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mardi 15 septembre 2026

L'appel de la montagne

Le trio est épuisé mais soulagé. Ils n’ont qu’un mot à la bouche : MERCI !


Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2023. Il a été réalisé par Mona Leu Leu pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il comprend trente-deux planches de bande dessinée.


Dans une maison de montagne, au creux de la vallée, dans le silence de la nuit, un petit groupe de trois jeunes gens sortent dehors pour entamer une randonnée, l’ascension de l’Aiguille. Au dehors tout est calme, sans bruit, sans vie, dans teintes bleutées de la lumière reflétée par la neige. Après de longs préparatifs et un suivi attentif de la météo, tout est prêt et le trio s’élance. Ils ont revêtu des vêtements chauds adaptés à la randonné, portent leur sac à dos, et ils ont chacun ajusté une lampe frontale sur leur tête, enserrant leur bonnet ou leur casquette. La météo a annoncé qu’aujourd’hui il fera grand beau ! Idéal pour atteindre cette fameuse Aiguille que ces montagnards ont tant de fois observée depuis leur hameau. Ils marchent tranquillement le long du chemin qui s’élève sur le flanc de la montagne en serpentant, en papotant de temps à autre, un sourire de contentement aux lèvres. Progressivement ils prennent petit à petit de l’altitude et le hameau finit par apparaître en contrebas, un peu plus petit. Sans qu’ils s’en aperçoivent, une chouette les survole plusieurs mètres de hauteur dans le ciel. Après quelques temps, les premières lueurs de l’aube apparaissent alors que la lune termine sa journée. Des fleurs deviennent apparentes de part et d’autre du chemin. Un papillon passe silencieusement d’un côté. La lumière naissante fait apparaître le sol du chemin que la neige ne recouvre pas. La forêt se réveille au rythme des papillons, des crocus et des centaurées.



Du haut de son nid, une chouette chevêchette s’apprête à se coucher. Elle observe ces trois amis qui s’enfoncent progressivement dans la forêt, leur pas feutrés se dessinent dans la neige aux lueurs bleutées. Les trois marcheurs traversent une forêt, sur un chemin qui continuent de monter, la pente se faisant maintenant sentir. Enveloppés par les odeurs de bouleaux et d’érables, ils avancent silencieusement afin de préserver la quiétude des lieux. Malgré leur discrétion, ils sont repérés par un nouveau compagnon, un renard, un brin peureux. Il se tient à une vingtaine de mètres, un peu plus haut sur le chemin et il les regarde. Puis, à la vue du trio, le renard prend la fuite et remonte à la travers la forêt, disparaissant entre les pins. Il court, il saute sur les talus enneigés et se faufile entre les arbres dont les parfums se mélangent à la fraîcheur du matin. Soudain une autre odeur attire son attention… Le renard a ralenti l’allure, puis il s’arrête et observe. Il vient de repérer sa proie qu’il guette avec passion. À quelques mètres de lui, se tient un lièvre. Une course effrénée à flanc de montagne débute entre le renard affamé et le lièvre apeuré cherchant son terrier. Mais en quelques bonds, ici et là, le lièvre s’échappe… et le renard perd de vue sa proie. Il est temps pour lui de rentrer avant de devenir lui-même gibier.


Une image de couverture singulière : de zones irrégulières de différentes nuances de bleu, comme appliquées à grand coups de pinceau, et plus étonnant des taches orangées et jaunes. Même si cette alliance de couleurs peut le déconcerter, le lecteur saisit immédiatement ce dont il s’agit grâce au titre (L’appel de la montagne), à la présence de trois petites silhouettes encordées (il peut même distinguer leurs piolets et leurs sacs à dos), et celle d’un rapace planant haut dans le ciel. Si la curiosité lui prend, il déplie la bande dessinée, et il découvre que l’illustration de couverture s’étale sur la première et la quatrième de couverture pour former un magnifique paysage de chaîne de montagnes, avec également des touches de jaune et d’orange sur la partie gauche, donnant une impression inégalable de grand espace, de jeux de lumière sur la neige, de surfaces rendues douces par la couche de neige, d’arrêtes rocheuses acérées et escarpées. Le bleu du ciel dépourvu de nuage accentue encore cette sensation d’espace sans fin et de grand air pur, un délice à contempler. De fait, le récit emmène le lecteur en balade, sportive au vu du dénivelé, avec trois jeunes randonneurs bien préparés, enchantés et motivés à l’idée de faire l’ascension de cette aiguille qui fait partie de leur paysage quotidien, dont les qualités sont vantées par les gens du coin, qui a toujours dominé leur horizon, et qu’ils vont découvrir grâce à leur effort physique, dans le respect de la nature.



L’enchantement de la narration visuelle opère sa magie à chaque planche, avec ses couleurs inattendues et ses formes simplifiées, parfois proches de l’icône. Quels que soient son âge et sa façon d’apprécier les images, le lecteur sent qu’il est sous leur charme. Dans les deux premières planches, les premiers rayons du jour commencent à poindre, modifiant progressivement la perception des couleurs, dans la luminosité rehaussée par leur réflexion sur la couche de neige. Tout commence avec des nuances de bleu, d’abord sombre, et puis quelques surfaces d’un bleu plus clair. Le lecteur ne prête pas immédiatement attention aux teintes violettes, n’y voyant qu’une façon de faire ressortir quelques pousses végétales. Dans les deux pages suivantes, le dessinateur introduit des violets plus soutenus pour certains troncs de bouleaux et d’érables, avec des formes vertes pour leur feuillage, ce qui a pour double effet d’évoquer le passage de la nuit au jour, et également de mettre en évidence la variété des arbres pour qui sait les regarder. S’il est vraiment attentif, le lecteur détecte également la présence de la chouette chevêchette évoquée dans le texte. Quelques pages plus loin, le dessinateur a conçu une illustration en double page, au fil de laquelle il a représenté le renard à cinq reprises dans autant d’endroits différents, essayant de rattraper un lièvre… en vain. La majeure partie de la scène se déroule sur fond blanc, avec quelques traces gris bleuté pour les marques de pattes, quelques zones bleu foncé violet pour les rochers affleurants, quelques troncs d’arbres en haut à gauche, et s’il est attentif, le lecteur se rend compte qu’il y a la silhouette des trois marcheurs en haut à droite. Le contraste est saisissant avec la vue du ciel en plongée sur les cimes des chaînes de montagne. Encore plus avec l’illustration en double page montrant le flanc de montagne après l’avalanche : plus une seule zone de blanc. Il y a également bien sûr les deux tons d’orange lorsque les marcheurs sont à l’intérieur de leur tente.


Le lecteur prend également rapidement conscience de l’habileté avec laquelle le dessinateur fait usage de formes simplifiées, de formes géométriques, jusqu’à des représentations proches de la simplification conceptuelle ou iconique en 2D. Sur la même page, il découvre un papillon avec un motif visuel sophistiqué sur ses ailes, et un tronc d’arbre comme aplati en deux dimensions, presqu’un rectangle avec comme des zébrures de blanc sur fond violet pour évoquer les irrégularités de l’écorce. Dans la double page suivante, c’est le feuillage d’un arbuste qui ressemble à un simple découpage aux formes arrondies, dans une feuille de papier violette. Alors que le renard court dans la forêt, les arbres forment comme un rideau de raies verticales alternant des teintes de bleu, de violet, de jaune. Et tout finit sur une double page représentant les flancs enneigés de la montagne, avec à nouveau ces touches de couleurs quasi conceptuelles. Ce mode de représentation génère à la fois des impressions sensorielles, essentiellement visuelles dans l’esprit du lecteur, et une sensation d’irréalité, pouvant être associée à celle d’un conte, mais aussi à cet effet de coupure en évoluant dans un environnement si différent du quotidien urbain ou du train-train civilisé.



Dans la mesure où le public cible de cette œuvre se situe chez les enfants, l’histoire suit une trame simple et linéaire, commençant par une balade en montagne, avec une avalanche survenant avec l’atteinte du sommet de l’Aiguille. Les trois marcheurs restent sans nom. Le récit est dépourvu de dialogue. Seules deux annonces sont prononcées par le biais d’un téléphone portable. L’histoire est racontée par la voix impersonnelle d’un narrateur omniscient. Ce mode narratif permet d’attirer l’attention du lecteur par le biais du choix des adjectifs qualificatifs et de ce qui est commenté. Ainsi il s’agit de longs préparatifs, d’une fameuse Aiguille, de pas feutrés, d’un renard peureux, d’un majestueux rapace, d’un assourdissant vacarme, etc. Le texte s’attache aussi bien à la forêt, à la neige, qu’à la faune (papillon, chouette chevêchette, renard, lièvre, marmotte), qu’à l’évolution des conditions météorologiques et à la montagne. Le lecteur sent que l’autrice évoque en sous-texte la faune, la flore, la beauté de l’environnement, la préparation et la connaissance du milieu, l’effort physique et… l’imprévu. L’âge des marcheurs n’est jamais précisé : grands adolescents ou jeunes adultes peut-être. Ils ne paniquent pas lors de l’avalanche, et ils font preuve de solidarité. Ils se conduisent comme des individus responsables et conscients de leurs limites, faisant appel au secours, sans acte de bravoure inconsidéré et voué à l’échec, acceptant et sachant qu’ils ne font pas le poids face aux forces de la nature.


Un petit tour en montagne, une promenade de santé… plus que ça une ascension sur un sentier facile qui grimpe vraiment, en haute montagne. Une balade étonnamment colorée, dans les deux sens du terme : des couleurs révélant les différentes formes de flore, et un choix de palette jouant sur les impressions créées. Une faune classique de ce type de région, et toujours aussi enchanteresse à côtoyer en vrai. Une narration facile à la fois sur le plan visuel, à la fois pour la linéarité de l’intrigue. Un réel charme, celui du grand air, celui du dépaysement, celui du calme et de la sérénité. Une vraie catastrophe, une avalanche, et des réactions à taille humaine. Une belle histoire.



mardi 17 octobre 2023

Par la force des arbres

Le chêne, pas les chaînes.


Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première édition date de 2023. Il s’agit d’une transposition en bande dessinée du roman du même nom avec la participation de son auteur Édouard Cortès comme coscénariste, en équipe avec Dominique Mermoux coscénariste, et qui réalise également les dessins et les couleurs. Il comprend cent-quatorze pages de bande dessinée.


Dans le Périgord noir, dans une forêt en bordure d’un château et d’un village. À six mètres de hauteur, Édouard Cortès vit seul dans les branches d’un chêne. C’est le printemps. Il est entré dans sa cabane pour un long séjour de silence. Perché dans un arbre, il a la ferme intention de renaître avec lui. Il va nicher dans cette cachette construite de ses mains. Entre quatre branches, l’abri de bois et de verre le protège des regards et du bruit. Un lieu rare. Inespéré dans son état. Il se sentait fatigué du monde d’en bas et de lui-même, il est donc monté là-haut. Les autres, sans doute aussi, s’étaient lassés de lui. Il entreprend une métamorphose à l’ombre des forêts. Il veut voir à hauteur d’arbre. Ce 21 mars 2019 au matin, il a étreint sa femme Mathilde et ses deux enfants, enfilé ses bottes, supprimé ses comptes sur les réseaux sociaux, envoyé promener mille cinq cents amis invraisemblables pour en garder quatre ou cinq vrais. À presque quarante ans, il a beaucoup de doutes sur ses certitudes et peu de convictions sur ses illusions. Éloigné des hommes, il est décidé à arracher tout ce lierre qui l’étouffe. Quand la mort approchera, il aimerait pouvoir répondre sans crainte : A-t-il eu assez d’audace pour suivre son étoile ? Toute une civilisation est née dans l’humus des chênes du Quercy : c’est à leurs racines que se cache la truffe noire qu’il aime à caver avec son chien. C’est dans ce berceau de France, celui des souterrains médiévaux de Paluel, de la Vierge noir de Rocamadour, des duels du hussard Fournier, de Tounens roi de Patagonie, des expéditions de Larigaudie, des noix et des arbres truffiers qu’il a planté ses souvenirs d’enfance. Les faunes et les sylvains l’ont lié au pays De la servitude volontaire. Cet ancrage lui a-t-il accordé une certaine latitude dans ses chemins ? La lecture de La Boétie l’invite à plonger dans le vert. Le chêne pas les chaînes.



Février. Un mois et demi plus tôt. L’idée de l’arbre lui a été soufflée par Cyrano. Il relisait un soir Rostand, s’attachant à la bravoure de son cadet de Gascogne comme à une caresse. Dans la dernière scène, il agonise. Il ne veut personne pour le soutenir. Le seul recours que M. de Bergerac s’autorise, c’est un tronc. Pour appuyer ses alexandrins, il touche l’écorce et trouve l’énergie des derniers vers, concluant en allant s’adosser à un arbre, et exigeant que personne ne le soutienne, rien que l’arbre ! Au matin, Édouard avait filé vers la forêt à dix kilomètres de sa maison. Un seul objectif : trouver son arbre. Il agissait par habitude, selon son principe : penser l’action, vivre comme il pense. Cette forêt, il la connaît bien pour s’y être perdu.


Cette bande dessinée constitue l’adaptation d’un roman autobiographique, avec la participation de l’auteur, racontant son expérience de vivre dans un arbre au milieu d’une forêt, du 21 mars 2019 au 24 juin de la même année. Une décision simple : s’éloigner du monde pour prendre du recul, une forme de retraite, mais pas dans un monastère ou un ashram, au milieu de la nature dans les branches d’un arbre. Le lecteur peut ainsi l’accompagner dans les quelques semaines qui précèdent son installation dans son arbre, ou plutôt la cabane qu’il a construite dans le chêne qu’il s’est choisi, dans quelques retours en arrière quand il était éleveur de brebis, par deux fois dans son enfance, et dans son quotidien durant ces trois mois passés en hauteur. Il ne s’agit pas d’une retraite en ermite : il voit ses enfants et son épouse chaque dimanche car ils viennent manger avec lui. Vers la fin de son séjour, trois amis viennent passer une soirée avec lui et dormir dans sa cabane.


Le récit présente l’organisation de ses journées avec son programme quotidien : sport, méditation, toilette, petit déjeuner, écriture, lecture, ménage, déjeuner, vaisselle, observation, activités manuelles, sport, dîner, harmonica, lecture. Il présente également l’agencement de sa cabane située à six mètres en hauteur : Au nord son vestiaire sur une étagère. Au centre du faîtage, une fenêtre de toit, ouvrable et assez large pour le laisser sortir. Il peut ainsi danser sur les tuiles de bois ou fuguer dans les branches hautes quand l’envie lui en prend. Fenêtre sur le ciel pour, de son lit, rêver les yeux ouverts. Et tous les jours ce puits de lumière inonde son habitat, panthéon miniature à la coupole de bois. Son lit mezzanine s’élève à un mètre et demi plus haut que le plancher. À l’est, vers le soleil levant, un oratoire sur une étagère : un crucifix, une icône de saint David dit le Dendrite (ermite retiré dans un arbre), deux bougies, du papier d’Arménie. Au nord-est, la cuisine : poêle et casserole, un deuxième banc-coffre avec la vaisselle usuelle et les condiments. À côté une petite cuisinière à gaz. Côté sud, son bureau et un tabouret. Sur l’étagère à mi-hauteur, des bocaux de verre (pâtes, riz, noix, fruits secs), son harmonica, des appeaux. Les livres de chevet : Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, L’enfer de Dante, Les pensées de Marc-Aurèle. À l’ouest, le coin toilette : un miroir, une bassine en zinc, deux jerricans d’eau potable, un banc-coffre avec des outils. Côté sud-ouest, une petite terrasse qui s’avance dans le vide. Une branche maîtresse la soutient souplement. La corde permettant de monter les objets lourds ou encombrants. Au soleil le réservoir pour la douche. Ainsi, il peut vivre en autonomie, allant s’approvisionner en eau avec son âne et se nourrissant de provisions amenées avec lui, et de végétaux qu’il récupère.



Le lecteur fait vite l’expérience que l’adaptation en BD reprend des portions du livre, rendant le récit copieux, instaurant un rythme de lecture posé. Dans le même temps, la bande dessinée commence par trois pages muettes. Cette adaptation ne se contente pas de montrer en images ce qui faisait l’objet de descriptions dans le livre, et de reprendre le flux de pensée de l’auteur, ses réflexions, ses ressentis. Il s’agit bien d’une bande dessinée, avec des cases disposées en bande ou d’une manière plus libre, sans bordure, et des séquences racontées par une narration visuelle. Le lecteur n’éprouve pas la sensation que les images reprennent des éléments déjà présents dans le récitatif. Le ressenti de la lecture atteste de la concertation entre l’auteur et le bédéiste pour adapter le roman. Régulièrement, la narration visuelle prend le dessus : un dessin en pleine page pour un cerf et une biche, la vue en coupe de la cabane, le déplacement pour aller chercher de l’eau, les activités de la journée, l’observation d’un cerf à la jumelle, une nuit d’orage en deux pages sans texte et le constat des dégâts au petit matin, l’utilisation d’une loupe de botaniste et ce qui apparaît alors, une pleine page pour une belle nuit étoilée, le déplacement d’un sanglier, l’observation d’une biche et de son faon, etc.


L’artiste effectue un travail remarquable pour tous les éléments sylvicoles, botaniques et relatifs à la faune. Le lecteur comprend qu’Édouard Cortès dispose de connaissances sur la flore et la faune, et qu’il a emmené des livres pour continuer à se cultiver sur le sujet. Le lecteur peut ainsi voir représenté de nombreuses essences d’arbres (if à deux têtes, houx fragon, chêne, hêtre, tilleul, châtaigner, sorbier des oiseleurs, érable champêtre, merisier, alisier), d’arbustes (noisetier, houx, genévrier, cornouiller sanguin, prunelier, au sol le lierre) et des micro-plantes (hypne cyprès, dicrane en balais, sphaigne des marais). Les rencontres avec des animaux sont également nombreuses, à commencer par les oiseaux (rouge-gorge, geai des chênes, sitelles torchepots, mésanges bleues, pic épeiche, loriot), quelques insectes et coléoptères (fourmis, hanneton, imago du citron, aeshna cyanea, etc.). Ainsi que des animaux : âne, renard, loup, lapin, brebis, écureuil, sanglier, un rapace qui fond sur un pigeon ramier, etc. Dominique Mermoux réalise des dessins un registre réaliste et descriptif avec un petit degré de simplification. La mise en couleurs s’apparente à de l’aquarelle, avec un côté doux, rehaussant les reliefs, et filant une ambiance lumineuse tout du long d’une scène. Il utilise un ton brun – sépia pour les séquences du passé.



L’auteur décide donc de se retirer du monde pour se déconnecter du flux incessant, et pour retrouver la sérénité qui l’a abandonné après qu’il ait dû liquider son affaire d’élevage. Ce séjour hors du monde lui permet de considérer la vie d’un arbre, ainsi que tout l’écosystème dont il fait partie. Il va évoquer ou développer des aspects divers : le cavage, le modèle qu’il souhaite donner à ses enfants en tant que père, le formicage, le cycle de l’eau à travers l’arbre et la fonction de climatiseur en période chaude, la médiocrité des objets du quotidien conçus pour devoir être rachetés sans fin, l’isolation des individus, l’affection moderne qu’est l’immédiateté, le chêne qui sacrifie ses branches les plus basses pour mieux se développer (Abandonner un peu de soi, laisser mourir certaines branches pour avancer.), la volonté de vivre (Dans ces instants, ce n’est pas de quitter la vie qui demande du courage, mais de puiser des forces pour la conserver.), le développement de la forêt française, la notion de bonheur (Mais le bonheur, n’est-ce pas d’accepter de n’être jamais absolument consolé ?), etc. Il fait le constat et l’expérience des merveilles de la nature, de l’interdépendance des différentes formes de vie d’un écosystème, de l’absurdité toxique de certaines facettes de la société de consommation. Dans le même temps, le lecteur voit que la démarche de cet homme ne relève pas de l’utopie de l’autarcie, car il continue d’utiliser des objets produits industriellement, et son séjour a une fin programmée.


Une adaptation de roman réussie, qui aboutit à une vraie bande dessinée, et pas un texte illustré. Le lecteur partage la vie quotidienne, ses découvertes et les pensées d’Édouard Cortès effectuant une retraite du monde, sous la forme de trois mois passés dans une cabane qu’il a construite dans les branches d’un chêne. La narration visuelle emmène le lecteur dans cet environnement, le rendant témoin du quotidien dans toute sa banalité, et son unicité, à prendre conscience ou découvrir la flore et la faune, leurs interactions, leur interdépendance. Il ne s’agit pas d’une forme de retour naïve à un état de nature primitif, mais de prendre le temps d’observer la nature et de vivre à son rythme. Une lecture riche et apaisante.