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mercredi 9 novembre 2022

Capricorne T17 Les Cavaliers

Très, très, très ailleurs


Ce tome fait suite à Capricorne - Tome 16 - Vu de près (2012) qu'il faut avoir lu avant. Il est recommandé d'avoir commencé par le premier tome pour comprendre toutes les péripéties. Sa première parution date de 2013 et il compte 46 planches de bande dessinée. Il a été réalisé par Andreas Martens pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il a été réédité en noir & blanc dans Intégrale Capricorne - Tome 4 qui regroupe les tomes 15 à 20, c’est-à-dire le quatrième et dernier cycle.


Le navire Cornwell avance tant bien que mal sur une mer démontée, avec des vagues de plusieurs étages de haut. Puisque Drake a, en quelque sorte, rendu son tablier. Puisque le capitaine Onslow n’est pas revenu de là-bas. Puisque le Passager et Ash sont impossibles à contacter. C’est sur les témoignages des matelots Remsen et Momsen que s’appuie cette partie du récit. D’après les deux marins, une ambiance tendue régnait sur le navire dès le départ. Ash et le Passager s’enfermaient dans leur cabine. Drake et Onslow restaient sur le pont en permanence à s’observer en permanence. L’équipage fait son travail en silence. Enfin, presque… Les deux marins constatent qu’il fait de plus en plus chaud. Momsen se demande pourquoi ils transportent autant de matériel de plongée s’ils vont sur une île. Remsen lui répond qu’il s’agit d’une île volcanique et que ces bouts de rocher-là ont tendance à disparaître sous les flots pour un oui, pour un non. C’est pour ça qu’ils ont une petite dame à bord, une plongeuse. Dans la salle de pilotage, le capitaine Duncan Onslow et Gordon Drake se tiennent côte à côte dans un mutisme entêté.



Pendant ce temps-là, à New York, Astor, Fay O’Mara et le nouveau Capricorne se dirigent vers une plaque d’égout. Ils enlèvent la plaque et descendent les barreaux métalliques. La dame s’interroge de savoir si elle est en train de bien faire, car s’ils s’en aperçoivent, ça peut lui coûter cher. Elle estime qu’elle n’est pas en train de guider le vrai Capricorne, mais son remplaçant qu’elle qualifie d’ersatz. En marchant sur la banquette de l’ovoïde, ils arrivent devant des objets domestiques à même le sol, et le cadavre d’Isaak. Une silhouette les informe qu’il a été assassiné. Un homme haineux et détestable est venu. Isaak n’a pas voulu donner ce que l’homme demandait, alors l’homme l’a tué. Et il a pris ce qu’il était venu chercher. L’homme s’en va. Les trois compagnons se remettent en marche. Bientôt O’Mara indiquent qu’ils arrivent à l’endroit voulu. Elle les laisse là. Capricorne et Astor se tourne vers la silhouette qui se tient dans la pénombre. Le premier demande à l’individu ce qu’il sait des cavaliers. L’autre se présente : il s’appelle Ira Zeus et il n’est pas mort. Aucune pointe n’a transpercé un organe vital : un hasard. Capricorne repose sa question : les cavaliers ? Puis il comprend son rôle de Capricorne, bien plus qu’un nom, bien plus qu’une fonction. New York se dote d’un Capricorne quand elle en a besoin. Elle peut rester sans lui durant des siècles. À la seconde où la nécessité se faisant sentir, elle choisit son défenseur.


Direct dès la première page : au plein cœur de l’intrigue. Donc, d’un côté : le Passager et Ash Grey continuent leur collaboration plutôt contrainte pour la seconde, en accompagnant Gordon Drake chef des Mentors, et le capitaine Duncan Onslow mystérieusement revenu. De l’autre côté, le nouveau Capricorne et Astor essayent de découvrir ce qu’ils doivent faire pour arrêter une mystérieuse menace dont ils ne connaissent pas la nature, tout d’abord avec l’aide de Fay O’Mara. Ensuite, le scénariste continue d’ajouter des pièces au puzzle, révélant ainsi des liens et des motifs qui avaient été présentés comme autant de mystères. Le lecteur s’en rend compte par lui-même, et il est également aidé par l’auteur. Ce dernier fait référence de manière explicite aux faits déjà racontés, en indiquant le numéro du tome correspondant dans la gouttière entre deux cases. Il cite ainsi les tomes 3, 9, 14, 15 et même le premier. En fonction de son degré d’implication depuis le début de la série et au fil des tomes, lecteur se souvient bien de certains, moins bien d’autres. Il peut prendre le temps d’aller chercher le tome correspondant pour se remettre la séquence visée en tête. D’un côté, il se souvient encore des deux marins Remsen et Monsen ; de l’autre cela fait une dizaine de tomes qu’il n’a plus croisé le chemin de Ron Dominic.



C’est parti pour une plongée qui ramène à une cité engloutie, elle-même pas visitée depuis une dizaine de tomes, et pour une descente en égout comme lors du deuxième cycle, celui consacré au Concept. Astor emmène même le nouveau Capricorne dans les tréfonds de l’immeuble au 701 Seventh Avenue à New York, un mystère laissé de côté depuis bien trop longtemps, car incroyablement prometteur. Wattman Worm est de retour de manière fort opportune. Il est à nouveau question des pierres d’apocalypse et de leur fragment manquant. Le Passager continue ses manipulations et ses projets secrets aux dépens de tous ceux dont il croise la route. Et bien sûr, comme à son habitude, le scénariste introduit deux ou trois nouveaux mystères, mais quand même moins nombreux que les révélations : les cavaliers, un individu au visage bandé, Fay O’Mara qui fausse compagnie à Capricorne et Astor dans les égouts, l’existence d’un gardien des pierres d’apocalypse. L’auteur continue de nourrir la dynamique du récit d’aventure. Il alterne entre les deux fils d’intrigue, Ash Grey d’un côté et le nouveau Capricorne de l’autre, et réalise des scènes d’action mémorables dans des lieux variés.


Le lecteur est également revenu pour l’inventivité de la narration visuelle. Dans ce tome, Andreas ne s’astreint pas à un exercice de style aussi contraignant que celui du tome précédent, où toutes les séquences à l’exception d’une seule étaient racontées en gros plan et en très gros plan. D’une certaine manière, il revient à une narration visuelle plus classique, ce qui ne veut pas dire plus morne. Dans un premier temps, le lecteur guette les planches à la composition extraordinaire. Cela commence dès la première où il lui faut un peu de temps pour prendre la mesure de la taille des vagues. Par la suite, il ralentit sa lecture pour savourer les très gros plans sur le visage d’Ira Zeus, la vision en plongée inclinée sur la pierre monumentale sous le gratte-ciel 701 Seventh Avenue, une disposition de cases en V très originale dans la planche 18 et fonctionnant parfaitement, un dessin occupant 80% d’une double planche et montrant une cité engloutie en vue du dessus, la planche 27 avec l’approche très cinématographique des cavaliers tout en préservant le mystère de leur apparence, un vol très gracieux d’oiseaux aux ailes effilées démesurées rendant leur corps minuscule dans une autre dimension. Le spectacle à couper le souffle est bien au rendez-vous.



Au fil des pages, le lecteur prend également conscience de la rigueur de la narration visuelle, même si elle ne saute pas aux yeux, même si elle n’en met pas plein la vue. Celle-ci est tellement naturelle et évidente qu’elle apparaît comme étant facile et fluide. Pour autant, s’il s’arrête un instant pour prendre du recul, ou pour refeuilleter le tome une fois qu’il l’a terminé, il voit comment l’artiste a joué sur les ombres portées, sur l’épaisseur des traits de contour ou de texture pour donner une identité visuelle différente à chaque séquence. Il perçoit à quel point chaque planche, chaque suite de cases est conçue pour sa part de la narration en harmonie avec les dialogues, et comment la narration visuelle en raconte beaucoup plus que les paroles. Il lui apparaît alors évident le chemin parcouru en termes d’expressivité par les postures et les visages. En planche deux, il faut voir Onslow et Drake côte à côte : il est évident qu’ils se défient l’un de l’autre, et qu’ils préfèreraient ne pas dépendre de l’autre. En planche trente, le Passager déclare à Ash Grey qu’il est indifférent envers les autres. Elle lui demande s’il en va de même envers elle. Suivent deux cases silencieuses avec le visage du Passager de profil au premier plan, et celui de Ash au second plan. Le lecteur comprend parfaitement ce qui se joue dans l’esprit de l’un et l’autre.


Au bout de deux pages, le lecteur est à nouveau complètement pris par l’intrigue, sans plus se soucier de faire preuve d’un esprit critique. Il prend plaisir à cette aventure de grande ampleur, à ces mystères dont certains trouvent une explication, à d’autres qui naissent. Il se laisse bien volontiers surprendre par les ressources déployées dans la narration visuelle, jamais répétitive, jamais se laissant aller à la facilité. Il ne cherche même pas à se demander si ce qu’il lit entretient un rapport avec l’expérience humaine quotidienne. L’auteur réussit ce tour de force de donner l’impression de réussir un plat inédit à partir d’ingrédients classiques. Bien sûr, après coup, il serait possible d’évoquer des ingrédients comme le voyage maritime, l’existence de créatures dépassant l’entendement humain, une relation abusive entre un homme et une femme, la difficulté de succéder à un autre, une forme d’égocentrisme tellement avancé qu’il ne permet aucune empathie, l’inéluctabilité de la fin du monde à (très, on l’espère) long terme. Mais l’art de conteur de Andreas est tel que le lecteur se défait bien volontiers ces considérations avant de commencer sa découverte d’un nouveau tome, ou au bout de trois pages au plus. Arrivé à la fin, il est rassasié, tout en se demandant combien de temps il va pouvoir résister à l’envie de découvrir la suite.



mardi 20 septembre 2022

Capricorne T14 L'Opération

La richesse apparente ne fait que cacher le vrai trésor enfoui en profondeur.


Ce tome fait suite à Capricorne T13 Rêve en cage (2008) qu'il faut avoir lu avant. Il est recommandé d'avoir commencé par le premier tome pour comprendre toutes les péripéties. Sa première parution date de 2009 et il compte 46 planches de bande dessinée. Il a été réalisé par Andreas Martens pour scénario et les dessins, et par Isabelle Cochet pour les couleurs. Il a été réédité en noir & blanc dans Intégrale Capricorne - Tome 3 qui regroupe les tomes 10 à 14, c’est-à-dire le troisième cycle.


Capricorne s’est réveillé de son rêve. Il a descendu la pente enneigée jusqu’au quai et il se tient devant un grand navire marchand dont la cheminée crache doucement une fumée. Il sait donc que son moteur fonctionne et qu’il devrait pouvoir l’emmener vers une destination qu’il espère être les États-Unis. Depuis la reconstitution de la pierre d’Apocalypse et les ondes qui ont été produites, les moteurs, engins, machines et énergies de toutes sortes semblent s’être mis en panne. Les effets de la pierre sont peut-être en train de s’atténuer ou même de disparaître. Ce qui va peut-être rendre possible le retour de Capricorne à New York. Il suffira que ce navire entame la traversée de l’Atlantique et surtout que son capitaine l’accepte comme passager. Capricorne monte à bord, un peu inquiet à propos de l’absence d’âme qui vive, commençant à se demander s’il ne s’agit pas d’un bateau fantôme. Il pénètre dans les coursives et il est accueilli à bras ouverts par le capitaine Vortex. Il lui présente ses deux matelots Remsen et Momsen. L’un d’eux le reconnaît : il était matelot sur Leyendecker du capitaine Durham. Ils avancent arrivent dans une grande pièce qui sert de bureau. Le capitaine présente les autres passagers : Lady Hetherington, les frères Tcherniatov, le cardinal Bugiardo, Auguste Ramottin artiste, peintre et poète.



Après avoir fait connaissance des autres passagers, le capitaine Vortex emmène Capricorne à sa cabine. Il s’y installe, puis il ressort sur le pont, et regarde le fjord s’éloigner. Lady Hetherington s’adresse à lui car elle se souvient d’un astrologue de ce nom : il lui confirme qu’il s’agit bien de lui, mais qu’il n’a pas beaucoup exercé son métier ces derniers temps. Le poète n’en est pas étonné : tout ce qui est art, occulte ou autre a été gravement touché par la sauvagerie du Concept. La société se relève à peine de cette tempête dévastatrice. Les deux frères ajoutent que le commerce a également été entravé de multiples façons. Le cardinal ajoute qu’il en a été de même pour la Foi, et qu’il assiste à un renouveau en la matière. La nuit tombée, Capricorne remonte sur le pont pour contempler le ciel et les étoiles. Il est rejoint par le capitaine qui lui suggère de ne pas se complaire dans la solitude et de le suivre pour s’amuser avec les autres passagers : Momsen est en train de jouer de l’accordéon, et Lady Hetherington fait danser les messieurs à tour de rôle. Il accepte et le suit. Il partage un verre avec les autres, et il sombre dans l’inconscience. Il se réveille à fond de cale allongé sur le dos à même le bois d’une longue paillasse, avec de fins tentacules descendant du plafond à plusieurs mètres de hauteur, en train de travailler dans son torse ouvert.


Après un tome consacré à un rêve, retour à la réalité et voyage de retour vers New York. Pourtant la scène d’ouverture dégage un parfum d’onirisme avec Capricorne montant à bord sans difficulté, l’équipage réduit à trois personnes, et la collection de passagers un peu surprenante. Le lecteur commence par mettre tout ça dans la catégorie des conventions de genre, mais l’auteur fournit une explication dès la planche onze, et le cœur du récit est ailleurs. Ne sachant pas trop ce qui l’attend dans ce tome, le lecteur commence par se demander quelle surprise lui réserve l’artiste, quelle contrainte il va mettre en œuvre. D’un point de vue du découpage des planches, il n’y a pas de grille rigide comme dans le tome précédent, en vingt cases de taille identique. La variété est de mise : d’un dessin en pleine page à onze cases sur une page, des planches constituées uniquement de cases verticales de la hauteur de la page ou uniquement horizontales de la largeur de la page, des cases sagement rectangulaires et disposées en bande, des cases biseautés en triangle ou en losange pour la planche 7. Le lecteur note que le dessinateur peut passer d’une séquence presque en ombre chinoise (les naufragés en pleine mer dans les planches 12 à 14, à un rendu de type gravure influencé par Berni Wrightson pour le passé du Passager, avec aussi bien un plan fixe d’une page (accoudés au bastingage, Capricorne discutant avec Lady Hetherington), qu’à une page muette en huit cases (planche 24, un enfant qui vient avertir des policiers qu’il y a des cadavres à bord d’un navire).



Il faut un peu de temps pour réaliser que le défi de narration visuelle prend une autre forme : consacrer onze pages pour montrer l’opération de Capricorne avec la cage thoracique ouverte, menée par le chirurgien Aldus Vortex. Il s’agit de montrer de longs tentacules fins manier des instruments de type scalpel, alors que la tête se réduit à des tâches lumineuses, que Capricorne est immobilisé tout du long, et que finalement il n’est pas possible de voir ce qui se passe dans la cavité où les instruments font leur œuvre. La séquence n’a rien de gore, mais la tension est palpable. Le visage du chirurgien est totalement inexpressif du fait de sa forme particulière, et pour autant le lecteur perçoit sa concentration. Ces planches flirtent parfois avec l’abstraction, avec les tâches jaunes et les sortes de longs spaghettis, qui ne prennent sens qu’au regard des cases adjacentes, ou du contexte de la scène. Cependant l’enjeu est clair : Capricorne est à la merci de ce chirurgien qui pratique une opération pour le sauver, sans qu’on ne sache de quoi il s’agit de le sauver.


L’auteur fait en sorte de très vite rattacher le récit à différents points de la série. Ça commence par le marin qui reconnaît Capricorne car il l’a vu sur le vaisseau Leyendecker du capitaine Durham. Puis le chirurgien fait mention du fait que Capricorne et ses camarades l’ont réveillé dans le tome 8. Il est ensuite question des individus ayant pris la fuite après la destruction de la base du Concept, du docteur Sippenhaft qui apparaissait dans le tome 6, de l’individu rencontré par Ash Grey dans le tome 7, de Wilhelm Unruh apparu dans le tome 13, des mentors et de l’engin infernal présent dans leur corps. Le voyage de retour vers New York se fait en même temps que le retour de l’intrigue au cœur des mystères de la mythologie de cette série. Le lecteur se rend compte qu’il découvre quel est cette mystérieuse entité dont les vrilles avaient traversé le cerveau de Capricorne et de ses compagnons. Il apprend qui est le mystérieux individu qui évoluait dans un club très privé de la haute société dans le tome 7 : le Passager. L’intrigue ne se cantonne pas à répondre à certains mystères pour en développer d’autres encore plus grands. Elle apporte des réponses claires. Par exemple, comment l’engin infernal est introduit dans le corps d’un mentor.



Le scénariste met en place cette opération à cage thoracique ouverte, visuellement intéressante malgré son caractère statique, les explications données par le chirurgien Aldus Vortex, et le sort de quatre naufragés sur une petite embarcation apercevant au loin le navire où se trouve Capricorne. Le lecteur ne s’attend pas forcément à une reconnexion aussi profonde avec les deux premiers cycles de la série, à la fois à sa dimension fantastique, mais aussi avec des éléments de romans d’aventure comme le voyage dans le temps et la présence d’une forme d’extraterrestre. Pour autant ces éléments s’intègrent en pleine cohérence avec les aventures précédentes de Capricorne. Ils font partie d’une intrigue dense comprenant également des expériences sur des créatures vivantes et une opération de chirurgie esthétique pour qu’un criminel passe inaperçu. Le parfum de roman d’aventures reprend le dessus, laissant derrière lui les drames intimistes des tomes 10 et 11. Dans le même temps, le lecteur relève une ou deux phrases qui attirent son attention sur d’autres enjeux.


En particulier, l’un des frères Terchniatov dit à Capricorne : La richesse apparente ne fait que cacher le vrai trésor enfoui en profondeur. Effectivement, le lecteur peut appliquer cette sentence à ce récit. Il se souvient de la remarque du docteur Vortex faisant observer que le Passager n’échappe pas aux paradoxes qui hantent depuis toujours le genre humain, en évoquant son besoin de compagnie. Ce récit d’aventures contient donc également des éléments plus réflexifs. Le lecteur sourit en découvrant le questionnement de Capricorne en planche 41. Le personnage s’interroge : Qu’est-ce qui lui prouve que toute cette histoire d’opération était réelle ? Il est peut-être étendu quelque part en train de vivre tout ceci dans sa tête, l’opération incluse. Qui lui garantit que quand il débarquera à New York, pour y vivre encore il ne sait quelles nouvelles aventures, il ne tournera pas en réalité, en rond au milieu de l’océan dans un cargo vide ? L’auteur fait gentiment tourner le lecteur en bourrique en lui faisant observer qu’il peut très bien s’agir d’un rêve provoqué par le chirurgien, un peu comme le tome précédent n’était qu’un long rêve à demi conscient de Capricorne, et que le tome suivant pourrait révéler ce qu’il s’est en réalité passé. Il met en abîme le fait qu’il s’agisse d’une histoire qui pourrait très bien n’être qu’une histoire dans l’histoire, taquinant le lecteur sur le fait que tout ça n’est qu’une histoire imaginaire. Ce dernier en a bien conscience car ces questions font écho à une remarque de Vortex priant Capricorne d’accepter son scénario en planche 37. Après plusieurs remarques sibyllines des passagers, Capricorne finit par demander, comme s’il parlait à la place d’une partie du lectorat : C’est quoi toutes ces considérations énigmatiques ?


Bien sûr, cet album a tout pour plaire au lecteur présent dès le début de la série : un retour vers New York, des révélations inattendues à double titre, à la fois par la simple présence, à la fois pour leur nature, et une narration visuelle riche et diversifiée, en apparence moins contrainte que celles des tomes précédents. En y regardant de plus près, il apparaît que l’artiste n’a e rien diminué son ambition narrative visuelle, avec cette opération annoncée par le titre, à fond de cale, et un jeu sur la solidité de la réalité perçue par le personnage principal, assurant à la fois que ces aventures sont à prendre au premier degré, et à la fois qu’il ne s’agit que d’une histoire imaginaire.