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mardi 7 juin 2022

La Légende du lama blanc - Tome 02: La plus belle Illusion

Rien n'est permanent. Tout se transforme.


Ce tome fait suite à La Légende du lama blanc Tome 01: La Roue du temps (2014) qu'il vaut mieux avoir lu avant. C'est le deuxième tome d'une trilogie qui constitue une seconde saison pour la série. La parution initiale de celui-ci date de 2016. Il comporte 46 planches en couleurs réalisées par Alejandro Jodorowsky pour le scénario, et Georges Bess pour les dessins et les couleurs avec l'aide de Pia pour ces dernières.


Dans une région aride du plateau tibétain, le yéti Ah-Iou et son fils Kr-El sont à la recherche d'un gibier : rien. Trois jours sans même apercevoir une proie. Il ne reste plus beaucoup d'animaux. Avec leurs explosions, les chercheurs de minerai ont empoisonné l'herbe. Soudain une antilope court vers les deux chasseurs, mais elle a une demi-douzaine léopards à ses trousses. Les dieux envoient-ils une antilope aux chasseurs, ou se moquent-ils d'eux ? Un yéti se place sur la trajectoire de l'antilope et la tue d'un coup d'épée. Les jaguars le rejoignent et l'attaquent : il se défend bientôt aidé par son compagnon. Le combat fait rage. Dans une autre partie du plateau tibétain, tout aussi désertique, les moines Tzu, Dondup, Topden et Tsöndu continuent d'entraîner Mandarava & Issim à la découverte et à la maîtrise de leurs pouvoirs. Ce que l'on nomme réalité est un rêve, des formes imaginaires, des vibrations. Les moines ont appris à l'esprit des adolescents à vibrer comme le rêve. Leur vibration intérieure et celle du rocher en face d'eux sont au diapason : ils avancent et ils traversent le rocher comme s'il s'agissait d'une forme immatérielle. L'exercice suivant consiste à transformer des cailloux.



Un peu plus tard sur les hauteurs de Chomolungma, Ah-Iou revient au campement des yétis, avec l'antilope sur son épaule droite, et le corps de son fils Kr-El sur l'épaule gauche. Ils les déposent à terre, alors que les autres yétis viennent à sa rencontre, ainsi que les adolescents et les moines. Le fils est mort, et les adolescents perçoivent que le cœur du père va éclater de chagrin. Ils décident de réaliser une tricherie sacrée : pénétrer à l'intérieur du cadavre de Kr-El et parler comme s'ils étaient lui. Ils vont doucement pénétrer dans son cadavre et le faire revivre, le ranimer quelques instants. Kr-El se redresse et s'adresse à ceux qui l'entourent. Il leur demande de ne pas souffrir, car il est fier d'être mort en défendant son père. Il leur enjoint de manger l'antilope savoureuse, puis d'offrir son corps aux vautours. Seulement alors son esprit pourra s'envoler libre, pour rejoindre sa demeure céleste. Il leur tend les bras pour qu'ils viennent l'embrasser avant son départ. Les autres yétis accourent et l'étreignent. Le corps finit par se relâcher sans vie, les futurs lamas l'ayant quitté. À Lhassa, une répression féroce, impitoyable s'est abattue depuis des années sur la population tibétaine. Les citoyens manifestent dans la rue, avec des pancartes portant le slogan Libérez le Tibet. Un moine s'immole par le feu dans la rue. Les soldats chinois l'abattent froidement. Le père William est amené devant le colonel Lao, toujours en compagnie des deux soldates, pour qu'il traduise un avis en tibétain.


D'une certaine manière, le lecteur s'attendait à ce que les auteurs reprennent à peu de chose près la même trame que celle du premier cycle. C'était oublier de quel scénariste il s'agit. Il est donc déstabilisé par la première séquence, en quatre pages, entièrement consacrée à deux yétis. Il n'y a que cinq brefs cartouches de texte évoquant la dégradation du milieu naturel engendrée par l'exploitation de ses ressources, et le fait qu'il serve ensuite de poubelle aux activités humaines. Dans le même temps, ces deux créatures luttent pour leur survie, cherchant de la nourriture, luttant pour leur vie contre d'autres animaux prédateurs. La narration visuelle est extraordinaire. Une première page avec quatre cases de la largeur de la page, le format panoramique rendant compte de l'immensité du paysage. Une deuxième page avec une case verticale de la hauteur de la page, une vue du ciel qui montre la distance qui sépare les yétis de l'antilope, puis des cases horizontales comme accrochées en drapeau au mat qu'est la case verticale pour l'enchaînement des actions qui en découlent. Les deux autres pages reviennent à des bandes de case, la dernière étant de la largeur de la page pour une dernière vision panoramique. Le lecteur est submergé par la violence de l'affrontement entre les prédateurs et les yétis, une lutte primale pour rester en vie. S'il y prête attention, il remarque que l'artiste continue à utiliser des couleurs surprenantes, comme différentes teintes de rose, ainsi qu'il le faisait de manière marquée dans le premier cycle, pour une touche discrète évoquant un faible relent de psychédélisme, ou plutôt pour attirer l'attention sur la dimension spirituelle de cette scène.



La séquence suivante revient aux jumeaux qui sont la nouvelle incarnation du lama Gabriel Marpa. Dans la droite continuité du premier cycle, ils bénéficient du mentorat des moines qui leur font découvrir leurs pouvoirs et les aident à les maîtriser. Gabriel leur apparaît également pour les guider quant aux actions à entreprendre. Attentif, le lecteur remarque cette utilisation particulière des couleurs, sous forme de nuances présentes de manière chronique, rappelant de façon subliminale que ce récit ne peut s'entendre qu'en gardant à l'esprit sa dimension spirituelle. L'artiste épate par sa maîtrise de la mise en couleurs, allant d'une teinte dominante pour baigner une scène dans une ambiance particulière, à une mise en couleurs de nature réaliste, ou pouvant passer en mode expressionniste sans rapport direct avec les couleurs de la réalité. Tout du long du récit, il adapte son découpage de planche à la nature de la scène, pouvant passer d'une page avec quatre cases (planche 17) à une planche qui en compte quatorze (planche 44), ou faire dépasser un personnage des bordures d'une case (par exemple planche 8). Il peut passer en mode fantastique (planches 20 & 21, quand Mandarava et Issim discutent avec Gabriel, sur le plan astral), et aller jusqu'au mode le plus descriptif et réaliste (la magnifique vue d'ensemble du temple de Potala à Lhassa, planche 22). Dans ce dernier registre, le lecteur est saisi d'effroi en voyant un moine s'immoler par le feu (planche 11) ce qui peut lui rappeler des reportages sur ces pratiques au Vietnam, par exemple celui de Thich Quang Duc (1897-1963).


Grâce à la qualité des dessins, le lecteur identifie sans peine deux personnages historiques : le dalaï-lama Tenzin Gyatso, et plus surprenant Adolf Hitler. Le scénariste montre la domination chinoise sur le peuple tibétain, incarnée par le général Lao, avec ses deux aides de camp féminins, dont une à la vareuse toujours ouverte, montrant sa poitrine dénudée. Il fait venir le père William pour qu'il traduise et écrive en tibétain un avis général à la population. Il y rappelle qu'il est mandaté par l'invincible sauveur du peuple Mao Tsé-Toung, et il y déclare l'éradication des quatre vieilles empoisonneuses : les vieilles idées, la vieille culture, les vieilles habitudes, et les vieilles tenues. La loi martiale est instaurée et sont interdits les chants, la musique d'envoûtement, les danses chamaniques, les mandalas de sable, la chasteté des religieux et des religieuses, le thé au beurre de yak, l'orge. Seul le blé est autorisé. Le lecteur voit bien là à l'œuvre une politique d'éradication de la culture autochtone pour contraindre à adopter la culture de l'occupant. L'auteur raccroche donc son récit à la réalité historique avec l'intronisation de Tenzin Gyatso comme quatorzième dalaï-lama, tout en aménageant la personnalité et les actes du régent Réting. L'autre personnage historique n'arrive pas comme un cheveu sur la soupe. Il y avait cette petite troupe de nazis à la recherche d'un trésor dans le premier tome, et il s'avère qu'elle a une base dans la région avec ce chef emblématique. Le lecteur y voit une convention romanesque de série B, au même titre que la représentation des pouvoirs parapsychiques de Gabriel Marpa, et de ses réincarnations. Il peut également y voir une métaphore de la dictature, de la propension de l'être humain à détruire, et établir un parallèle avec le général Lao, et les méthodes de l'occupation chinoise.


Le scénariste prend le lecteur par surprise en ne reproduisant pas le même schéma narratif que le premier cycle. L'artiste le prend également par surprise en étant encore meilleur que dans le premier cycle, une narration visuelle d'une qualité remarquable, d'une diversité aussi étonnante que discrète, adaptant avec fluidité son niveau de description, utilisant avec subtilité des teintes inattendues pour porter un sens supplémentaire. D'une manière sophistiquée et romanesque, le récit entraîne le lecteur au cœur de l'occupation du Tibet par la Chine, à assister à la répression d'une culture, à l'avènement d'un nouveau chef spirituel et temporel pour le Tibet, avec un récit qui lie ces deux facettes de l'existence, spirituelle et temporelle.



mardi 17 mai 2022

La Légende du lama blanc - Tome 01: La Roue du temps

Ne restez pas enfermés dans vos prisons mentales.


Ce tome fait suite à Le Lama Blanc -Tome 6 - Triangle d'eau, triangle de feu (1993) qu'il vaut mieux avoir lu avant. C'est le premier tome d'une trilogie qui constitue une seconde saison pour la série. La parution initiale de celui-ci date de 2014. Il comporte 54 planches en couleurs réalisées par Alejandro Jodorowsky pour le scénario, et Georges Bess pour les dessins et les couleurs avec l'aide de Pia pour ces dernières.


En 1950, sous prétexte que des agents étrangers complotaient contre la République Populaire de Chine, Mao Tsé-Toung envoie 80.000 soldats envahir le Tibet. Les chars chinois avancent sur la neige, le drapeau flottant au-dessus de la tourelle. Les camions à plateau portent un immense portrait de Mao, encadré de rouge, avec les drapeaux chinois flottant de part et d'autre. Le général Loa voyage à l'arrière d'une voiture avec chauffeur, avec une soldate assise à sa gauche et une à sa droite : Shing-Den et une autre. Il ne voit pas trop quelle révolution culturelle il y va mener dans ces contrées peuplées de lamas impuissants, mais il compte bien détruire l'ancien monde, et en profiter pour s'en mettre plein les poches. Le convoi arrive face à une armée tibétaine et il s'arrête. Le général Lao descend de voiture et avance vers les tibétains pour s'adresser à eux : il énonce son nom et expose l'évidence. Deux mille Tibétains armés de vieux fusil ne sauraient vaincre quatre-vingt mille soldats communistes armés de Mitrailleuses et de chars d'assaut ! La discipline du parti impose à la minorité de se soumettre à la majorité ! En face le général Densen Galpo répond : Une multitude de soldats, de chars, et des mitrailleuses ne sauraient vaincre leurs déesses et leur magie.



Le général Densen Galpo fait avancer trois groupes d'hommes qui portent chacun une plateforme en bois sur laquelle se tient une déesse : Tara bleu sur l'une, Tara verte sur l'autre, et enfin la Tara jaune sur une troisième, des femmes en tenue de cérémonie à l'effigie de la déesse. Ces Taras vont les protéger, dévorer leurs ennemis, exterminer ces rouges impies. Le général Lao ordonne aux tanks de faire feu. Les trois Tara volent en éclat. Galpo clame que Tara est immortelle, qu'aucun envahisseur ne peut la vaincre. Il ordonne à ses hommes de charger sur l'envahisseur. Les communistes font feu : c'est un carnage. L'armée chinoise reprend son chemin. Le soir, elle établit son campement, et le général Lao fête la victoire avec une table bien fournie, et en passant la nuit avec les deux soldates. À Lhassa, un Lung-gom-Pa, un chaman messager, arrive épuisé, après avoir couru plus de cent kilomètres sans s'arrêter. Il apporte une terrible nouvelle : les Chinois envahissent le Tibet. Dans l'enceinte de l'église anglicane, monsieur Donovan donne un cours d'anglais aux petits tibétains. Une fois la classe terminée, il se rend dans la maison du pasteur pour déguster le repas préparé par Samy : des perdrix bien cuisinées, afin qu'elles n'aient pas donné leur vie en vain.


Le premier cycle s'achevait avec Gabriel Marpa, le lama blanc annonçant des bouleversements destructeurs. Ce deuxième cycle commence cinq plus tard avec l'invasion du Tibet par la Chine. Le scénariste prend le temps d'installer sa nouvelle histoire : Gabriel Marpa, le lama blanc, n'apparaît qu'à la planche 35. Il vaut mieux que le lecteur ait lu le premier cycle pour comprendre qui sont les personnages, car l'auteur ne les présente pas à nouveau. C'est ainsi que le lecteur retrouve les quatre moines Tzu, Dondup, Topden et Tsöndu, le pasteur William, miss Léna, et le chat Lin-Fa. Chacun d'entre eux a continué sa vie sur sa lancée, sans qu'il soit besoin de détailler ce qu'ils ont fait pendant les années qui se sont écoulées. C'est un vrai plaisir que de retrouver Lin-Fa et ses remarques critiques. Les retrouvailles avec le pasteur William sont placées sous le signe de l'ambivalence : la démarche coloniale à l'œuvre avec les cours de la mission qui apprennent aux enfants tibétains à devenir de bons petits sujets de l'empire britannique, mais il sera lui aussi victime de l'oppression de l'envahisseur chinois. C'est encore plus déchirant pour la pauvre miss Léna, une femme en surpoids d'une cinquantaine d'années, perpétuant la culture anglaise sans avoir l'idée de la remettre en question et soumise à la torture.



Les deux auteurs ne font pas les choses à moitié pour montrer la violence de l'invasion, la révolution culturelle nécessitant de terroriser les peuplades en place. Le récit est à charge contre les communistes du début à la fin. Le lecteur retrouve la narration visuelle de Georges Bess, en apparence très réaliste. En prenant le temps et en y prêtant attention, il peut, s'il le souhaite, remarquer que les visages des personnages peuvent présenter des traits un peu trop marqués, qu'une posture peut être dramatisée de temps à autre, que certains éléments du décor sont représentés plutôt dans un registre impressionniste que descriptif ou photographique, que l'usage des couleurs verse lui aussi de temps à autre dans un registre expressionniste plutôt que naturaliste. Pour autant, la narration visuelle donne une impression de réalité concrète et normale. Le choc n'en est que plus violent en voyant les exactions des militaires chinois. Cela commence pourtant doucement avec les trois déesses qui volent en éclat avec l'explosion d'un obus. De même, le lecteur peut ne pas être trop impressionné par les cadavres tibétains jonchant le sol du champ du bataille car le dessinateur les a noyés dans une couleur marron déclinée en nuances, sans attirer l'attention sur les blessures. En revanche, il assiste à un double viol en bande, sans voyeurisme, sans que les deux nonnes n'adoptent un comportement de victime, pourtant insoutenables du fait du comportement immonde du violeur et de la passivité des autres soldats, ne faisant montre d'aucune émotion. Plusieurs pages plus loin, miss Léna subit le même sort avec des violences en plus, hors case, mais le lecteur se souvient des planches précédentes et il est horrifié par l'état dans lequel elle revient dans sa cellule, même s'il n'a en fait pas assisté à la scène du viol. De ce point de vue, il y a une condamnation sans appel de l'invasion chinoise. Avec un peu de recul, cette condamnation s'applique à n'importe quelle force d'invasion quelle qu'en soit la nationalité, et ne constitue pas une attaque uniquement contre les Chinois.


L'auteur introduit de nouveaux personnages comme le général Lao et ses deux aides militaires, les deux nonnes Jetsun Lochen & Dungri. Il ouvre ainsi le récit de ce second cycle. Il ne se limite pas non plus à aux forces armées chinoises, puisque le lecteur a la surprise de découvrir un petit groupe d'individus en gabardine en cuir portant un brassard rouge avec une croix gammée dans les planches 26 & 27. Il se demande ce qu'il en est puisqu'il est précisé sur la première page que l'action se situe en 1950. À partir de la planche 24, l'intrigue se focalise d'un côté sur le devenir des deux nonnes dont la route croise celle d'un personnage récurrent de la première saison, et de l'autre côté sur la quête des quatre moines allant à la recherche de leur lama pour lui demander son aide. Ce fil narratif rassure le lecteur qui obtient ainsi l'assurance et la confirmation qu'il sera bien question de l'avenir du lama blanc, de sa légende même à en croire le titre. C'est l'occasion de cheminer avec les moines en pleine montagne sur des sentiers escarpés, sous la neige, de trouver refuge dans des cavernes, de sentir son pied déraper sur un caillou de découvrir un petit temple juché au sommet d'une montagne, de redescendre dans la vallée. Le dessinateur se montre extraordinaire pour décrire ces environnements, l'aridité du paysage rocheux, le contraste avec quelques zones arborées. Le lecteur peut retrouver les sensations de la montagne dans ce qu'elle a de plus majestueuse et de plus désolée et imposante.



Comme dans la première saison, les deux créateurs mettent en scène la culture tibétaine, au travers des constructions, des décorations, des paysages, des tenues vestimentaires, sans attirer l'attention dessus, des informations visuelles en toile de fond. La religion est également au cœur du récit. Comme précédemment, il ne s'agit pas de décrire les pratiques du culte, encore moins de développer le crédo ou de faire du prosélytisme. Le bouddhisme est présent au travers des lamaseries, des nonnes, des moines et du lama. En termes de foi, il y a le détachement dont Jetsun parvient à faire preuve, le refus de consommer de la viande (ce qui renvoie à un passage où Gabriel Marpa refusait de manger de la viande, un écho évoquant la répétition d'un cycle), l'intime conviction des quatre moines que le lama dispose de capacités lui permettant de venir en aide à son pays, la mise à l'épreuve de l'esprit, l'évocation des cinq cercles de la conscience ordinaire (celui de l'esprit, celui de la parole, celui des sentiments, celui des désirs, celui des besoins du corps), et la réincarnation. Sur le plan visuel, les auteurs montrent des phénomènes spirituels sans donner d'explication : l'aura de la nonne Jetsun qui est perçue par ses agresseurs, la réalisation d'un mandala de poudres, l'apparition d'un puissant gardien de la brume à l'allure démoniaque pour défendre l'accès au temple d'or, et un phénomène de décorporation avec corps astral. À nouveau, il s'agit de prendre pour argent comptant ces phénomènes montrés comme étant surnaturels.


Ainsi donc surviennent les premiers malheurs prophétisés par Gabriel Marpa : les forces armées chinoises envahissent le Tibet en massacrant les populations. La narration visuelle est toujours aussi convaincante, intemporelle, dépaysante, enchanteresse et d'une grande justesse dans les drames et la violence insoutenable. Alejandro Jodorowsky entraîne le lecteur dans un nouveau cycle : s'il a lu le précédent, il accorde toute sa confiance aux auteurs, sinon il s'interroge sur les choix parfois curieux, en particulier en ce qui concerne l'absence de profondeur dans l'évocation de la religion bouddhique et la présence de nazis. Dans les deux cas, il est vite subjugué par cette aventure qui mêle dépaysement, guerre, violence, résilience, courage, spiritualité.