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mercredi 10 avril 2024

Tous à la campagne !

Avant de l’abattre, il faut parler avec l’arbre !! C’est important…


Ce tome est compilation de gags en une page, indépendante de tout autre. Sa première parution date de 2024. Il a été réalisé par Tronchet (Didier Vasseur) pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il compte cinquante-quatre pages de bande dessinée. Le couple central de ces histoires est déjà apparu dans Les Catastrophobes (2021).


Enfin : Madame & Monsieur arrivent descendent de voiture : ils sont arrivés devant leur nouvelle demeure, une belle maison avec un étage, à la campagne. Elle s’exclame, en ouvrant grand les bras : Ça y est, ils ont réussi ! Ils ont fait le grand saut ! Finis la ville, la pollution, le stress !! Ils vont bâtir ici une nouvelle vie, ne plus dépendre du système, travailler dur pour être autonomes. Il intervient pour poser une question : Heu, l’idée, c’était pas une année sabbatique ?? Elle commence à répondre, mais il consulte un dictionnaire en ligne pour la définition de sabbatique : Congé qui permet au salarié de prendre une année de repos. Il s’étonne de ne pas voir les transats. – Isolement : Madame a un plan dans la main et elle le commente pour monsieur : La maison est là, idéalement située, totalement isolée. Au bout d’un chemin où personne ne passe et au milieu de la forêt. Il demande une précision : Personne ne peut savoir qu’ils habitent ici ? Elle répond que non, même du ciel on ne les voit pas. Elle continue : ils sont indépendants, ils ne doivent rien à personne, ils ne vivent que du fruit de leur travail. Il répond que ça l’embête un peu, il aimerait bien qu’on retrouve leurs cadavres… Ben comme elle a dit qu’ils allaient vivre du fruit de leur travail…



Évacuation : devant leur maison, Madame constate que leur nouvelle demeure a tout ce qu’il faut : la toiture est saine, les mur épais, solides, les portes et fenêtres ferment bien. Elle se sent protégée. Elle demande à Monsieur s’il aime. Il répond que oui, mais se demande si les normes de sécurité sont bien respectées. Il précise : Où est le plan avec les issues de secours et d’évacuation vers la ville en cas de danger. Déjà, le danger d’habiter ici ! – Souplesse : Elle lui fait remarquer qu’il faudrait qu’Il soit un peu plus souple. Il répond qu’il a l’intention d’être hyper souple pendant l’année sabbatique… Et après, ils rentrent. Elle l’informe que non, ils ne rentrent pas. Elle a vendu leur appartement en ville. Il fait un malaise et il est transporté à l’hôpital. Alors qu’il est conscient sur le lit d’hôpital avec une intraveineuse, elle constate qu’au moins ils savent maintenant qu’il y a un hôpital pas loin, ce qui doit le rassurer. Elle ajoute que ce n’était pas vrai : elle voulait tester sa souplesse. Elle ne peut pas vendre l’appartement sans sa signature, il aurait dû réfléchir. Elle continue en lui tendant un papier, et l’enjoignant à signer. - Table rase : ils sont devant leur voiture et elle lui montre qu’elle n’a emporté que deux bagages, la sobriété avant tout. Lui, il est venu les mains dans les poches… Il a tout commandé sur Amazon.


Sans surprise, l’auteur se moque de deux urbains, parisiens de surcroît qui tentent l’aventure d’habiter à la campagne, et de tenter l’autosuffisance, au moins alimentaire dans un premier temps. Il peut compter sur le bédéiste pour se montrer moqueur, avec un fond de tendresse vis-à-vis de ses personnages, si normaux, vaguement pathétiques. Pour commencer, il ne leur donne ni nom, ni prénom, juste une femme et un homme, madame et monsieur, peut-être quadragénaires, peut-être quinquagénaires, pas vraiment beaux, mais pas repoussants pour autant, généralement contents ou souvent souriants en tout cas, l’air gentiment satisfaits d’eux-mêmes, enfin surtout Madame, parce que Monsieur… L’artiste est en mode caricature, avec une simplification dans la représentation. Par exemple, les personnages n’ont que quatre doigts à chaque main, leur coiffure s’apparente à une sorte de touffe dressée sur la tête, ou encore ils sont affublés de pieds pointus, sans oublier le pantalon trop large et remonté trop haut de Monsieur. Cela donne une allure comique à Monsieur, teintée de dérision plutôt que de réelle moquerie. Son nez semble un peu écrasé, surtout comparé à celui pointu de son épouse, et il fait souvent des grands gestes, ou des moues exagérées. L’auteur s’en sert comme dispositif comique : au fond de lui opposé à l’idée de s’installer à la campagne, cherchant comment dénigrer cette expérience, essayant mollement de ruser pour retrouver Paris, régulièrement victime d’une conséquence plus ou moins grave de la vie à la campagne.



D’un côté, l’auteur raconte des morceaux choisis de cette année sabbatique, chaque page racontant un gag se suffisant à lui-même. De temps à autre, Tronchet file une note humoristique, le principe de parler aux arbres ou à un objet par exemple, la tentation du recours à Amazon pour se faire livrer des objets de grande consommation contre les principes de sa femme, qui, elle, ne semble pas reconnaître la banane, c’est-à-dire le logo de cette enseigne de vente en ligne. D’un autre côté, le lecteur peut aussi envisager l’album comme un tout : différents moments vécus lors de cette année sabbatique, ce couple faisant l’expérience de différents points de passage attendus. Madame et Monsieur vont commencer par apprécier l’isolement de leur maison, l’effet de sevrage de la société de consommation, les risques liés aux travaux manuels (enfin un bobo minime avant même de commencer), un changement d’approche dans le rapport aux choses (il faut parler aux arbres), un voisin à la communication un peu particulière (il faut parler à sa tronçonneuse), le silence aussi assourdissant qu’aliénant, l’importance des vers de terre, la visite d’amis de la ville, le plaisir tout relatif du feu de cheminée, les toilettes sèches et l’avantage de tout récupérer, etc.


Comme l’indique l’énumération ci-dessus, les scènes se suivent et ne se ressemblent pas. Elles donnent l’occasion au dessinateur de diversifier les visuels : les arbres, la maison vue de l’extérieur, quelques pièces à l’intérieur, une chambre d’hôpital, l’abattage d’un arbre à la hache, une clairière, le jardin potager, le garage et l’automobile, les toilettes sèches, etc. Le lecteur contemple également de nombreux accessoires : une pelle et un râteau, un ordinateur, un crapaud, une tronçonneuse, un caddie de supermarché, une ruche, une brouette, un taille-haie, des valises. En termes de mise en scène, le bédéiste a choisi un format reposant sur les dialogues entre Madame et Monsieur, ou l’un de deux avec un interlocuteur invisible au téléphone, avec des invités, avec leurs enfants, et même avec deux inspecteurs du service de l’hygiène. D’un côté, il lui arrive régulièrement de faire l’économie de l’arrière-plan, ou de reproduire le même décor en fond de case ; de l’autre côté, les personnages sont toujours en train de vaquer à une occupation, souvent différente. Cela nourrit la richesse de la narration visuelle qui présente toujours un intérêt, renforcée par les mouvements des personnages, leurs postures et leurs mimiques.



Le lecteur constate rapidement que la charge humoristique reste dans un registre gentil : Madame s’avère déterminée, se livrant, l’une après l’autre, aux activités de base pour essayer d’aller vers l’autonomie : le jardinage sous différentes formes le sevrage au consumérisme, l’abandon d’habitudes citadines. Monsieur se livre, à contrecœur et de mauvaise grâce, ou au moins en râlant, à des activités de plein air comme couper du bois ou jardiner lui aussi. S’il espère glaner des conseils pour aller vers l’autosuffisance en mettant en œuvre la permaculture, le lecteur s’est trompé d’ouvrage. Ça ne va pas plus loin que l’importance des vers de terre, l’évocation de panneaux solaires, la culture de ses légumes et la mise en place de toilettes sèches. Les effets comiques naissent des pitreries de Monsieur et de sa réticence latente exprimée plus ou moins ouvertement, de son décalage de ressenti d’avec celui de son épouse, de son absence totale de motivation. L’auteur file un ou deux effets comiques : le voisin un peu particulier qui recommande de parler aux arbres, puis à la tronçonneuse, ou encore Madame qui n’identifie le sigle en forme de banane d’un géant de la vente en ligne.


Dans le même temps, ces scénettes ne constituent pas une suite de gags tièdes et inoffensifs. En passant, sans avoir l’air d’y toucher, sans approche moralisatrice, l’auteur évoque l’omni-disponibilité des biens de consommation livrés dans des délais d’une brièveté redoutable, le partage des richesses, le risque d’isolement à la campagne, le puits sans fond de connaissances d’internet, la nécessité de disposer d’une voiture, la violence de l’abattage des animaux d’élevage et les ravages de l’élevage intensif, l’investissement à faire en efforts pour un résultat pas toujours à la hauteur en qualité mais aussi en quantité, les conséquences de la surconsommation, le partage de ce mode de vie pour donner envie à d’autres en devenant influenceur. Dans le même temps, le constat reste lucide : ce couple n’a aucune chance d’être auto-suffisant dans un proche avenir, ou même à moyen terme. En page dix, Monsieur fait même observer à madame qu’ils vont pouvoir tout produire… à condition d’avoir sur place une usine de transformation, des fours industriels et un hangar réfrigéré, un troupeau de mille têtes et une chaîne d’abattage. Comme Adam Smith (1723-1790) avant lui, il a pleinement conscience que nul être humain est en mesure d’être autosuffisant et de produire les biens manufacturés indispensables à la satisfaction de se besoins primaires.


Aaaah, se mettre au vert… Un beau projet écoresponsable, un choix de vie pour l’avenir de la planète, une aventure enrichissante et formatrice. Tronchet choisit un mode humoristique doux et gentil, sans railler ni les urbains et leur frénésie mortifère de consommation, ni les urbains incompétents et contre-productifs qui s’improvisent campagnards. Il réalise une cinquantaine de gags avec des dessins caricaturant un peu les êtres humains, expressifs et très juste, montrant cette maison accueillante et tranquille, une nature plutôt évoquée, et un couple avec Madame pleine de bonne volonté, et Monsieur rétif. Au fil des gags sympathiques, le lecteur ressent en filigrane la remise en question d’un mode de vie destructeur, et le désemparement d’êtres humains dépassés par l’ampleur de la situation.



mercredi 25 janvier 2023

Monsieur Jean T01 L'amour, la concierge.

Celui-là, je me demande vraiment ce qu’il fait de ses journées…


Ce tome est un recueil d’histoires courtes. Le personnage a donné lieu à sept albums et deux hors-série : celui-ci (1991), Les nuits les plus blanches (1992), Les Femmes et les enfants d'abord (1994), Vivons heureux sans en avoir l'air (1997), Comme s'il en pleuvait (2001), Inventaire avant travaux (2003), Un certain équilibre (2005), et deux hors-série Journal d'un album (1994), La Théorie des gens seuls (2000). Ils ont été réalisés à quatre mains par Philippe Dupuy et Charles Berberian, chacun étant scénariste et dessinateur. Ils avaient précédemment réalisé la série Le journal d’Henriette (3 albums de 1988 à 1991), avec une continuation sous le nom Henriette (4 albums de 1998 à 2003).


Ce tome regroupe onze histoires courtes. Monsieur Jean, 2 pages : il descend l’escalier de son petit immeuble parisien, en sifflotant. Au rez-de-chaussée, il salue Mme Poulbot la concierge, et madame Colin. Après son passage, celles-ci commencent à cancaner : Celui-là, la concierge se demande vraiment ce qu’il fait de ses journées… Jamais levé avant midi… Et sitôt debout, la musique à fond !!! De toute façon, elle ne l’a jamais vu partir travailler. À se demander de quoi il vit ! Et puis à n’importe quelle heure, c’est les copains qui débarquent. Et faut voir les copains ! Et puis, c’est pas pour dire, mais c’est pas les lames de rasoir qui doivent lui coûter cher ! Mais, c’est que ça plaît apparemment… Et pas toujours aux mêmes ! Madame Rose lui a même dit que parfois elle entendait des cris… Le soir, madame Poulbot regarde la télévision et elle voit monsieur Jean qui est interviewé et présenté comme romancier. Chantal, sept pages : monsieur Jean retrouve son ami Félix devant l’entrée du Palais de Tokyo pour une exposition sur Henri Matisse (1869-1954). Ils font le poireau pendant trois quarts d’heure et Félix conclut qu’elle ne viendra pas. Il laisse son ami visiter l’exposition tout seul. À l’intérieur, Jean croise Chantal, une ex. ils évoquent leur relation passée.



Une bonne surprise, cinq pages : monsieur Jean prend son téléphone et appelle un copain mais celui-ci lui répond que Dominique est malade, Jean-Claude n’a pas envie, Philippe et Charles ont trop de travail, du coup il propose de remettre ça à un autre jour. Jean va chercher son carnet d’adresse et il appelle un autre ami qui lui répond qu’il n’a pas de fête en vue, peut-être la semaine prochaine. Ma concierge bien aimée, une demi-page : madame Poulbot est en train de laver les marches de l’escalier et que monsieur Jean descend et glisse. Monsieur Jean fait ses courses, six pages : Jean ouvre son réfrigérateur et constate qu’il n’y a pas grand-chose. Il commence à mentalement établir une liste de courses. Il croise madame Colin dans l’escalier. Au supermarché, il commence à remplir son caddy et repère une très belle femme blonde en tailleur rouge, en train de réaliser un sondage, un client après l’autre.


Lors de sa parution initiale, cette série a marqué les esprits en présentant la vie d’un parisien, romancier, dans ce qu’elle a de plus banale et quotidienne, un bobo, bourgeois-bohème, à l’opposé d’un héros musclé bravant les dangers et sauvant les demoiselles en détresse. De fait, la première histoire se pose là : monsieur Jean descend l’escalier et s’en va : le lecteur fait sa connaissance au travers des commérages de la concierge et d’une autre habitante de son immeuble. Glamour à mort, surtout qu’il s’agit de ménagères de plus de cinquante ans, bien empâtées. Les dessins jouent sur la caricature des visages, les expressions exagérées, pour une forme d’humour saturé de dérision. Dans un visage ou deux, le lecteur peut retrouver l’influence d’Yves Chaland (1957-1990). La mise en couleurs est de type naturaliste, avec des couleurs un peu plus vives par endroit. Il y a juste un dessin un peu coquin quand les deux rombières un peu aigries s’imaginent ce qui se passe dans la chambre de monsieur Jean, avec lui représenté en démon avec une fourche, et trois splendides jeunes femmes nues à ses pieds dans des poses lascives.



De fait, au travers de ces onze histoires courtes, le lecteur rencontre à quatre reprises la concierge qui lance des regards peu amènes à Monsieur Jean quand il emprunte l’escalier. Dans la deuxième, il rencontre une ancienne compagne et ils évoquent leur relation avec à l’esprit ce qui aurait pu être, dans une conversation douce, légèrement nostalgique. Dans la suivante, monsieur Jean essaye d’organiser une soirée entre amis pour finir par aller manger avec ses parents. Dans la cinquième, il va faire ses courses, s’imagine en train de draguer la jolie femme effectuant un sondage, pour finir par se rendre compte qu’il ne peut plus rentrer chez lui car il a oublié ses clefs sur la petite table à côté de la porte d’entrée. Par la suite, il doit garder le chat d’un copain avec la crainte qu’il ne saccage son appartement ou qu’il ne s’enfuit, aider un pote tire-au-flanc à bosser sur un slogan publicitaire. L’histoire la plus riche en suspense l’emmène dans la villa d’un producteur de ville dans le sud de la France pour améliorer un scénario de film, et il se retrouve face à deux gros bras souhaitant faire la peau du producteur magouilleur. On se rassure : pas de violence, pas de bagarre, pas de coup porté.


Le plaisir de lecture se trouve donc ailleurs : accompagner Monsieur Jean dans ses petits instants, dans sa vie ordinaire. Ordinaire à ceci près qu’il exerce un métier créatif lui donnant une liberté peu commune et qu’il ne semble pas avoir à se soucier de problématiques financières ou économiques. Les auteurs semblent prendre un malin plaisir à mettre en scène le personnage en faisant exprès de ne pas respecter l’horizon d’attente implicite. Il n’y a pas de flux de pensée du personnage qui permettrait de comprendre son processus mental ou d’avoir accès à ses opinions sans filtre, à ses valeurs implicites. Plus encore, Monsieur Jean apparaît comme un individu réservé, peu expansif, très posé, sans attachement affectif ou émotionnel. Il ne pontifie pas, il n’impose pas son point de vue, il se montre d’une politesse tranquille et peu engageante. Il ne cherche pas particulièrement à séduire, même si certaines femmes le trouvent séduisant. Il s’habille en pantalon avec un polo, un teeshirt, une fois avec une chemise et une cravate, de manière pragmatique sans recherche particulière. Il lui arrive régulièrement d’être mal rasé. Seul véritable signe particulier : il fume des cigarettes, avec une certaine nonchalance.



La première histoire montre une cage d’escalier peut-être un peu large pour un immeuble parisien. La seconde place le lecteur au pied de l’entrée du Palais de Tokyo, immédiatement identifiable. Puis elle l’emmène déambuler dans les salles de l’exposition. Dans le même temps les souvenirs évoqués entre Chantal et Jean les montrent sur les quais de la scène, dans une représentation simplifiée, tout en permettant de reconnaitre l’endroit. Dans la dernière page, les deux jeunes gens se trouvent sur un pont routier au-dessus d’un faisceau de voies ferroviaires facilement identifiable. L’histoire suivante montre Monsieur Jean dans son appartement parisien, décoré au goût de l’époque. La supérette où Monsieur Jean fait ses courses n’a rien de typiquement parisienne, en revanche l’appartement dans lequel il finit avec ses fenêtres et son toit en zinc ressort comme emblématique de l’urbanisme parisien. Le séjour dans une belle villa aux alentours d’Avignon baigne dans une belle lumière ensoleillée, sans oublier la piscine. La dernière séquence de Ma concierge bien-aimée comprend une promenade dans le jardin du Luxembourg, avec le dôme du Panthéon en arrière-plan.


Monsieur Jean passe d’un environnement parisien à un autre, sans pénétrer dans les quartiers luxueux, mais sans non plus se trouver confronté à des personnes sans abri, à la pauvreté dans ce qu’elle a de plus dramatique. Sa condition de vie correspond bien à une image de bobo : aisance financière, parisien et parisianiste. Monsieur Jean ne semble pas avoir d’autre responsabilité dans la vie que de s’occuper de lui-même. Il entretient des amitiés qui semblent un peu distantes, à l’exception de celle qui la lie à Félix, et des amours avec une implication toute relative. Il apparaît comme un individu cultivé, pas forcément très doué de ses mains, mais assez intelligent pour manipuler deux gros durs. Par petites touches, il parvient à gagner la sympathie du lecteur : ses cauchemars mettant en scène sa concierge comme persécutrice, sa prévenance avec son ex-compagne, l’aide réelle qu’il apporte à son ami dans le besoin. Les auteurs mettent en œuvre une forme d’humour froid et quelque peu distant qui fait mouche, générant un sourire chez le lecteur, quant aux infortunes de ce jeune homme blanc, économiquement indépendant, encore un peu gêné de d’assumer un repas chez papa et maman, de temps en temps.


Cette bande dessinée incarne le reflet d’une époque, le reflet d’une frange de la société parisienne. Le tandem de dessinateurs a commencé à acquérir une personnalité graphique personnelle, mais elle va évoluer et s’affiner au cours des albums pour devenir très élégante. Le quotidien de Monsieur Jean est fait de petits riens, pour autant ils ne sont interchangeables avec aucun autre, et ils présentent une saveur à nulle autre pareille.