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lundi 21 octobre 2024

Lefranc T26 Mission Antarctique

La roue d’Anacréon. Elle ne cesse jamais son mouvement inexorable.


Ce tome fait suite à Lefranc - Tome 25 - Cuba libre (2014, par Roger Seiter & Régric) qu’il n’est pas nécessaire d’avoir lu avant, mais ce serait dommage de s’en priver. Sa première édition date de 2015. Il a été réalisé par François Corteggiani (1953-2022) pour le scénario, par Christophe Alvès pour les dessins, et la mise en couleurs a été réalisée par Bonaventure. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il met en scène le héros créé en 1952 par Jacques Martin (1921-2010) dont les aventures ont commencé avec La grande menace.


Prague, Tchécoslovaquie. Ce soir-là sur le pont Charles désert qui joint les deux rives de la Vitava, un homme venant du quartier de Malá finit de traverser en direction de Staré Mèsto, la vieille ville. Il pleut… Peu après, ayant emprunté, un peu hésitant, un itinéraire qu’il ne semble pas connaît par cœur, il atteint enfin son but dans la rue Na Porici. Guy Lefranc pénètre dans la librairie Jaroslav Hasek, la seule vitrine éclairée de la rue. Il repère un exemplaire de La grande menace sur une pile. Le libraire rentre dans la pièce à son tour et indique que le magasin est fermé : ils sont en plein inventaire. Le reporter demande un exemplaire de la première publication des Montagnes hallucinées, de H.P. Lovecraft. Il s’en suit un échange d’expert sur l’année de cette première édition. Le libraire semble satisfait : son visiteur connaît le mot de passe. Il le conduit dans une pièce au sous-sol, où Lefranc retrouve Mister Cunningham, un agent des services secrets britanniques dont il avait fait connaissance lors d’une précédente aventure. Ce contact l’invite à s’installer, et lui prépare un thé. Puis il annonce que Guy Lefranc est mort : un corps portant ses papiers et les mêmes vêtements que lui est en train d’être repêché dans la Vitava par la police fluviale.



Tout avait commencé dans les locaux du journal Le Globe quelques semaines plus tôt, alors que Lefranc travaillait sur un nouvel article. Il avait reçu un appel du commissaire Renard, lui disant qu’ils devaient se voir. Renard vient prendre Lefranc en voiture, rue de Rivoli, une demi-heure plus tard. Il l’emmène en Normandie, suivant des ordres qui viennent d’en haut. Après une heure de route environ, la traction du commissaire Renard arrive à destination. Il pénètre dans une propriété, dont la grille est gardée par un homme en arme. À la porte de la demeure, Lefranc est accueilli par Mister Cunningham. Une fois à l’intérieur, celui-ci lui explique qu’il s’agit de sauver le monde. Il demande au journaliste, s’il connaît la Nouvelle Souabe, et il se lance dans une explication en s’aidant d’une carte accrochée au mur : La Nouvelle Souabe, ou Neuschwabenland comme disent les Allemands, se trouve là, en Antarctique ! Son territoire est aussi vaste que celui de la France. L’antarctique, comme Lefranc le sait sans doute, est le cinquième plus grand continent de la Terre. Il occupe l‘extrême sud de la planète. Cunningham souhaite juste décrire l’endroit peu hospitalier où Lefranc va devoir se rendre. Sa masse continentale est formée d’un lit rocheux, mais celui-ci reste invisible à 95% en raison de l’épaisse couche de glace qui le recouvre presque entièrement. Ces glaces s’étendent sur plus de 14 millions de kilomètres carrés, soit presque le double de l’Australie.


Premier album de la série écrit par François Corteggiani et dessiné par Christophe Alvès, duo qui va réaliser un tome en alternance avec le duo Roger Seiter (scénario) et Régric (dessins) jusqu’au décès de Corteggiani en 2022. Dès la première page, le lecteur est en territoire familier : dessins de type ligne claire avec une dizaine de cases par page en moyenne, dialogues et cartouches de texte copieux, pour une narration réaliste et dense. L’entrée en la matière établit le récit dans le genre de l’espionnage : la ville de Prague dans les années 1950, un rendez-vous de nuit dans une librairie mystérieusement ouverte, un mot de passer pour s’identifier, une rencontre dans une pièce au sous-sol aménagée douillettement avec un bon thé chaud, la mise en scène de la mort du héros, et tout ça en moins de quatre pages. Le scénariste continue sur sa lancée : une mystérieuse base secrète en Antarctique en héritage du régime nazi, une mystérieuse arme destructrice, une usurpation d’identité, un accident de la route arrangé, un voyage en zeppelin, des œuvres d’art dérobées pendant la seconde guerre mondiale, un agent secret infiltré à l’identité inconnue, etc. C’est un vrai roman d’espionnage en pleine guerre froide, et en même temps ce n’est pas simplement la dichotomie manichéenne du bloc de l’ouest contre le bloc de l’est, des Américains contre les Russes.



Le scénariste joue habilement avec un autre registre : la possibilité d’une technologie d’anticipation, voire peut-être une touche de science-fiction. Dès la page quatre, le mot de passe repose sur l’année de la première édition d’un roman de Howard Phillips Lovecraft (1890-1937) : Le montagnes hallucinées (1936). Corteggiani s’amuse à faire mentionner ce roman une seconde fois en page neuf, quand Mister Cunningham commence son long exposé, Guy Lefranc citant l’université de Miskatonic. L’auteur continue à entretenir le doute dans l’esprit du lecteur avec les théories de Richard Byrd (1888-1957), explorateur polaire et aviateur américain de l'US Navy : avoir trouvé au pôle Nord, par moins 58°, avec trois compagnons, une vallée luxuriante où passaient des mammouths, et en volant une autre fois à basse altitude pénétrer par un large trou dans la croûte glaciaire et parvenir au centre du grand inconnu, la terre étant creuse selon certaines théories fantaisistes. Mais quand même, c’en est trop pour le héros rationnel, et Guy Lefranc s’offusque en demandant à Cunningham si : Il ne serait pas adepte, lui aussi, de loges comme celle de Thulé (un groupe d'études ethnologiques s'intéressant à l'Antiquité germanique et au pangermanisme aryen) ou des pratiques médiumniques de cette Maria Orsitch (ou Maria Orsic, 1895-1945 ?, médium, pronant l’existence de l’énergie Vril, de messages métaphysiques et scientifiques d’Aldébaran) prétendant entrer en contact avec des entités venant d’Aldébaran. Ainsi en fonction de ses inclinations, le lecteur hésite entre supposer que le récit restera dans un registre rationaliste avec un pointe d’anticipation, ou intègrera une touche de surnaturel ou de spiritisme (et puis, c’est bien tentant d’imaginer une soucoupe volante dont le carburant serait la force de l’esprit).


Dans le même temps, Guy Lefranc se lance dans une vraie aventure : infiltrer une base secrète en Antarctique sous le couvert d’une usurpation d’identité. Là aussi, la densité narrative permet de développer des moments divers : l’évocation de l’exploration de l’Antarctique, l’installation de la base secrète dans la Nouvelle Souabe, un voyage en zeppelin, la visite de plusieurs zones de la base en Antarctique et la découverte de ce qu’elle contient, le passage à tabac d’un prisonnier pour un interrogatoire musclé, une évasion assez classique, la prise d’assaut de la base souterraine, sans oublier deux vols dans cet appareil étrange en forme de soucoupe. Le scénariste maîtrise ces moments d’action classique, les amenant dans une succession logique, avec un enchaînement qui coule de source, un rythme maitrisé, des particularités qui leur donnent une saveur propre, sans impression de cliché ou de rebondissement usés jusqu’à la trame et prêts à l’emploi.



Le dessinateur maîtrise, lui aussi, les caractéristiques de la narration visuelle de type ligne claire. Il réalise des cases descriptives et réalistes, avec un niveau de détails élevé. Le lecteur peut identifier du premier coup d’œil la vue sur Prague depuis un bateau sur la Vitava. Il ne manque pas une seule brique au mur du couloir souterrain qui mène à la pièce cachée où se tient Mister Cunningham. À chaque lieu, le lecteur prend le temps de savourer les accessoires et les aménagements : le carrelage devant l’évier de ladite pièce, le périscope d’un sous-marin, l’intérieur du Haunebu, l’aménagement intérieur du zeppelin, le petit train qui permet de se déplacer dans l’immense base de l’Antarctique et le réseau d’éclairage des galeries, le magnifique paysage de montagne et son hôtel des Sommets avec sa cheminée. Certes à deux reprises, le scénariste prend un malin plaisir à écrire un cartouche qui décrit exactement ce que montre l’image, certainement une sorte d’humour référentiel ou un défi chez les continuateurs de l’œuvre de Jacques Martin. Pour autant, les cases apportent toujours beaucoup d’autres informations visuelles et le lecteur est à la fête : les modèles de voiture (une tradition bien établie dans cette série), les tenues polaires, quelques avions, un modèle de lampe de bureau, les armes à feu (en remarquant que Lefranc prend bien soin de ne pas tuer) et même un bazooka, un modèle de transistor, etc. Il n’y a que la rue de Rivoli qui semble un peu étroite, avec pas assez de files de circulation.


Pour ce vingt-sixième album de la série, les auteurs se montrent aussi respectueux du travail de Jacques Martin, qu’impliqués pour réaliser une histoire mémorable. Le scénariste est allé piocher dans les rumeurs et autres théories du complot sur l’héritage des Nazis, pour une intrigue parfaitement dosée, entre plausibilité et éléments propres à déclencher l’imagination du lecteur. La narration visuelle est impeccable, précision et minutie, lisibilité et efficacité, réalisme et images mémorables. Un grand album de cette série.



jeudi 8 février 2024

Le coup de Prague

En tout écrivain, il y a un espion qui sommeille.


Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Sa parution initiale date de 2017. Il a été réalisé par Jean-Luc Fromental pour le scénario et par Miles Hyman pour les dessins et les couleurs. Il comprend quatre-vingt-douze pages de bande dessinée. Il se termine avec un dossier de onze pages intitulé Dossier Greene, écrit par le scénariste, structuré en plusieurs parties : Graham Green l’ennemi intérieur, Elizabeth Montagu l’honorable rebelle, Le troisième homme, Quatre dans une Jeep.


Au début de l’année 1948, Elizabeth Montagu arrive en voiture à l’aéroport de Vienne. Elle n’était plus une gamine quand tout ceci est arrivé, mais elle avait gardé le romantisme, l’esprit d’aventure de la débutante que la guerre avait détournée d’un avenir doré écrit d’avance. Un peu actrice, un peu espionne, elle avait mis, depuis le retour de la paix, ses talents au service de la London Films, la compagnie de Sir Alexander Korda. Hiver 1948. Le plus froid de l’après-guerre. Un front sibérien ensevelissait Vienne sous un tombeau de glace. Sir Alex l’avait chargée d’accueillir G. à son arrivée de Londres. Son rôle était de le guider dans la capitale sous occupation des Quatre Puissances et de l’assister dans ses recherches pour l’écriture du film que Korda, Carol Reed et lui projetaient d’y tourner. G. et elle s’étaient croisés aux studios de Shepperton. Grande admiratrice de son œuvre, elle se réjouissait de ma mission. Une chose l’avait troublée. Dans un câble expédié de Brighton le jeudi précédent, G. annonçait un contretemps et lui demandait de télégraphier à sa femme : Bien arrivé – baisers – Graham. Il n’en fallait pas plus pour enflammer l’imagination d’une jeune femme romanesque. En l’attendant, ce soir glacial de février, elle se demande ce qu’il avait pu faire de son week-end volé.



Dans l’aéroport, Elizabeth Montagu fait un grand geste de la main en direction de Graham Green pour attirer son attention. Il vient vers elle, lui serre la main, en s’excusant de l’avoir obligée à braver le blizzard. Un photographe aux lunettes de myope s’est approché, et prend rapidement un cliché de l’écrivain, puis il leur tourne brusquement le dos et s’en va sans mot dire. Au retour de Wien-Schwehat, le silence de Green emplit l’habitacle de la voiture et Montagu n’ose pas proférer un son. Le spectacle des ruines accapare l’écrivain. Elle sait qu’il avait vécu le Blitz, dont les hasards de la guerre l’avaient protégé. Peut-être compare-t-il les blessures de Londres à celles infligées par l’ennemi. Elle lui avait déniché une chambre à l’hôtel Sacher, un exploit dans cette ville pleine de snobs en uniforme. Ils pénètrent dans le hall de l’hôtel, et un groom prend le sac de voyage de Green pour le porter et l’amener jusqu’à sa chambre. Elle lui demande comment il trouve la chambre. Elle lui semble un peu fraîche, mais il sort une bouteille scotch de son sac : le réconfort du pèlerin. Ils trinquent, en oubliant les officiels qui attendaient Greene au Blaue Bar. Ceux-ci échangent entre eux, se demandant ce que Greene vient faire à Vienne.


En fonction de sa familiarité avec l’écrivain Graham Greene (1904-1991), son histoire personnelle, son œuvre, le lecteur peut aborder cette bande dessinée avec différents niveaux de lecture. Le premier niveau correspond à un roman d’espionnage au début de la guerre froide, une opposition entre les pays du bloc de l’Ouest et ceux de l’Est, incarnée par les États-Unis d’un côté et l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) de l’autre côté. Un écrivain est en repérage à Vienne afin de trouver des idées réalistes pour son scénario, en particulier l’activité criminelle à laquelle doit se livrer un personnage, et des lieux remarquables pour l’action, comme une discussion à haut risque et une course-poursuite. Le lecteur n’a pas accès en direct aux pensées de l’écrivain ; il se retrouve à supputer à partir des observations que fait Elizabeth Montagu, et des suppositions qu’elle-même fait. Il se retrouve à participer à cette dimension ludique, échafaudant hypothèses. Le scénariste dose admirablement bien ses ingrédients : de temps à autre, le lecteur sent qu’il perd pied faute de l’apparition d’un nouvel intrigant dans l’histoire ; tout de suite après les commentaires de Montagu ou les remarques sporadiques de Greene ou d’un autre interlocuteur viennent lui apporter une information qui lui permet de reprendre le fil de l’intrigue.



La narration visuelle s’avère douce à l’œil : des contours discrètement arrondis, peu de traits secs, aucun cassant. Des couleurs elles aussi douces et souvent chaudes, un éclairage sans agressivité avec de temps à autre comme l’impression d’un projecteur bien orienté sur un visage par exemple, évoquant une mise en lumière telle qu’elle peut se pratiquer au cinéma. Pour un peu, un feuilletage rapide donne l’impression de dessins tout public, desquels toute agressivité a été gommée, jusqu’à aboutir à une apparence inoffensive. Pour autant, dès la première page, le lecteur ressent bien une représentation de la réalité très adulte. En l’occurrence, l’artiste fait œuvre d’une reconstitution historique très minutieuse, descriptive et dense. Sur ce premier dessine en pleine page, c’est le bon modèle d’avion, de voiture, de camion, d’uniforme militaire. La simplicité de la forme des deux bâtiments correspond pour autant à leur forme globale. Avec la troisième planche, le lecteur peut prendre la mesure de l’investissement de l’artiste dans la description des lieux : il ne manque par un montant, un chambranle, un luminaire aux pièces de l’aéroport. Il en va de même pour la chambre de Greene à Vienne, les mansardes sous les combles à Prague, les murs avec boiserie des cafés de Vienne, les tentures du club l’Oriental toujours à Vienne, les décorations sculptées des balcons de l’opéra Theater an des Wien, les cordages et décors dans les coulisses dudit opéra, les piliers et l’architecture intérieure de l’église Saint-Nicolas de Prague (Malá Strana), etc.


Le lecteur ouvre également grand les yeux lors des séquences en extérieur : les ruines de bâtiments bombardés à Vienne, une allée du cimetière Zentralfriedhof où reposent Beethoven et Salieri, une collision évitée de peu entre un tramway et une voiture, une course-poursuite à pied dans des ruelles pavées de nuit, une descente dans les larges égouts de la ville, un petit tour dans la grande roue du Prater, les rues de Prague envahies par la foule, la vue de la mer depuis Anacapri, le Capitol de Washington le temps d’une case… D’un côté, ces environnements correspondent aux repérages de localisations pour tournage ; de l’autre côté, Graham Green et Elizabeth Montagu (1909-2002) s’y déplacent ou les traversent pour se rendre à leurs rendez-vous, de manière tout à fait organique. Ils séjournent à Vienne, à cette époque, elle servant de guide en fonction des endroits qu’elle connaît, lui ajoutant quelques destinations en fonction de ses contacts. Ces déplacements et ces lieux engendrent une dynamique dans la narration. Il s’agit bien d’un récit d’espionnage, dont les deux principaux protagonistes ne sont pas armés, ne servent pas d’armes. Ils se retrouvent à deux reprises mêlés à une agression physique, dont un meurtre, pour autant ce n’est pas un récit d’action, plutôt une enquête dans laquelle le rôle et les motivations de l’écrivain sont à découvrir. D’ailleurs celui-ci fait observer à Montagu que : En tout écrivain, il y a un espion qui sommeille.



Le récit sera plus parlant pour un lecteur ayant une idée même vague de la carrière de Graham Greene, et ayant déjà entendu parler, ou vu, le film Le troisième homme réalisé par Carol Reed sur un scénario de Graham Greene, tourné en 1948 à Vienne, sorti en 1949. La bande dessinée se lit alors aussi bien comme un hommage à l’auteur, qu’au film. Le lecteur retrouve des éléments biographiques de sa vie, comme sa liaison avec Catherine Walston (1916–1978) ou son véritable passé d’espion au service du MI6 pendant la seconde guerre mondiale, et sa relation avec Kim Philby (1912-1988, Harold Adrian Russell Philby), officier du renseignement britannique. Il relève également les éléments du repérage de Greene à Vienne qui seront intégrés dans son scénario et figureront dans le film Le troisième homme, comme la grande roue ou les égouts de Vienne. Le scénariste se montre fin connaisseur de la vie et du film : dans le dossier en fin d’ouvrage, il fait référence à deux biographies de l’auteur, celle officielle établie par Norman Sherry avec l’aide de Greene, celle officieuse de Michael Shelden jetant un regard derrière la légende. En s’appuyant sur le premier niveau de lecture (une intrigue d’espionnage) et le second (la biographie et les repérages du film), les auteurs développent un troisième niveau de lecture : une analyse sur l’intention du scénario du film, s’avérant des plus convaincantes.


Une très belle couverture attire l’œil du lecteur, par son élégance, et sa composition en plusieurs plans appelant différentes interprétations. Les auteurs retracent un moment très précis dans la vie du romancier Graham Greene : son exploration de Vienne en 1948 pour nourrir le scénario du film Le troisième Homme (1949). La narration visuelle séduit le lecteur par son élégance sophistiquée et la rare consistance de sa reconstitution historique. L’intrigue s’avère tout aussi sophistiquée, mêlant espionnage, découverte de différentes facettes de Vienne, et intention plus ou moins consciente de l’auteur. Élégant.