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jeudi 6 août 2026

Léonard T57 Génialement vôtre

Il dit comme ça qu’en chaque génie, il y a un imbécile qui sommeille !


Ce tome fait suite à Léonard - Tome 56 - Éclair de génie (2025), qu’il n’est pas indispensable d’avoir lu avant, mais ce serait idiot de s’en priver. Sa première édition date de 2026. Les gags ont été écrits par Zidrou (Benoit Drousie), dessinés et encrés par Turk (Philippe Liégeois) et mis en couleurs par Kaël. Il contient vingt gags d'une à six pages, pour un total de quarante-quatre planches de bande dessinée. Il s’ouvre avec une présentation des principaux personnages : Léonard le génie, Basile le disciple, Raoul Chatigré, Bernadette, Yorick, Mathurine, en commençant par la petite dernière Mozzarella.


L’essayer c’est l’adopter, six pages : la petite famille est réunie dans la cuisine pour le petit-déjeuner. Un robot ayant revêtu une toque et tablier blanc finit de préparer des pancakes devant les fourneaux puis il les amène à table où la gouvernante Mathurine remercie Léonard de lui avoir offert Crêpeshow 2.0 pour la Sainte-Bonniche, dame patronnesse des femmes de ménage. Il lui répond de remercier plutôt sa petite Mozzarella, cette petite féministe en herbe l’a tanné des semaines durant pour qu’il mette au point ce robot à l’attention de la gouvernante. La petite fille ajoute en partant : Les robots aux fourneaux, les femmes au bistrot ! Léonard la salue en la regardant partir, puis il se précipite pour monter les marches quatre à quatre, taper à pied joint dans la porte de la chambre et hurler : Debout disciple !!!! Ce dernier lui montre du doigt le panneau qu’il a accroché au-dessus de son lit : En grève ! Puis il s’explique : Le SDSSJ, le syndicat des disciples servant la science dans la joie (dont il est le seul et unique membre), a décidé d’entamer une grève sauvage à durée Il-li-mi-té ! Léonard sort son tromblon de sa barbe et explose le panneau, ce qui occasionne de sérieux dommages corporels au disciple. Puis il lui annonce l’objectif du jour : Mozzarella est à l’école et comme c’est le jour de son anniversaire, ils vont en profiter pour lui préparer une surprise !



Grand corps cramable, une page : Basile est dans un lit d’hôpital, littéralement entouré de bandelettes, et en train d’être ausculté par un médecin. Léonard entre dans la chambre d’hôpital, portant un paquet recouvert d’un tissu. Il enjoint Disciple de se réjouir, son petit accident de travail d’hier ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir dont ils riront tous deux d’ici quelques années. Souffrant, Basile répond qu’avec le corps brûlé au troisième degré, il n’est pas sûr de pouvoir se réjouir avant un bon bout de temps. Léonard admet que sa friteuse XXL pour foires et restaurants de collectivité présentait encore quelques menus désagréments… Aussi a-t-il inventé la friteuse sans huile ! C’est le taux de cholestérol de disciple qui va lui dire merci ! Il demande au docteur d’aller chercher quelques pommes de terre et il en révèlera le grand secret ! Cette friteuse, en réalité, fonctionne à l’air chaud ! L’intérieur est composé d’une cuve spéciale qui permet à l’air chaud de tourbillonner à la vitesse de 700km/h afin de créer une cuisson homogène. Elle donne des frites croustillantes, légères, avec un goût inaltéré ! Démonstration !


C’est toujours un plaisir que de retrouver ces personnages, au caractère si expressif. Bien sûr, Léonard se tape la part du lion : son allure immédiatement identifiable, avec sa robe violette, sa longue barbe blanche, ses sourcils assortis, et ses expressions de visage qui indiquent bien que ce pauvre disciple va encore trinquer. Dès la première page, un regard caméra avec les sourcils en V et un regard mauvais. Tout naturellement, le lecteur guette ces changements d’état d’esprit : les sourcils levés et la posture arquée pour l’étonnement qui dépasse l’entendement, le sourire du plaisir de trouver une idée (de génie), le chapeau qui se soulève au-dessus de la tête du fait de l’excitation, et très régulièrement le regard énervé dirigé contre son disciple. Le registre émotionnel de celui-ci offre une palette plus large. Bien sûr lui aussi est sujet à la colère, en partie contre les injustices auxquelles il est soumis, la peur parfois, mais aussi une joie d’enfant avec un visage irrésistible, le regard vide qu’il sait si bien faire, ou encore ces vives réactions à la douleur dont les occasions ne manquent pas. Toute la galerie de personnages présente cette vie émotionnelle si parlante et engageante pour tous les lecteurs, aussi bien les jeunes que les adultes : Mozzarella et ses réactions directes, les frères Schippatore et leur fausse rouerie, le flegme de Raoul Chatigré (mais au fait où est Bernadette ?), la placidité de Mathurine, etc.



Outre son attachement aux personnages, le lecteur vient pour sa dose de rire, en sachant que ses sources seront protéiformes. Il s’amuse des mimiques très réussies des personnages, et de leur comportement avec les exagérations attendues. Comme à leur habitude, le duo de créateurs ne fait pas semblant de martyriser le disciple : un choix qu’ils assument, celui d’une violence parodique et irréelle à des fins comiques. Cela commence avec les morceaux du panonceau indiquant En grève, qui sont fichés dans la tête du disciple, ses bras, son torse, avec Léonard lui enjoignant de se recoudre lui-même. Par la suite, viennent les blessures habituelles en bricolant avec des instruments contondants et tranchants, ou même en allant chercher des matériaux hétéroclites. Dès la troisième planche il est écrasé par une enclume XXL, inventé par le génie spécialement pour lui. Sur la même planche, sa tête a été carbonisée et transformée en passoire suite à une décharge de tromblon tirée à bout portant. Et il est aplati comme une crêpe par un rouleau compresseur qui lui passe sur le corps. Cette violence est rendue comique par sa démesure, par l’absence de toute séquelle chez le disciple, tant physique que psychologique, et par ce qu’elle dit sur l’emportement colérique de Léonard. En fait, les actes de violence qui peinent le plus le lecteur sont le coup de tromblon déchiquetant l’oreiller du disciple, et le sommeil de ce dernier réduit à néant par la succession de réveil imposés par les prières des vigiles, des laudes, de la prime, de la tierce, de la sexte, des vêpres et de la none. Ses poches violacées sous les yeux constituent un triste spectacle.


Comme dans tous les tomes, le scénariste s’en donne à cœur joie avec des inventions allant de l’éphéméride avec sa blague quotidienne au réchauffement climatique, en passant par la friteuse Air Fryer. Il sait varier les localisations : la maison de Léonard bien sûr, de la cuisine à la chambre de Basile en passant par l’atelier, le chemin pour revenir de l’école où va Mozzarella, d’autres rues de la ville alors que Anastasio & Atanasio Schippatore exercent le métier de ferrailleur à leur manière et récupèrent tout le métal qui traîne ou pas, le hangar et le toit de la demeure de Léonard, un cabinet de psychanalyste, un abbaye construite de la main de Basile en un temps record (moyennant quelques blessures), une plage pleine de déchets (sans même parler des touristes), un champ de bataille, et même le grenier de la demeure de Léonard. Comme d’habitude également, il y a ces détails visuels irrésistibles dans les cases, et même en dehors. Chaque récit se termine avec Raoul Chatigré faisant le pitre en dessous de la dernière case en bas à droite. D’ailleurs, le lecteur guette également chacune de ses apparitions dans un gag, et ses remarques taquines ou sarcastiques, écrites dans une taille de police un peu plus petite. Il regarde attentivement chaque case, car l’artiste apporte parfois un petit plus discret, ce dès la première page avec les portraits accroché sur le mur de l’escalier, où le lecteur identifie Tryphon Tournesol et Pacôme Hégésippe Adélard Stanislas, comte de Champignac.



Le scénariste s’amuse également à choisir des inventions improbables majoritairement anachroniques, et certainement pas imputables à Léonard de Vinci (1452-1519). Pour chaque gag, il concocte une véritable histoire, plutôt qu’une succession de vignettes cocasses. Selon l’intrigue, l’invention sert l’intrigue comme le rouleau compresseur ou les pétards. Ou bien il peut s’agir de la déclinaison d’une invention revenant chroniquement comme un robot spécialisé : le robot Crêpeshow 2.0, un robot pour éplucher les oignons, ou encore un robot nettoyeur de plage. Le scénariste choisit également des inventions dans l’air du temps dont le décalage temporel renvoie une forme de commentaire. Par exemple, Léonard est très content de lui d’avoir pensé à inventer un appareil de cuisson permettant de faire des frites sans huile (un Air Fryer), le résultat est catastrophique parce que trop performant, ce qui renvoie l’appareil à la condition de gadget à la mode. Il s’amuse avec le clonage le temps d’une page. Mozzarella lui fait la leçon sur l’usage systématique de la voiture (la Léomobile), y compris sur des trajets courts, lui faisant remarquer que : Le progrès, ce n’est pas toujours pour le mieux. Zidrou s’amuse aussi à tourner en dérision le génie de Léonard, que ce soit quand il ne se rappelle plus quelle invention il était en train de réaliser, ou qu’un appareil lui révèle qu’il a le plus bas QI de la maisonnée devant les autres, ou encore ce cimetière des inventions ratées.


Mais comment font-ils ? Chaque album de ce duo, Turk & Zidrou, est une vraie perle. La qualité des dessins se maintient à son haut niveau : l’expressivité des personnages, leur comique de gestes et de postures, le rythme impeccable de la mise en scène, la diversité des lieux, le souci du détail, les petits plus visuels apparaissant régulièrement, etc. Avec ce onzième album, les gags sont devenus tellement naturels, que le lecteur novice pourrait croire que le scénariste est le co-créateur de la série. Merveilleux.



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