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mercredi 31 août 2022

Renaissance - Tome 3 - Permafrost

Nous ne sommes plus seuls et il va falloir apprendre à partager.


Ce tome fait suite à Renaissance - Tome 2 - Interzone (2019) qu’il faut avoir lu avant. Il est le troisième d’une trilogie qui constitue le premier cycle de la série. La première édition date de 2020. Le scénario a été écrit par Fred Duval, les dessins et la mise en couleurs par Emem, et le design par Fred Blanchard. Il s’agit d’un tome en couleur comprenant cinquante-quatre planches.


La nuit, des vaisseaux extraterrestres arrivent au-dessus du mur érigé à la frontière des États-Unis et du Mexique, et commencent à le démanteler, pan par pan. Les Américains regardent le spectacle, soulagés par le fait qu’ils vont pouvoir entrer au Mexique et y demander la qualité de réfugiés. Pendant ce temps-là, le journaliste de Radio Paris continue d’annoncer et de commenter les nouvelles. Trois jours que l’expédition Renaissance a débarqué, et ils ne chôment pas : les vaccinations contre la fièvre ont commencé, alors qu’il n’y a toujours aucune nouvelle des grands de ce monde, ou de ce qu’il en reste. Pas un appel à collaborer ni à résister. Des centaines de Texans sont traqués depuis des mois par des machines commandées par des algorithmes hostiles. La chute du mur de Donald, abattu par les vaisseaux. Les Mexicains ne sont pas rancuniers. Les extraterrestres aident les Américains à traverser le Rio Grande à un endroit de faible profondeur, pendant que leurs vaisseaux se battent contre les machines de guerre commandées par les algorithmes.


Dans une zone désertique du Texas, Swänn pilote à fond la caisse un véhicule sur coussin d’air, avec Liz Hamilton à ses côtés. Ils sont poursuivis par un autre véhicule flottant avec à son bord un groupe de Skuälls qu’ils ont surpris en plein activité illicite de contrebande, leur présence étant même prohibée par le Complexe. En son for intérieur, Swänn se dit qu’il est un forestier du clan de Känalä, qu’il vient de la planète Näkän. Ses trois premiers jours sur Terre ont été très compliqués : il a retrouvé Liz Hamilton qui était partie sans autorisation à la recherche de sa famille, portée disparue au milieu du Texas. Il n’a pas encore pu lui dire la vérité. Il y a eu un terrible accident lors d’un saut temporel. Le rapport d’interzone est sans appel : son mari et ses filles sont décédés. Il faut qu’il lui dise. Mais pour l’instant, il faut s’occuper des Skuälls à leurs trousses, car ces derniers n’hésiteront pas à les tuer. Swänn engage l’autopilote, ordonne à Liz de rester dans le véhicule. Il se lève, se retourne et saute sur le véhicule de leurs poursuivants. L’un d’eux sort de l’habitacle et un combat à main nue commence. Swänn réussit à blesser son adversaire, mais celui-ci le déconcentre et l’envoie valdinguer à terre. Puis le véhicule skuäll effectue un saut. Swänn se relève et effectue des prélèvements du sang skuäll pour stockage et analyse à verser au dossier. Puis il revient vers Liz et l’informe qu’il faut qu’il lui parle.



Le scénariste reprend le même dispositif que pour les deux premiers tomes : l’éditorialiste de Radio Paris qui commente l’actualité, ce qui permet au lecteur de se rafraîchir l’esprit sur la situation. Il se dit que les auteurs ne perdent pas de temps puisque que ce n’est que le troisième jour de la présence des extraterrestres. Il sourit quant à l’événement du moment : la destruction du mur qui fut maintes fois promis par le quarante-cinquième président des États-Unis, à la fois pendant sa campagne électorale, à la fois pendant son mandat. Il y a là une inversion savoureuse et moqueuse de la situation : les citoyens américains se retrouvent coincé par ce mur, dans leur pays devenu invivable. À nouveau le design de Fred Blanchard et les des dessins et les couleurs de Emem font des merveilles : la scène nocturne, le recul de la prise de vue qui donne à voir l’ampleur de l’intervention, les individus sans défense ne sachant où se réfugier dans ce no man’s land, le dessin en pleine page qui montre une vue générale avec un horizon lointain, les combats désincarnés en arrière-plan entre des machines.


Cette raillerie contre le mur tant évoqué par Donald Trump rejoint les discrètes remarques sur des sujets d’actualité déjà présentes dans les tomes précédents. S’il y est sensible, le lecteur en relève d’autres sur les vaccins, les réfugiés, la prolifération des armes nucléaires, le racisme, les budgets serrés, livrer des criminels à la justice du pays concerné, le réchauffement climatique, le braconnage, l’histoire des Indiens, des conquistadors et la variole. Elles n’agissent pas comme un prétexte plaqué artificiellement, mais participent à la situation, envisagées avec le recul généré par un récit d’anticipation. L’auteur ne prêche pas : ce sont des éléments de l’intrigue qui reflètent l’époque contemporaine, comme cette fièvre (pourtant imaginée avant) évoquant la situation générée par la pandémie de COVID-19, les réfugiés qui doivent être accueillis, ou encore le réchauffement climatique et la consommation irraisonnée des ressources de la planète Terre par l’humanité. Ils agissent comme des échos du temps présent, allant d’un usage très littéral comme la pandémie, à une mise en abîme moins immédiate comme la problématique de livrer des criminels après arrestation, à la justice dont ils sont des ressortissants. En toile de fond, la trame du récit agit également comme une mise en abîme : que faudrait-il pour que l’humanité accepte l’action de sauveurs ? Ou plutôt le récit semble dire qu’il faudrait que la situation ne soit plus préoccupante, mais catastrophique, pour que l’humanité se retrouve au pied du mur et doive changer ou périr.



La deuxième séquence change de nature : une course-poursuite et un affrontement physique en trois pages. À nouveau le lecteur est complètement pris par la narration visuelle : l’environnement désertique, la texture des roches, la faible luminosité de la nuit, la forme des véhicules en cohérence avec ceux vus dans les tomes précédents, le découpage de la séquence pour rendre compte de la vitesse, de la prouesse physique de Swänn, du corps à corps. À la fin de ce tome, c’est au tour de ce dernier de traquer les fuyards, cette fois-ci dans un bayou. Là aussi, l’artiste apporte un soin visible à rendre compte de la végétation, à concevoir un plan de prise de vue qui mette en valeur l’action et les stratégies de camouflage dans les arbres et les buissons, avec des essences d’arbre identifiables. Le lecteur s’en retrouve presque surpris, car il ne s’agit pas d’une histoire fonctionnant sur des scènes d’action spectaculaires. D’un autre côté, cet extraterrestre fait partie d’une force d’intervention militaire, et il est entraîné pour ce genre de situation. Le lecteur se souvient qu’il l’a vu pratiquer la chasse dans une zone sauvage sur sa propre planète.


À la page 18, le lecteur se retrouve sur la planète Näkän, dans l’aire urbaine de Känalä, à assister à un entretien diplomatique délicat entre Lisä, une Nakän, et Gäry un Skuäll. L’artiste réalise des décors tout aussi soignés, que ce soit pour la faune, la flore ou l’architecture des bâtiments. Même l’ambiance lumineuse apparaît spécifique à cet endroit. À plusieurs reprises, le lecteur se rend compte qu’il ralentit sa lecture pour profiter du spectacle : la discussion très étrange entre Hélène et une intelligence artificielle à l’allure très particulière, la récupération d’une ogive nucléaire dans un bâtiment militaire coulé, à Corpus Christi dans le golfe du Mexique, les déplacements de Liz Hamilton, Sätie et Pablö à l’intérieur d’une Porteuse dont l’aménagement évoque l’architecture des grands bâtiments extraterrestres, lors de l’exploration d’une zone arctique autrefois recouverte par le permafrost, ou encore les rues de Paris recouvertes de boue alors que la décrue a commencé à s’amorcer.



En entament ce troisième tome, le lecteur a conscience qu’il s’agit de la fin du premier cycle, et qu’un deuxième suivra. Il voit que ce qu’il avait commencé à percevoir dans le tome précédent, c’est-à-dire les trois fils d’intrigue (celui au Texas, celui à Paris, et celui sur Näkän), ont pour objet un même événement, présenté sous trois facettes différentes. Comme dans les deux autres tomes, le lecteur se retrouve un peu décontenancé par le mode narratif qui ne joue pas sur la surprise de la révélation, pourtant énorme. En cela, le scénariste reste dans un registre réaliste, sans sensationnalisme. Le lecteur note qu’il avait bien préparé le terrain, et que cet événement se rattache à la mention précédente qui avait été faite sur la guerre des trente planètes. L’auteur manie avec toujours la même habileté et la même élégance les deux genres que sont la science-fiction et l’anticipation. Arrivé à la fin, il ne s’est écoulé qu’une semaine sur Terre dans le temps du récit, et pourtant le changement est advenu et il s’avère irréversible. Les auteurs ont su créer une réalité très tangible, raconter une intrigue politique de grande ampleur, avec une narration vivante à partir du point de vue de Liz et d’Hélène, mais aussi de Swänn et de Lisä. Le lecteur se rend compte de l’originalité et de la solidité du récit, avec une composition originale, déroutante au début, révélant progressivement sa richesse.


Ce premier cycle constitue un récit entremêlant science-fiction et anticipation, pour un retournement de situation : les humains ont besoin d’aide, et ils en bénéficient sous la forme d’une expédition appelée Renaissance, fondamentalement bien intentionnée. L’association de Fred Blanchard au design et de Emem au dessin aboutit à une narration visuelle très solide, avec des éléments SF originaux, et un mode descriptif consistant et fourni qui permet de se projeter et de s’immerger dans ce futur proche. Le scénario prend le temps pour révéler le mystère central, sans tomber dans les poncifs, avec des points de vue variés, des enquêtes, des drames humains, une touche de politique, une touche d’éthique et de dilemme moral, des problématiques résonnant avec des éléments d’actualité sans les singer ou les caricaturer. Un très bon récit de science-fiction.



jeudi 11 août 2022

Renaissance - Tome 2 - Interzone

Les humains, un mauvais dosage d’orgueil et de vanité.


Ce tome fait suite à Renaissance - Tome 1 - Les Déracinés (2018) qu’il faut avoir lu avant. Il est le second d’une trilogie qui constitue le premier cycle de la série. La première édition date de 2019. Le scénario a été écrit par Fred Duval, les dessins et la mise en couleurs par Emem, et le design par Fred Blanchard. Il s’agit d’un tome en couleur comprenant cinquante-quatre planches.


Une partie des membres de l’expédition Renaissance s’active sur la surface de Lune : ils ont installé des complexes miniers et des usines de fabrication qui ceignent tout un parallèle, qui produisent des vaisseaux de type Porteuse, et d’autres engins. Alors que l’humanité s’interroge sur leur objectif réel de sauver l’humanité, ou peut-être de sauver la planète, l’expédition a pris le contrôle pacifique de certaines zones comme Paris, et a dû livrer bataille dans d’autres. D’immenses vaisseaux comme celui de Paris sont arrivés au-dessus de nombreuses métropoles et dans toutes les zones de conflit. Les incendies des puits de pétrole américains et au Moyen-Orient sont en passe d’être éteints. Les centrales atomiques sont maîtrisées. La Terre est occupée, les humains sont en train de l’accepter, mais il risque de ne pas en être de même pour les algorithmes. Le vaisseau s’étant posé sur l’eau qui inonde la région, Hélène se trouve sur une petite embarcation flottante motorisée avec Sätie et Pablö, dans les Hauts-Vexin, la majeure partie du village étant submergée. Elle a passé une partie de son enfance dans cette région, et elle y est revenue il y a un an avec son mari quand leur maison de Saint Ouen s’est effondrée. Mais quand ses parents sont morts, ils sont repartis pour Paris.



La petite embarcation arrive à un ponton, et les deux extraterrestres font remarquer qu’ils sont observés. Hélène débarque la première, voit un humain avec une arme à feu, et lève les mains en saluant le maire Damien. Celui-ci la reconnaît. Au Texas, aux abords d’un champ de panneaux solaires, Swänn fait le point : il est sur Terre depuis deux jours, pour une mission de sauvetage engagée par le Complexe. Il a été affecté à la protection des gisements pétroliers de la région. Deux jours et déjà trop d’imprévus. En particulier, Liz Hamilton, ingénieure responsable des forages, est partie du site sans autorisation, à la recherche de sa famille. Une dépanneuse vient de ramener son véhicule de service, vide. Dans les Hauts-Vexin, Hélène explique la situation à monsieur Damien et présente ses deux compagnons. Ceux-ci indiquent qu’ils sont en mesure de soigner les malades : il faut qu’ils les examinent. Une fois à l’intérieur, ils interrogent le maire sur le premier malade, le fils des Martin, s’il avait voyagé : il avait passé une semaine à la cité Soleil. Dans un patelin, Swänn se tient au milieu de la rue principale et demande à voir Liz Hamilton, la propriétaire du véhicule qu’ils ont dépanné. Les habitants convergent vers lui en l’encerclant, tous armés. Ils le mettent en joue.


Après le premier tome, le lecteur a en tête les deux principaux fils de l’intrigue : Hélène partie en Normandie avec Sätie & Pablö pour enquêter sur l’origine de la fièvre qui ravage l’humanité, et Liz Hamilton, ingénieure, au Texas, dont le mari et les trois enfants ont disparu, sous la responsabilité de Swänn. Il garde également à l’esprit que pour sauver l’humanité, cette expédition Renaissance génère des dissensions au sein de l’assemblée du Complexe. Sans oublier ces sous-entendus sur des algorithmes. Il apprécie que ce tome s’ouvre comme le premier avec la voix d’un journaliste indépendant qui commente la situation mondiale, ce qui permet de se remettre en tête ces fils narratifs tout en contemplant les opérations sur la Lune. Swänn effectue également un récapitulatif de la situation pour lui-même, sous forme de rapport, le tout faisant ressortir la richesse du récit. Dès la première page, il retrouve les dessins descriptifs et détaillés qui donnent de la consistance à la surface de Lune, aux extraterrestres en train d’y travailler, aux structures gigantesques des vaisseaux, et au module lunaire Apollo qui est en train d’être protégé. Dans la page suivante, la Lune apparaît en entier, vue de l’espace, et le lecteur prend conscience de l’ampleur des opérations qui y sont menées. Comme dans le premier tome, les éléments de science-fiction bénéficient d’une conception originale par Fred Blanchard : les combinaisons des extraterrestres, leurs différents vaisseaux, les drones manipulés par l’algo, les paysages de la planète Näkän, sa faune, sa flore, ses couleurs, l’architecture de ses constructions, les transformations géométriques des origames, l’étonnante aménagement de la salle du conseil du Complexe, l’effet visuel du saut quantique.



De la même manière, l’artiste représente clairement les éléments relevant de l’anticipation : les modèles de voiture, la forme des armes à feu, les paysages de la campagne française abîmés par les inondations, l’architecture de la Cité du Soleil, et par comparaison les éléments de la vie quotidienne qui sont restés très similaires comme le mobilier. Même s’il reste dubitatif sur la cohérence globale de ces inventions technologiques, les images montrent au lecteur des environnements et des accessoires qui ne se limitent pas à une collection de poncifs et de toiles tendues en arrière-plan, ou de constructions en carton-pâte ou d’accessoires en plastique. La direction d’acteur se situe dans un registre naturaliste, sans l’exagération propre aux récits misant tout sur le spectaculaire. La mise en scène et les plans de prise de vue montrent des personnages qui se déplacent et agissent en fonction de leur environnement, de sa géométrie, de son volume, et pas comme s’ils se trouvaient sur une scène vide. Dans cette narration, tout apparaît comme dans une forme de reportage informatif. De temps en temps, le lecteur ressent qu’il s’attarde plus sur une case ou une planche, parce qu’il mesure l’originalité de ce qui lui est montré : la protection du module lunaire par un dôme, Swänn avançant dans la rue alors que les habitants pleurent à terre, l’attaque des drones, le repas du dragon de récif, l’éléphant qui se redresse péniblement, etc. Il n’y a pas que les scènes conçues comme une action spectaculaire qui retiennent l’attention.


Le scénariste a choisi un déroulé jour par jour, ce que comprend le lecteur en regardant Swänn indiquer dans son journal de bord qu’il est sur Terre depuis deux jours. Il n’y pas de retour en arrière, mais des informations sur le passé qui sont données au cours de conversations, de manière organique. Il est possible de parler de bons et de méchants, mais pas dans une dichotomie qui serait le moteur de l’intrigue. Au sein du conseil du Complexe, se trouvent des opposants à l’intervention, ou plutôt des nations qui souhaitent en tirer profit, par exemple en exploitant les ressources restantes de la Terre. Aux États-Unis, se trouvent des poches d’indépendantistes qui forment des communautés agressives. Plane également le mystère de l’algo. La dynamique du récit est entretenue par la situation de la Terre : l’humanité va être sauvée par des extraterrestres intervenant d’autorité. Il y a bien quelques effusions de sang, mais à l’échelle de la planète, ils font preuve d’une réelle efficacité, grâce à des compétences et de l’expérience. En fonction de la séquence, le récit oscille entre une enquête sur la pandémie qui n’est finalement pas qu’un simple prétexte en toile de fond, un drame pour Liz Hamilton entre son devoir de participer à la lutte contre l’incendie hors de contrôle des raffineries et le désir de retrouver son époux et ses enfants, et un drame politique au sein du conseil du Complexe qui n’est pas non plus un simple prétexte.



Il faut un peu de temps au lecteur pour se mettre en phase avec cette structure du récit en trois fils narratifs. Il ne sait toujours pas sur quel pied danser quand il lit une remarque qui renvoie à l’actualité contemporaine. Bien évidemment : l’état écologique catastrophant de la Terre du fait de son exploitation déraisonnée par l’humanité. Mais aussi de mystérieux algorithmes ayant échappé à tout contrôle qui le renvoient à ses propres expériences quotidiennes quand il doit composer avec des systèmes d’information automatisés. Il sourit quand les habitants du patelin font une boutade en comparant Swänn à Buzz l’éclair. Ou quand après les avoir neutralisés, ce dernier leur déclare que Renaissance leur garantit la confidentialité des informations prélevées et les informe qu’ils auront accès à leur dossier sur simple demande. Il acquiesce aux sentences sur l’inconséquence de la race humaine et sur le fait qu’elle ne s’est jamais éloignée de la sauvagerie. Il hésite entre une lapalissade et une vérité universelle devant d’autres remarques comme Swänn indiquant à Liz que sa parole n’a plus de valeur ; Elle lui a déjà donnée et elle lui a menti. Une véritable émotion le gagne lors de la scène avec l’éléphant embourbé, et le constat d’Hélène que malgré tout ce que les êtres humains lui ont fait subir, l’animal ne leur en veut même pas.


Le lecteur arrête son opinion sur l’honnêteté des remarques morales en assistant au discours de la diplomate Lisä devant de le conseil du Complexe. Elle en appelle au sens moral des autres élus évoquant le fait que certains d’entre eux connaissent bien l’histoire de l’espèce humaine, observée depuis si longtemps. Sa fureur, mais aussi sa poésie. Ils n’ont pas pris la décision d’aller vers eux pour piller le peu qui leur reste. L’espèce humaine est en voie d’extinction, comme la plupart des organismes vivants de la Terre. Ils doivent leur transmettre de nouveaux modèles de développement, s’ils veulent un jour retrouver leur autonomie et leur prospérité. Leur présenter l’addition au bout d’une semaine, ce serait une curieuse entrée en matière, n’est-ce pas ? Ne seraient-ils pas à des années-lumière des bonnes manières qui ont fait la réputation de la civilisation Torghon ? 


En reprenant le cours de l’histoire grâce aux rappels faits avec élégance, le lecteur se souvient que le récit se développe selon trois fils différents et que, sans en avoir l’air, l’intrigue comprend de nombreux éléments. Il retrouve avec plaisir la narration visuelle descriptive, sans être aseptisée, inventive sans être dans l’épate. Il replonge dans cette situation à la fois miraculeuse (une fédération de planètes vient pour sauver la Terre et les humains), à la fois humiliante (comme d’être mis sous tutelle), racontée de manière adulte, sans angélisme, sans cynisme artificiel, sans paranoïa tape-à-l’œil. Il voit se préciser la nature des fils narratifs et il lui tarde de découvrir la fin.