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mardi 31 mars 2026

Champignac T04 Les années noires

Comme l’a dit Einstein, l’énergie ne meurt jamais…


Ce tome fait suite à Champignac - Tome 3 - Quelques atomes de carbone (2023) qu’il vaut mieux avoir lu avant pour comprendre la relation entre les deux personnages principaux. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par David Etien pour les dessins, écrit par BéKa, le duo composé de Bertrand Escaich & Caroline Roque, et une mise en couleurs d'Etien avec l'assistance de Céline Olive pour les aplats de couleurs. Il comprend cinquante-quatre pages de bande dessinée.


À l’université de Princeton, dans le New Jersey aux États-Unis, en septembre 1943, Pacôme Hégésippe Adélard Ladislas, comte de Champignac se promène dans les allées, accompagné de Blair MacKenzie. Elle lui fait observer que le Pacôme qu’elle a connu n’aurait jamais trahi un ami. Il lui rétorque que ce Pacôme est mort. Ce à quoi elle répond que non, c’est elle qui est morte. Il s’emporte contre elle, puis s’excuse sous le regard moqueur de deux étudiants, voyant ce vieil homme aux cheveux blancs parler tout seul. Une fois rentrée dans leur appartement, alors qu’il a préparé le thé pour deux, elle lui raconte l’histoire d’Orphée : Orphée a perdu Eurydice, l’amour de sa vie. Inconsolable, fou de douleur, il part la chercher au royaume des morts. Touché par sa détresse, Hadès, le dieu des morts, lui propose un marché : Eurydice suivra Orphée jusqu’au monde des vivants. Et s’il ne se retourne pas avant d’être sortie, alors elle vivra de nouveau. Mais Orphée s’est retourné ? Elle demande à Pacôme : Pourquoi d’après lui Orphée s’est retourné ?



On frappe à la porte et le comte va ouvrir à leur invité : Albert Einstein, qui leur a amené des gâteaux pour le thé. Un fois installé, avec une tasse à la main, le grand savant demande à son hôte s’il a remarqué tous ces étudiants et ces professeurs qui disparaissent de Princeton du jour au lendemain. Il continue : On dirait que tous les cerveaux de ce pays sont appelés ailleurs, mais où ? Mystère ! La conversation continue sur les chances de gagner la guerre. Le physicien devient songeur : Les nouvelles encourageantes du front ne le rendent pas optimiste pour autant, cette époque lui fait réaliser à quelle triste espèce animale ils appartiennent. Puis il répond à la question de Pacôme sur le communisme : Il est heureux d’avoir obtenu la nationalité américaine. Selon lui, ce pays est le seul espoir de ceux qui respectent les droits d’autrui et qui croient aux principes de paix et de justice. Blair incite l’hôte à poser une autre question : Et la vie après la mort qu’est-ce qu’il en pense ? Einstein répond tranquillement que oui, il croit qu’il y a une vie après la mort, tout simplement parce que l’énergie ne peut pas mourir, elle circule, se transforme et ne s’arrête jamais. Blair suggère une dernière question : Pourquoi Orphée s’est retourné ? Einstein prend congé, et Champignac se prépare ensuite à sortir. Il doit aller rendre compte des réponses d’Einstein à J. Edgar Hoover en personne. Sur la route, il fait un détour par la bibliothèque du campus pour savoir si un guide de voyage est particulièrement emprunté ces derniers temps.


Bonne nouvelle ! Blair MacKenzie est de retour… Enfin… D’une certaine manière. Le lecteur avait ressenti une terrible tristesse à l’issue du précédent tome, certes sans comparaison possible avec le chagrin incommensurable du personnage principal, mais poignant en comprenant que leur couple s’arrêtait là, dans des conditions horribles. C’est un vrai plaisir que de pouvoir retrouver ce couple, très bien assorti, de profiter de leurs interactions, d’avoir le privilège de partager une partie de leur intimité. Le récit commence en 1943, et la chevelure de Pacôme a déjà blanchi, ainsi que ses moustaches, alors que Blair est toujours aussi pimpante. Le lecteur se rend compte que le comte prépare le thé pour deux, car il a disposé deux tasses sur le plateau, et il le craint plus atteint qu’il n’y paraît, mais en fait la seconde est pour son invité. Le lecteur les regarde ensemble et il voit comment leur comportement, leur langage corporel témoignent de leur attachement l’un pour l’autre, de leur empathie, de leur gentillesse, de leur amour. En les regardant, il comprend parfaitement pourquoi Pacôme se conduit ainsi, cette forme de réaction au traumatisme intense qu’il a subi, cette parade, cette stratégie émotionnelle. Cela ne donne que plus de force à la question posée par Blair, et répétée à plusieurs reprises : Pourquoi Orphée s’est retourné ? La réponse est donnée dans le récit, et elle est pleinement satisfaisante et réconfortante.



S’il a lu les trois tomes précédents, le lecteur s’est constitué un horizon d’attente comprenant les éléments qu’il a perçus comme étant récurrents, c’est-à-dire une invention qui a fait date dans l’histoire de l’humanité, un lieu emblématique et un savant. Pour le tome un, il s’agissait en 1940 de la machine Enigma à Bletchley, avec Alan Turing (1912-1954), pour le tome deux en 1941 de la méthamphétamine à Berlin, avec Werner von Braun (1912-1977), et pour le tome trois en 1951 de la pilule contraceptive à Boston, avec Gregory Pincus (1903-1967). L’illustration de couverture permet de comprendre immédiatement de quelle invention il s’agit, les auteurs faisant observer que l’effet de l’explosion est qualifié de champignon (atomique), ce qui est en lien direct avec le domaine d’expertise du personnage principal. L’artiste est amené à le représenter sous son stade naissant, puis pleinement développée dans deux dessins en quasi pleine page (planches quarante & quarante-et-un pour l’essai Trinity), puis lors d’une des deux explosions de la seconde guerre mondiale, impressionnant au passage le lecteur par la fidélité à la réalité, et avec une discrète touche personnelle qui permet d’éviter le cliché visuel. Einstein apparaît bien au début du récit, cependant le scientifique mis à l’honneur est Richard Feynman (1918-1988), les auteurs sachant rendre compte de son côté facétieux (tromper la vigilance des gardes du camp de Los Alamos), brillant (trouver une combinaison de coffre-fort), et tragique (le sort de son épouse Arline).


La reconstitution historique comprend également la participation d’autres personnages réels comme J. Edgar Hoover (1895-1972) à Princeton, et la mention de quatre individus ayant empruntés le guide de voyage sur le Nouveau Mexique. S’il en éprouve la curiosité, le lecteur découvre qu’il s’agit de quatre savants ayant participé au projet Manhattan : Joan Hinton (1921-2010), David Frisch (1918-1991), Joseph McKibben (1912-2001), Rick Taschek (1915-2005). La reconstitution historique passe également par les dessins. Le lecteur apprécie de pouvoir faire confiance à l’artiste pour les diverses représentations d’époque : les tenues vestimentaires (dont le chandail informe d’Einstein), les modèles de voitures, un téléphone à cadran, la reconstitution des installations de Los Alamos, ou encore un calculateur de marque Marchant garanti d’époque. En fonction de sa familiarité avec le projet, le lecteur peut prendre le temps de regarder la salle de calcul (une huitaine de femmes assises chacune devant une petite table avec un calculateur), ou la tour d’acier de trente mètres de haut à laquelle est suspendu Gadget, pour la première explosion nucléaire, le bombardier B-29 Bockscar transportant Fat Man.



Tous ces éléments s’intègrent de manière organique au récit d’aventure mêlé de drame. Les auteurs mijotent une histoire alerte et divertissante, comprenant de nombreux éléments divers. Comme dans les tomes précédents, le comte se fait élève, écoutant un scientifique expliquer comment fonctionne l’invention, en l’occurrence Feynman pour le principe de l’explosion atomique, dans une mise en scène vivante avec des dessins au tableau, très parlants. L’histoire met en scène plusieurs personnages, chacun avec la personnalité, que ce soit Hoover autoritaire et manipulateur, l’Amérindien Donji (Don Juan Matus) et sa mine renfermée, un sergent revêche et obtus pouvant évoquer le général Leslie Richard Groves (1896-1970), le docteur Sprtschk (apparu pour la première fois dans la série Spirou et Fantasio, tome 13, Le voyageur du Mésozoïque, 1960) renfrogné et polarisé, et bien sûr Feynman qui trouve l’occasion de jouer du bongo, enfin du tam-tam. Le lecteur se régale également en voyant les magnifiques paysages désertiques du Nouveau Mexique, leurs cactus et la Black Mesa, les allées du sanatorium d’Albuquerque, un lancer de boule de neige, deux fêtes de nouvel an, des rizières, un beau jardin japonais, etc. Le tout emmène le lecteur à un moment crucial dans le développement de la bombe atomique, cette gigantesque entreprise industrielle, scientifique et destructive. L’horreur de ce qui est accompli est inéluctable et pèse lourdement sur les personnages, avec un point de vue plein de sensibilité. La construction du récit place le lecteur dans un état d’esprit paradoxal. D’un côté, il ressent pleinement la douleur insupportable de Pacôme de Champignac, et il accueille sans y croire chaque manifestation positive dans le comportement du personnage (Il lance une boule de neige !). De l’autre, comme une forme de mouvement de balancier (toute proportion gardée), l’engin de destruction massive va bientôt être utilisé, dans toute son horreur.


Retour en pleine seconde guerre mondiale pour le comte de Champignac, avec une nouvelle invention (clairement mise en avant sur le dessin de couverture), un nouveau site particulier (Los Alamos), et la rencontre avec un scientifique passé à la postérité. Les trois créateurs réalisent une très bonne bande dessinée, avec une coordination exemplaire, mêlant aventure, drame et histoire, le lecteur se trouvant toujours aussi attendri par le personnage principal, et saisi par l’énormité des changements provoqués par l’invention mise en avant.



jeudi 18 juillet 2024

Fox T07 Los Alamos, trinity

La peau des lézards craquait sous le soleil.


Ce tome est le dernier d’une heptalogie, il fait suite à Fox, tome 6 : Jours corbeaux (1997). Sa première édition date de 1998. Il a été réalisé par Jean Dufaux pour le scénario, par Jean-François Charles pour les dessins, et Christian Crickx pour la mise en couleurs. Il comprend quarante-six pages de bandes dessinées. La série a bénéficié d’une réédition intégrale en deux tomes en 2005, puis en un tome en 2024.


Ils s’arrêtaient toujours à la même station, un motel où le convoyeur avait une amie derrière le bar. C’était en fin de matinée. La peau des lézards craquait sous le soleil. Le conducteur reste au volant, alors que l’autre convoyeur descend et rentre dans le café où il salue la serveuse Leila, en lui indiquant qu’ils ont besoin d’essence. Elle se montre hésitante, et lui dit que Jimmy est absent et qu’il n’y a personne pour servir à la pompe. Il plaisante, lui disant qu’à un autre moment ça les aurait arrangé, mais que là il ne peut pas, car il emmène une de leurs grosses huiles jusqu’à l’aéroport. Tout d’un coup, un individu cagoulé d’un bas sort de nulle part et pointe un revolver sur la tempe de Leila. Il intime au convoyeur de ne pas bouger et de déposer son arme au sol, en douceur. L’autre n’hésite pas un seul instant, dégaine, et tire sur l’agresseur qui riposte en même temps. Le convoyeur s’écroule à terre, mort. Jacobi découvre son visage et neutralise la fille en la ligotant et en la bâillonnant. Il vient de tuer son premier homme. Il sort et il constate qu’au-dehors ce n’est pas mieux. Le corps du chauffeur gît au sol. Rien ne se déroule comme prévu. Et le pire reste à venir. Un autre homme cagoulé, Lucky, se dirige vers l’arrière du fourgon et il constate que le passager s’est enfermé.



Lucky tire sur la serrure de la porte arrière, et il découvre le professeur Waldstein en train de trafiquer dans la mallette posée au sol. Il l’abat d’une balle. Jacobi s’en prend au tueur, mais il reçoit une balle dans le dos tiré par le troisième homme, l’Indien. Jacobi ne peut plus bouger, mais il a gardé toute sa lucidité. Lucky place alors son arme dans la main de l’homme à terre. L’Indien glisse la sienne près du professeur. Armes nettoyées de toutes traces antérieures. Reste la mallette dont Jacobi ignore tout. Lucky et l’Indien l’emportent et s’en vont. Un silence impressionnant règne sur les lieux. Jacobi ferme les yeux. Une veine bat près de sa tempe. Un grondement qui devient une voix. Une voix connue… Celle de M. Loko qui dirigeait la cellule communiste locale dépendant du Civil Right Congress, organisation à laquelle ils adhéraient tous. Loko explique à la demi-douzaine de personnes présentes que jusqu’à présent leur camarade était parvenu à duper les fascistes pour lesquels il travaille. Loko continue : Mais il vient d’être démasqué et Loko craint pour sa vie. D’ici peu il sera transféré devant la Cour Suprême du pays, autant dire qu’ils ne le reverront jamais, à moins que… Loko indique qu’il a besoin de trois personnes pour enlever le camarade sur la route qui doit le mener à l’aéroport. Il y a trois volontaires : l’Indien, Lucky et Jacobi.


En découvrant le titre de ce dernier album, le lecteur s’interroge sur son contenu, car la série se déroule dans les années 1950, et Trinity renvoie au premier essai de l’arme nucléaire, le seize juillet 1945. La scène d’introduction laisse penser que le récit se déroule effectivement dans la région du laboratoire Los Alamos dans le Nouveau Mexique. Par la suite, le récit change progressivement de région pour aller se dérouler dans l’Indiana à Trinity Point dans le Maryland. Pour autant, l’intrigue se rattache bien à la suite de l’histoire de la bombe atomique après la seconde guerre mondiale, enfin une version fictionnelle. Dans le même temps, l’artiste continue de magnifier la simple réalité des États-Unis de cette époque, la tirant vers une forme mythologique. C’est donc un vrai plaisir de voir ce long ruban d’asphalte qui se déroule dans une zone désertique avec une station-service au milieu de nulle part, puis cette course-poursuite dans un champ de blé, avec un avion le survolant évoquant littéralement North by northwest (1959, La mort aux trousses) d’Alfred Hitchcock (1899-1980), une rue très typée d’une grande métropole des États-Unis, une côte avec un phare… Tout cela concourt à un récit à suspense dans un environnement familier pour ce genre, avec la promesse du fin mot de l’histoire concernant la machination dont Jacobi, condamné à la chaise électrique, s’est retrouvé la victime.



Toutefois, alors que l’intrigue progresse, les circonstances dans lesquelles Jacobi s’est retrouvé piégé sont révélées, et le lecteur constate qu’il ne s’agit pas d’une oie blanche. Certes il souhaitait lutter pour les droits des afro-américains, tout en étant conscient qu’il ferait usage de la violence, et il tue ainsi son premier homme. Dans les différentes scènes où il apparaît, il est montré comme un homme d’une belle stature, sans musculature exagérée, en retrait par rapport aux autres. Cela amène le lecteur à le considérer comme un être faillible et complexe. L’Indien, un de ses deux comparses, à qui l’artiste donne une carrure un peu plus développée, arbore un visage fermé, à l’expression dure. Il s’est porté volontaire pour le coup de force, en toute connaissance de cause : piéger Jacobi et éliminer les témoins gênants. Ce qui ne l’a pas empêché d’être piégé à son tour, et de se retrouver sur la liste des individus à éliminer définitivement. En ce qui le concerne, les circonstances amènent Allan Fox à collaborer avec lui, en sachant ce qu’il en est de son passé. Ce constat déstabilise le lecteur qui voit que les criminels se sont fait manipuler par plus forts qu’eux. D’un côté, cela induit que les vrais responsables représentent un danger encore plus grand, de l’autre que l’activiste et les deux mercenaires peuvent bénéficier d’une seconde chance.


Les circonstances amènent donc le héros à s’associer avec ces malfaiteurs. D’un côté, Allan Fox conserve sa prestance : une belle chevelure argentée, et un costume impeccable. Il apparaît dans vingt-quatre pages, soit tout juste plus de la moitié de la pagination. Son comportement respecte la moralité du début jusqu’à la fin : il brandit à quelques reprises une arme à feu, mais sans tuer ou blesser personne. Dans un premier temps, sa motivation reste celle d’honorer la promesse qu’il a faite à la mère de Jacobi de le sauver, puis il s’agit pour lui de déjouer un complot qui menace le peuple américain. Ses actions en font un héros pur, recourant à l’usage de la force qu’en cas de nécessité, préférant estourbir ses adversaires, sans jamais donner la mort. Par comparaison, Edith apparaît plus dans l’action et le résultat. Physiquement, elle reste la même que dans le premier tome : une belle jeune femme mince, séduisante. Sa tenue vestimentaire a évolué : soit un simple jean et teeshirt blanc pour l’action dans la première moitié du récit, soit une belle robe de soirée pour la deuxième partie. Elle apparaît dans vingt-neuf pages de ce tome, c’est-à-dire plus que Fox. Elle manie le fusil avec dextérité, pas loin du niveau de tireuse d’élite, sans qu’il soit mentionné comment elle a acquis ce talent. Elle n’hésite pas à mettre à profit ses charmes, en particulier pour inciter un conducteur à s’arrêter sur une route en rase campagne. Les auteurs semblent s’en amuser, tournant ses efforts en dérision puisqu’aucun homme ne succombe à cette tentation visuelle, et il faut que ce soit Allan Fox qui emploie des moyens plus directs.



Un peu plus loin, Edith déguste un verre de rhum dans une boîte de jazz, tout en écoutant, Fox, Jacobi et l’Indien évoquer les affaires de Monsieur Loko (Francis Kine), celui qui les a manipulés pour accomplir ce vol duquel il ne doit rester aucun témoin. Légèrement gaie, elle se vante d’attirer l’attention de Loko grâce à la robe qu’elle a choisie pour la soirée à venir, qu’elle va faire succomber tous les hommes. Elle ajoute qu’elle doit leur plaire, car c’est pour ça qu’on l’a engagée. Après ce discours assez déconcertant par sa franchise et son assurance, elle joue effectivement les séductrices lors de ladite soirée. Le lecteur la voit ainsi s’émanciper du rôle habituel de la belle femme dans les récits d’aventure classique, d’une manière qui apparaît maladroite, comme si elle bravait sciemment les codes, consciente de la transgression, sans être pleinement certaine d’être à la hauteur. Ce comportement ressort encore plus du fait que dès la soirée et dans le dernier tiers du récit, elle redevient cantonnée audit rôle limité : sauvée par l’intervention du héros, puis personnage en fond de case sans incidence sur le déroulement des péripéties.


Le lecteur se trouve pris par l’intrigue : une structure de thriller, des personnages engagés dans une course contre la montre pour découvrir la vérité, pendant qu’un des criminels a mis en place l’explosion d’une bombe de grande envergure, à leur insu. Le dénouement surprend par sa brièveté, tout étant réglé en deux pages avant la fin du tome. En même temps, les auteurs mettent en scène des individus agissant en adulte, dans un monde réaliste, la manipulation des individus aveuglés par une cause, la tentation du pouvoir et la fomentation d’un coup d’état, les circonstances qui forgent des alliances contre nature, l’appât du gain, le pouvoir de la séduction.


Dernier tome de la série : peut-être que les auteurs en avaient conscience et qu’ils en ont tiré profit pour réaliser un diptyque plus ambitieux, avec un tome sur la peine de mort, et celui-ci sur un complot de grande envergure qui dépasse les personnages impliqués. Le scénariste sait jouer de l’intrication des actions individuelles pour à la fois alimenter le suspense de son thriller, et à la fois montrer que les plans les mieux ourdis ne se déroulent jamais comme prévu, avec une narration visuelle sophistiquée, entremêlant élégamment vision mythique des États-Unis, réalisme ordinaire, et hommages visuels. Savoureux.