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mardi 5 juin 2018

Caroline Baldwin, Tome 1 : Moon River

La tête dans les étoiles

Ce tome est le premier d'une série indépendante de toute autre. Il est paru pour la première en 1996, écrit, dessiné, et encré par André Taymans, avec une mise en couleurs réalisée par Bruno Wesel. Il a fait l'objet d'une réédition en 2017 dans Caroline Baldwin Intégrale T1: Volumes 1 à 4, édition respectant le format initial. Cette histoire avait l'objet d'une prépublication dans le mensuel (À suivre).

Quelque part aux États-Unis, dans une région sauvage, un homme contemple la pleine Lune depuis la terrasse de sa belle demeure. Dans son salon, sa valise et un sac de voyages sont prêts, à côté de sa tenue d'astronaute posée sur un mannequin. Un klaxon retentit, c'est Charlie au volant de son taxi qui est venu le chercher. Frank White, ex-astronaute, lui demande de le conduire à l'aéroport international. Alors que le taxi s'arrête pour faire le plein, White appelle sa secrétaire Susan pour lui expliquer qu'il s'en va. Il prend ensuite un jus d'orange, deux œufs sur le plat et une saucisse avec du bacon. Susan relaie l'information de son départ, au PDG de Krystal Corporation qui emploie Frank White. Le PDG charge Sullivan et un autre collaborateur de retrouver White pour le jeudi suivant, car il doit absolument être présent pour la signature d'un gros contrat avec des représentants d'une entreprise japonaise. Sullivan appelle sa secrétaire Nancy pour contacter l'agence Wilson Investigation, afin qu'elle leur envoie un détective privé. Il envoie également un homme de main s'introduire dans la villa de Frank White pour vérifier qu'il a bien disparu.


L'après-midi, Caroline Baldwin se retrouve dans le bureau du PDG pour écouter Sullivan lui expliquer l'affaire et ce qui est attendu d'elle. Pendant ce temps, Frank White poursuit son voyage. Son avion a atterri à l'aéroport de Venise. Il prend un bateau-taxi jusqu'à la cité lacustre. À trois heures du matin, Caroline Baldwin est réveillée dans son sommeil par un appel de Sullivan qui souhaite savoir si elle a avancé. Elle l'envoie paître. Elle a en fait obtenu un rendez-vous avec l'un des psychologues de la NASA, Harrison Smith. Elle se rend au rendez-vous le lendemain, dans les locaux de la NASA pour s'entretenir avec lui. Il lui explique que les astronautes sont sujets à des comportements aberrants ou asociaux à leur retour de mission, du fait de la pression psychologique et physique à laquelle ils ont été soumis. Les crises peuvent se déclencher au retour ou des années après. Elles s'accompagnent souvent d'une phase plus ou moins longue de dépression.

Dans l'édition intégrale qui regroupe les 4 premiers tomes de la série, Anne Matheys revient sur la genèse de cet album, en expliquant qu'à l'origine il devait s'agit d'une histoire complète en 1 tome, consacrée au cosmonaute. Mais les demandes de l'éditeur ont été pour Taymans de développer une héroïne récurrente. Il a donc choisi de donner plus d'importance à l'enquêtrice prévue dans son projet initial, et de consacrer plus de pages à sa vie personnelle, le conduisant à opter pour un format de 62 pages de bandes dessinées. Dès la première page, le lecteur est épaté par la qualité de l'immersion grâce à des décors très soignés et très fouillés. Dans un premier temps, André Taymans donne l'impression de s'inscrire dans la bande dessinée de type ligne claire, avec des traits de contour très propres sur eux et réguliers, des couleurs apposées en aplats et peu d'ombres. Mais en fait, le lecteur constate rapidement que le coloriste utilise bien des dégradés discrets de couleurs et que le dessinateur utilise des petits traits à l'intérieur des contours pour donner plus de relief aux surfaces, en particulier les plis des vêtements.


De prime abord les pages dégagent donc une impression de lecture facile, avec des dessins descriptifs représentant les éléments de manière simplifiée, mais aussi d'une très forte densité d'informations visuelles. Tout du long de ce premier tome, André Taymans se montre un chef décorateur de haut niveau, doublé d'un metteur en scène qui fait en sorte que les prises de vue permettent d'observer les décors. Dès la première page le lecteur admire la baie vitrée du salon de Frank White, les canapés, la cheminée… Par la suite, il peut laisser son regard se promener dans de nombreux intérieurs : le bureau spacieux et luxueux (2 canapés) du PDG de Krystal Corporation, le bureau tout aussi luxueux de Sullivan (mais aménagé dans un autre style), l'intérieur de la villa de White à 2 autres reprises (pour visiter aussi d'autres pièces et mettre en valeur son architecture intérieure), la décoration du restaurant de l'hôtel vénitien dans lequel est descendu White, l'aménagement du bar du Cochon Dingue, la chambre d'hôtel de Frank White. C'est à chaque fois une approche méticuleuse dans la description et très propre sur elle, rendant chaque lieu unique et accueillant.

Dès la page 2, le lecteur peut apprécier que l'auteur ne ménage pas non plus sa peine pour lui donner à voir les environnements lors des prises de vue en extérieur. Alors que White est installé sur la banquette arrière du taxi, le lecteur peut voir le paysage défiler, et il reconnaît bien ces bords de route américain sans beaucoup de caractère. Par la suite, il peut admirer l'architecture de la villa de Frank White vue de l'extérieur, puis celle de Caroline Baldwin, également vue de l'extérieur et elle donne l'impression que le travail de détective privé paye bien. La façade du bar Cochon Dingue fait vraiment miteuse par comparaison, un établissement coincé dans un quartier délaissé d'une grande ville nord-américaine. L'artiste fait en sorte que le lecteur puisse suivre les différentes étapes du périple de Frank White à Venise, et c'est un voyage touristique réjouissant. Il y a donc l'arrivée à l'aéroport, avec le dernier trajet en bateau-taxi. Le lecteur peut ensuite admirer les eaux de la lagune. Puis Frank White s'offre un tour de gondole de nuit, le lecteur pouvant détailler les différentes façades entre lesquelles il passe. Il a ensuite rendez-vous avec Sofia Segatti à la terrasse d'un café, en bordure d'un canal. Le lecteur aimerait bien pouvoir prendre un petit rafraîchissement attablé sur cette terrasse. Lorsque Caroline Baldwin arrive à son tour à Venise, elle se rend à son hôtel à pied, et le lecteur peut donc déambuler avec elle dans les ruelles piétonnes, regarder les placettes et les petites terrasses, les façades des maisons, les fleurs sur les rebords des fenêtres, les rambardes en fer forgé, les persiennes fermées, le linge qui sèche, etc. S'il est attentif, il voit également passer l'enseigne d'une pizzeria qui constitue un clin d'œil : Pizzeria Salma, du nom de Sergio Salma, scénariste de bande dessinée, par exemple Animal Lecteur. Le lecteur peut aussi apprécier la référence à la chanson Moon river dans une version interprétée par Louis Armstrong.


Dans cette histoire, le lecteur voit évoluer des personnages adultes, avec des âges différents, Caroline Baldwin n'ayant peut-être pas 30 ans, alors que Frank White a dépassé la cinquantaine. Le lecteur s'attache facilement à Frank White, monsieur portant en toute circonstance un costard avec une cravate, gentil et posé, déterminé et parfois un peu bizarre, en particulier à emmener son casque d'astronaute dans des endroits inattendus, comme une sorte d'objet fétiche. L'autre personnage principal est bien sûr Caroline Baldwin, la série porte quand même son nom. Il s'agit d'une jeune femme longiligne, qui n'est pas blonde et qui porte les cheveux courts. À l'époque de la parution initiale, cela la marquait comme un individu à part entière, par contraste avec un personnage féminin véhiculant les fantasmes masculins, ou comme une poupée bien sage et intouchable. Il faut attendre la huitième page pour en avoir un premier aperçu alors qu'elle prend connaissance de sa mission dans le bureau du PDG. Elle est vêtue d'une jupe courte et d'un tailleur. Le lecteur la retrouve ensuite nue dans son lit. André Taymans la représente encore dans le plus simple appareil à 2 autres occasions, lors d'une partie de jambe en l'air avec un amant. Il est indéniable qu'il s'agit d'un petit moment de voyeurisme agréable pour le lecteur mâle hétérosexuel, mais d'un autre côté ces moments servent aussi à construire le personnage.

André Taymans bâtit son personnage principal par petites touches. Cela commence par le fait que Caroline Baldwin ne semble pas du tout impressionnée par le PDG ou par Sullivan. Elle dispose de l'aplomb et de l'assurance nécessaire pour ne pas se laisser submerger par la pression qu'ils essayent de lui mettre. Par la suite, elle se débrouille bien lors des conflits physiques, tenant la dragée haute à ses opposants masculins, pas toujours très futés, et trop confiants en leur force physique. Le lecteur en apprend plus sur elle quand elle se décrit en 2 phrases à Henry, son amant d'une nuit, à qui elle a fait des avances dans le bar du Cochon Dingue. Enfin, le lecteur peut la voir progresser à sa manière dans son enquête pour retrouver l'astronaute disparu. Elle fait preuve d'une belle perspicacité et d'une réelle débrouillardise, sans pour autant que le lecteur ne doive investir trop de suspension consentie d'incrédulité. Au fil des séquences, il prend également conscience que le récit flirte avec le polar, l'intrigue reposant sur le traumatisme engendré par le fait d'avoir pu marcher sur la Lune et voyager dans l'espace. De son côté, Caroline Baldwin laisse entrevoir également une personnalité marquée par une fêlure. Par contre, dans ce premier récit, l'auteur n'a pas l'occasion de développer la dimension ethnique du personnage, née d'un père américain et d'une mère huronne.


Cette première aventure de Caroline Baldwin se laisse lire toute seule, avec une immersion d'une qualité remarquable à la fois dans des villas luxueuses, et dans une visite touristique de Venise. Le récit ne souffre pas de sa genèse (une histoire complète transformée en première tome d'une série à suivre), et propose une enquête policière menée avec pragmatisme, sans violence exagérée, mais avec une fibre noire sous-jacente bien présente.


vendredi 27 avril 2018

Les aventures de Scott Leblanc, Tome 2 : Menace sur Apollo

Tout est bien qui finit bien.

Ce tome fait suite à Alerte sur Fangataufa qu'il n'est pas indispensable d'avoir lu avant. Il est initialement paru en 2010, écrits par Philippe Geluck (le créateur du Chat), dessiné et encré par Devig (de son vrai nom Christophe de Viguerie), avec une mise en couleurs de Camille Paganotto.

Le récit commence le 25 janvier 1967, à Orlando sur la côte Est des États-Unis, en Floride, où une récompense doit être remise à Scott Leblanc pour ses actes de bravoure en Polynésie. En fait il s'adresse à un groupe de 5 vieilles femmes, dans le jardin de l'une d'elle, pour évoquer la mémoire défunte de Tino son oiseau. Il leur projette ensuite quelques photographies prises lors de son passage à Hollywood, des doublures de Rintintin et de Lassie. Malheureusement, Rachel, leur hôtesse, fait une chute malencontreuse, et est transportée à l'hôpital. Leblanc accepte de prendre en charge Bruce, son chien de la race des pékinois. Peu de temps après, le professeur Dimitri Moleskine atterrit à Orlando, où il a le fort déplaisir d'être pris en charge par Scott Leblanc. Son déplaisir s'accroît encore quand il constate la présence de Bruce dans la voiture, alors que pourtant ce dernier le prend immédiatement affection. Sur le chemin vers le motel, ils se font tamponner par une conduite intérieure noire, avec plus de peur que de mal.

Le lendemain, Scott Leblanc conduit le professeur Moleskine à la base de la Nasa. Le premier a droit à une visite guidée du site. Le second retrouve ses homologues avec qui il a fait le voyage en avion, les professeurs Zecke et Rospo, ainsi que Werner von Blitz (un haut responsable de la recherche) et son assistant le professeur Smith. Pendant la seconde guerre mondiale, le professeur von Blitz a fait partie de l'équipe de scientifiques qui a développé le V1 (Vergeltungswaffe), puis le V2. Peu de temps avant la défaite allemande, il a préféré passer à l'Ouest et s'établir aux États-Unis. En rentrant au motel le soir, Moleskine et Leblanc voient passer une soucoupe volante dans le ciel. Le lendemain, ils se rendent à Cap Kennedy pour assister au premier décollage d'une fusée avec 3 astronautes.


Le premier tome n'avait pas déclenché un gros enthousiasme chez le lecteur, entre hommage sympathique et sans prétention à Tintin et Blake & Mortimer, aventure classique au point d'en devenir convenue, et personnages peu épais, servis par des dessins agréables à l'œil et également déférents vis-à-vis de la ligne claire, mais manquant un peu de personnalité et de substance par moment. Pourtant, malgré ces faiblesses, l'esprit de dérision des auteurs s'incarnait en Scott Leblanc, le rendant vaguement attachant, bien qu'il soit particulièrement falot. La tentation de savoir si Philippe Geluck avait gagné en habileté dans ce médium reste forte. Ce deuxième album permet de constater les invariants de la série : Scott Leblanc toujours naïf à en être niais par moment, cette fois-ci accompagné par un autre animal familier, mais aussi le professeur Dimitri Moleskine aux réflexions cassantes et à la mentalité vaguement réactionnaire. L'intrigue repose sur un autre développement scientifique de l'époque : une fusée pour atteindre la Lune, ainsi que sur une localisation clairement identifiée, à savoir la base spatiale de la NASA à Cap Kennedy. Le lecteur y retrouve également l'intention d'hommage clairement affiché, que ce soit la base secrète digne d'une installation du colonel d'Olrik, ou que ce soit Objectif Lune dont Velig reprend la composition de la couverture en page 18. Enfin le récit se termine de la même manière que Le trésor de Rackham le rouge, avec la phrase Tout est bien qui finit bien.

L'histoire se déroule donc 2 ans avant le premier alunissage d'un homme le 21 juillet 1969. À la différence d'Hergé et de Jacobs, Geluck choisit d'inscrire son récit dans des repères réels. Il déroule une intrigue reposant sur des soupçons de sabotage du programme de la NASA, avec une deuxième partie faisant appel à des méchants bien pratiques, étant devenus des stéréotypes sans beaucoup de personnalité, du fait d'un usage intensif par tous les scénaristes en mal d'inspiration depuis la seconde guerre mondiale. Le scénariste utilise à nouveau quelques pages d'exposition assez denses pour intégrer les éléments nécessaires à l'intrigue (parfois un peu pesantes à la lecture), ainsi qu'une technologie d'anticipation d'opérette (des soucoupes volantes), cette dernière inscrivant le récit dans un registre tout public et divertissement sans prétention. À l'exception de Leblanc et de Moleskine, les personnages ne disposent pas de beaucoup de caractère. Une scène ou deux ressortent comme un hommage gratuit, plaqué artificiellement dans le récit, comme par exemple la lutte contre l'alligator. Enfin les personnages papotent tranquillement en toute circonstance, même en cas de danger grave et imminent comme l'alligator. Cette approche narrative est cohérente avec la volonté d'hommage, mais elle date aussi le récit, en lui donnant une forme un peu surannée. Comme dans le premier tome, il s'agit essentiellement d'un monde d'hommes, où la gente féminine s'incarne de manière peu flatteuse et très restreinte, dans ce petit groupe de femmes âgées au centre d'intérêt futile.


Devig reste adepte de la ligne claire, avec un détourage des formes sur la base de 2 épaisseurs de traits, la plus fine pour les éléments de décors et accessoires, une autre un peu plus épaisse pour les vêtements et les personnages. Cette distinction permet de donner un peu plus de poids aux personnages et de les faire ressortir par rapport aux décors. Il continue de simplifier les traits des visages : souvent un simple point pour les yeux, rehaussé par un trait très arrondi pour les sourcils. Les bouches des personnages sont le plus souvent entrouvertes sur une zone blanche, sans représentation des dents. Les personnages semblent porter des costumes trop larges pour eux, même en tenant compte des spécificités de la mode de l'époque. Par moment, l'hommage visuel se rapproche du décalque basique, soit en reprenant un plan d'Hergé ou de Jacobs le temps d'une case, soit en dupliquant leur façon de dessiner, que ce soit les barbes d'Hergé, ou les costumes moulants des hommes de main chez Jacobs.

Mais au fur et à mesure des planches, le lecteur prend conscience qu'effectivement les auteurs maîtrisent mieux leur art que dans le premier tome et qu'il apparaît des particularités qui donnent plus de goût à la lecture. Pour commencer, Devig se montre convaincant dans sa reconstitution historique, que ce soit au travers des modèles de voiture, du jardin propret de Rachel, du bâtiment de l'aéroport à Orlando, de la salle des opérations au centre de contrôle de Cap Kennedy, de l'appartement du professeur Smith, d'une station-service, ou encore du motel où sont descendus Moleskine et Leblanc. Le lecteur peut aussi jouer au jeu des différences entre la couverture d'Objectif Lune et la case correspondante page 18 pour constater qu'il n'utilise pas la ligne claire comme alibi pour s'économiser. En outre la narration visuelle est fluide et structurée. Le dessinateur conçoit un plan de prise de vue pour chaque séquence. En particulier lors des dialogues, il ne se cantonne pas à une alternance de champ et contrechamp des interlocuteurs, mais il les suit dans leurs déplacements et leurs mouvements.


Ainsi à plusieurs reprises, le lecteur apprécie que Devig porte une partie significative de la narration, ce qui atteste d'une bonne coordination entre lui et le scénariste. On peut d'ailleurs supposer que Philippe Geluck conçoit les scènes en termes visuels, étant lui-même un dessinateur. L'avantage de cette collaboration réside dans une narration moins pesante, un bon niveau de complémentarité et d'interaction entre texte et dessins, et quelques gags visuels bien minutés. En particulier, il est difficile de résister à l'excitation de Bruce (le pékinois) quand il se frotte sur la jambe de pantalon du professeur Moleskine. Même s'il s'agit d'un gag en dessous de la ceinture et très convenu, les auteurs l'inscrivent dans un comique de répétition en l'allégeant à chaque fois (puisque le lecteur l'a aisément identifié et l'anticipe même), finissant par s'en servir pour amener les remarques acerbes de Moleskine qui gagnent en teneur humoristique.

Philippe Geluck a également gagné en familiarité avec ses personnages, ce qui se ressent dans la saveur de leurs interactions. Il ne s'agit pas d'une étude de mœurs, mais plus d'une aventure mâtinée de comédie de situation. Or la dynamique entre Scot Leblanc et Dimitri Moleskine s'affine pour gagner en comique. Ce dernier se montre plus cassant envers Leblanc, un peu plus méprisant, et un peu acariâtre. Face à lui, Scott Leblanc reste d'une candeur désarmante, incapable de percevoir le ton insultant du professeur dans ses propos désobligeant. Il poursuit ses propres idées, comme peut le faire Tryphon Tournesol en mésinterprétant des propos qu'il déforme du fait d'une surdité avérée. De son côté, le professeur Moleskine reste stoïque face à une telle naïveté qui confine à la niaiserie, obligé de prendre des décisions et d'agir en homme d'expérience, porteur de responsabilité. De scène en scène, l'alchimie de ce duo mal assorti gagne en saveur, le lecteur finissant par sourire franchement à leurs échanges.


En refermant ce deuxième tome, le lecteur se rend compte que le charme désuet de la narration s'est avéré plus efficace que celui du premier tome, du fait de références plus organiques, et de plusieurs dialogues à la dérision sous-jacente plus piquante. La lecture exhale le classicisme de la ligne claire d'Hergé sans son élégance raffinée, et d'Edgar P. Jacobs sans sa narration empesée. Geluck & Devig se montrent très élégants dans leurs hommages, et le lecteur adulte se sent réconforté par l'amitié vache entre Leblanc et Moleskine.