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lundi 17 avril 2023

La Ligue des économistes extraordinaires

On peut investir sur soi-même comme un chef d’entreprise investit sur une machine ou sur un nouvel employé.


Cet ouvrage paru en 2014 apparaît classé dans les bandes dessinées : en fait il s'agit de textes, chacun consacrés à un capitaliste différent, accompagnés d'un ou deux gags en bande dessinée, avec une répartition d'environ 80% texte, 20% BD. Il a été réalisé par Benoist Simmat, journaliste économique et essayiste, et par Vincent Caut bédéiste. Ils passent en revue trente-sept économistes remarquables, répartis en trois grands chapitres : les classiques (XIXe siècle avec treize économistes), les révolutionnaires (XXe siècle, avec onze économistes), les contemporains (XXIe siècle, avec treize économistes). Chaque chapitre s'ouvre avec une introduction : les impairs de nos pères pour le XIXe siècle, le temps des dynamiteurs pour le XXe, Vive la crise ! pour le XXIe. L'ouvrage débute avec une préface de deux pages, écrite par Jean-Marc Daniel (spécialiste de la politique économique et professeur), une introduction de quatre pages : la science économique est née ce jour-là… Il se termine avec une conclusion de deux pages, un glossaire de cinq pages, un index d’une page, et une page de références et de remerciements. Ces deux auteurs ont ensuite réalisé un ouvrage consacré à La Ligue des capitalistes extraordinaires (2015).


Introduction. En l’an de grâce 1764, au cours d’un dimanche de fin d’été, deux gentlemen eurent une longue et passionnante conversation au premier étage d’une auberge de Compiègne. L’un, Adam Smith, était un Écossais, célèbre en Angleterre pour son œuvre de philosophe où tout le monde connaissait son faciès disgracieux reproduit sur les gazettes du pays. L’autre, François Quesnay, un Français très connu lui aussi, mais dans la France de Louis XIV, était un physicien courtisé qui exerçait la fonction très symbolique de barbier du roi, c’est-à-dire médecin personnel de sa Majesté. Ils parlent économie.



Adam Smith (1723-1790) : le saint patron de la productivité. Sa Main Invisible est devenue la parabole de tous les capitalistes du monde. Adam Smith porte un prénom rêvé pour être le premier des économistes extraordinaires. Ce natif de la petite ville de Kirkcaldy (nord-est de l’Écosse), qui souffrait d’une maladie nerveuse lui faisant sans cesse opiner du menton, sera toute sa vie un professeur totalement farfelu, à la distraction légendaire. Malgré, cela, quelques années avant la Révolution française, l’Europe entière accourait à Glasgow pour écouter les leçons magistrales de ce professeur de morale – discipline universitaire des temps anciens, mélange de théologie, de philosophie et d’économie politique. Voltaire ou Hume commentaient son œuvre ; Benjamin Franklin en personne lui avait rendu visite. Un jour, un premier ministre de sa majesté s’était même levé alors qu’il entrait dans une pièce. Smith est l’homme d’un ouvrage célébrissime, Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, grande fresque théorique sur l’émergence de la société marchande. Pourtant rien, mais alors vraiment rien ne destinait le jeune Adam à devenir cette figure légendaire dont les traders analphabètes actuels s’offrent encore le maître livre (pour caler leur armoire ?).


Cet ouvrage brosse donc le portrait de trente-sept économistes d’Adam Smith à Thomas Picketty. Chaque entrée est structurée de la même manière. D’abord le nom de l’économiste, ses dates de naissance et de mort (s’il est décédé), une formule pour le qualifier, une courte phrase pour synthétiser son apport. Un exemple : Karl Marx (1818-1883), le pervers narcissique de la plus-value. Son pavé de 2.500 pages a mis la moitié du monde à la corvée de patates. Puis le chapitre qui lui est consacré se compose de trois parties intitulées : Vis sa vie, Thèse antithèse foutaise, Pourquoi il s’est planté, merci ! En fonction de l’importance de l’économiste, de sa renommée ou de ce qu’il a laissé dans l’histoire de cette discipline, l’entrée peut compter de deux à six pages. Elle comprend un ou deux gags sous forme de bande dessinée. Les entrées les plus longues peuvent comprendre également un cas pratique (toujours pour Marx : le marxisme appliqué à la crise de 2008) et une anecdote qui tue (les péripéties de l’édition du Capital de 1867 pour le livre I, à 1910 pour le livre IV, et même une adaptation en manga par la suite). Chaque entrée se termine avec la référence de l’ouvrage de l’économiste, passé à la postérité. Comme les titres en exemple ci-dessus l'indiquent, la tonalité de la rédaction comporte une fibre moqueuse ou insolente. Les bandes dessinées s'inscrivent également dans un registre comique, faisant la part belle à la dérision, à partir d'une anecdote ou d'un trait de caractère réel ou supposé, ces économistes pouvant se montrer mesquins, capricieux, infantiles, colériques, ou bien sûr près de leurs sous. Ces gags font office de respiration illustrée plaisante et bienvenue, sans avoir la prétention d'être révélatrices ou pénétrantes.



Une entreprise particulièrement ambitieuse que de vouloir faire connaître l’histoire de cette discipline, l’économie, au travers de textes synthétiques et vivant, présentant la vie, la thèse principale et ses limites d’un économiste remarquable. Dans la conclusion, l’auteur présente les questions auxquelles il a voulu répondre, ou plutôt la problématique qui s’est imposée à lui. L’économie est-elle une science ou un débat ? Est-ce une discipline promouvant une méthode réfutable pour faire avancer la connaissance ? Ou une confrontation entre outils et potions devant entrer dans la composition des politiques économiques et sociales ? Il conclut par le fait qu’il s’agit d’une discipline encore jeune, qui n’a pas atteint l’âge de maturité et que bien souvent elle ne sait fournir que des explications a posteriori, bien loin de pouvoir produire des théories sur la base d’expériences reproductibles, qui serait capables de prévoir quoi que ce soit. Le lecteur en ressort avec cette impression que la balance penche fortement du côté Débat, surtout par le fait que la dernière partie de chaque entrée s’intitule Pourquoi il s’est planté, merci !


L’auteur a mis le nom des trois économistes les plus célèbres en couverture : Adam Smith et sa Main Invisible, Karl Marx et son Capital, John Maynard Keynes et l‘absence de mécanisme menant au plein emploi. Pas sûr que le lecteur en connaisse beaucoup d’autres, et c’est d’ailleurs un ouvrage qui s’adresse plutôt aux novices ou débutants en la matière, un ouvrage de vulgarisation. Pour autant chaque entrée est dense et la matière en elle-même induit un bon niveau de conceptualisation. De fait, le lecteur se rend vite compte qu’il apprécie les respirations apportées par les bandes dessinées, même leur humour qui repose sur des mécanismes basiques. Il apprécie également l’impertinence des textes, apportant là aussi une forme de dédramatisation bienvenue, et souvent très savoureuse. Par exemple, dans le glossaire, la définition de la Main Invisible, concept formulé par Adam Smith : magie intrinsèque au marché où la confrontation des égoïsmes et la recherche frénétique des intérêts particuliers aboutit à la satisfaction générale. Pour autant, de temps à autre, le lecteur revient sur un économiste précédent ou sur un paragraphe pour se remettre en tête l’exacte formulation de l’auteur, et en réévaluer le sens au vu de ce qu’il a lu par la suite. Les trois parties consacrées à chaque économiste prennent tout leur sens : la partie biographique pour comprendre le contexte historique dans lequel il a développé ses concepts, la partie théorique très synthétique sur son apport à la discipline, et la mise en perspective au regard de l’évolution de l’économie dans les décennies qui ont suivi. À chaque fois, l’auteur trouve facilement à redire, c’est-à-dire des événements, des évolutions des comportements qui ont contredit la théorie de l’économiste.



Pour autant, chaque entrée se révèle intéressante et instructive. Au fil des trente-sept présentations, le lecteur retrouve ou découvre de grandes notions d’économie, depuis la Main Invisible jusqu’au constat que la machine capitaliste fabrique des inégalités (Thomas Pikkety), en passant par les projections d’accroissement de la population (Thomas R. Maltus), la rente foncière (David Ricardo), l’utilité marginale (Léon Walras), l’optimum de Pareto (la loi des 80/20 de Vilfredo Pareto), le processus de destruction créatrice (Joseph Schumpeter), le développement de la bureaucratie au détriment du profit (John K. Galbraith), la théorie du capital humain (Gary Stanley Becker), les inégalités en termes d’information (Joseph Stiglitz), l’indice de développement humain (IDH, Amartya Sen), la place et le rôle des oligopoles (Jean Tirole), etc. Par exemple, il peut savourer la théorie du capital humain. Le beckerisme, ou théorie du capital humain, est universellement discuté car son postulat repose sur une évidence rarement étudiée par ces fainéants d’économistes : on peut investir sur soi-même comme un chef d’entreprise investit sur une machine ou sur un nouvel employé. Avec cet éclairage, il comprend mieux certaines visées du développement personnel en provenance des États-Unis, en particulier sur la façon d’envisager ses amitiés, à l’aune de ce qu’elles apportent, pour ne pas dire du potentiel de ce qu’elles peuvent rapporter.


Les auteurs attirent le lecteur potentiel avec un titre référentiel (La ligue des Gentlemen Extraordinaires, d’Alan Moore & Kevin O’Neill), des bandes dessinées humoristiques. L’ouvrage commence tranquillement avec une préface, une introduction, et passe au premier de tous : Adam Smith. La forme retenue fait sens très rapidement, à la fois les notes d’humour pour aérer un propos concis et dense sur une discipline conceptuelle, la volonté de donner un minimum de personnalité à chaque économiste, le propos à la tonalité parfois railleuse, mais toujours compensé par un exposé synthétique et clair de l’apport de l’économiste considéré à la compréhension de mécanismes complexes, sa filiation dans l’histoire de la discipline, et les limites d’application de sa théorie. Un ouvrage très instructif et très édifiant, enrichissant la culture personnelle sur un sujet qui entretient des relations avec la politique, la sociologie, la philosophie, et qui parle franchement.



mardi 13 décembre 2022

La Ligue des capitalistes extraordinaires

Ce gestionnaire approximatif a imposé la communication de marque comme un vecteur de croissance.


Cet ouvrage paru en 2015 apparaît classé dans les bandes dessinées : en fait il s’agit de textes, chacun consacrés à un capitaliste différent, accompagnés d’un ou deux gags en bande dessinée, avec une répartition d’environ 80% texte, 20% BD. Il a été réalisé par Benoist Simmat, journaliste économique et essayiste, et par Vincent Caut bédéiste. Ils passent en revue trente-neuf capitalistes remarquables, répartis en trois grands chapitres : la première révolution industrielle (XIXe siècle avec onze capitalistes), la deuxième (XXe siècle, avec quatorze capitalistes), la troisième (XXIe siècle, avec quatorze capitalistes). Chaque chapitre s’ouvre avec une introduction : le temps des pépères fondateurs pour le XIXe siècle, les contremaîtres du monde pour le XXe, les winners de l’e-économie pour le XXIe. L’ouvrage débute avec une introduction de quatre pages : les grands capitalistes naquirent ici… Il se termine avec une conclusion de deux pages, un glossaire de six pages, un index de deux pages, et une page de remerciements.


Les grands capitalistes naquirent ici… dans les années 1770, il existait à Birmingham, grande cité fourmillante du centre du Royaume Uni de Grande Bretagne, un club de gentlemen pour le moins extraordinaires. Cette organisation réunissait parmi les plus brillants intellectuels de l’époque et se faisait appeler Lunar Society, le club de la Lune. Une dénomination choisie par ses membres parce qu’ils avaient l’habitude de se rencontrer les nuits de pleine lune afin de retrouver plus facilement leur chemin de retour dans l’obscurité. Parmi eux : James Watt, Erasmus Darwin, Adam Smith, Benjamin Franklin, Joseph Black, John Wilkinson, John Roebuck, etc. Et d’autres : les pionniers du capitalisme moderne.



Richard Arkwright (1732-1792) – Cet artisan touche-à-tout a imposé au forceps la première usine automatisée au monde. 100% bio : barbier de profession, on ne saura jamais si Arkwright inventa réellement l’usine, ou s’il déroba le concept à un concurrent. Mais il organisa une première production de masse basée sur la division du travail, chère au philosophe Adam Smith. Obsédé par l’expansion de son invention, il couvrit l’Angleterre et jusqu’à l’Écosse de ses satanés manufactures automatiques où 30.000 employés trimaient pour la gloire du roi. Un lettré voyageur trouva que sir Richard Arkwright, fait chevalier par Buckingham, avait quelque peu gâché le paysage de l’Angleterre. Et sa propre santé, indubitablement : comme le raconta l’un de ses amis d’enfance ecclésiastique, Arkwright devint une caricature de patron surmené obsédé par la cadence de ses affaires et de ses comptes. Le diable d’homme avait aussi inventé le dirigeant surbooké ! Cet industriel anglais est considéré comme le père de l’usine moderne. Il est resté dans les livres d’histoire (essentiellement anglo-saxons) pour avoir été le premier à organiser en un lieu donné la supériorité de la machine sur l’artisan.


Il s’agit du deuxième ouvrage de ces deux auteurs, après La Ligue des économistes extraordinaires (2014). Le titre évoque la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, d’Alan Moore & Kevin O’Neill, juste pour l’allure, et pour ce club de la Lune. Chaque entrée est structurée de la même manière : le nom du capitaliste extraordinaire avec ses dates de naissance et de mort, un court sous-titre pour le qualifier (Par exemple : le patron de mystificateurs pour PT Barnum), deux lignes pour mettre en exergue son innovation (par exemple pour Mark Zuckerberg : Son internationale des brèves de comptoir digitales a étonnamment créé un nouveau secteur d’activité), un article en trois parties (100% bio, L’empire du pire, Son héritage narcissique, merci !). S’y trouvent également une date clé en fin d’article (par exemple pour Rupert Murdoch : 2007, rachète pour 5 milliards de dollars le Wall Street Journal), éventuellement un encadré en grisé sur une anecdote révélatrice ou surprenante, et en fonction des capitalistes, une ou plusieurs bandes dessinées, d’une page, une partie de page, ou juste un strip. Comme les exemples ci-dessus l’indiquent, la tonalité de la rédaction comporte une fibre moqueuse ou insolente. Les bandes dessinées s’inscrivent également dans un registre comique, faisant la part belle à la dérision, à partir d’une anecdote ou d’un trait de caractère réel ou supposé, ces capitalistes pouvant se montrer mesquins, capricieux, infantiles, colériques, ou bien sûr mégalomanes. Ces gags font office de respiration illustrée plaisante, sans avoir la prétention d’être révélatrices ou pénétrantes.



La première partie expose la genèse et la nature de la première révolution industrielle avec la première usine à grande échelle, le déploiement de la machine à vapeur dans différents secteurs de production, la fabrication à grande échelle de la poudre à canon, la création de la première banque d’affaires, l’essor des chemins de fer, la création des voyages organisés, la naissance de l’industrie de l’armement, les premiers grands magasins avec des prix fixes et non plus à la tête des clients, l’utilisation de l’acier et l’apparition du métier d’affairiste à une ampleur jusqu’alors inconnue. Le lecteur relève une entrée qui sort de l’ordinaire, celle consacrée à Phineas Taylor Barnum (1810-1895) : ce forain surdoué fit de son nom la première marque de l’entertainment américain. Au cours de cette première partie, au travers de sa sélection, l’ouvrage fait apparaître les grandes inventions qui ont modelé l’évolution de l’organisation professionnelle, ainsi que les méthodes utilisées. Fatalement, le lecteur finit par se demander pourquoi eux. Il commence par se dire que pour tous les capitalistes que les auteurs lui présentent et qui ont réussi, il y a dû y en avoir dix fois plus qui ont échoué, voire, cent ou mille fois plus. Puis il remarque que certains étaient issus de familles aisés, et qu’ils ont su faire fructifier la fortune héritée, ce qui n’est déjà pas donné à tout le monde. Mais il reste un point commun à tous : à l’ère de l’industrialisation et du commerce généralisé, les riches s’enrichissent par le travail de la main d’œuvre abondante, rémunérée au plus bas, et sans couverture sociale, sans oublier le travail des enfants.


Le lecteur passe alors à la deuxième révolution industrielle avec les aciéries, la fabrication d’automobiles, les puits de pétrole, l’électrification, la métallurgie, les chaînes d’assemblage, l’aviation… et d’autres secteurs d’activité émergeants comme les produits de beauté, la mode, les meubles à monter, le luxe et le divertissement. À nouveau, ces capitalistes ne décrochent pas de prix de morale ou de reconnaissance pour leurs employés. Un petit exemple très élégant : Gabrielle Chanel surnommée Coco. Elle tente de se réapproprier la marque de parfum N° 5, en profitant de l’exil contraint de ses anciens associés juifs, les Wertheimer, à l’aube de la seconde guerre mondiale. Arguant leur fuite aux États-Unis, elle réclame aux autorités allemandes la propriété du précieux label. Très chic ! Elle ignore que la famille Wertheimer avait anticipé les lois d’aryanisation et transmis ses parts majoritaires à un homme de paille, qui leur restituera à la propriété de l’entreprise à la Libération. Mais, bon, les affaires sont les affaires : les Wertheimer réembauchent Coco dans les années 1950 pour raviver la marque, en dictant leurs conditions quand même. Les autres chapitres valent également tous la lecture, d’Henry Ford et ses chaînes de montage à Bernard Arnault et la rentabilité insolente du luxe, en passant par le marchand de rêves Walt Disney.



L’ouvrage passe au XXIe siècle avec l’avènement de l’informatique et des produits haute technologie (IBM, Sony, Samsung), la création des jeux informatiques, la course au système d’exploitation entre Apple et Microsoft, et la toile mondiale avec Google, Facebook, Paypal, Alibaba, sans oublier la téléphonie mobile. D’anciens empires réussissent leur reconversion : d’autres semblent surgir de nulle part. des fortunes personnelles de plusieurs dizaines de milliards de dollars se bâtissent en vingt, quinze voire dix ans. Les personnalités de ces capitalistes conservent tout leur potentiel polémique. Les employés sont incités à baisser les yeux en présence du grand patron Lee Kun-hee, responsable du conglomérat géant Samsung. L’entreprise Apple parvient à faire revenir Steve Jobs après l'avoir éjecté, en achetant quatre cents millions de dollars la société NeXT et son logiciel développé par Jobs, logiciel qui ne sera jamais utilisé. Le lecteur sourit devant la tournure des présentations saupoudrées de dérision et de moqueries envers ces capitalistes, mais sans jamais diminuer leur réussite, en mettant en lumière leurs innovations et en quoi le capitalisme a évolué avec leur façon de faire.


Ce n’est donc pas une bande dessinée, mais le portrait amusé de trente-neuf entrepreneurs hors du commun, en provenance des trois derniers siècles. Ces individus ont exploré de nouveaux territoires industriels et bâtit des empires financiers. Quelles que soient les convictions politiques du lecteur, les réalisations de ces capitalistes extraordinaires forcent son admiration. Les petites piques en coin bien dosées évitent le systématisme, et s’avèrent d’autant plus efficaces pour que le lecteur garde à l’esprit qu’il s’agissait d’êtres humains imparfaits, et que la réussite capitaliste ne peut prendre une dimension gigantesque que par le travail de milliers d’employés anonymes dont la rémunération n’est jamais à la hauteur des bénéfices de leur employeur. Les gags sont en phase avec ce ton dédramatisé, mais pas aveugle aux réalités économiques.