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lundi 8 juin 2026

Le petit maire

Le maire, c’est la République au village. – Jules Ferry


Ce tome contient une forme d’exposé biographique, indépendant de tout autre, ne nécessitant aucune connaissance préalable. Son édition originale date de 2026. Il a été réalisé par Laurent Turpin pour le récit, par Turpin et Olivier Berlion pour l’adaptation du récit et les dialogues, par Berlion pour le dessin, et par Christian Favrelle pour les couleurs. Il comprend cent-vingt-six planches de bande dessinée. Il commence par une introduction de deux pages de M. Turpin, maire de Sandemont.


La France est le pays d’Europe comptant le plus de communes : 34.964, dont 34.805 en métropole, recensées par l’INSEE. Parmi celles-ci, plus de la moitié (18.582) ont moins de 500 habitants. Saudemont, municipalité rurale des Hauts-de-France, située dans le triangle Arras-Douai-Cambrai, en fait partie. Bienvenue chez Laurent… Avec un peu plus de 420 habitants, ce village ch’ti est composé d’anciens ou d’enfants d’anciens du village, qui se connaissent tous. Et de nouveaux venus qui s’intègrent grâce à leurs enfants (écoles et activités comme Halloween, carnaval, père Noël…) et aux diverses festivités qui leur sont proposées (ducasse, fête de la Bière…). Comme la majorité des communes rurales, Saudemont est un village à dominante agricole, ce qui lui garantit une qualité de vue reconnue… Mais peu de ressources financières, à la différence des bourgs industrialisées qui récupèrent des attributions liées aux activités professionnelles présentes ou passées. Saudemont dispose d’un riche patrimoine matériel, notamment un clocher classé monument historique depuis 1928. Mais aussi les fameux Anges de Saudemont, deux statues en bois polychrome datant de la fin du XIIIe siècle et dont les originaux sont désormais au musée des Beaux-Arts d’Arras. Dans une des chapelles du village, des répliques réalisées à l’identique par les ateliers du Louvre sont exposées. Saudemont a aussi un patrimoine vivant avec son élevage de chevaux Trait du Nord (c’est le nom de cette espèce bien particulière). Ces puissants chevaux tractionnaires sont utilisés pour aider au débardage ou à la place des engins motorisés. Succès assuré quand ils sortent pour balader petits et grands, mais aussi le père Noël, dans les rues de Saudemont. Depuis 2022, Saudemont est devenu Village Patrimoine, un label national mettant en avant la richesse patrimoine des communes de moins de 2.500 habitants. Quelques autres villages aux alentours sont également labellisés, grâce à la richesse naturelle que sont leurs nombreux marais pour les uns ou encore le patrimoine mémoriel de la Première Guerre mondiale pour les autres. Voilà, fin de la visite !



Devenir un petit maire. Laurent Turpin est revenu vivre à Saudemont en 2017, dans la maison que sa famille occupe depuis la fin du XIXe siècle, pour se rapprocher de ses parents dont la santé était fragile. Le monument aux morts recense deux de ses aïeux. Et le cimetière pourrait lui servir d’arbre généalogique à lui tout seul. Son grand-père (résistant notoire) a occupé la fonction d’édile municipal de 1956 à sa mort, en 1978. Et son frère, enfant du village, est revenu y vivre dans les années 1980 avec sa mère, jusqu’à leur dernier souffle. Tous les deux… En 2019…


Dans son introduction, le petit maire, explique sa démarche : Ce livre n’est qu’un témoignage personnel (parfois un peu romancé…) ; il manque sûrement beaucoup d’événements que vivent tous les petits maires (ils sont tellement nombreux) au quotidien. L’idée n’était pas de faire un recensement exhaustif des situations vécues, plutôt d’expliquer la fonction de maire rural et de l’illustrer en puisant dans l’éventail de ses actions et de ses responsabilités, parfois subies. Il est aujourd’hui utile de faire connaître et de valoriser ce statut, afin d’expliquer dans quelle mesure l’implication de tous les maires est fondamentale pour le fonctionnement de la démocratie, au-delà des simples discours. […] Les petits maires luttent au quotidien pour apporter à leurs administrés la qualité de vie qu’ils recherchent en vivant depuis des années dans leur village ou en venant s’y installer. Les liens de proximité sont notre fortune humaine, nous ne voulons pas la gaspiller. Alors, nous agissons à tout instant pour donner une réalité au mieux vivre ensemble. Ainsi le maire de Saudemont se présente puis raconte sa propre démarche, son lien avec la commune de Saudemont, de son élection, jusqu’à son interrogation sur se représenter ou non, en six chapitres : Devenir un petit maire, Les premiers pas, Petit maire, matin, midi et soir…, La vie communale, L’action supracommunale, Se représenter ou pas…



Cette bande dessinée se trouve donc à la croisée du reportage, de l’autobiographie et de la vulgarisation, concernant la fonction de maire d’une commune de moins de mille habitants, ce qui conduit l’édile à se qualifier lui-même de petit maire. Toutefois dans l’introduction, il souligne que les problématiques sont les mêmes que celles des grandes villes (mobilité, identité, sécurité, services, vivre-ensemble, etc.), juste avec moins de moyens. Il continue avec un autre propos souvent entendu : Même s’il y a des communes de petite taille, il n’y a pas de petite commune. Et il ajoute : Certes, mais il y a de petits maires, ceux qui ne bénéficient pas d’une administration, d’une ingénierie ou d’une logistique suffisantes pour gérer les affaires, même courantes. Pour réaliser cette narration, il s’est associé avec un bédéaste qui réalise des dessins dans un registre descriptif et réaliste. Les dessins apparaissent légèrement simplifiés, avec une approche naturaliste. Un peu comme le maire, l’artiste sait tout faire, ou en tout cas tout représenter, quel que soit le domaine d’activité évoqué. L’ordinaire d’un commune rurale et le quotidien d’un maire : une chapelle du village, le patrimoine naturel tel qu’un marais, le cimetière, le monument aux morts, des champs, les maisons du la commune, la salle des fêtes, le bureau du maire, une vue aérienne du village, la cuisine, la salle à manger et le jardin du maire, les rues de la ville envahies par une coulée de boue, l’école avec ses salles de classe et sa cour, les bureaux de la préfecture, le parc récemment rénové, l’église, une ducasse, etc.


Les dessins sont rehaussés par un lavis gris venant souligner certains éléments visuels, et par les couleurs bleu et rouge qui viennent encadrer le blanc de la feuille pour les écharpes tricolores et le drapeau français, faisant ainsi discrètement ressortir la dimension républicaine de ce témoignage. Le lecteur ressent vite la qualité de la coordination entre le maire et le bédéaste. Ils ont investi un temps important pour que le résultat soit une vraie bande dessinée, plutôt qu’un texte illustré ou un récitatif avec des images figées. M. le Maire apparaît dans la plupart des planches, ce qui est cohérent avec le fait que toutes les demandes des habitants lui sont directement adressées et qu’il est perçu comme la ressource de proximité immédiatement disponible à toute heure du jour et de la nuit. En plus de montrer les différentes facettes de la ville et des activités du maire, la narration visuelle met en scène les habitants dans leur demande, ainsi que les adjoints et les conseillers, les services de la préfecture. Sans s’en rendre compte, le lecteur bénéficie d’une visite privilégiée du quotidien de la commune, dans toute sa banalité, et également toutes ses particularités.



S’il a déjà eu l’occasion de s’intéresser aux actions d’un maire et à leur diversité, le lecteur se trouve en terrain familier, et il peut apprécier la qualité de la description qui est faite. Au moment de la sortie de cet ouvrage, le maire reste l’élu disposant du taux de confiance le plus élevé chez les citoyens. À l’opposé des grandes affaires faisant la une des journaux, le lecteur suit un élu dans ce que sa charge a de plus concret et de plus quotidien. Les auteurs passent en revue les différents domaines dont il assume la responsabilité avec les conseillers, de l’état civil à la sécurité, en passant par l’accompagnement aussi bien des personnes âgées que des citoyens subissant la fracture numérique. Ils montrent concrètement différentes actions, que ce soit l’identification d’un corps en cas d’accident de la route que l’organisation d’une fête communale, en passant par des moments compliqués comme la réouverture des classes à l’issue du confinement dans le contexte du COVID-19. Au travers des tâches réalisées, se brosse le portrait d’une charge, de convictions et de motivations. L’omni-disponibilité attendue par les citoyens, et considérée comme normale, n’a de sens qu’au regard de ce qui anime l’élu : renforcer les liens et humains et favoriser la transmission civique. Il conclut son témoignage par le bilan de ce qui a été réalisé : c’est extrêmement gratifiant de contribuer au bien-être des gens. Dans ce monde toujours plus individualiste, partager un sourire, un regard bienveillant ou simplement un Bonjour est à chaque fois une victoire qui donne du sens à son engagement. Et puis il est entouré d’une équipe formidable prête à poursuivre cette aventure humaine et citoyenne.


Petit maire : en rien une expression méprisante ou de condescendance, un terme indiquant qu’il s’agit d’un élu dans une petite ville, de moins de mille habitants. Élu et bédéaste ont travaillé main dans la main pour raconter cette fonction depuis la naissance d’un projet chez un citoyen avec des convictions et qui va présenter une liste, jusqu’à l’heure du bilan et à la question de se représenter. Ils racontent à la fois le parcours du maire, et à la fois les missions dont il est responsable vingt-quatre heures sur vingt-quatre. En fonction de son intérêt pour le sujet, le lecteur découvre cet engagement et ces responsabilités, ou il conforte ses connaissances avec l’exemple du maire de Saudemont, commune française située dans le département du Pas-de-Calais en région Hauts-de-France. Une belle rencontre avec un maire, l’élu préféré des Français.



lundi 16 octobre 2023

Éloge de la surface, dans les profondeurs de la téléréalité

Parce que la bêtise est l’apanage des autres.


Ce tome contient un exposé complet, indépendant de tout autre ; il ne nécessite pas de disposer d’informations au préalable. Sa publication date de 2023. Il a été réalisé par Stella Lory pour le scénario, les dessins et les couleurs, et par Tilila Relmani pour le scénario. Il comprend cent-seize pages de bande dessinée. Il se termine par une page listant les sources (livres, articles, études, émissions, soit vingt-cinq références), et une page de remerciements. 


Un avion approche de l’aéroport de Phuket, en Thaïlande, avec à son bord Yasmina Makleoud. Elle est attendue à sa sortie par un homme qui tient une pancarte portant son nom à elle, précisant le nom de l’entreprise Turfi Prod. Il la conduit en voiture, à la villa des Sudistes, et il lui souhaite bonne chance. Déposée devant, elle frappe à la porte en notant la culotte et le soutien-gorge négligemment jeté sur la statue de Bouddha sur le côté. La porte s’ouvre et une dizaine de jeunes gens sont en train de se lancer des spaghettis en sauce à la tête, avec deux caméramen en train de les filmer, et un individu hors champ derrière un fauteuil en train d’envoyer un message sur son portable. Yasmina se tourne vers le lecteur en déclarant qu’elle peut tout expliquer. Chapitre un : aux origines de la téléréalité. Quelques jours plutôt, Yasmina participait au repas de la famille Makleoud, une tablée comprenant sept adultes et un bébé. La grand-mère se râcle la gorge et annonce que cette après-midi, elle va voir l’exposition Arte Povera, en demandant si quelqu’un veut l’accompagner. Le frère aîné annonce qu’il n’est pas libre car il doit avancer sur sa thèse d’habilitation. La grande sœur donne une conférence à la Sorbonne cette semaine : elle prépare un colloque sur les crises de civilisation. Son compagnon parlera de la dissolution symbolique des organes de représentation du peuple. Rym donnera une conférence à la cinémathèque sur l’évolution des critères de beauté dans le cinéma taïwanais. Seule Yasmina n’a pas d’activité intellectuelle à son actif.



La conversation reprend à table et Rym demande si les parents préfèrent que Yasmina leur annonce qu’elle va faire les anges de la téléréalité, ou qu’elle part en Afghanistan pour épouser un moudjahidine ? L’absence de réponse consterne Yasmina qui rappelle que la téléréalité la passionne. Devant l’effarement de la famille, elle leur demande s’ils ne brûlent pas de comprendre pourquoi ces programmes ont autant de succès. Et d’où viennent ces candidats aux physiques surréalistes ? Et pourquoi on aime les regarder comme si on avait accès à quelque chose d’interdit ? La mauvaise réputation de la téléréalité ne montre-t-elle pas à quel point on stigmatise les candidats et la culture populaire en général ? En quoi la téléréalité serait un sujet d’étude plus déshonorant que l’Arte Povera du président Pompidou ? Bien lancée, elle continue : avant la téléréalité, il n’y avait pas que des programmes intelligents. Elle se rappelle une émission d’Apostrophes où Bernard Pivot recevait un auteur dont le roman raconte une histoire d’amour bouleversante entre une jeune fille de quatorze ans et un écrivain de soixante-dix ans.


Le titre propose un programme fort alléchant, quelque peu tempéré par le sous-titre, en fonction de l’appétence du lecteur pour la téléréalité. La scène d’ouverture le conforte dans ses a priori, qu’il soit plutôt intéressé par l’aspect dubitatif quant à l’intérêt de ce type de programme télévisuel, ou au contraire qu’il y prenne grand plaisir au premier ou au second degré. La dessinatrice a opté pour une apparence visuelle jeune et amusée, une exagération dans les expressions de visages et le langage corporel, une simplification dans les formes, un point de vue féminin (affirmé au cours du récit) sur son immersion dans cette parodie des Marseillais : le lecteur peut aussi bien y voir une forme de dérision appliquée au sujet, autant qu’un entrain accompagnant les facéties et les outrances des histrions qui se donnent sciemment en spectacle devant la caméra. Dans le même temps, dès cette séquence introductive en deux parties (l’arrivée à la villa à Phuket, le repas de famille qui conduit à l’inscription de Yasmina), l’artiste fait preuve d’un investissement de toutes les cases, que ce soit pour le niveau de détails, ou l’énergie et l’émotion. Le lecteur ne peut qu’éprouver du respect pour l’honnêteté de sa démarche, et sa curiosité pleine et entière.



Il peut donc lire cette bande dessinée comme une mise en situation, une immersion dans la production d’une émission de téléréalité, calquée sur celle qui connaît le succès à ce moment-là. Rapidement, il apparaît que Yasmina Makleoud ne jouera pas le rôle de candidate, mais de journaliste (son titre officiel), enfin plutôt assistante réalisatrice dans la villa elle-même, en prenant bien soin de rester hors champ à tout moment, et elle va nouer une réelle amitié avec Lenina, l’une des candidates. L’autrice montre qu’elle a effectué un solide travail de recherche sur les modalités de tournage : elle représente les différentes situations correspondantes. Le lecteur arrive ainsi en pleine bataille de spaghettis en sauce, puis la bande dessinée reprend l’ordre chronologique en partant du casting que passe Yasmina, puis elle participe à l’audition d’autres candidats. Viennent ensuite la première journée de travail à la villa, à suivre Ada, la productrice totalement survoltée, la régie avec les écrans de contrôle et le retour de tous les micros accrochés au candidats et disséminés partout dans la villa, la phase d’interview des participants en fin de chaque journée, la découverte du script pour le lendemain, la journée de repos et ses occupations, les placements produits par les candidats sur leurs réseaux sociaux respectifs, les sorties organisées (quad, jet-ski, boîtes, n’importe quelle activité consumériste), etc.


Le lecteur est emporté par le tourbillon d’activités, par l’énergie déployée pour rendre chaque moment excitant, par l’intensité de n’importe quelle émotion (sans grand rapport avec n’importe quel instant, chacun relevant du non-événement). La narration visuelle utilise les codes de la comédie comique, exagération, réactions disproportionnées, comportements infantiles, jeunisme, mise en scène agitée, pour rendre compte de cette animation perpétuelle, de cette ébullition désordonnée. Yasmina concocte une journée type pour les candidats, teintée de parodie : 12h00 : contre toute attente, les candidats mangent des tagliatelles au pesto sur le canapé du salon quand Aaaron vient leur annoncer une activité consumériste. 13h30 : l’activité du jour, quad. Encore une distraction choisie sur un modèle bien capitaliste : coûteuse, polluante, inutile, et surtout la moins culturelle possible. 18h00 : on annonce aux candidats qu’ils vont passer la soirée en boîte de nuit, consentants ou pas. 18h20 : préparation des mecs = temps de cuisson d’un œuf à la coque. 20h15 : préparation des filles = temps d’affinage d’un brie de Meaux. Elles vérifient la théorie bourdieusienne selon laquelle la femme doit rester cet objet accueillant attrayant et disponible. 20h45 : sous le silicone et les nano-robes en polyester se dissimule un système de pensées conservatrices, mantra des programmes. L’injonction à se mettre en couple (hétéro, cela va de soi) pour durer dans le programme. La fidélité. Mais surtout la respectabilité. Des devoirs exclusivement féminins. Malgré leurs efforts, les Sudistes ne passent toujours pas le test Bechdel-Wallace : l’indicateur du sexisme des films en trois critères. 20h45 : Show must go on, Lenina se traîne vers le dancefloor. Grave erreur tactique de Lenina qui se croit autorisée à assumer enfin son désir pour un autre homme. 22h47 : Aaaron fulmine et entame une nouvelle parade de la virilité. 23h00 : finalement tout le groupe s’est mis d’accord, la seule et unique fautive est Lenina. 00h37 : édifiante master class illustrant combien, sous un apparent libéralisme, les valeurs conservatrices de la téléréalité sont fortes.



De manière intriquée, l’autrice développe des interrogations et des analyses sur chacune de ces facettes de la téléréalité. Elle évoque les débuts historiques de ces programmes : Loft Story et Big Brother. Puis leur déclinaison sur de nombreux formats : Pékin Express, Koh-Lanta, Super Nanny, Nouveau look pour une nouvelle vie, Top Chef, Pascal le grand-frère, et bien sûr Les Marseillais, autant de catégories : vie en communauté, compétition, télécrochet, environnement de vie, séduction, sensations, mise en scène de vedettes, modes de vie, et plus si affinité expérience de vie, rénovation, rencontres, canulars, show culinaire, en soulignant le passage d’une téléréalité d’enfermement à une téléréalité de vie collective. Elle fait référence et cite plusieurs sociologues et artistes : François Jost (1949-) sémiologue, Andy Warhol (1928-1987) artiste, Patrick Le Lay (1942-2020) patron de chaîne et sa célèbre formule de Temps de cerveau disponible, Eva Illouz (1961-) sociologue et universitaire spécialisée dans la sociologie des sentiments et de la culture, Pierre Bourdieu (1930-2002) sociologue, le test Bechdel-Wallace, Didier Anzieu (1923-1999), psychanalyste. Elle aurait pu également inclure la notion de société du spectacle annoncée et théorisée par Guy Debord (1931-1994). Loin de pointer du doigt les candidats comme des boucs émissaires, elle expose les mécanismes comme les valeurs réactionnaires véhiculées par cette forme de téléréalité (le capitalisme scopique), en particulier le fardeau imposé aux femmes, le narcissisme des candidats qui savent très bien mettre en œuvre la stratégie du retournement du stigmate, la danse à deux du voyeuriste et de l’exhibitionniste.


Parti pour une lecture légère aux apparences girly sur la téléréalité de type vie collective, le lecteur en a pour son argent avec une mise en situation au sein d’une émission évoquant Les Marseillais, accompagnant une jeune femme dans la fabrication d’une saison directement dans la villa, à un rythme d’enfer avec une narration visuelle colorée et à fond de train. Dans le même temps, les autrices tiennent également la promesse de sonder ce média dans ses profondeurs, avec une analyse sociologique nourrie et pénétrante. Un ouvrage vulgarisateur, et une analyse qui s’immergent sous la surface, en reconnaissant le succès de ces divertissements comme relevant de la culture populaire.