre, terminée en 7 tomes. Elle a bénéficié d'une réédition en intégrale : Voleurs d'empires. Ce tome est initialement paru en 1996, avec un scénario de Jean Dufaux, des dessins et des couleurs réalisés par Martin Jamar. Ces 2 auteurs ont également collaboré sur une autre série en 6 tomes : Double Masque.
Ce tome s'ouvre avec une page consacrée à la défaite de la France lors de l'hiver 19870-1871. Paris est en état de siège, établi par les prussiens, avec un rationnement de la nourriture, et des citoyens qui meurent de faim. Léon Gambetta s'est réfugié à Bordeaux. Dans une autre ville française occupée par les prussiens, le capitaine Zoren se rend à l'hôpital militaire, suite à un signalement. Il identifie effectivement le commandant von W qui est dans un sale état. Il a le regard hagard. Il tient des propos incohérents, en évoquant ce qui ressemble à une ritournelle : une livre de chair, tout un festin rien de moins. Son torse est pansé par un bandage pour que la blessure laissée par la médaille cousue dans la peau (une fleur de peau) puisse guérir. Il se met à gesticuler avec véhémence quand le médecin montre la médaille en question, au capitaine Zoren. En sortant, ce dernier voit une amputation de jambe, coupée à la scie à mi-cuisse.
À Paris, les domestiques font la queue devant les magasins de nourriture, espérant réussir à obtenir un peu de viande de chat ou de chien. L'un des domestiques de la famille Favier raconte aux bonnes qu'Adélaïde Favier est revenue habiter dans la demeure de ses parents, de retour d'un pensionnat situé à proximité de Moussy en Josas. Il ne se gêne pas pour rendre l'histoire plus intéressante, avec la mention d'une main clouée sur la porte de la chambre de la jeune fille. Dans la demeure des Favier, le père reçoit ce qu'il reste des membres du gouvernement pour discuter de la proposition d'armistice faite par les prussiens et de son coût. Il s'interrompt pour se renseigner sur les coups sourds résonnant dans la maison et il finit par indiquer à sa fille Adélaïde que sa bague est entre les mains de maître Rognard. Anaïs, Nicolas d'Assas et Julien d'Havré sont également arrivés à Paris, dans le plus grand dénuement et sans ressource. Julien d'Havré décide de se rendre à l'étude de maitre Rognard, car ce dernier gère la fortune de ses parents.
Après les 2 premiers tomes, le lecteur avait compris que Jean Dufaux raconte son histoire sur la structure d'un roman du dix-neuvième siècle, dans lequel le lecteur se lance, en faisant confiance à l'auteur quant à sa capacité à raconter une histoire en suivant plusieurs fils narratifs dont les liens ne sont pas apparents dès le départ. Comme dans les 2 premiers tomes, les soubresauts de l'Histoire s'intercalent entre les scènes consacrées aux personnages. À nouveau la crédibilité historique du récit doit beaucoup à l'artiste. Martin Jamar se montre toujours aussi investi dans la fidélité de la reconstitution historique. Certes ça ne coûte pas cher en costume ou en décors, car il ne s'agit de que de traits sur une feuille de papier. Mais cela coûte cher en termes d'investissement du dessinateur qui doit effectuer des recherches sur les tenues vestimentaires de l'époque, en fonction des catégories sociales et des professions exercées, des uniformes militaires. Le niveau d'exigence du lecteur se trouve comblé par tous les ustensiles et accessoires d'époque, par les modes de décoration intérieure, par les meubles, ainsi que par les rues de Paris.
Jean Dufaux utilise une forme narrative assez dense, dans laquelle les dialogues ne reprennent pas des éléments d'information déjà montrés par l'image, mais apportent des informations supplémentaires. Il établit ses différentes scènes dans de nombreux décors différents, et les personnages effectuent des actions au cours de chaque scène. Alors même que la lecture reste d'une fluidité sans à-coups, le lecteur se rend bien compte qu'il absorbe une forte densité d'informations à chaque page. Au travers de ses dessins, l'artiste raconte donc autant de choses que le scénariste au travers de ses dialogues, ou des rares encarts de texte. Martin Jamar se met au diapason d'une conception d'une bande dessinée de qualité, pour une histoire étoffée. Il a investi du temps dans la conception de ses personnages, pour qu'ils disposent d'une forte identité graphique sans être caricaturaux. Outre le contexte de chaque scène, le lecteur identifie au premier coup d'œil le commandant von W, avec ses cheveux blancs et son nez aquilin. Dès sa première apparition, il sait qu'il se souviendra aisément des traits du capitaine Zoren. Même s'il n'apparaissait que le temps de 3 pages dans le tome 2, monsieur Favier a laissé une marque indélébile avec sa coupe de cheveux et son collier de barbe. La mèche folle de cheveux de maître Rognard se reconnaît immédiatement, et son état atteste du degré d'agitation de l'individu, sans le rendre ridicule, sans qu'il n'en devienne un ressort comique. Cette qualité dans l'incarnation visuelle des personnages participe beaucoup à les faire exister individuellement, et donc à les rendre crédibles, et à donner de la substance à cette narration chorale.
Ce tome marque l'arrivée à Paris des personnages principaux. Il appartient également à Martin Jamar d'en donner pour son argent au lecteur, de contenter ses appétits de tourisme dans ce Paris révolu. Le clou de la visite guidée est peut-être dans la reconstitution des Halles de l'architecte Victor Baltard. Le temps d'une case splendide en page 41, le lecteur peut se projeter dans le ventre de Paris. Le récit se termine dans un des grands théâtres parisiens, où là aussi le touriste peut apprécier les dorures, le carrelage, les draperies, les festons qui ornent les loges, les lustres et les habits de soirée. En cours de récit, plusieurs personnages progressent dans différentes rues de Paris, et à nouveau le lecteur peut flâner en levant le nez pour détailler les façades, leurs décorations et les formes de fenêtre. Il se recueille devant quelques pierres tombales au Père-Lachaise. Le récit amène également des groupes de personnages dans différents intérieurs. Le lecteur retourne dans le salon des Favier, avec son impressionnante hauteur sous plafond et sa profusion de plantes vertes. Il pénètre dans le cabinet de maître Rognard, avec sa bibliothèque, son bureau, son sous-main, ses dossiers, ses 2 chaises pour recevoir les visiteurs, son tapis, son secrétaire, ses fleurs en pot, sa cheminé et son manteau en marbre, ses tableaux. Il se promène le temps de quelques cases dans le palais de Fontainebleau et dans ses jardins. Il se heurte aux individus agressifs dans la cour intérieure de la pension Martelet. En page 18, la duchesse Feray évoque une réception donnée par Napoléon III, et le lecteur reconnaît le célèbre tableau Réception des ambassadeurs siamois par l’empereur Napoléon III au palais de Fontainebleau (1864), réalisé par Jean-Léon Gérôme.
Dans le tome 2, le lecteur avait été frappé par la scène de divagation de madame Froidecoeur, rendue d'autant plus saisissante que martin Jamar utilisait des nuances vertes pour rendre compte que les actions étaient déformées par le cerveau du personnage, atteint par un poison. Dans ce tome, il prend conscience de la méticulosité de la mise en couleurs réalisée par l'artiste. Elle est évidente lorsqu'il utilise des nuances de gris bleuté pour la scène d'effraction de nuit. Elle est frappante lorsqu'il y a un fort contraste d'une scène à l'autre, par exemple quand Anaïs passe d'une cellule enténébrée à l'éclairage fastueux du théâtre. Elle est patente pour la reproduction du tableau de Jean-Léon Gérôme, avec de nombreuses teintes permettant de faire ressortir chaque petite surface l'une par rapport à celles qui les entourent, sans qu'aucune ne jure parmi les autres. D'une manière générale, la mise en couleurs ne semble consister qu'à s'attacher à rendre compte des couleurs naturelles. Mais, pour peu qu'il y prête attention, le lecteur constate immédiatement qu'elle est complémentaire des tracés encrés, pour augmenter l'immédiateté de la lisibilité de chaque case, un travail aussi précis que discret, aussi sophistiqué qu'efficace.
De page en page, le lecteur passe des rues enneigées de Paris, froides et pas toujours bien fréquentées, aux jardins somptueux du palais de Fontainebleau, de l'intérieur luxueux de la demeure des Favier, à la réalité sordide d'un hôpital militaire à la capacité d'accueil insuffisante. Non seulement la narration de Martin Jamar s'avère fluide et évidente, mais en plus il réussit des cases saisissantes donnant l'envie au lecteur de s'y attarder, soit pour leur beauté, sous pour l'horreur de qui y est décrit. Lorsque le capitaine Zoren jette un rapide coup d'œil à une amputation à la scie, le dessin très prosaïque rend compte de la boucherie. Lorsque des individus usent de la force pour imposer leur volonté à leurs victimes, il n'y a pas d'effet pour glorifier cette violence ou lui apposer une touche romantique. C'est toute la dimension sordide de la violence, de la brutalité et de l'agressivité qui s'exprime. Les visages des personnages correspondent à ceux d'adultes, avec des expressions en retenue, des visages parfois très fermés pour indiquer la concentration d'un personnage ou son inaccessibilité aux sentiments, ainsi qu'une grande palette d'émotions et de nuances en fonction des situations. Il suffit souvent d'une case pour générer de l'empathie chez le lecteur, même si les actions se sont déroulées hors case, ou ne sont que vaguement sous-entendues. Par exemple, le lecteur s'émeut qu'Anaïs se réveille nue sous une couverture, sans explication de sa situation, sans que l'artiste n'ait besoin de titiller le lecteur par une posture aguichante ou révélatrice.
En effet dans ce tome, les fondations posées par Jean Dufaux dans les 2 précédents commencent à porter leurs fruits. Les 2 premiers constituaient une lecture agréable et intrigante, sophistiquée et intelligente, parfois cruelle, parfois pénétrante. Mais c'est véritablement avec ce tome que le lecteur se rend compte que les personnages ont acquis une personnalité spécifique, un caractère qu'il a appris à connaître, des motivations qui leur sont propres. Même s'il ne sait pas tout sur Nicolas, Anaïs ou Julien, il s'y est attaché, et il voit bien qu'ils n'ont pas le même caractère. Il se rend compte du travail d'orfèvre réalisé par le scénariste quand il prend conscience que maître Rognard n'est pas un simple méchant. En fait, il le voit comme un individu qui fait son travail avec compétence, en gardant à l'esprit l'intérêt de ses clients (et le sien bien sûr). Même monsieur Favier (si soucieux des apparences de sa maisonnée et de sa réputation) sort du manichéisme lorsqu'il négocie l'armistice avec les prussiens, car Dufaux prend la peine d'exprimer ses doutes, le fait qu'il ait conscience de sa responsabilité vis-à-vis des parisiens, son indignation face aux exigences exorbitantes de l'envahisseur, à leurs clauses léonines. La séquence restitue toute la complexité politique et morale à prendre une telle décision, dans un sens ou dans l'autre.
Plus encore, chaque nouvelle rencontre est à la fois l'occasion de faire avancer l'intrigue, de découvrir de nouveaux individus présentant au minimum des caractéristiques sociales et morales, et souvent des motivations spécifiques. En cela, Jean Dufaux se montre à la hauteur de son ambition d'écrire un grand roman à la manière d'Honoré de Balzac. Il a peut-être augmenté la dose d'action et de spectaculaire, mais il n'a pas sacrifié à la profondeur psychologique de ses personnages, ni à la diversité et à la complexité de la société de l'époque. L'enchevêtrement entre les faits historiques et la vie des personnages devient plus importants, avec des effets directs. Pour commencer, les élèves de la pension Froidecoeur subissent en direct la situation de siège de Paris, et la rationnement de la nourriture. Ensuite, monsieur Favier (le père d'Adélaïde Favier, la femme rousse) intervient directement dans les décisions politiques de la partie du gouvernement restée à Paris. Enfin, la situation et l'histoire personnelle de Nicolas d'Assas sont aussi bien liées à l'intrigue qu'à l'Histoire.
Le lecteur se rend bien compte au vu des dates, que les personnages vont se retrouver au beau milieu des événements de la Commune de Paris, du 21 au 28 mai 1871, enchaînant encore plus leur sort à celui des événements historiques. Au détour d'une page, l'intrigue s'avère propice à un commentaire social, ou politique, ou philosophique sur le contexte, que ce soit un constat sur le coût en vie humaine de toute guerre qu'elles qu'en soient les raisons, sur le prix à payer par les plus faibles, ou les individus au cœur des bouleversements sociaux, ceux qui en profitent en termes de situation, de statut, même de manière incidente sans avoir cherché à en tirer profit. La conclusion de ce tome vient apporter deux éclairages sur le titre de la série, les voleurs d'empires n'étant pas limités à un groupe de comploteurs.
Avec ce troisième tome, le lecteur retrouve toutes les qualités des 2 tomes précédents, tant dans les personnages, que dans l'intrigue et les dessins. Il a aussi l'intense satisfaction de voir que les différents fils d'intrigue s'entremêlent pour dessiner une riche tapisserie, bénéficiant de plusieurs points de vue, avec des personnages complexe, une intrigue originale, des enjeux pour les individus et pour la société, le tout nourri par l'Histoire, les sentiments, avec un soupçon discret de surnaturel et une touche d'horreur. Exceptionnel !
Inscription à :
Articles (Atom)



























