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mardi 25 novembre 2025

Mediator, un crime chimiquement pur

Depuis 1987, ils voient arriver un nombre croissant d’HTAP qui ont toutes pris le comprimé miracle.


Ce tome constitue une histoire indépendante de toute autre qui ne nécessite pas de connaissance préalable. Son édition originale date de 2023. Il a été réalisé par Éric Giacometti & Irène Frachon pour le scénario, et par François Duprat pour les dessins, par Paul Bona pour les couleurs. Il comporte cent-quatre-vingt-six pages de bande dessinée. Il s’ouvre avec un texte introductif de deux pages, rédigé par les scénaristes, évoquant leur rôle dans cette affaire, et leurs objectifs : Témoigner de la souffrance indicible des victimes, mettre en lumière le rôle de Jacques Servier, le poids de ses réseaux, de son entregent, de sa gestion paranoïaque et mégalomane de sa maison. Ils expliquent que toutes leurs sources sont vérifiables, les milliers de pages des actes du procès au pénal, ainsi que les récits précis des victimes et d’Irène, les ouvrages écrits par Servier lui-même, etc. L’ouvrage se termine avec la liste des victimes et malades de la norenfluramine, la présentation de la pétition pour retirer à Jacques Servier et à titre posthume la dignité de grand-croix de la Légion d’honneur. Puis viennent un schéma présentant la chronologie d’un scandale sanitaire qui dure depuis soixante ans, la copie de l’ordre écrit de dissimuler, la formule de la molécule tueuse, quelques chiffres à propos des victimes du Mediator, ainsi que le destin des autres médicaments de Servier.


Histoire de Pascale : une mort d’apparence inexpliquée. Lisa est réveillée en pleine par un cri de sa mère Pascale à l’étage. Son père lui dit qu’il est en train d’appeler les secours. La jeune femme décède avant l’arrivée des pompiers qui ne peuvent la réanimer. Certificat du médecin légiste : Pascale, 51 ans, est décédée d’une insuffisance cardiaque aiguë, cause inconnue. Sur sa table de chevet : une boîte de Mediator.



Partie un : alerte à Brest ! Corsen, dans le pays de Brest, en février 2007, la famille Frachon se détend sur une plage. Irène lit un ouvrage intitulé : Maigrir, l’arme absolue. Elle estime qu’elle a cinq kilos de trop. Elle ajoute à destination de son mari, que le lendemain elle voit une patiente qui en pèse cent-trente. Le lendemain à l’hôpital de la Cavale Blanche à Brest, la docteure indique à une infirmière qu’elle monte voir une patiente HTAP envoyée par les collègues de Saint-Brieu. Depuis qu’ils sont labellisés Centre de compétence régional, les autres hôpitaux les leur adressent. L’avatar d’Hippocrate intervient pour expliciter l’appellation HTAP : C’est un acronyme qui désigne une sale maladie. HTAP veut dire HyperTension Artérielle Pulmonaire. En clair, le calibre des artères pulmonaires se rétrécit. Le cœur pousse plus fort et augment la pression pulmonaire. Une maladie rare, quelques cas par million d’habitants, mais mortelle par épuisement du cœur. Irène rentre dans la chambre de Joëlle, 52 ans, hospitalisée en pneumologie. Elle lui demande si elle suit un traitement particulier. La patiente désigne de l’index sa table de chevet : elle a un tas de médicaments, elle les a apportés avec elle. Irène remarque immédiatement une boîte de Mediator. Joëlle lui explique qu’elle le prend pour son diabète. Irène lui indique de le mettre de côté.


Un ouvrage sérieux et crédible : Irène Frachon, la coscénariste, est la lanceuse d’alerte dont les actions ont initié le scandale du Mediator. Il s’agit d’une affaire sanitaire et judiciaire ayant causé la mort de 1.500 à 2.100 personnes en France suite à la prise de ce médicament, concernant les personnes victimes de la prise de benfluorex, commercialisé sous le nom de Mediator par les laboratoires Servier de 1976 à 2009, sans compter celles qui souffrent des conséquences des effets secondaires. Elle est également docteure en médecine, spécialisée en pneumologie. Le lecteur sait donc qu’il s’agit d’un ouvrage à charge, d’autant plus que les laboratoires Servier ont été condamnés en appel en décembre 2023 à une amende de 8,75 millions d’euros, et condamnés en plus pour escroquerie, raison pour laquelle ils doivent rembourser aux organismes sociaux et mutuelles 415 millions d'euros. Éric Giacometti avait travaillé sur l’affaire de santé publique concernant l’Isoméride quelques années plus tôt quand il était journaliste au Parisien. En outre, les auteurs mettent en scène un avatar d’Hippocrate qui vient exposer des éléments d’information nécessaires : sur les laboratoires Servier, sur Jacques Servier (1922-2014) lui-même, sur la valvulopathie, les amphétamines, le Redux, l’Afssaps, l’étude cas-témoin, etc.



Rapidement, les inquiétudes du lecteur disparaissent : la lecture s’avère facile et agréable, sans rien sacrifier à la rigueur et à la précision. Tout en ayant conscience de connaître la fin de l’histoire, il éprouve de l’admiration pour la lanceuse d’alerte, s’inquiète pour elle, prend les revers de plein fouet comme elle (quand elle se heurte à la puissance des laboratoires Servier représentés par des avocats compétents à leur solde), et s’indigne, voire s’insurge, devant les différentes formes d’injustice. Les victimes de ces deux médicaments bien sûr (Isomérie, Mediator), la manipulation orientée des faits par les laboratoires Servier, la faiblesse des pouvoirs publics face à la puissance économique de cette firme, l’efficacité du lobbying favorisant la collusion d’intérêts entre les laboratoires et quelques politiques dont un président de la République très reconnaissant. Le récit prend la forme d’une véritable aventure d’un individu contre une puissance écrasante, un combat disproportionné pour, littéralement, sauver des vies humaines, pour faire cesser la diffusion d’un poison (Norfenfluramine, nom de code S585) trouvant sa source au XIXe siècle et largement employé par les gouvernements durant la seconde guerre mondiale. Malheureusement, cela ne relève pas d’une fumeuse théorie du complot créée pour son potentiel divertissant.


Dès le début, cet ouvrage se lit comme une vraie bande dessinée : les quatre pages montrant la mort inexpliquée de Pascale avec le présage de la présence de cette boîte de Mediator. Puis la docteure Frachon se rend au chevet d’une de ses patientes et la questionne sur ses différents traitements. Les auteurs ont bien pris soin d’écrire pour ce média, par opposition à un texte tout prêt confié à un dessinateur, avec bonne chance à lui pour imaginer des dessins qui ne soient pas redondants avec le texte. Ainsi le lecteur découvre des séquences sur plusieurs cases ou plusieurs pages : outre la visite à la malade Joëlle, un cambriolage nocturne dans le Montreal Jewish General Hospital, une scène de réception dans l’hôtel particulier de Servier à Neuilly, la première présentation, très décevante, de la docteure devant un petit groupe de travail de l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), un atroce face à face entre la docteure et ses compagnons d’alerte devant l’équipe de pharmacovigilance de Servier avec les avocats de la firme, le malaise de Cathy lors de l’ascension du mont Sinaï, etc.



Les dessins appartiennent à un registre réaliste et descriptif, avec un degré de simplification significatif, qui les rend immédiatement lisible. La majorité des personnages apparaissent sympathiques, et normaux, à quelques exceptions près comme Jacques Servier lui-même, ou l’avocate maître Nathalie Carrère. Le lecteur se rend compte de la qualité de la narration visuelle en constatant que l’artiste sait rendre visuellement intéressant la docteure en train de faire des recherches sur ordinateur, action pourtant peu dynamique. Tout du long de l’ouvrage, le dessinateur met en œuvre des constructions et des outils graphiques très diversifiés, s’adaptant à chaque propos. Il sait utiliser des représentations anatomiques en les simplifiant sans les dénaturer (par exemple pour expliquer l’HTAP). Il s’amuse avec Hippocrate qui ouvre un livre duquel sort une licorne et une sorcière. Parmi les multiples idées visuelles : les différents sites de Servier comme des cartes postales (Tiansin, Maroc, Jacarepagua, Sopayno), Éric Giacometti faisant son entrée en scène en ouvrant un rideau de théâtre, la représentation spatiale de la molécule d’amphétamine, le médecin de la Sécu au milieu d’une pièce dont les murs sont tapissés d’écrans d’ordinateur, sans parler des accessoires de Jacques Servier en fonction de la situation comme un casque militaire ou une batte de baseball.


La lecture s’avère donc facile et agréable, souvent ludique, les auteurs suivant une narration chronologique, avec des apartés ou des développements en fonction des informations nécessaires. Le lecteur revit le parcours de la lanceuse d’alerte avec le bénéfice de la connaissance de l’issue de l’affaire. Il peut ainsi mieux mesurer le rapport de force disproportionné entre elle et la firme Servier, les risques pris et les doutes tout naturels, l’inertie des structures, que ce soit du fait de leur faible effectif, des doutes et des précautions légitimes ou non, des enjeux économiques, de l’efficacité professionnelle des équipes des laboratoires Servier qui allouent un budget et des moyens à la hauteur des enjeux financiers pour eux. Il se retrouve partagé entre l’admiration pour les médecins compétents, les journalistes efficaces, et l’horreur du peu de cas qui est fait des vies humaines en jeu dans l’inertie des réactions. Ce témoignage de première main est aussi admirable pour l’engagement des personnes concernées, qu’édifiant quant au parcours du combattant à traverser, et une démonstration exemplaire de ce que valent les vies humaines face au profit.


L’affaire du Mediator : le lecteur peut appréhender un ouvrage aride et compliqué, il découvre une histoire prenante et passionnante, facile d’accès. Il sait qu’il bénéficie d’un témoignage de première main, celui de la lanceuse d’alerte elle-même. La narration visuelle s’avère inventive et au service du récit, efficace et diversifiée. Les auteurs présentent clairement l’ampleur de l’escroquerie criminelle perpétrée par les laboratoires Servier et son propriétaire. Éclairant.



mercredi 17 juillet 2024

Trompe-l'œil

Donc on pique le pognon de ton daron et on part jouer les cantinières sur le vieux continent ?


Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première publication date de 2024. Il a été réalisé par Damien Martinière pour le scénario, Paul Bona pour les dessins, et Muge Qi pour la mise en couleurs. Il comprend cent-vingt-deux pages de bande dessinée.


Des ambitions trop grandes : L’art est un mensonge qui permet de dévoiler la vérité, Pablo Picasso. Réveillon de la Saint-Sylvestre, au lac des Fauves, Québec : tous les habitants sont réunis autour du lac en train d’admirer le tir du feu d’artifice, avec une glacière pour les boissons. Un van passe tranquillement sur la route, à son bord Nick Williams, sa fille Fiona et un oncle muet. Alors que le feu d’artifice continue de battre son plein, ils s’arrêtent devant la demeure de Girard, le maire. Ils dérobent plusieurs des tableaux accrochés aux murs, et ils repartent dans leur van sans avoir été inquiétés. Fiona trouve que les cambriolages c’est super physique en fait, et elle prend une lampée de whisky dans sa flasque. Son père lui fait remarquer que ce serait moins dur si elle n’était pas bourrée du matin au soir. Il explique que les caisses sont vides et qu’ils doivent s’ouvrir à de nouveaux business. Elle continue à se plaindre : ils auraient pu profiter du réveillon comme une famille normale. La dispute continue : son père lui reproche de n’avoir volé qu’un seul tableau alors qu’il avait dit deux par personne, elle propose des cookies au miel qu’elle a fait avec une nouvelle recette à base de sirop d’érable, son père les jette par la fenêtre, en ajoutant qu’il ne voit vraiment pas ce qu’il va faire d’elle.



Le lendemain, Jade Delâge, jeune adulte, a fini de purger sa peine de prison et elle sort de l’établissement de détention de Tanguay. Elle prend l’autocar. À la première station-service, elle achète un cola et un téléphone prépayé. De retour à sa place, elle appelle ses anciens comparses, mais ils se sont tous refait une vie rangée des voitures. Finalement, son téléphone sonne : Fiona Williams a réussi à avoir son numéro par Chris et elle lui propose de la rejoindre, et de s’associer à sa famille car ils sont sur un gros coup. Faute d’autre option, Jade accepte. Le lendemain, Phil, un jeune policier et Otto le chef de police de Lac des Fauves sont à bord du véhicule de service pour se rendre sur le lieu du vol de tableau. Le premier dit au second son plaisir de travailler avec le chef. Phil est sorti major de promo de l’école de police de Montréal, puis il a été sur le terrain quelques années, mais son épouse Marie voulait absolument s’installer à la campagne, pour le bébé, car il va être papa. Otto lui répond sèchement que ça ne l’intéresse pas de faire la causette avec lui. Il ajoute : qu’il soit gentil, qu’il la ferme et qu’il le laisse finir son soda. Quand il aura envie d’écouter des histoires, Otto allumera la radio. Ils arrivent à destination, et Otto salue le maire Girard, qui est un ami.


Un titre intriguant, une couverture bien sympathique entre mise en abîme du récit par le biais de peintures et évocation d’une affaire bien juteuse par le biais de la valise bourrée à craquer de billets. Le récit est découpé en trois chapitres, chacun avec une citation de peintre en exergue. Celle de Pablo Picasso pour le chapitre un. Une d’Edward Hooper : Si vous pouviez le dire avec des mots, il n’y aurait aucune raison de le peindre. Et une de Mark Rothko : Quand on peint les grands tableaux, quoi qu’on fasse, on est dedans. Elles viennent ainsi confirmer le potentiel d’une lecture au second degré où l’art sert de révélateur et de mode d’expression de choses indicibles. Tout commence par un casse : un vol de tableaux sans grand risque dans une riche propriété dont le système d’alarme est hors service car il n’a pas pu être réparé. Puis la jeune Jade Delâge se retrouve à devoir payer une dette à ce gang, petit (deux membres plus la fille Fiona) mais dangereux. La distribution de personnages reste de dimension raisonnable : Jade Delâge et son père Glenn, Fiona Williams et son père Nick avec leur acolyte, Otto le chef de la police et le jeune policier Phil avec sa femme enceinte Marie, le maire Girard, la docteure Céline Saint-Pierre également collectionneuse de tableaux, et quelques rôles très secondaires et autres figurants. Les deux jeunes femmes essayent de s’en sortir comme elles peuvent, ainsi que le jeune policier, dans un vrai polar où l’appât du gain constitue un moyen pour atteindre une vie meilleure.



Dès la première page, l’œil du lecteur est attiré par le choix des couleurs : un beau violet pour les reflets allumés par le feu d’artifice, complété par des reflets verts au sein de l’habitacle du van du fait du parebrise. Lors de sa sortie de l’établissement de détention, Jade Delâge baigne une lumière verte venant de sa doudoune, renforcée par le bleu-vert des murs du bâtiment. La séquence dans la demeure du maire baigne dans des nuances de rouge, de capucine à carmin. L’atelier de peintre de Glenn Delâge baigne dans une ambiance à base de nuances de vert. En extérieur, la couleur de la neige est également influencée par la nature de ce qui se déroule : blanche et pure, violette et propre à dissimuler des actions condamnables, bleu clair pour le milieu urbain, virant vers le mauve quand la nuit commence à s’installer, etc. Cette manière d’utiliser les couleurs s’applique également à la peau des personnages, pour leur visage, leurs mains. Incidemment, cela conduit le lecteur à établir un lien conscient ou inconscient entre des scènes traitées avec les mêmes couleurs. Pour un personnage en particulier, l’artiste utilise l’aquarelle pour le représenter, mettant ainsi en avant son caractère fantomatique car il est décédé.


Dès la première page, la personnalité graphique de l’artiste ressort ainsi par les couleurs. Elle se perçoit également dans la façon de dessiner les personnages et les décors. Il utilise un trait fin assez souple avec des contours majoritairement arrondis pour les personnages, parfois contrecarrés par des petits traits secs apparaissant assez contrariants. D’un côté, les traits de visage sont assez marqués ; de l’autre, ils sont aussi simplifiés, juste de gros points noirs pour les yeux, des nez un peu grossiers, une bouche avec deux zones blanches indistinctes pour les dents. Les éléments de décors oscillent entre des objets et des paysages esquissés (comme les sapins, la route, des cookies, une table de billard, etc.) et des aménagements avec des accessoires beaucoup plus précis (l’atelier de Glenn Delâge, la galerie d’exposition, le poste de police). Ces deux caractéristiques (traits de contour, niveau de détails) font parfois penser que la représentation correspond à la perception subjective que Jade Delâge peut avoir de ce qui l’entoure. Du coup, la narration visuelle peut sembler fluctuante, tout en étant d’une lisibilité qui peut faire penser à de la simplicité. Pour peu qu’il y soit sensible, le lecteur observe que l’artiste met en œuvre des techniques nombreuses et diversifiées : des cases avec une bordure rectangulaire soigneusement alignées, une case en insert, un dessin en pleine page, un plan de prise de vue bien construit pour une discussion entre deux personnages, un découpage sophistiqué en double page 72 & 73 avec une colonne de cases sans bordure à gauche et à droite pour les boniments de Jade Delâge et des cases avec bordure en format paysage au milieu pour moitié sur la page de gauche et pour l’autre moitié sur la page de droite, des pages en aquarelle, des cases en trapèze lors d’une attaque de chiens, des onomatopées pour des coups de feu en page 114, un découpage très dynamique pour une course-poursuite, etc.



Le lecteur a tôt fait de s’adapter aux idiosyncrasies de la narration visuelle et de se prendre d’une forme d’affection pour ces individus qui sont bien en peine de penser plus loin que le bout de leur nez, que ce soit Jade Delâge et son coup pour doubler le clan Williams, Fiona Williams et sa crise de rébellion d’enfant gâté à deux balles contre son père, la docteure Céline Saint-Pierre trop contente de faire une bonne affaire, ou même Phil aveuglée par sa droiture. Pas de doute, on est bien dans un polar qui ne ferme pas les yeux devant la bassesse humaine. Les auteurs ne se placent pas en donneur de leçon : ils montrent des êtres humains avec leurs faiblesses, leurs limitations, leur tendance irrépressible à reproduire les mêmes schémas de pensée, et les mêmes schémas d’action. Le lecteur a gardé à l’esprit le titre : trompe-l’œil. Il voit bien comment ce principe de peinture qui donne l’illusion de la réalité, de la dimension de profondeur, s’applique aux faux réalisés par le père de Jade Delâge. Il réalise que cette illusion s’applique également à la manière dont chaque personnage se représente la réalité : Jade s’illusionne sur le fait qu’elle peut avoir le dessus sur des adultes avec plus d’expérience et sans appréhension d’utiliser la force physique, comment sa copine Fiona s’illusionne sur sa liberté de penser sans influence de l’emprise paternelle, comment Nick Williams et Otto s’illusionnent sur la maîtrise qu’ils pensent avoir des événements. En même temps chaque personnage du mauvais côté de la loi met en œuvre sa propre stratégie en trompe-l’œil vis-à-vis de ceux qui l’entourent pour donner le change sur la réalité de leurs magouilles.


Une couverture très intrigante, entre monde de l’art et arnaque qui rapporte. Une fois plongée dans la lecture, la forte personnalité de la narration visuelle commence par déstabiliser un peu, avant de devenir évidente, diversifiée, exprimant bien la personnalité de chacun, et montrant bien chaque lieu. Le lecteur passe un bon moment à côtoyer ces criminels, arnaqueurs de plus ou moins petite envergure, se faisant vite une idée sur chacun, tout en ressentant leur point de vue d’être humain. Les auteurs racontent un vrai polar, nourri par le contexte aussi bien géographique que social, attestant que la cupidité est une valeur partagée par le plus grand nombre, et que Cupidité rime avec Stupidité.