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mardi 28 juillet 2026

Solveig

En les observant, elle sait que sa marche s’arrête ici.


Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2022. Il a été réalisé par Mariette Nodet pour le scénario et par Edmond Baudoin pour les dessins. Il comprend cinquante-huit planches dessinées, un conte pour enfants. Ces auteurs avaient déjà collaboré ensemble et réalisé La traverse (2019).


Solveig est une petite fille rêveuse qui grandit au milieu du grand tumulte de la vie du matin au soir, il lui faut tout le temps se dépêcher, pour s’habiller, finir ceci, ranger cela. Dans ses oreilles, il y a toujours trop de bruit, ça bourdonne, ça fatigue. Et souvent, tellement de gens défilent dans sa journée, qu’elle se sent entraînée dans un immense tourbillon. Elle s’assied régulièrement en tailleur, pour laisser ce tumulte, le laissant s’écouler. À la maison, à l’école, elle cherche à bien faire, à ne pas prendre trop de place, à aider dès qu’elle s’en sent capable. Mais tout va trop vite ! Elle s’embrouille, elle oublie, ses pieds se font des croche-pattes. Elle se retrouve à marcher à contre-courant de la foule, encombrée d’un pot de fleurs, alors que tous les autres semblent se fondre de manière organique dans le flux allant tous dans le même sens. Autour, on ne fait pas trop attention à elle, on sait que Solveig est maladroite, timide, un peu perdue. Les grands n’ont pas le temps. Les enfants, dans leurs jeux, l’oublient régulièrement. Ils courent, dessinent, se promènent, oublieux de sa présence. Dans cette grande cité, avec ses tours en béton et ses espaces verts, elle grandit ainsi, jour après jour, comme une petite branche tourmentée par le vent. Elle s’accroche comme elle peut, alors que le tumulte ne connaît pas de fin.



Assise dans un coin d’un jardin public, Solveig aime par-dessus tout observer les petites feuilles des arbres en transparence. Un œil fermé, l’autre presque collé à la feuille. Elle imagine que chaque feuille est un pays avec ses chemins, ses rivières et ses cachettes. C’est comme cela qu’un jour d’automne, par hasard, elle se rend compte que sa main disparaît dans la lumière de l’après-midi. Le lendemain, alors qu’elle se trouve dans le salon, quand son papa oublie de lui dire au revoir devant l’école, c’est un de ses poignets qui disparaît ! Un autre jour, quand sa voisine lui chuchote un mot méchant, c’est au tour de son avant-bras de devenir transparent. Et voilà que son coude devient invisible alors que Solveig attend désespérément un encouragement de sa maîtresse. Solveig se sent disparaître, chaque jour un peu plus… Ce qui devait arriver, arrive : un soir, Solveig comprend que plus personne ne la voit ! Elle sent tout à coup une très grande tristesse l’envahir : comment peut-elle être heureuse si aucun regard ne se pose sur elle ? Ce soir-là, elle décide de partir pour trouver quelque part de l’aide ou une solution. Pour redevenir comme avant ! Elle remplit un petit sac, avec un duvet, de quoi se couvrir et grignoter sur le chemin. Et le petit couteau qu’elle a eu pour ses sept ans, qui servira toujours.


Une œuvre dans un registre différent pour le prolifique et très humain Edmond Baudoin. Le lecteur admirateur est prêt à la suivre dans ses aventures narratives, ne serait-ce que profiter de ses dessins à la fois immédiatement accessibles, comme croqués sur le vif, à la fois le fruit des décennies de pratique, façonnés par un savoir-faire d’artisan affuté et réfléchi, éprouvé à l’épreuve d’une multitude d’œuvres. En feuilletant l’ouvrage, il perçoit qu’il ne s’agit pas d’une bande dessinée, mais d’un livre illustré. Il suppose que Mariette Nodet a fourni la trame du récit, les phrases qui sont portées sur chacun des vingt-neuf dessins en double page qui donnent à voir le cheminement de cette jeune demoiselle. Il se dit qu’il est possible que le bédéaste ait travaillé de manière collaborative avec elle, discutant du contenu de chaque illustration, questionnant certains aspects du récit, faisant des suggestions, peut-être reformulant une phrase ou une autre, dans l’intention d’en améliorer la qualité narrative en termes de fluidité, de sensibilité. À la lecture, s’il est familier des œuvres de Baudoin, le lecteur se rend compte que celui-ci a restreint son champ d’expression habituel. Il s’est astreint à respecter le format d’une illustration par double page, sans insert ou dessins interpénétrés. Cela donne une forme très régulière et linéaire à la narration visuelle, très différente de ses autres œuvres. Le lecteur sent qu’un autre degré de liberté a été abandonné au profit du récit : les illustrations présentent un caractère moins spontané que d’habitude, l’impression d’imperfection qui les rend si vivantes s’en trouve amoindrie.



L’histoire est racontée de manière linéaire, un mode narratif adapté à des lecteurs d’un jeune âge, même si l’apparence des dessins pourrait les rebuter, assez chargés, dépourvus de couleurs sauf pour la jeune fille elle-même au fur et à mesure qu’elle disparaît comme en atteste l’illustration de couverture, avec force hachures aboutissant à un rendu d’autant plus dense. Le récit est raconté par un narrateur omniscient connaissant tout de la vie de l’enfant, et choisissant les éléments qu’il met en avant. C’est ainsi qu’il met en avant le fait qu’elle est rêveuse, tout le temps pressée par le monde qui l’entoure au point d’avoir la sensation de se trouver dans un tourbillon perpétuel, très attachée à bien faire, ignorée par les différentes personnes qu’elle côtoie, non par intention mais par le caractère effacé, maladroit et timide de Solveig elle-même. Il la présente comme une jeune fille sage, capable de s’occuper par elle-même, de s’intéresser au banal et à l’ordinaire comme des petites feuilles d’arbres presque transparentes, où elle imagine que chacune est un pays avec ses chemins, ses rivières et ses cachettes. Elle apparaît ainsi comme à l’écart du monde, ballottée contre son gré, trouvant des poches de calme dans lesquelles elle peut s’extraire du grand tourbillon de la vie, dans des moments sanctuarisés. Elle constate qu’elle disparaît progressivement, son corps prenant une teinte bleutée, ressortant doucement sur les dessins en noir & blanc. Elle entame alors un voyage : une marche qui lui fait traverser des paysages tellement magnifiques, mais aussi parfois des paysages effrayants, froids et humides, elle se perd, elle croise des animaux. Elle se sent seul, rêve d’un cerf, et rencontre un vieil homme avec sa chèvre.


Sur la base de ce fil conducteur, l’illustrateur s’en donne à cœur joie, tout en se mettant au service du récit, plutôt que de l’utiliser comme un support pour ses envies graphiques personnelles. Le lecteur fidèle de cet artiste reconnaît aisément sa manière de faire : des contours réalisés au pinceau, irréguliers ce qui génère une sensation très organique à la lecture. Dès la première illustration en double page, il identifie d’autres de ses habitudes : une composition composite avec le car scolaire, Solveig assise en tailleur à l’extérieur comme posée sur la page, et un arrière-plan exécuté à la plume ou peut-être au crayon là encore avec des éléments déconcertants comme une affiche sur une remorque, un groupe de cinq personnes sur le plateau d’un camion, une tête de Mickey à une fenêtre. Le jeune lecteur peut s’y perdre et se trouver décontenancé par les éléments hétéroclites que ce dessin rapproche ainsi. Une fois que Solveig s’est mise en marche, le lecteur retrouve le goût du bédéaste pour les paysages naturels : des arbres bien sûr, toujours remarquables sous le pinceau de Baudoin, des chevaux, un échassier, la queue d’une baleine, un renard, une chèvre, un cerf, autant d’animaux ayant déjà eu les honneurs dans d’autres de ses œuvres. D’un côté, l’artiste se contraint à s’inscrire dans le cadre délimité par le texte ; de l’autre, le lecteur familier de ses bandes dessinées reconnaît aussi bien sa façon de dessiner, que des éléments récurrents de ses œuvres.



À une ou deux reprises, le lecteur peut sentir un léger décalage de phase entre les deux créateurs, une sensation fugace et vite dissipée. Ils mettent en scène une enfant à la fois ignorée par son entourage au point que ce corps même devienne invisible, à la fois capable de générer et d’alimenter un imaginaire dans lequel elle trouve sérénité et curiosité, cette vie intérieure se manifestant par la teinte bleutée que son corps prend progressivement. Quel que soit son âge, le lecteur ressent de l’empathie pour elle, que ce soit la sensation d’un monde tumultueux, trop rapide, générant trop de sollicitations, ou le calme de la marche en solitaire dans des paysages naturels. Il perçoit que la qualité de cette empathie doit autant au choix des mots et aux phrases qu’à l’authenticité et la justesse de ce qui est représenté. Après son détachement du monde réel, le second changement naît de la rencontre avec une autre personne. Le mode de vie de cette dernière est en phase avec celui de Solveig, ce qui lui offre la possibilité d’une communication réelle, et pas juste fonctionnelle. L’enfant a également l’occasion de participer à une tâche tenant à cœur à cet adulte, constituant l’aboutissement d’un long cheminement. En la voyant faire, le lecteur comprend en quoi cette tâche constitue une métaphore pour l’adulte, et aussi une métaphore d’un autre niveau pour Solveig : elle ne va pas déplacer les pierres de sa propre maison, mais déplacer celles qu’elle a utilisées pour se protéger, dans une démarche d’adaptation.


Une histoire simple pour un jeune public : des textes courts et concis, des dessins conçus pour faciliter aux aussi leur accessibilité. Un conte sur l’inadaptation à la vitesse et au bruit du monde moderne, et sur l’isolement personnel à la fois subi et recherché. À la lecture l’enfant y retrouvera des sensations dont il a déjà fait l’expérience, même sans disposer du recul nécessaire pour comprendre le récit, l’adulte y verra un mécanisme dont il a déjà fait l’expérience, inconsciemment, ou qu’il a sciemment mis en œuvre. Doux, constructif et optimiste.



mercredi 19 avril 2023

La traverse

S’étonner de tout le chemin parcouru à pied et s’étonner de celui qui reste à faire.


Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa publication initiale date de 2019. Elle a été réalisée par Edmond Baudoin & Mariette Nodet pour l’histoire, et par le premier pour les dessins. Ce récit est en noir & blanc et compte environ cent-six pages de bande dessinée. Il s’ouvre avec un texte introductif d’une page qui n’est pas signé (mais vraisemblablement de la main de l’autrice), évoquant les rails, les lignes de nos vies, et ces traverses qui relient les vies entre elles, comme ce livre.


En première page, Edmond est assis à même le sol et indique en guise de présentation, qu’il ne sait plus combien il a fait de livres et qu’il n’a pas envie de compter, mais toujours celui qu’il fait est le premier. C’est au tour de Mariette de se présenter, elle aussi assise à même le sol : elle est ici dans sa montagne immuable, il est là-bas au milieu de tellement de gens, pourtant elle ressent, pour eux deux, une même énergie, une action constante. Ce qui les différencie vraiment, c’est le silence. Les crêtes d’une chaine de montagnes en Himalaya. Le silence est dans sa vie comme un ami. Elle le regarde comme empreint de liberté et de joie. Plus elle avance dans sa vie, plus elle marche dans les hauteurs, plus elle est certaine de cela : le silence est une présence joyeuse aux choses, il la façonne comme un artiste amoureux. Le silence, l’horizon qui en cache un autre, et la solitude. Elle aime ressentir l’existence du tout qui n’a aucune intention, et elle partie du tout. Pouvoir porter le regard au loin est une manière sans réfléchir de comprendre sa place dans ce monde. Être là, rechercher cet état l’aspire et l’éloigne du précipice dans lequel elle est tombée un jour. Elle se tient assise sur le bord d’une falaise à pic, son esprit s’envolant comme une forme d’aile issue de la transformation de sa tête.



Toujours le regard porté vers l’horizon, avec des crêtes à perte de vue et dans le lointain sur sa droite, un rapace en plein ciel, elle continue de laisser les pensées venir à elle. Depuis ce jour, elle fait toujours le même cauchemar, celui de son enfant qui tombe de la falaise. C’est peut-être la peur de la perte du dernier être important pour elle. Mais elle est bien ancrée, et c’est plutôt elle qui tombe sans fin. En baissant un peu le regard, les pentes des montagnes s’imposent à elle. Est-ce pour sortir de cette chute dans le précipice qu’elle retourne sans cesse sur son bord ? Elle avance, elle ne peut que ça, et c’est ça qui la sauve. Rester immobile, être au fond de la vallée, c’est avoir froid, c’est avoir l’horizon bouché. Il y a toujours un col à atteindre pour aller plus loin. Mariette a repris sa marche dans cette zone de haute montagne, sur les crêtes. Elle éprouve la sensation que des rochers la survolent. Être là en montagne comme en soi-même, mettre un pied devant l’autre, jouer avec le relief, toujours dans le déséquilibre de la marche, transpirer, parfois grimper ou désescalader, chercher l’itinéraire.


Pas de présentation en quatrième de couverture, une couverture énigmatique avec cette personne sur une hauteur rocheuse contemplant la montagne devant elle, avec sa tête mangée se confondant avec l’ombre d’une pente, ou semblant partir en fumée. Le lecteur peut y voir comme un écho visuel de la couverture de Le Chemin de Saint-Jean (2002) de Baudoin, où l’auteur se représente assis sur des pierres, avec un rocher flottant là où devrait se trouver sa tête. En fonction de ses affinités électives, le lecteur peut être venu à cet ouvrage en amateur transi des œuvres du bédéiste et se demander avec qui il s’est acoquiné, ou avoir été attiré par le nom de cette grande randonneuse en montagne, ancienne championne de ski télémark et pigiste pour des revues de montagne. Dans les deux cas, il ne dispose pas de moyens de savoir qui a apporté quoi à l’ouvrage et dans quelle proportion. Il découvre ce texte sur la métaphore des traverses, la page de présentation de Baudoin, puis celle de Nodet, très succincte l’une comme l’autre. Vient un dessin de flanc de montagne en illustration pleine page, sans texte, avec des coups de pinceau à la fois spontanés, à la fois capturant avec une précision surnaturelle l’impression que produit la montagne. Le lecteur découvre ensuite une succession de sept illustrations en double page, toutes consacrées à la montagne de haute altitude, avec les pensées de Mariette, entre réflexions organisées et flux libre. Page d’après, trois personnages assis sur une grande banquette semi-circulaire en train de consulter des cartes à même le sol, et, pour la première fois, des phylactères. Puis une illustration pleine page sans un mot.



C’est reparti pour le voyage en montagne, cette fois-ci dans un lieu identifié, à partir de Ladakh, une région du Tibet qui forme un territoire de l’Union indienne. À l’évidence, Mariette Nodet évoque le drame qui frappé sa vie, et un voyage en particulier, accompagnée de sa fille, émaillé de réflexions sur ce que lui apportent la montagne et le silence, sur sa soif de sortir de sa zone de confort pour rencontrer des étrangers au mode de vie radicalement différent du sien. À chaque page tournée, le lecteur découvre une autre vision à couper le souffle de la montagne, avec ou sans êtres humains, comme si l’artiste dessinait le paysage pris sur le vif. Baudoin lui-même n’apparaît que peu : en première page pour se présenter en deux phrases lapidaires, page vingt en train de regarder des cartes avec Mariette et Lou, puis de manière un peu plus régulière à partir de la page trente-cinq, toujours dans de brèves séquences d’une ou deux pages, et en nombre beaucoup plus petit que celles consacrées aux deux femmes. Le lecteur relève plusieurs thèmes évoqués au fil des pages : le silence, l’attrait du vide, le plaisir de se projeter dans un voyage en consultant des cartes, le dépouillement du mode de vie dans le Ladakh, l’étrange communion qui s’installe avec les guides lors de la randonnée et même temps que la distance infranchissable qui sépare européens et tibétains, l’artificialité d’une frontière par rapport à la réalité géographique, l’écart entre carte et territoire, l’effort physique de la marche en montagne en même temps que son rythme hypnotique, l’altérité de tout autre être humain, la disparition définitive de tout individu décédé.


Le lecteur peut s’en tenir là : une randonnée en haute montagne un peu exotique, avec des illustrations rudes et évocatrices, et de temps à autres les souvenirs du bédéiste resté dans le Var vaguement rattachés au fil principal par le thème de l’étranger, de l’altérité et de la mortalité… En fonction de son histoire personnelle, le lecteur prend conscience qu’un élément ou un autre de cette œuvre lui parle avec acuité : une remarque en passant sur le rapport au silence, à la solitude, sur l’envie de découvrir l’altérité de l’autre pour se décentrer de sa vie et de son enfermement mental, sur le plaisir de lire une carte, de découvrir la réalité du territoire (remarque qui renvoie à l’aphorisme d’Alfred Korzybski : une carte n'est pas le territoire qu'elle représente), etc. Ces réflexions lui parlent alors, révélant la richesse d’une expérience de vie, pas juste une collection de remarques superficielles prêtes à penser : elles sont l’expression des acquis de l’expérience de l’autrice, de son cheminement personnel, pas des recettes artificielles prêtes à l’emploi de développement personnel. Comme elle l’écrit, Mariette Nodet a éprouvé ces sensations, ces découvertes : Sortir de la carte, ne plus avoir la sécurité des courbes et des noms, franchir une frontière. Quitter le trop plein de ce côté-ci et aller vers le néant de ce côté-là. Un pied dans le jour et un pied dans la nuit. Accepter le risque de l’inconnu, du hors-soi. Et, jour après jour, se rendre compte que c’est là, dans ce hors-soi, que l’on vit pleinement !



Le lecteur peut également éprouver la sensation de cheminer en montagne aux côtés de la mère et de la fille : il voit des paysages de montagnes à la fois concrets et uniques, par les yeux de la personne qui s’y trouve, avec sa perception. C’est un tour de force impressionnant que réalise Edmond Baudoin car il n’a pas fait ce chemin, il n’a pas accompagné les deux femmes, et pour autant chaque représentation apparaît authentique, avec la même âpreté que les représentations de Jean-Marc Rochette dans ‎Ailefroide : Altitude 3954 (2018). Peut-être a-t-il travaillé d’après photographies, certainement en étroite collaboration avec l’autrice, totalement à son service. Il partage avec elle l’appétence pour l’énergie, la volonté passée à vouloir exister, un regard sur la vie, sans aucune animosité, aucune critique, une espèce d’attention intérieure. Cette communauté d’esprit aboutit à un ouvrage qui semble avoir été réalisé par une seule et même personne, avec la narration visuelle si personnelle et si particulière de Baudoin, avec l’expérience de la montagne de Nodet, une création fusionnelle, une façon d’habiter le monde très similaire.


Une collaboration entre Edmond Baudoin et une ex-championne de ski amoureuse de la montagne : une narration qui semble totalement issue du premier et réalisée par lui dans cette bande dessinée au format libre. En même temps, la transmission de l’expérience personnelle de la seconde d’une randonnée au Ladakh et d’un deuil. Une communion d’esprit organique pour une façon peu commune d’habiter le monde, de repousser symboliquement les frontières, de faire l’expérience que l’imagination ne pourra jamais embrasser la beauté et la complexité de la réalité, d’emprunter les chemins que l’on connaît, ceux qui relient les hommes aux hommes, de la manière la plus évidente. Des instants magiques.