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mardi 11 mars 2025

Requiem - Tome 10: Bain de sang

Fais ce qu’il voudra sera le tout de la loi !


Ce tome fait suite à Requiem - Tome 09: La cité des pirates (2009) qu’il faut avoir lu avant. Il faut avoir commencé par le premier tome pour comprendre l’intrigue. Sa première édition date de 2011. Il a été réalisé par Pat Mills pour le scénario, et par Olivier Ledroit pour les dessins et les couleurs. Il comprend quarante-sept pages de bande dessinée. Il se termine avec dossier de neuf pages, intitulé Les arcanes du Hellfire Club, comprenant des esquisses, des recherches préparatoires, des dessins inédits, avec une page qui se déplie pour découvrir trois créatures démoniaques côte à côte.


À Hiroshima, le quatorze septembre 1945, un soldat japonais contemple les ruines de la ville dévastée par l’explosion de la bombe atomique. En son for intérieur, il adresse une question aux morts : y a-t-il quelque chose qui apaiserait leurs âmes ? Oui, il doit trouver les ceux qui ont fait cela et les tuer, les tailler en pièces. Il va entonner un requiem aux âmes des morts. Alors seulement ils pourront sourire et reposer en paix. Trois américains arrivent sur les lieux en pousse-pousse, deux civils et un gradé militaire. Le politicien remarque que c’est comme si un rouleau compresseur géant avait tout broyé et éradiqué. Le général répond qu’ils avaient d’abord choisi Kyoto, mais le secrétaire de la défense y a mis son veto car il y avait passé sa lune de miel. Il ajoute : personne ne part en lune de miel à Hiroshima. Ils continuent leur progression jusqu’à arriver l’épicentre de l’explosion, le dôme de Genbaku. Le soldat japonais les attend, katana en main. Il leur annonce que son empereur est mort, qu’il a renoncé à sa divinité comme un chien pouilleux, qu’il est mort le jour où il s’est rendu. Il leur demande qui est responsable tout ça, en désignant les ruines. Le sénateur et le scientifique expliquent qu’ils ne sont pas responsables, et le général désigne le soldat japonais comme étant responsable. Il s’en suit un massacre.



Au-dessus du havre noir de Nécropolis, la bataille aérienne fait rage. Le vampire Dragon avec Tengu sur ses épaules, est engagé dans un duel à l’épée, contre Thurim. Alors qu’ils se livrent à des passes d’arme, Tengu n’a de cesse de lancer des piques méprisantes à Requiem, et d’aiguillonner Dragon de ses conseils. Il estime que Requiem, ce répugnant suceur de sang, déverse ses insultes sur lui Tengu comme la mousson s’abattant sur la bataille de Kitakyushotoko. Il intime à Dragon de fondre sur Requiem comme les impitoyables neiges de l’hiver sur Kammuri-Yami ! De le détruire comme la vague d’Hokusai a détruit Fukuoko ! Car celui qui insulte son sensei, l’insulte lui aussi. Il continue en lui ordonnant de se servir de la fente du scorpion dressé que lui Tengu a parfaite à la bataille de Honshu, où il a tué des milliers de guerriers au point de pouvoir atteindre la Lune en escaladant la pile de leurs cadavres ! Les duellistes se figent momentanément alors que retentit le nom Tengu : Cryptus est arrivé sur place et a crié le nom de son ennemi. L’affrontement prend une autre dimension.


Comme pour chaque tome, il faut un petit temps d’adaptation au lecteur pour se mettre en phase avec la narration, avec les idiosyncrasies du scénariste, avec les visuels hors norme de l’artiste. Comme il est d’habitude, le tome s’ouvre avec un retour en arrière avec un conflit militaire, en l’occurrence les ruines d’Hiroshima, peu de temps après l’explosion de la bombe nucléaire Little Boy le six août 1945. Le lecteur distrait peut se trouver déconcerté par le constat un peu grandiloquent et romanesque du soldat japonais, par l’attitude un peu théâtrale du politicien, du scientifique et du militaire, par l’absence de toute précaution vis-à-vis des radiations, le caractère outré de la séquence. Il se rappelle qu’il s’agit d’une caractéristique forte de l’écriture de Pat Mills : la théâtralité artificielle, l’exagération des situations et l’exacerbation des émotions. Cette façon de raconter fait ressortir avec force l’horreur de ces situations de guerre. À travers le personnage, le scénariste condamne sans appel chaque individu qui a contribué au processus qui a abouti à la conception, à la fabrication et au lâcher de cette bombe. Par la suite, il cite nominativement Robert Oppenheimer (1904-1967), Harry S. Truman (1884-1972, président des États-Unis) et Paul Tibbets (1915-2007, pilote du bombardier Enola Gay). L’anecdote relative à la lune de miel présente un degré élevé de plausibilité historique, la décision étant attribuée à Henry L. Stimson (1867-1950), secrétaire à la Guerre.



Le scénariste établit ainsi une position anti-guerre franche jusqu’à en être brutale, présentant l’obscénité de mettre fin à la vie humaine, de tant de civils à Hiroshima (plus de deux cent mille avec une seule bombe), puis après dans les rodomontades de Tengu se vantant des massacres qu’il a perpétrés aux batailles de Shen-Ten-Rai, Honshu, etc. Dans le contexte du récit, le lecteur éprouve une saine révulsion dirigée contre ce boucher fanfaronnant d’avoir tué autant d’êtres humains. Dans la dynamique de ce dispositif narratif, chaque combat apparaît comme un acte barbare, en cohérence également avec le fait que le récit se déroule sur le monde de Résurrection, un monde où tout est inversé, les valeurs morales comme le reste. D’ailleurs un personnage (la Bête) le rappelle à un de ses soldats en lui disant que La trahison est une vertu, à moins qu’il n’ait échappé au soldat qu’il soit en enfer. Cette narration outrée s’accompagne d’un humour noir mêlant grotesque et absurde. C’est ainsi que le lecteur peut voir Requiem et Dragon interrompre le duel entre Tengu et Cryptus, car il est temps de leur donner leur biberon, et qu’ils fassent leur sieste.


Sur le plan de l’humour, retrouver les goules constitue un plaisir de choix : leur mode d’expression à base d’euphémismes et de néologismes hypocrites donne lieu à des échanges dépassant les pires discours, tout en faisant apparaître leur artificialité. Ainsi : Son trouble frénétique nerveux interfère avec notre grand projet entrepreneurial équitable qui demeure la désaliénation de la salle du trésor avec confiscation des actifs comptables et redistribution entre associés en extermination… pour dire que leur cheffe assouvit une vengeance personnelle plutôt que de penser au trésor. Sous réserve d’être sensible à cette forme d’humour outré allant jusqu’à l’absurde, le lecteur pourra savourer la haute opinion que Dame Mitra entretient sur sa séduction physique, la manière dont elle dévore Zarkov, ou encore la jouissance que tire Elizabeth Bathory de sa capacité de régénération, le premier degré littéral attaché à la puissance sonore du Heavy Metal et à son imagerie violente, et encore la déclinaison dégénérée du mythe arthurien, uniquement protégé par la déformation des noms (Lonava pour Avalon, Nilrem pour Merlin, Tolecnal pour Lancelot et Ruthra pour Arthur) ce qui n’empêche pas qu’ils prennent cher.


L’artiste se trouve totalement en phase avec ces formes d’humour très particulières qui ne peuvent pas être au goût de tout le monde. Il y a bien sûr la demi-douzaine de pages avec les références au Metal : les mentions de Salyer, Motörhead et Napalm Death, l’imagerie Cuir & Clous, et la tête de Snaggletooth (Warpig) reprenant le visuel de Joe Petagno pour la pochette de Inferno (2004). Il s’amuse aussi bien avec Tengu et Mortis quand Dragon et Requiem leur font faire leur rototo après le biberon, qu’avec la silhouette exubérante de Dame Mitra, ou encore l’extension de l’intérieur de sa bouche vers l’extérieure avec plusieurs anneau de dents, la taille de hache (Sláine, une autre création de Pat Mills, serait jaloux) maniée par Elizabeth Bathory dans le plus simple appareil (c’est une vraie rousse), et sire Tolecnal défaisant sa braguette pour offrir une pluie d’or afin d’éveiller Ruthra, l’ex et futur roi (Nilrem le détrompe immédiatement sur la nature de la pluie d’or attendue).



Et bien sûr, la démesure visuelle balaye tout sur son passage !!! Olivier Ledroit s’investit totalement dans chaque page, sa construction souvent en double page, les détails partout, la richesse des environnements et des costumes, l’exagération en cohérence avec la nature du récit, avec Résurrection, avec les personnages. Le lecteur est venu en prendre plein les yeux, et il est à nouveau servi au-delà de toute espérance (y compris les plus folles), l’horizon d’atteinte étant une fois encore pulvérisé. Comme pour l’écriture du scénariste, un temps d’adaptation peut s’avérer nécessaire. Les planches et les cases apparaissent très chargées, les scènes sont régulièrement pensées comme un tableau exposé sur une double page, avec des cases en inserts pour raconter. Une festin graphique : la ville en ruines d’Hiroshima baignant dans une lumière entre gris et marron à se pendre, le sang qui gicle sous l’action d’un décolletage au katana, la vue du ciel démentielle de Nécropolis dans une lumière rouge incandescente avec les innombrables vaisseaux aériens, la composition en double page avec Dragon et Requiem se jetant l’un sur l’autre, les nombreux cercles de dents dans la bouche de Dame Mitra, la munificence gothique de la décoration des portes de la salle au trésor, Elizabeth Bathory dans son bain de sang de vierges, les métalleux en armures hérissées de pointes, la réinterprétation très personnelle des chevaliers de la table ronde et de Camelot, etc. C’est un festin graphique, une orgie oculaire !!!


Ha oui… au milieu de tout ça, les auteurs poursuivent l’intrigue, avec moults affrontements, mythologies dégénérées, géopolitique et intérêts économiques plus vrais que nature, violence et vices encore en-dessous de la vérité, horreur de la noirceur de l’âme humaine dans toute sa nudité.


Se plonger dans un tome de Requiem nécessite un temps d’adaptation tellement la narration foisonne intensément, et que les auteurs font preuve d’une inventivité aussi personnelle que sans concession. Sous cette réserve, le lecteur plonge, s’immerge et ressent par tous les pores de son être, un jeu de massacre aussi terrifiant et dantesque que baroque, démesuré et profondément indigné, en colère même, contre toute forme de cruauté perpétrée contre des êtres humains, à commencer par la guerre et ses mécanismes de déresponsabilisation. Énorme et monstrueux.



samedi 2 juin 2018

Claudia - Tome 03: Opium rouge

Hématomane

Ce tome est le troisième d'une série en cours de parution ; il fait suite à Femmes violentes. Il est initialement paru en 2007, publié par les éditions Nickel. Il a bénéficié d'une réédition en 2017 par les éditions Glénat. L'histoire a été écrite par Pat Mills, dessinée, encrée et mise en couleurs par Franck Tacito. Cette série est dérivée de la série Requiem d'Olivier Ledroit & Pat Mills. Ce tome peut se lire sans avoir lu la série Requiem.

À Gippeswick, en Angleterre, en 2002, Carly Blackwell se rend dans la maison de sa mère, accompagnée de Jim son fiancé. Elle se gare à l'extérieur de l'enceinte, sans se rendre compte qu'une autre voiture se gare à quelques dizaines derrière, avec à son bord le colonel et Pamela. Elle et Jim parcourent les pièces et commencent à trier les affaires personnelles de Claudia Blackwell. Jim découvre des sous-vêtements comme un corset de soie rouge, avec une ceinture ornée d'une tête de mort, que Carly trouve du plus mauvais goût. Il découvre également une mallette fermée par un code. Sa tentative pour l'ouvrir se solde par le déclenchement du système de protection qui libère un vol d'insectes agressifs.

Sur Résurrection, Claudia Demona se jette dans la bataille à laquelle se livrent les défunts politiciens, épée dans une main, pistolet dans l'autre. Elle est à la recherche du Pèlerin, un vivant parmi les morts, mais son odeur de vivant est masquée par des déodorants qu'il s'est injecté dans les glandes. Alors qu'elle se fraye un chemin en descendant sur une pente, elle aperçoit Elizabeth Bathory en contrebas, conduisant sa voiture. Elle se précipite pour se placer en avant de son chemin et grimper dans le véhicule, mais Bathory essaye de l'écraser. Claudia récupère une moto sur le champ de bataille et s'élance à sa suite, essayant d'écraser l'inspecteur Gol Gotha. Ce dernier la stoppe net dans sa course, la faisant violemment choir de sa moto. Claudia termine au poste, au quartier général de la police à Nécropolis. Gol Gotha l'interroge, et elle essaye de lui faire coup de la demoiselle en détresse, avec une bonne spontanéité dans les sanglots.


Le lecteur est complètement déstabilisé par le début de ce troisième tome car Pat Mills prend soin d'effectuer un rappel des principaux événements précédents, ainsi que des enjeux pour les personnages. Voilà qui ne lui ressemble pas du tout, que lui arrive-t-il ? Au-delà de la taquinerie pour ses tics d'écriture assez idiosyncrasiques, le lecteur retrouve la structure habituelle du récit, en particulier la séquence d'ouverture sur Terre à Gippeswick en Angleterre, aux côtés de Carly Backwell qui doit commencer à trier les affaires de sa défunte mère. Elle continue d'être observée à son insu, par les membres de la congrégation satanique, et elle commence à se retrouver face à des indices de la double vie de sa mère. Le langage corporel de son fiancé montre qu'il comprend très bien la nature de ce qu'il trouve, Franck Tacito s'amusant à faire apparaître le décalage entre sa compréhension et le comportement d'oie blanche de Carly. Dans cette séquence, il réalise également 2 dessins occupant 2 tiers de la page, absolument dantesques, que ce soit la nuée d'insectes infernaux, ou la vision de la porte de l'au-delà.

Claudia reprend le devant de la scène à partir de la page 7. Le lecteur est sensible à ce premier dessin occupant les 2 tiers de la page, où elle s'avance vers lui dans une tenue de cuir ajustée, les armes à la main, les canines dehors, et de petites lunettes rondes faisant penser à celle de Lara Croft. Elle se jette dans la mêlée dans la double page suivante. Le lecteur peut apprécier la construction de la page avec des cases en pourtour du dessin principal qui montre la progression sauvage de Claudia, sa détermination, et dans le coin diamétralement opposé le Pèlerin en train de l'observer. Tacito a dépassé le stade de la belle double planche pour une composition qui associe la force d'un dessin de grande taille, avec la dimension narrative de la planche. Il conserve également son goût pour les détails qui tuent, incitant le lecteur à observer les détails, comme les accessoires sur les pointes des bottes de Claudia, preuve à la fois de l'intensité de son implication dans les dessins, et de son sens de l'humour noir et sanglant. La double page suivante reprendre ce type de construction, avec une vision infernale de Claudia chevauchant sa moto, comme le motard sortant des enfers sur la pochette de Bat out of Hell de Meat Loaf, illustration légendaire de Richard Corben. À nouveau la narration est assurée par les cases plus petites positionnée autour de cette image centrale.


Tout au long de ce tome, le lecteur apprécie la progression de Franck Tacito en termes narratifs, ayant conçu une manière de concilier les images monumentales d'Olivier Ledroit présentes dans la série mère Requiem, et une narration plus fluide. Le lecteur peut se régaler de la vision dantesque du quartier général de la police et de son imposant statuaire, de la réserve personnelle de Gol Gotha en approvisionnement de sang sur des femmes bien en vie, d'Elizabeth Bathory chevauchant une bête infernale pour se livrer à a chasse, de Claudia prenant un bain de sang dans ses appartements, hantée par les visions du visage de Bathory, de l'hallucinante cérémonie de mariage, de la macabre promenade au jardin d'enfants, ou de la descente de police dans l'établissement Slimelights, avec la présence d'images pieuses. Le lecteur reste épaté par ces images choc et spectaculaires, avec un haut niveau de détails, et une force picturale à la hauteur des visions exigées par le scénario. Franck Tacito a réussi à développer son langage visuel personnel, à assimiler les influences d'Olivier Ledroit, sans le singer, et à progresser en compétences techniques, pour des pages sophistiquées, transcrivant avec force la démesure du scénario, la perversion macabre de Résurrection. Le lecteur s'aperçoit en cours de lecture qu'il en vient à oublier la série mère et apprécier les pages pour elles-mêmes.

La narration de Franck Tacito a gagné en naturel, en fluidité et en efficacité. Le lecteur peut se laisser porter par l'enchaînement des cases, le divertissement généré par leur force spectaculaire. Il peut aussi prendre le temps de ralentir sa lecture pour mieux savourer les détails visuels. La collaboration entre le dessinateur et le scénariste a gagné en harmonie, donnant l'impression qu'il s'agit d'un seul auteur. En particulier, Frank Tacito a réussi à trouver le bon dosage entre l'intrigue, les péripéties dans les scènes d'action, et l'humour si particulier de Pat Mills. Cette dernière composante pose un défi pour la plupart des artistes qui collaborent avec lui, car il faut savoir l'intégrer sans qu'elle ne prenne le pas sur l'histoire, mais sans qu'elle ne semble non plus rajoutée artificiellement, au risque que l'humour apparaisse en décalage avec le reste des composantes. L'exubérance des dessins permet que les exagérations y trouvent leur place, au point d'équilibre parfait entre des éléments à prendre au premier, et l'exagération d'une convention qui indique au lecteur qu'il lit une forme de parodie. Par exemple dans la page d'ouverture, une femme d'un certain âge porte un tailleur très serré et des talons d'une hauteur déraisonnable. Elle apparaît à la fois comme une femme avec une forte volonté refusant de se conformer aux exigences du politiquement correct, et à la fois comme une caricature de ce genre de personnage utilisant sa sexualité pour provoquer, même quand elle en a passé l'âge.


Par la force des choses, l'environnement parodique de Résurrection se prête plus à ce genre d'élément comique caricatural. Mais le degré de difficulté pour l'artiste reste élevé. Il doit éviter de forcer la dose pour ne pas réduire à néant la tension dramatique ou l'intérêt du lecteur pour l'intrigue, et trouver des éléments tellement outrés qu'ils ressortent quand même dans un environnement où tout est déjà exagéré. À nouveau Franck Tacito s'en tire haut la main, avec un naturel épatant. Il y a bien sûr l'apparence outrée des personnages, avec le petit plus qui fait toute la différence, comme les accessoires des bottes de Claudia Demona, les tenues mi-érotiques, mi-comiques des femmes de la réserve de sang de Gol Gotha, les différentes créatures rencontrées dans les rues de Nécropolis, et leurs occupations ou accessoires improbables, les expressions des damoiseaux d'honneur lors du mariage de Claudia, l'entrain avec lequel Claudia s'élance dans l'eau et son maillot de bain riquiqui à base de croix inversée, les tenues fétichistes dans le club Slimelights, etc. À chaque page, le lecteur peut se délecter de l'inventivité baroque et sarcastique de l'artiste. Il s'avère tout aussi efficace pour les éléments horrifiques, avec la cruauté et la perversion attendues dans un récit de ce genre.

Grâce à la partie graphique, le lecteur s'immerge tout de suite dans ce tome, mariant avec adresse l'intrigue, l'humour, le macabre, le gothique, le grotesque et les sentiments exacerbés. Le lecteur sait que l'intrigue va progresser vers sa résolution dans le tome suivante, Claudia Demona se rapprochant du Pèlerin qui sait où trouver une téléviza (le bidule qui permet de passer de Résurrection vers la Terre), Carly Blackwell se rapprochant de son sort funeste. Pourtant ses attentes sont dépassées par les développements contenus dans ce tome. Claudia Demona est arrêtée par la police, elle tombe amoureuse, elle se languit d'amour qui semble bien authentique. Pat Mills intègre d'autres personnages de la série Requiem avec naturel, comme le capitaine Kurse, ou Igor. Encore plus inattendu, il fait enfin un usage intéressant du concept que le temps s'écoule à l'inverse sur Résurrection. Le lecteur découvre abasourdi et enchanté Claudia et Shinodi emmener leurs enfants dans un parc avec des jeux. Une scène d'une rare perversion du fait de la nature des enfants sur Résurrection. Le scénariste prend ainsi le lecteur par surprise à plusieurs reprises, avec des nouveaux concepts pas encore abordés dans la série.


Lorsqu'il s'est lancé dans la série dérivée Claudia, le lecteur venait surtout retrouver l'ambiance qui l'avait séduit dans la série mère Requiem, tout en sachant qu'il ne retrouverait les mêmes visuels si riches d'Olivier Ledroit. Après 2 tomes plaisants ayant prouvé l'implication totale des auteurs, il découvre un troisième tome dans lequel ils sont en symbiose créatrice, avec une intrigue qui avance, des visuels à la hauteur de la démesure du récit, une narration fluide, et un humour qui fait mouche, sans supplanter les autres composantes du récit.